Les ruines de Palmyre, autrement dite Tedmor au désert
Le vrai faisant le principal mérite des ouvrages du genre de celui-ci, il n'est pas inutile de rendre compte au public de la manière dont on l'a entrepris et exécuté, afin qu'il puisse juger du cas qu'il en doit faire.
Deux personnes, que la curiosité avait portées plus d'une fois à voyager, sur- tout en Italie, se persuadèrent qu'un voyage, fait comme il faut, dans les lieux les plus remarquables de 1 antiquité, sur la côte de la Méditerranée, pourrait être de quelque avantage au public , en même temps qu'il leur procurerait du plaisir et des connaissances.
Comme j'avais déjà vu la plupart des endroits qu'ils se proposaient de visiter, ils me firent l'honneur de me communiquer leur dessein, et j'acceptai avec beaucoup de plaisir l'invitation qu'ils me firent d'être d'une partie si agréable.
L'idée avantageuse que je m'étais formée de ces messieurs, que j'avais rencontrés plusieurs fois en France et en Italie, me flattait de tout le succès qu'on pouvait
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espérer d'un tel voyage. Leur intime amitié, l'amour qu'ils avaient pour les antiquités et pour les beauxarts, lliabitude où ils étaient de voyager, étaient des circonstances essentielles à notre projet : circonstances qui se rencontrent rarement dans deux personnes, qui joignent au goût et au loisir, pour de pareilles recherches, les moyens nécessaires pour les faire, et qui ont assez de santé et de courage pour en supporter la fatigue.
Nous convînmes que nous ne pourrions point nous passer d'un quatrième, qui était en Italie, et dont nous connaissions l'habileté en qualité d'architecte et de leveur de plans. Nous lui écrivîmes en conséquence, et larrêtàmes pour être de notre voyage. Les plans qu'il a levés ont convaincu tous ceux qui les ont vus? que nous ne pouvions employer personne plus propre à notre entreprise.
Nous choisîmes Rome pour le lieu de notre rendezvous; d'où, après y avoir passé l'hiver, nous devions nous rendre à Naples, pour nous y embarquer au printemps sur un vaisseau que nous avions loué à Londres, et équipé de tout ce que nous crûmes devoir nous être nécessaire. Tout cela se passa sans nous écarter du plan que nous nous étions fait d'abord, excepté dans quelques occasions particulières , où des incidents ,
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qu'il était impossible de prévoir , nous obligèrent d'y faire quelques changements.
Nous passâmes l'hiver ensemble à Rome : nous employâmes la plus grande partie de ce temps à nous rafraîchir la mémoire de l'histoire ancienne, et de la géographie des pays que nous nous proposions de voir.
Nous nous rendîmes au printemps à Naples , et nous y trouvâmes notre vaisseau. Il avait apporté de Londres une bibliothèque qui consistait principalement en historiens et poètes grecs, en livres dantiquités, et en relations de voyages, les meilleures qu'il y ait. 11 y avait aussi à'bord les instruments de mathématiques dont nous pouvions avoir besoin , et des présents convenables pour les Turcs de distinction et autres, à qui nous serions obligés de nous adresser dans le cours de notre voyage
Nous visitâmes la plupart des îles de l'Archipel, une partie de la Grèce en Europe , les cotes européennes et asiatiques de l'Hellespont , de la Propontide et du Bosphore , jusqu'à la mer Noire : nous pénétrâmes dans l'Asie - mineure , dans la Syrie, dans la Phénicie , la Palestine et l'Egypte, et nous en vîmes les endroits les plus remarquables.
On sait bien que les différents pays que nous parcou-
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rùmes abondent en choses curieuses de différents genres, capables de mériter l'attention des étrangers : cependant c'est moins l'état présent de ces pays que l'ancien, que nous nous sommes appliqués à examiner , quoique chacun de nous ait aussi pu satisfaire, à l'autre égard, son inclination pour quelque objet particulier.
Il est impossible de considérer avec indifférence ces pays où les belles-lettres et les arts ont pris naissance ; où des capitaines, des orateurs, des philosophes, des poètes et des artistes ont si courageusement et si heureusement donné l'essor à leur génie, et fait l'honneur de l'humanité.
Des circonstances de climat et de situation, triviales d'ailleurs , deviennent intéressantes par la liaison qu'elles ont avec les grands hommes qui les ont rendues célèbres, et avec les actions illustres que l'histoire et la poésie rapportent y avoir été faites. On ne saurait jamais lire la vie de Miltiade ou de Léonidas avec tant de plaisir que dans les plaines de Marathon , ou au détroit desThermopyles : on trouve de nouvelles beautés dans l'Iliade, sur les bords du Scamandre; et c'est dans les pays où a voyagé Ulysse et où Homère a chanté , que l'Odyssée a des charmes.
A la vérité il n'y a que le voyageur qui puisse sentir le plaisir particulier que cause ce théâtre dactions