PREFACE XI
que nous avons trouvés, pourraient tenir lieu d'une histoire passable de l'origine et des progrès de cet art, du moins des changements qu'il a soufferts depuis le siècle de Périclès (i) jusqu'à celui de Dioclétien. Nous avons cru qu'il convenait de commencer par Palmyre , comme la partie que le public semble désirer avec plus d'empressement. Du succès de cette partie de notre ouvrage dépendra le sort du reste.
Tel a été notre plan, et telle la manière dont nous l'avons exécuté , malgré des difficultés décourageantes , inséparables d'une pareille entreprise ; et quoique , quand nous nous y engageâmes, nous prévissions bien toute la fatigue et la dépense qu'elle devait nous coûter ,
(i) Il faudrait y ajouter les anciens édifices de l'Àttique, qui n'entrent point dans notre recueil pour la raison que voici. A notre arrivée à Athènes, nous trouvâmes M. Steward et M. Revêt, deux peintres anglais, occupés avec succès à prendre les mesures de toute l'architecture qu'il y a dans cette ville, et à tirer les plans de tous les bas-reliefs, pour les publier, suivant un projet qu'ils nous avaient communiqué à Rome. Nous fûmes ravis de voir que des personnes aussi capables allaient conserver à la postérité quelques-uns des plus beaux ouvrages des anciens; et par conséquent nous nous contentâmes à Athènes de satisfaire notre curiosité particulière, laissant à M. Steward et à M. Revêt le soin de satisfaire celle du public. Nous souhaitons qu'ils trouvent tout l'encouragement que mérite une entreprise si utile.
xiî PRÉFACE.
comme aussi les dangers que nous en courions; cependant elle aurait à la fin répondu à notre attente à tous égards, si notre bonheur n'eût été traversé par le malheur le plus affligeant qui pût arriver à notre petite société, je veux dire par la mort de M. Bouverie. Je suis persuadé qu'il n'y a personne de ceux qui ont eu le plaisir de le connaître, qui ne nous plaigne dans la situation où nous nous trouvâmes alors.
Outre ses vertus, dont nous regrettons la perte avec tous ses amis, M. Bouverie avait des qualités particulièrement propres à la fonction qu'il exerçait dans notre voyage. Presque tout ce qui concerne les curiosités de la nature et de l'art faisait l'objet de ses occupations privées; et il avait acquis tant de connaissances en ce genre, dans les différents voyages qu'il avait faits à Piome, que son opinion en ce point avait du poids avec les connaisseurs, lin effet ses collections de dessins , de médailles, de camaïeux et de pierres précieuses gravées, qu'il aurait considérablement augmentées s'il eût vécu , sont des preuves qu'il avait le goût raffiné.
On peut aisément juger combien cette perte nous abattit le courage. S'il ne fût pas mort avant de voir Palmyre,nous aurions sans doute eu moins besoin de 1 indulgence du public, pour les petites inexactitudes qu'on pourra trouver dans cet ouvrage.
p réface. xiii
Un accident si fatal nous aurait entièrement déconcertés, sans l'activité extraordinaire et la résolution de l'ami qui nous restait : en effet si quelque chose pouvait nous faire oublier que M. Bouverie était mort , c'était que M. Da.wk.ins vivait.
Si cet échantillon de notre travail peut en quelque sorte satisfaire la curiosité du public, et tirer de l'oubli la magnificence de Palmyre, on en a entièrement l'obligation à M. Dawrins , qui s'est donné toutes les peines possibles pour que tout fût fait avec exactitude, et qui a pris lui-même presque toutes les mesures qu'on trouvera dans cet ouvrage.
En rendant justice à son zèle et à ses soins, je désavoue en même temps tout mérite quelconque que le public, peu instruit, aurait pu m'attribucr à ce sujet Mais ce qui me fait honneur, et qui flatte trop ma vanité pour pouvoir le taire, c'est que, si je suis devenu l'éditeur de cet ouvrage, j'en suis redevable à l'amitié de M. Dawkins, qui, satisfait du plaisir qu'il goûte de contribuer à l'avancement des arts, m'a abandonné entièrement tout le profit qui en pourra revenir.
Si j'ose , sans sa permission , publier cette preuve éclatante de l'amitié qu'il a pour moi , j'espère qu'il excusera la liberté que je prends : en considération de quoi, je passerai sous silence les autres faveurs
xiv PRÉSAGE.
sans nombre que j'en ai reeues. Joindre le nom de M. Dawkins au mien, tandis que tout l'avantage m'en reste , tient peut-être un peu de l'impertinence ; mais c'est la reconnaissance qui l'occasionne ; et la reconnaissance, de même que l'amour, ne s'exprime jamais de si mauvaise grâce que quand elle est sincère.
Robert WOOD.