‹ Les ruines de Palmyre, autrement dite Tedmor au désertChapitre 5 sur 38 · SUR L'ÉTAT ANCIEN · texte numérisé non relu

SUR L'ÉTAT ANCIEN

Ce que nous avons à dire de Palmyre se réduit simplement à l'état où nous trouvâmes les ruines de cette ville dans Tannée iy5i. Il n'est pas probable que la curiosité du lecteur en demeure là. Les restes présents de cette ville sont certainement trop intéressants pour ne le pas porter à rechercher ce qu'elle a été. Quand et par qui a-t-elle été fondée ? D'où vient quelle se trouve située si singulièrement, séparée du reste du genre humain par un désert inhabitable? Et quelle a dû être la source des richesses nécessaires pour soutenir sa magnificence ? ' "V oilà des sujets qui engagent très -naturellement notre attention : aussi allons-nous tâcher de satisfaire en quelque sorte cette curiosité.

Il parait très -remarquable que l'histoire fait si peu mention de Balbeck et de Palmyre, deux villes qui sont peut-être ce qui nous reste de plus surprenant de la

16 l'état ancien

magnificence tics anciens, qu'à l'exception de ce que les inscriptions en marquent, tout ce qu'on en peut savoir forme à peine une conjecture vraisemblable.

Ce silence de l'histoire n'est-il pas même instructif? Et ne nous apprend-il pas qu'il y a dans l'antiquité des périodes qui nous sont tout-à-fait cachés ?

Tel est le sort ordinaire et naturel des villes, que la mémoire s'en conserve plus long-temps que les ruines. Ce n'est que par l'histoire que nous connaissons Troie, Babylone, Memphis ; il ne reste pas aujourd'hui de ces villes une pierre qui marque où elles étaient situées; mais voici deux exemples de villes considérables qui ont subsisté plus long-temps que tout ce qu'on en a su ; c'est plutôt ce que nous en voyons que ce que nous en lisons qui excite notre curiosité à leur sujet; et les restes de Balbeck et de Palmyre subsistent encore pour conter, pour ainsi dire, eux-mêmes leur histoire.

Serait-ce la perte des livres qui en est cause, ou les anciens ne faisaient-ils pas autant de cas de ces édifices que nous en faisons? Si on pouvait se le persuader, cela justifierait, ce me semble, l'admiration que nous avons pour leur architecture, Leur silence au sujet de Balbeck confirme ce qu'on rapporte de Babylone; et les édifices de Palmyre, dont on n'a presque point parlé, deviennent les garants de ceux de la Grèce et de l'Egypte qu'on a tant vantés.

Toutes les autorités que j'ai pu ramasser des anciens louchant Palmyre se réduisent à bien peu de choses; mais comme ce sont des ouvertures, que ceux qui ont

DE PALM Y R E. ÏJ

plus de loisir peuvent rectifier, et sur lesquelles ils peuvent s'étendre, s'ils croient que le sujet en vaille la peine, je m'en vais non-seulement exposer les matériaux que j'ai trouvés, mais même donner l'ordre historique dans lequel je les ai cherchés, en repassant succinctement les révolutions les plus remarquantes de la Syrie, depuis les temps les plus reculés que nous en avons connaissance; cela pourra du moins servira des recherches plus exactes et plus étendues.

A ce que 1 histoire nous apprend sur cette matière , j'ajouterai les éclaircissements qu'on peut tirer du goût de l'architecture et des inscriptions.

Le traducteur arahe du livre des Chroniques (i) prétend que Palmyre est plus ancienne que Salomon; Jean d'Antioche, surnommé Malala (2), dit que ce roi bâtit cette ville à l'endroit où David tua Goliah, et en mémoire de cette action ; et Abul Faraï (3) fait même mention de l'année , et d autres particularités semblables.

Mais tout ce que les historiens arabes content de l'origine et de la fondation de Palmyre, parait si évidemment fabuleux et extravagant, que nous ne nous y arrêterons point, et que nous passerons à l'autorité historique la plus ancienne , qui mérite d'être citée.

Histoire fabuleuse.

Sale

L'ancien testament (4) nous apprend que Salomon bâtitPaimyre.

(1) 1 Chron. 8.

(2) Dynastiar. lib. 5.

( 3) Vers, pococ.

(]) f Rois, 9, et 2 Chron. 8.

i8 l'état ancien

bâtit ïcdmor au désert; et Josèphe (i) nous assure que c'est la même ville que les Grecs et les Romains appelèrent par la suite Palmyre , quoique les Syriens conservassent toujours le premier nom. Ajoutons à cela l'autorité de St. Jérôme, qui (s'il est l'auteur de la version latine qu'on lui attribue) croit que Tedmor et Palmyre ne sont que les noms syrien et grec de la même ville.

Ce qui semble fortifier cette opinion, c'est qu'à-présent les Arabes du pays l'appellent Tedmor (2), et nous suivons leur prononciation, comme étant la meilleure autorité pour la manière dont nous écrivons ce nom.

Ammian Marcellin (3) remarque l'attachement des natifs de Syrie aux anciens noms de leurs villes, qu'ils ne laissèrent pas de garder, nonobstant les noms grecs que Séleucus Nicator leur donna , quand il les rebâtit ; et il y a encore aujourd'hui dans le pays plusieurs exemples de l'ancien nom d'une ville conservé par les Arabes , tandis que le nom grec , pour n'avoir pas eu lieu depuis long-temps, est oublié et entièrement ignoré.

(1) Àntiq. Jud. lib. 8. Les objections du père Hardouin contre cette opinion semblent venir principalement de son ignorance de l'état présent de cette ville.

(2) Des différentes manières anciennes d'écrire ce nom, le Ôeàp.op de la copie d'Alexandrie approche le plus de la prononciation des Arabes d'aujourd'hui. Nous écrivons le nom grec Palmyre d'après les inscriptions, quoique Josèphe l'écrive ïlafyupw , et Pline Palmira.

(3) Lib. 14.

Ainsi l'Acco (i)/de l'ancien testament, dans la tribu d'Ascer, que les Grecs appelèrent Ptolémaïde , s'appelle aujourd'hui Acca par ceux qui l'habitent, le nom original n'étant altéré que d'une lettre ; et Haran , où demeurait Abraham avant son départ pour la terre promise, fut par la suite appelée par les Romains Carrhae; mais elle a recouvré son premier nom, et elle le possède encore aujourd'hui.

Il paraît naturel à des peuples de garder de l'affection pour les noms qu'avaient leurs villes dans leur état de liberté et de prospérité, et c'est dans tous les pays qu'on remarque de la répugnance à recevoir les innovations qu'un conquérant veut y imposer ; mais elle n'est nulle part si remarquable que parmi les Arabes, qui, malgré les entreprises si souvent formées contre eux, se glorifient d'avoir conservé leur indépendance plus long-temps qu'aucune autre nation , et se vantent d'une antiquité plus pure.

Mais que ces ruines que nous visitâmes aient été l'ouvrage de Salomon, c'est ce que nous n'avançons que comme l'opinion établie des habitants présents de Palmyre, qui, ne faisant nul doute que cela ne soit vrai , rapportent plusieurs anecdotes curieuses , et montrent le serrail de ce roi, son haram (2), le tombeau d'une de ses concubines favorites, et plusieurs autres choses

(1) Juges 1, 3r.

(2) Voyez Moréri.

lO L ÉTAT ANCIEN

particulières. « Salomon (i), fils de David, disent-ils, a « opéré ces merveilles avec l'assistance des esprits (2).»

Nous supposerons donc qu'il y a long -temps que tous les édifices, que Salomon a pu élever en ce lieu, ne sont plus, quand même nous ne serions pas appuyé Nabuchodo- de l'autorité de Jean d'Aiitioche,qui assure queNabucho-

nosor .-i-i 1» -, , ,

la détruisit, donosor détruisit cette ville avant d assiéger Jérusalem.

On ne saurait raisonnablement se persuader que des édifices dans le goût de ceux de Palmyre soient antérieurs au temps que les Grecs s'établirent en Syrie ; aussi n'est-il pas surprenant qu'il ne soit pas parlé de cette ville dans les relations des conquêtes que les Babyloniens et les Perses firent de ce pays , ni que 11 nen est Xénophon n'en fasse aucune mention dans sa retraite P° dans k des dix mille , quoiqu'il fasse une description trèsdePctrus- exacte du désert, et que, dans sa marclie vers Babylone, ie-jeune. ^ ^ ]aisser cette ville unpeu seulement sur sa droite.

C'est pour cette raison que l'histoire de l'expédition Ni dans celle d'Alexandre -le- Grand ne saurait en dire autre chose, d£San<de~ sinon qu'il aurait pu tirer de grands avantages de la situation de cette ville , quand il traversa ce désert en allant à Thapsacus sur l'Euphrate, où il passa ce fleuve, aussi bien que Darius et Cyrus-le-Jeune.

(1) Solyman Ebn Doud.

(a) Ils croyaient aussi fermement que c'était avec la même assistance que nous cherchions des trésors. Cette drôle d'opinion règne dans tous les pays où il y a de vieilles ruines : en Italie elle n'est pas renfermée simplement parmi le bas peuple.

Ni dans l'histoire du

DE PALMYRE. Il

Le période le plus propre pour faire des recherches au suiet de Palmyre semble être depuis la mort d'A- rjs,nc de

J J A ; Seleucus

lexandre jusqu'au temps où la Syrie fut réduite en Nicator, qui

. , • C 1 A • "lfit b''tir ^

province romaine. Seleucus Nicator fit bâtir un grand réparer tant

. ,., . T»T ■ de villes en

nombre de villes : et quoiquil ne reste pas aujourdhiu Syrie, grande chose des ruines d'Antioche sur l'Oronte , ni de celles de Séleucie à l'embouchure de cette rivière , cependant ce qu'on voit de ces ruines est marqué au coin de la bonne architecture grecque de cet heureux siècle. Il n'était guère possible qu'on négligeât une ville située aussi commodément que Palmyre , entre les deux villes susdites et Séleucie sur le Tigre, entre l'Euphrate deceuevUie et les «Tandes villes marchandes qu'il y avait sur la en 9ualltt? de

o 1 J place fron-

côte de la Méditerranée: car, comme elle servait de tièreadâétre

considérable,

frontière du côté des Parthes, il faut qu'elle ait été d'une mè™ du grande importance depuis qu'Arsace , fondateur de cet de Séieucos

r . . c n ,,. . „ , Callinicus.

empire, fat prisonnier oeleucus Lallinicus. Cela pourrait autoriser à croire que les édifices de Palmyre étaient l'ouvrage de quelques-uns des Séleucides , si „pePentiant

o T. 1 lhistoire des

cette opinion était d'ailleurs appuyée par leur histoire : séleucides

• u- i - a r>* » * * " i »'« Op-

inais bien loin de letre, on ny trouve pas même le mention.

nom de cette ville.

A la vérité l'ère de Seleucus était eu usage à Palmyre, comme on verra par les inscriptions ; mais tout ce qu'on peut en conclure, c'est que cette ville fut soumise à Alexandre, et gouvernée du moins pendant quelque temps par ses successeurs ; encore cette opinion seraitelle peu vraisemblable , si l'on n'en avait pas d'autres preuves ; car pourquoi ne pourrait -on pas supposer

11 l'état ancien

qu'une ville si commerçante eût pu, quoiqu'indépendante des Séleucides, introduire chez elle, pour sa commodité, la même manière de compter le temps qui était établie chez ses voisins?

IntmcntiSn Examinons à présent l'histoire romaine, et voyons ce PouTée ût la <ïu e^e raPPorle de la Syrie. Ce fut Pompée qui fit la conquête conquête de cette province, dans le temps que les

de ce pays-la. A A 11

beaux-arts florissaient déjà à Rome, et qu'ils y avaient fait autant de progrès que les armes des Romains en avaient fait en Grèce et en Asie. Alors non -seulement les richesses de ces provinces, mais même leur architecture, leur peinture et leur sculpture, étaient recherchées avec empressement par les gouverneurs romains. On s'imaginerait que Palmyre n'aurait pas échappé à Ce n'est que ]eur avidité et a leur avarice: cependant nous ne voyons

du temps de 7 L J

Marc Antoine pas que leur histoire fasse mention de cette ville, avant

qu'il en est m .

parlé pour la le temps de Marc-Antoine (i), qui en voulut faire le

première fois , , i i i •

dansi instoire pillage ; mais dont les habitants se garantirent, en transportant ce qu'ils avaient de plus précieux au-delà de lEuphrate, dont ils défendirent le passage avec leurs archers.

Le prétexte dont il se servit pour donner à sa conduite une apparence de justice, fut qu'ils ne gardaient pas une exacte jfeutralité entre les Romains et les Parthes : mais Appian (2) dit que ce fut en effet pour enrichir ses troupes du pillage des Palmyréniens, qui

romaine.

(1) Appian de bello civil, lib. 5.

(2) Jbicl

DE PALMYRE. Jti

étaient négociants, et qui vendaient aux Romains les marchandises de l'Inde et de l'Arabie.

On peut conclure de ceci que les Palmyréniens étaient ^peuple* dans ce temps-là un peuple riche, commerçant et libre; rk^rc^' mais depuis quand possédaient-ils ces avantages ? C'est et libre, ce qu'on nous laisse à deviner.

Il est probable que leurs richesses , et par conséquent leur commerce, n'étaient rien de récent; car il parait par les inscriptions qu'en moins de quarante ans après, leurs dépenses et leur luxe étaient si excessifs , qu'il fallait absolument un fonds de richesses considérable pour y suffire.

Ccst aussi à nous à former nos conjectures sur le temps auquel ils commencèrent à être libres.

Le docteur Halley (i) est d'opinion que, « quand les « Romains s'établirent dans ces quartiers-là, et que les « Parthes les empêchèrent ce semble d étendre plus avant « leurs conquêtes en Orient , la ville de Palmyre se vit « alors caressée, et son amitié recherchée par les puis- « sances qui étaient en différend , à cause de sa situa- « tion, comme place frontière et au milieu d'un vaste « désert sablonneux, où des armées n'auraient pu sub- « sister pour la réduire par force, et qu'ils lui permirent « de continuer dêtre un état libre.»

Mais je ne saurais m'empècher de croire quon ne soit bien fondé de donner à la liberté de Palmyre une date plus ancienne. Cette importance, en qualité de

(i) Relation de l'état ancien de Palmyre, Transact. philos.

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frontière, à laquelle le docteur attribue la liberté de cette ville, était aussi considérable avant la conquête des Romains que depuis : les différentes guerres que les Séleucides eurent à soutenir lui offrirent plusieurs fois des occasions favorables de se soustraire à leur domination. De plus, il n'est pas probable que Palmyre se fût soumise à l'usurpation de Tigrane , et qu'elle fût redevenue libre sous Pompée , qui ebassa ce prince du pays : en effet la meilleure excuse que Pompée allégua pour ne pas céder la Syrie à Antiochus l'asiatique (i) , fut que les Romains pouvaient La défendre contre les insultes de ses voisins, et que les Syriens ne le pouvaient pas.

Ptolomée marque les noms des différentes villes de l'état Palmyrénien : il y en a quelques-uns de répétés dans les tables de Peutinger; mais je ne crois pas qu'on en trouve aucun ailleurs. Il fait aussi mention dune rivière à Palmyre.

Je ne suis pas tant surpris de ne rien trouver toucliant cette ville dans les anciens géographes, que je ' le suis que Strabon, notre guide fidèle sur les côtes de la Méditerranée, et qui de tous les géographes avait le plus de jugement et était le plus curieux, n'en ait pas même marqué le nom.

Pline (2) a très -heureusement ramassé en peu de

(1) si p pian in Sjriac.

(2) Palmyra urbs nobilis situ , divitiis soli atque aquis arnœnis , vasto undique ambitu arenis indu dit agros, ac velut terrœ exempta

ine

lianes les circonstances les plus frappantes de cette La descri

o . , tionquePl

ville, excepté cm'il ne prend pas connaissance des édi- a faite

' J 1 A 1 de Palmyre

fices. Il vaut la peine de comparer avec ce que nous est l'unique

p . • ii que nous

avons vu le récit succinct quil en lait, et qui est lu- ayons

, . des anciens.

nique description ancienne que nous en ayons.

« Palmyre est remarquable à cause de sa situation, « de son riche terroir, et de ses ruisseaux agréables. Elle « est environnée de tous côtés d'un vaste désert sablonne neux, qui la sépare totalement du reste du monde, et « elle a conservé son indépendance entre les deux grands « empires de Rome et de Parthe, dont le soin principal « est, quand ils sont en guerre, de l'engager dans leur « intérêt. Elle est éloignée de Séleucie sur le Tigre de k 337 milles, du bord de la Méditerranée le plus proche « de 2o3, et de 176 de Damas.»

Palmyre, dans son état florissant, ne pouvait absolu- Son récit

J L compare avec

ment que répondre à cette description : la situation en ce que nous est belle ; cette ville étant au pied d'une chaîne de montagnes à l'Occident, et s'élevant un peu au-dessus du niveau d'une plaine dune vaste étendue qu'elle commande à l'orient.

Ces montagnes étaient couvertes de quantité de monuments funèbres , dont plusieurs subsistent encore presque entiers, et ont un air tout-à-fait vénérable.

à rerum natura ; privatâ forte inter duo summa imperia Romanorum Parthorumque ; et prima in discordiâ semper utrinque cura, abest à Seleuciâ Parthorum quœ vocatur ad Tigrirn 337 millibus passuum, à proximo vero Sjriœ littore 2o3 millibus et à Damasco 27 propius. Plin. ïib. 5, nat. hist.

avons vu.

26 l'état ancien

Ce qui reste du terroir est extrêmement riche, et les eaux sont fort claires. Les roches dont elles découlent sans cesse sont tout près de la ville, et d'une hauteur qui les rend susceptibles de toute sorte de directions, et elles coulent toujours plus abondamment en été qu'en hiver. Je m'imagine que ce que Ptolomée appelle la rivière de Palmyre, n était autre chose que ces ruisseaux réunis, dont le courant est encore aujourd'hui assez rapide dans les endroits où leur ancien lit n'a pas été détruit ; car on leur avait fait un lit de pierre pour retenir l'eau, et empêcher qu'il ne s'en perde, au lieu qu'aujourd'hui, faute de cette précaution, elle est bientôt imbibée par le sable, sans produire beaucoup de verdure : il y a pourtant tout autour de la ville un terrain considérable , qu'on pourrait certainement fertiliser sans beaucoup de peine. Les montagnes, et apparemment une grande partie du désert, étaient autrefois couvertes de palmiers, que nous avons vus croître dans les déserts sablonneux les plus arides. Abulféda fait mention des palmiers aussi- bien que des figuiers de Palmyre, et les négociants qui y allèrent d'Alep en 1691 rapportent y en avoir vu plusieurs, quoique nous n'en ayons pu trouver qu'un dans tout le pays.

Les autres particularités que Pline rapporte de la situation de cette ville, au milieu d'un vaste désert qui la sépare totalement du reste du monde, de son indé pendance, de son amitié recherchée par les Parthes et par les Romains, quand ils sont en différend , sont autant de circonstances qui caractérisent fortement

Palmyre. Ce qu'il lui donne de distance de Séleucie, de Damas, et de la Méditerranée est passablement exact, quoiqu'elle ne soit pas tout-à-fait si éloignée de ces lieux.

On" n'apprend rien de Palmyre, ni dans l'expédition nn^éÇeint de Traian, ni dans celle d'Adrien dans cette partie de Paimyredans

J ' L le voyage

l'Orient, quoiqu'ils aient dû passer par cette ville ou quefuTrajan bien près. Il est vrai qu Etienne rapporte qu Adrien la pays, ni dans

r* < "il v i 1 i 1 • celui

fit reparer, et quil la nomma a cause de cela Adria- d'Adrien, nople ; mais il est étonnant que ce fait ne soit pas mieux attesté, tandis que cet empereur a été tant complimenté pour des ouvrages moins considérables da{is différents endroits de la Grèce.

„ , . il* • i C'est une

On caractérise Palmyre de colonie romaine sur la colonie

i r> n xti • J ' il romaine du

monnaie de Caracalla, et Ulpien nous apprend, quelle temps

1''i*iJJ*j.*xl* de Caracalla.

était de droit italique.

On trouve dans les inscriptions (i) qu'elle se joignit ?Jj"™£j à Alexandre Sévère dans son expédition contre les sévèrecontre

1 lesParthes.

Perses.

On n'en entend plus parler depuis jusqu'à Gallien : Eiiese dis-

1 1 1 o l tingue d une

mais sous ce règne Palmyre fait figure dans l'histoire manière

t v f T i remarquable

de ces temps-la, et éprouve en peu d années les plus sousGaiiien grandes vicissitudes de la fortune.

Les faits qui ont rapport à ce court période, mais qui est intéressant, nous ont été transmis imparfaitement et diversement par Zosime , Vopiscus , et Trébellius Pollio. Je m'en vais tâcher de réduire par ordre

(i) Neuvième inscription.

?.8 l'état ancien

les passages particuliers de ces historiens, qui semblent convenir le plus à notre sujet ; et sans m'arrëter à accorder les différences qui s'y trouvent , je m'en tiendrai à l'autorité la plus accréditée.

Il y avait déjà quelque temps que les affaires des Romains étaient dans un état très - déplorable dans 1 Orient , quand Odénat palmyrénien (mais on ne convient pas de quelle famille il était originairement, ni quel rang elle avait tenvi dans l'état) profita si àpropos de la situation de son pays entre les deux grands empires rivaux de Rome et de Perse, qu'il se rendit maitre de la balance entre ces puissances.

Sa politique. jj parait qu'il se déclara en faveur de 1 une et de l'autre de ces puissances, selon que les affaires changeaient de face , et que son intérêt l'exigeait ; mais l'alliance qui lui acquit le plus de réputation fut celle

Ses vertus. qU'Q avec Gallien. Sa valeur, son activité, et sa patience remarquable à supporter la fatigue , étaient diamétralement opposées à la négligence honteuse de cet empereur, qui semblait même bien aise de la captivité de son père Valériusj que Sapor, roi de Perse, avait fait prisonnier, et qu'il traitait de la manière la plus indigne.

n met en Odénat se joignit aux débris de l'armée romaine en

déroute J <->

Sapor. Syrie, mit en déroute Sapor, le vainquit dans plusieurs engagements, et poussa jusqu à Ctésiphon, capitale de son empire.

11 est déclaré jj revint de cette expédition avec de grands applau-

Augusle et JT o ± a

associé disscmenls et un butin considérable ; et en considérait 1 empire.

Il défait

DE PALMYRE. 2tJ

lion de ses services Gallien lç déclara Auguste et l'associa à l'empire, récompense honorable, moins parce que Gallien la donna, que parce qu'elle fut approuvée du public (i).

Un autre service considérable qu'Odénat rendit à SaSSî! l'empereur romain, fut la défaite de Ballista, un de ceux qui disputaient l'empire dans ces temps de confusion. C'était un officier de beaucoup d'expérience et d'un grand mérite, qui avait servi sous Valérien, dont il était particulièrement le favori. Les bonnes qualités que cet empereur rapporte de lui dans ses lettres font voir qu'il aurait été un ennemi dangereux , si Odénat ne l'eût écarté.

Le dernier exploit d'Odénat (a) fut qu il courut au secours de l'Asie-mineure contre les Goths, qui avaient inondé plusieurs de ses riches provinces , où ils corn- contre les

. . . Goths.

mettaient de grands ravages, mais qui se retirèrent à son

Il court au secours de l'Asiemineure

(1) Voici les propres termes de Treb. Poil. Laudatur sane ejus opimurn factum, nam consulto Valeriani fratris sui et Lucilli propinqui , ubi comperit ab Odenato Persas vastatos, redactam Nisibin et Carras in potestatem Romanam, etc. — Odenatum participato imperio Augustum vocavit ejusque monetarn qua Persas captos traheret , cudi j'ussit, quod et Senatus , et urbs et omnis œtas gratanter accepit.

(2) Pollio parle à la vérité d'une paix faite environ ce temps-là entre Gallien et Odénat, mais sans dire qu'ils se fussent brouillés auparavant. En général les faits pour lesquels nous sommes obligés d'avoir recours à cet historien sont choisis avec si peu de jugement, et arrangés avec si peu d'ordre, qu'ils ont plutôt l'air de pensées brutes couchées dans un recueil de lieux communs, que d'une histoire qu'il avait dessein de donner au public.

3o l'état ancien

n est assas- approche. On croit communément que ce fut en les

sine. 1 A ; . T

poursuivant qu'il fut assassiné par Maeonius, son parent.

A^[éro°de.fllS Hérode, son fils, d'une première femme qu'il s'était associée à l'empire, eut le même sort. Tout ce que l'histoire nous en apprend est qu'il était d'une constitution délicate, et qu'il aimait trop la bonne chère, qu'il était fort aimé de son père, et autant haï de sa belle-mère Zénobie.

Ce que nous savons d'Odénat est si peu de chose, et est rapporté dune manière si confuse, que loin de satisfaire notre curiosité, cela l'excite davantage, et nous

donne bien lieu de regretter la perte d'une harangue n avait plu- , & 1 m a

sieurs laite a sa louange par Longm, et dont Libanius lait

excellentes, mention (i). Mais quoi qu'il en soit de quelques parties de sa vie quon ignore, on convient généralement qu'il avait plusieurs qualités excellentes. Pollio dit que les affaires des Romains auraient été absolument ruinées tout-à-fait dans l'Orient, s'il neût épousé leurs intérêts, et il regarde sa mort comme une preuve de la vengeance divine sur ce peuple.

Succède,1" Maeonius, parent et assassin d'Odénat, ne lui survécut maipeude Ue guère : il fut salué empereur, et tué peu de temps après

temps après. ^ g^atS.

(i) Voici ce que Faber dit de cette harangue: «Si ita tulisset fatum « litterarum ut ne illa oratio perisset, multa hodiè de bellis orientale libus quae Odonathus sustinuit , quœque adeo jejune à minoribus « illis historiée augustae scriptoribus , prodita fuerunt, teneremus. » Epist. CCXLIII, liv. 3.

DE PALMYRE. 3l

Odénat laissa après lui la reine sa femme Zénobie, zénobi*. et deux fils qu'il avait eus d'elle, Hérénien et Timolaùs; quant à Vaballathus (i), on eroit qu'il était plutôt fils d'Hérode.

Le caractère extraordinaire de cette reine, et les vicissitudes de la fortune qu'elle éprouva , semblent tellement mériter notre attention, et se trouvent entremêlés avec si peu de liaison dans les ouvrages des historiens (2) dont nous avons parlé, que nous les approfondirons un peu plus que ne l'exige le dessein de ces recherches.

Zénobie paraît d'abord chargée d'un crime qui , si l'on pouvait y ajouter foi, ne préviendrait pas en sa faveur. On dit qu'elle consentit au meurtre de son mari et de son beau-fils. Je ne trouve d'autorité pour cette accusation énorme que celle de Trebellius Pollio : encore n'avance-t-il pas cela comme quelque chose de sûr ; mais il le rapporte comme un bruit qui courait. Si nous considérons de plus que le même auteur a écrit la vie d'Odénat et celle de Zénobie, non-seulement sans faire mention, ni dans l'une ni dans l'autre, d'une circonstance ausi remarquable; mais qu'au contraire il loue cette reine pour sa clémence (3), il me semble que la

(1) Si on souhaite savoir la raison de cette diversité d'opinions au sujet de Vaballathus, dont l'histoire ne dit rien du tout, il faut consulter Spanheim, Tristan, Hardouin, Vaillant.

(7) Pollio, Zosime et Vopiscus.

(3) « Bonorum principum clementia , ubi pietas requirebat. »

32 l'état ancien

moindre justice que nous devions à ses vertus, est de la croire innocente.

(i) Tout ce qu'on sait, à n'en pouvoir douter, de la famille de Zénobie , c'est qu'elle se vantait elle - même de descendre des Ptolomées, et qu'elle aimait à compter Cléopâtre parmi ses ancêtres.

Elle passait pour une beauté extraordinaire , ce que ne dément point la description particulière que nous avons de sa personne. « Elle avait le teint extrêmement « brun (conséquence nécessaire de sa manière de vivre « dans ce climat-là), les yeux noirs et pleins de feu, les « dents blanches comme des perles, la physionomie mer- « veilleuscment enjouée , et toute sa personne était pleine « de grâces , au-delà de ce qu'on peut s'imaginer : sa voix « était claire et forte. »

Si à ce portrait nous ajoutons sa force non commune; que nous fassions attention à l'extrême fatigue que devaient lui causer ses exploits militaires (car elle ne se servait point de voitures : elle allait ordinairement à cheval, et faisait souvent trois ou quatre milles à pied

(i) Il y a des gens qui croient sur l'autorité de Vopiscus, qu'Achillée , qui, à la tête des Palmyréniens , avait taillé en pièces la garnison romaine, était son père; mais Zosime appelle le chef de cette rébellion Antiochus , et loin de croire qu'il fût en aucune manière parent de Zénobie, il rapporte qu'Aurélien le crut trop méprisable pour en faire l'objet de son ressentiment. Il est surprenant qu'un chef de parti eût échappé au châtiment qu'il méritait , seulement parce qu'il n'était d'aucune considération, tandis qu'on crût devoir punir très-sévèrement ceux qui étaient moins coupables.

DE PALMYR E. 33

avec son armée), et qu'en même temps nous nous la représentions haranguant ses soldats avec un casque en tête et les bras nus , selon sa coutume ; nous nous formerons une idée de ce qui caractérise au juste cette beauté mâle • qui rappelle plutôt dans l'esprit Minerve que Vénus.

Elle lui ressemblait avec autant de raison du côté de Sa sciencc l'esprit; car elle entendait plusieurs langues; elle parlait égyptien à merveilles, et elle savait le latin, quoique, par une timidité qui était l'effet de sa modestie, elle ne se souciât pas de le parler; mais elle le lisait et le traduisait en grec. Elle possédait l'histoire, et elle était sur-tout si versée dans celle d'Alexandrie et de l'Orient, qu'on dit qu'elle en fit un abrégé.

Elle était prudente et circonspecte dans ses délibéra- Ses vertus, tions, mais ferme dans l'exécution; généreuse sans profusion ; si chaste qu'on rapporte qu'en mariage elle n'avait d'autre vue que la propagation (i) : elle était franche ou réservée, usait de sévérité ou d indulgence, selon l'occasion.

Nous ne dirons point quelle était sa religion : c'est un Sa religion, point controversé qui prendrait plus de temps à discuter que nous ne pouvons y en mettre ; mais il me semble que c'est faute dexaminer, que Ion a cru que les Juifs lui avaient fait embrasser leur religion.

(i) « Cujus ea castitas fuisse clieitur ut ne virutn suuni quidem « sciret nisi tentatis conceptionibus. » Treb. Pcll.

34 L état ancien

Elle aimait ie Avec ces vertus mâles et guerrières Zénobie avait ce magnificence, faible, attacbé à son sexe, d'aimer avec ardeur la magnificence et le faste. Ses habits étaient de riches étoffes et couverts de pierreries. Elle affectait, dans sa façon de vivre, la pompe des rois de Perse, et elle recevait hommage de ses sujets avec la même splendeur. Elle imitait les Romains dans ses festins; mais, à l'exemple de Cléopâtre, elle buvait dans des coupes d'or enrichies de pierres précieuses.

Trébcllius Pollio, qui me fournit tout ce que je rapporte de Zénobie, ajoute une circonstance qui pourrait Elle était exposer notre héroïne à la censure. «Il dit (i) qu'elle

bonne 1 v / x

buveuse. « buvait souvent avec ses officiers , et qu'en fait de bois- « son elle l'emportait sur les Perses et sur les Arméniens, « quoiquil dise en même temps qu'elle buvait modéré- « ment. »

Quoique ce fût un manque de délicatesse en cette reine que de boire ainsi, néanmoins ces paroles de son s;ms donner historien ne la chargent point absolument dintempé-

dans l'in- . .

tempérance, rance, et il me semble que tout ce qu'on en peut raisonnablement conclure, c'est que, comme elle pouvait boire beaucoup sans s enivrer, elle se servait en habile politique de cette qualité de son tempérament pour Klle connaître les esprits, et pour découvrir les secrets qu'il ommençaà fallait qu'elle sût pour faire réussir ses projets.

cgner jeune, 1 L A J

quoiqu'elle Ajoutez à ces qualités extraordinaires que Zénobie

l'expérience.

reg

(i) « Bibit sîrpe cum ducibus, cum esset alius sobria : bibit etiam cum Persis et Armenis ut eos vinceret. » Treb. Pol.

prit les rênes du gouvernement avec les avantages de la jeunesse et de l'expérience, lesquels se rencontrent rarement à-la-fois dans la même personne. Nous pouvons juger de l'âge qu'elle avait alors, puisque plusieurs années après elle se remaria à Rome, et qu'elle eut des enfants; cependant elle avait déjà acquis tant d'expérience sous la conduite de son mari , qu'elle accompagnait toujours dans ses campagnes , que l'empereur Aurélien lui attribue l'honneur des victoires qu'Odénat remporta sur les Perses, dans la lettre qu'il écrivit au sénat, et que Pollio nous a conservée.

Il est fâcheux que l'unique auteur qui ait écrit la vie de cette reine, et dont nous avons tiré ces particularités touchant ses mœurs, sa personne, son habillement, ne dise rien des événements importants qui caractérisent son règne, et qu'il fasse connaître si peu l'esprit de ses actions héroïques, tandis qu'il entre dans un détail si circonstancié de choses de moins de conséquence. Si on lui a obligation de savoir que Zénobie avait les yeux noirs et les dents blanches , on ne saurait s'empêcher de lui faire des reproches de ne nous apprendre rien du tout des batailles qu'elle a données, ni des lois qu'elle a faites.

Cela étant ainsi, il faut avoir recours à l'histoire des empereurs romains contemporains de Zénobie (i): son

(i) Tous les faits sont tirés de Zosime et de Vopiscus : il est inutile de les coter à tout moment.

36 l'état ancien

histoire est tellement liée avec la leur, qu'elles peuvent fort bien s'éclaircir Tune l'autre.

Elle prend le Zénobie prit le gouvernement au nom de ses fils

gouverne- , , f

ment au nom alors tr.es-jeunes. Gallien était, la dernière année de

de ses fils. v -î i .

son règne, un des plus mauvais empereurs qu d y ail eu, et elle trouva ses affaires dans un embarras cxlrême- Gaiiien. ment favorable à son ambition. L'amour des lettres était l'unique bonne qualité de cet empereur : ses mau- Son vaises qualités étaient sans nombre; mais la débauche caraaue. ^ cruauté étaient ses vices favoris, et l'on dit qu'en cela il pouvait le disputer à Héliogabale et à Néron. Une négligence entière de ce qu'il devait à sa patrie et à son père captif auraient réduit l'empire à un état de confusion irréparable, si Odénat n'eût soutenu son intérêt en Orient, zénobie fait Les vues de Zénobie étaient incompatibles avec l'alde^SyS? liance des Romains. On ne voit pas trop sous quel Mésoota- prétexte elle rompit les engagements que son mari avait contractés avec eux; mais elle attaqua et défit Héraclien, que Gallien avait envoyé avec une armée contre les Perses ; l'action fut vive; peu s'en fallut que le général romain ne fût fait prisonnier, et elle demeura en possession de la Syrie et de la Mésopotamie. Cette même année Gallien fut assassiné à Milan.

Claude lui succéda. Il était d un caractère si aimable et si différent de celui de son prédécesseur, qu'il aurait sans doute rétabli le bonheur et la tranquillité dans l'empire , s'il eût régné plus long - temps. « 11

mie.

Claude.

DE PALMYRE. 3j

« avait (i) la valeur de Trajan, la piété d'Antonin, et la son

! , 19 . >•! i caractère.

«modération d Auguste», vertus quil employa sans relâche au service du public. Il tourna principalement ses soins vers la réforme. On voit par une lettre qu'il écrivit au sénat, immédiatement avant la victoire mémorable qui le fit surnommer gothique , combien cette entreprise était difficile.

Pendant qu'il était ainsi occupé en Occident, Zénobie zénobiefaît

1 , 1 ' la conquête

envoya Zabdas en Egypte pour en faire la conquête. dc l'Égypte. Peut-être réclamait-elle cette province en vertu d'un droit héréditaire, comme descendante des Ptolomées, ses anciens rois; mais elle y avait un parti soutenu par un certain Timogènes. Zabdas , officier expérimenté qui avait servi sous Odénat, et qui avait été de toutes les batailles de la reine, en vint aux. mains avec les Egyptiens et les vainquit Ce succès le mit en possession de cette province : il y laissa un corps de cinq mille hommes , et retourna à Palmyre.

Cette révolution arriva pendant labsence de Probus, préfet d'Egypte, qui était allé en course contre les pirates qui infestaient les mers voisines. Il revint quand il apprit cette nouvelle, et il chassa les Palmyréniens du pays.

Ce changement soudain qui arriva dans les affaires de Zénobie, en Egypte, y fit retourner Zabdas avec une armée. Probus lui livra bataille et le vainquit.

(i) Treb. Poil.

38 l'état ancien

Non content de ce succès, il voulut couper chemin aux Palmyréniens , et empêcher leur retraite ; mais cette entreprise lui fut fatale; car s'étant pour cet effet emparé des hauteurs qui étaient dans le voisinage de Babylone (ce sont les mêmes qui commandent aujourd'hui le Caire) Timogènes, qui connaissait mieux le pays que lui, montra aux Palmyréniens un chemin qui conduisait au haut de cet endroit-là, et qui n'était point gardé ; ainsi ils surprirent son armée et la détruisirent. Prohus, fait prisonnier, se tua de désespoir des malheurs que sa mauvaise conduite avait causés, et Zénobie devint maîtresse de l'Egy pte.

Claude, sur la fui de la seconde année de son règne, résolut de marcher lui-même contre Zénobie; mais il mourut de la peste à Sirmich , dans la Pannonie. Auiéiien. Aurélien fut élu en sa place par l'armée, et Quintillus, frère du feu empereur, par le sénat; mais celui-ci étant mort dix-sept jours après, Aurélien n'eut plus de concurrent à craindre , et il fut unanimement proclamé empereur.

Son C'était un simple soldat de fortune, qui du plus bas

caiactcre. rang je parmée s'était élevé au poste de général de la cavalerie. Sa force remarquable, son grand courage, et le soin infatigable qu'il prit de maintenir la discipline militaire , furent les vertus auxquelles il devait son élévation. Il récompensait généreusement; mais il était prompt à punir, et il le faisait toujours avec sévérité. La cruauté était son vice dangereux, d'autant plus qu'il ajoutait foi trop légèrement aux rapports qu'on lui

DE PALM Y R E. 3o,

faisait; cependant Rome se trouva mieux de ses vertus qu'elle n'eut à souffrir de ses vices. Claude n'avait remédié qu'en partie aux désordres que Gallien avait laissé introduire dans l'état, et il fallait un homme d'un courage plein d'activité, tel qu'Aurélien, pour achever ce grand ouvrage. Pendant qu'il employa avec succès les zénobie fait

o r> x a ^ Ja conquête

deux premières années de son règne à faire la guerre d'une grande aux Goths, aux Germains, aux Vandales, et a retormer de l'Asie, la police à Pvome, Zénohie ajouta à ses états une grande partie de l' Asie-mineure.

Arrêtons-nous un peu à considérer la situation présente de Zénobie : voilà cette reine arrivée au comble de sa gloire ; et elle fournit l'exemple d'un des plus extraordinaires et des plus rapides revers de fortune qu'il y ait dans l'histoire.

Un petit territoire au milieu d'un désert , sous le L'étendue gouvernement d'une femme, étend ses conquêtes sur conquêtes, plusieurs pays riches, et sur des états considérables. Les puissants royaumes de Ptolomées et des Séleucides font partie des états dune simple ville dont on cherche en vain le nom dans leur histoire ; et Zénobie , renfermée naguère dans les sables arides de Palmyre , renferme à-présent l'Egypte dans ses états au sud, et s'étend au nord jusqu'au Bosphore et à la mer Noire.

Jusqu'ici ses succès n'avaient guère été interrompus. Claude avait cru qu'il était plus prudent d'employer toutes ses forces à supprimer des maux plus voisins. Aurélien avait approuvé sa conduite, tant par la lettre

4o l'état ancien

que nous voyons qu'il écrivit au sénat (i), qu'en suivant les mêmes mesures; car il subjugua entièrement les Goths, et ensuite il marcha au secours de l'empire d'Orient. Il traversa le Bosphore à Byzance; et à l'exception de Tyanc, ville de Cappadoce qu'il prit par stratagème, il marcha à Antioche sans opposition. Batailles Ce fut à cette ville et à Emèse que se donnèrent ces dîmêse.Ct deux batailles qui firent regagner à Aurélien les provinces d'Orient , et qui réduisirent Zénobie à se réfugier dans sa capitale

La dernière de ces deux actions fut très-opiniâtre : mais ce qu'il y eut de plus remarquable dans l'une et dans l'autre, c'est que les Palmyréniens furent supérieurs aux Romains en cavalerie; ceux-ci le furent dans fart de la guerre. Ce pays se distingue encore aujourd'hui par ses chevaux, et les habitants excellent dans l'art de les monter.

Aurélien Aurélien poussa jusqu'à Palmyre , extrêmement p?wre. harassé dans sa marche par les brigands de Syrie, et après avoir pris les précautions nécessaires pour que son armée ne manquât point de provisions, il assiégea la ville. La garnison la défendit avec une opiniâtreté extraordinaire : c'est ce qui parait particulièrement par la lettre (i) qu' Aurélien écrivit à Mucapores, pour lui rendre raison de la longueur du siège.

(i) Treb. Poil, a conservé cette lettre dans la vie de Zénobie. (à) Cotée par Vopiscus dans la vie d' Aurélien.

Enfin las de faire d'inutiles efforts, il résolut de tenter n écrit à la voie de la négociation. 11 écrivit donc à Zénobie (i), mais en des termes qui prescrivaient plutôt des conditions qu'ils ne les proposaient : aussi les rejeta-t-elle avec un souverain mépris; et malgré l'état désespéré de ses affaires, Zénobie traita ses offres d'insolentes. Sa réponse

s-M t a • >c i t hautaine.

Elle le fit ressouvenir que Cleopatre avait préfère la mort à une vie déshonorable : elle porta même l'insulte jusqu'à lui rappeler les avantages que les brigands Syriens avaient remportés sur son armée.

Cette réponse hautaine irrita davantage Àurélien. Il

(i) Vopiscus a conservé cette lettre : «Aurelianus imperator rom. « orbis et receptor orientis, Zenobia?, ca?terisque quos societas tenet « bellica. — Sponte facere debuistis id quod meis litteris nunc ju- « betur : deditionem pmecipio impunitate vitae propositâ, ita ut illic, « Zenobia, cum tuis agas vitam, ubi te ex senatus amplissimi sen- « tentiâ collocavero. Gemmas, argentum, aurum, sericum, equos, « camelos, in œrarium ro. conféras. Palmyrenis jus suum servabitur. » Vopiscus ajoute : « Hac epistolà accepta, Zenobia superbius insoîen- « tiusque rescripsit quam ejus fortuna jioscebat , credo ad terrorem.»

Voici la copie de sa lettre rapportée par le même auteur. « Zenobia « regina orientis Aureliano Augusto. — Nemo adhuc, prrcter te, quod « poscis litteris petiit : virtute faciendum est quidquid in rébus belce licis est gerendum. Deditionem meara petis, quasi nescias Cleo- « patram regiuam perire maluisse , quam in qualibet vivere dignitate : « nobis Persarum auxilia non desunt, qua? jam speramus. Pro nobis « sunt Saraceni, pro nobis Armenii. Latrones Syri exercitum tuum, « Aureliane, vicerunt ; quid igitur si illa venerit manus , quae undique « speratur? Pones profecto supercilium, quo nunc mihi deditionem, « quasi omnifariam victor , imperas. » Vid. Vopis. in vit. Aurelian.

l\1 LÉTAT ANCIEN.

fit faire sur-le-champ une attaque générale et plus furieuse; et tandis que d'un côté il pressait les assiégés avec tant de vigueur, il intercepta de l'autre les secours qui leur venaient de Perse , et il détacha les Sarrasins et les Arméniens de leur parti.

Etat déploya. Outre cela, la ville commença à manciuer de pro-

ble de . . 7 1 1

Paimyre. visions , pendant que 1 ennemi en avait en abondance, circonstance très-décourageante pour les Palmyréniens, qui avaient fondé leurs espérances sur-tout sur la difficulté que trouverait Aurélien à faire subsister son armée dans le désert.

Dans cette calamité ils résolurent de faire savoir aux Perses la situation désespérée où ils étaient, et d'implorer leur assistance contre l'ennemi commun, zénobie Zénobie voulut aller elle-même négocier cette affaire, ed*a5eren et e^e Partit pour la Perse sur un dromadaire, animal ^cher dT dont on se sert aujourd'hui dans ce même pays pour secours, et est Y0vager en diligence ; mais elle ne put échapper à la vigilance des assiégeants. Aurélien informé de son évasion dépêcha après elle un parti de cavalerie , qui l'attrapa comme elle venait d'entrer dans un bateau pour passer l'Euphrate.

On dit que l'empereur romain ressentit un plaisir infini à la vue de la reine captive; cependant il était un peu mortifiant pour son ambition de considérer que la postérité ne regarderait jamais cette conquête que comme la conquête d'une femme, scîendàia Zénobie étant prise , les habitants de Paimyre se d Aurélien. rendirent , et s'abandonnèrent à la merci de Tempe-

DE PALM Y RE. f\ 3

reur, quoiqu'il y eût dans la ville un parti considérable qui voulait la défendre jusqu'à la dernière extrémité. Aurélien les épargna à cause de leur soumission, et retourna à Emése avec Zénobie , emportant avec lui une grande partie des richesses de Palmyre, où il laissa une garnison de six cents archers commandés par Sandério.

A Emcse Aurélien examina le procédé de Zénobie, et les motifs qu'elle avait eus pour lui résister avec autant d'opiniâtreté.

Je souhaiterais pouvoir ici justifier sa conduite ; abandonne mais il faut avouer qu'en cette occasion elle imita peu ^oîalt son grand modèle Cléopâtre, et qu'elle acheta une vie mourir, déshonorable aux dépens de ses amis qu'elle trahit indignement : elle déclara ceux qui l'avaient conseillée dans ce qu'elle avait fait. L'empereur les fit mettre à mort, et elle fut réservée pour orner son triomphe.

Lonçin fut du nombre de ceux qui souffrirent : on Longm est de

o 1 leur

l'accusa d'avoir dicté cette lettre hautaine que Zénobie, nombre, sa maîtresse, avait écrite à l'empereur. Le courage intrépide (i) avec lequel il subit son sort fait voir qu'il était aussi brave que savant.

Les malheurs de Palmyre ne finirent point ici. Quand on passe si rapidement d'un état de liberté, dont on a joui long-temps, à un état d'esclavage, rarement Paimyrese

pn >11 , . . -, l'évolte et en

sounre-t-on tranquillement sa condition, et ne prend-on est punie.

(i) Zos. lib. i.

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