‹ Les ruines de Paris en 4875, documents officiels et inédits: documentsChapitre 2 sur 13 · I.ZCJ;.,G00«|C · texte numérisé non relu

I.ZCJ;.,G00«|C

grande cité, et elle doit se retrouver telle aujourd'hui qu'elle était il y a deux mille ans, à l'heure où s'est précipitée la gigantesque avalanche de terre, de cendres et de sable sous laquelle elle est ensevelie.

Nous restâmes longtemps pensife, absorbés dans une contemplation muette. Le silence s'était fait autour de nous, comme si quelque habitués que nos hôtes fussent à cette vue, sa grandeur produisait toujours sur eux un indéfinissable effet de terreur et de vertige. Ils ignoraient, pourtant, que de richesses, que de merveilles, que de souvenirs gisaient sous ces mon- .ceaus de sable, sous cette plaine aride, oii ne croît qu'une herbe chétive et jaunie. Ils disent qu'il n'y pleut jamais et que le ciel y reste toujours voilé; une cramte superstitieuse les

empêche d'y mener paître leurs troupeaux, et le plus brave n'oserait s'y aventurer la nuit. Ils racontent que, certains soirs d'orage, la vie semble se réveiller dans ces abîmes. Des myriades de lueurs phosphorescentes rasent le sol, et des bruits confus retentissent dans les entrailles de la terre.

Les marteaux retombent sur l'enclume, les machines sifflent, les métiers crient, les chevaux hennissent, les chariots routent lourdement sur le pavé. Les éclats de rire se mêlent aux sanglots étouffés, les plaintes douloureuses aux ricanements moqueurs, les blasphèmes aux chastes prières. On entend les clameurs de l'orgie et les soupirs des vierges, les imprécations et les cantiques sacrés, les grinceiftents de dents et les chants joyeux, les gémissements sourds, les cris désespérés

et le murmure des voix amoureuses, le cliquetis des chaînes et le bruit des baisers, les monceaux d'or qui s'écrouient et les râlements de la faim. Puis tout à coup les appels stridents du clai- . ron résonnent; et, dominant le tumulte, faisant baisser toutes les têtes, la voix grave de milliers d'orgues s'&« lève, et lance dans l'espace des S3rmphonies funèbres qui semblent annoncer les funérailles de tout un monde.

Alors peu à peu les feux s'éteignent, le silence renaît, et la mort reprend possession de son empire.

Il-dépend de vous, Monsieur le Ministre, qu'une partie de ces rêves deviennent des réalités. Mais, vous le comprendrez, et l'esprit si élevé de l'Empereur ne peut manquer de s'associer à votre pensée, pour qu'un résultat rapide et complet soit obtenu ,

il faut que les moyens dont je disposerai répondent à l'importance du but que nous nous serons proposé.

J'ai l'honneur d'être avec respect,

de Votre Excellence,

Monsieur le Ministre,

le très-humble, très-dévoué et trèsobéissant serviteur

Amiral baron Quésitor.

G4 mONSIEVR L'aiMlRAL 'Baron QJJÉSITOR

Page 1