ET DES BEAUX-ARTS
A NOVUÊA ICÀLÉDONIE]
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A Son Excellence Monsieur le Ministre de l'Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts, à Nouméa fCalédonie).
Paris, le 2 mari 4^76.
Monsieur le Ministre,
fHlous avions assez tristement Kft commencé l'année, attendant l'arrivée du Scrutatrix qui n'est entré en rade que le 8 janvier ; mais
dès le lendemain notre vénérable doyen nous faisait connaître en séance solennelle les disdncdons acxordées à chacun de nous. C'est donc par l'expression de nos bien sincères remerdments que débutera cette fois notre rapport, et nous prions Votre Excellence de vouloir bien transmettre à l'Empereur l'hommage de notre respectueuse gratitude.
Les décorations accordées à l'armée lui ont été distribuées par M. l'amiral Quésitor, après une grande revue, pendant laquelle le nom de Sa Majesté a été plusieurs fois acclamé avec enthousiasme. La tribu établie sur les bords de la Seine était accourue pour jouir de ce spectacle, et ces derniers représentants du vieux monde mêlaient bruyamment leurs cris à ceux de nos soldats.
On ne saurait vraiment trop admirer l'intelligence de ces hommes encore à demi sauvages. Sans cesse en contaa avec nous, ils s'efforcent de surprendre les secrets de notre civiUsadon, et se les approprient un à un avec une rapidité prodigieuse. Plusieurs de nos procédés ont été déjà perfectionnés par eux, et notre pays leur est redevable de nombreuses inventions, que nous nous sommes empressés d'adopter.
Nos institutions politiques leur sont aujourd'hui connues dans leurs moindres détails, et ils les critiquent tout haut. Chose étrange, dès qu'ils abordent ce sujet, la passion les emporte et la raison semble les abandonner.
' Ces barbares, absolument étrangers, it y a quelques mois, à notre oi^anisation sociale, sur ce point encore
nous proposeraient volontiers des perfectionnements ; ils ont déjà à nous offrir deux ou trois systèmes complets, plus insensés les uns que les autres, et qui renversent toutes les idées reçues en matière d'impôts, d'instruction publique, de religion, de franchises munidpales, etc., etc. Ils servent enfin charmés de nous voir adopter le prindpe fondamental de leur gouvernemer^, qui (insiste à changer de chef le plus souvent possible.
En dépit de ces aberrations et du peu de succès qu'elles obtiennent auprès de nos soldats, la petite tribu nous témoigne toujours une sympathie très-réelle, et semble suivre avec un vif intérêt le cours de nos travaux.
Ceux-ci se continuent activemoit, et nous avons retrouvé l'imposante nécropole où, depuis l'origine de la
mooarchie, étaient déposés les restes mortels des souverains français. C'est un immense palais, situé à l'extrémité du cimetière que décrit notre dernier rapport. Les étages supérieurs se sont écroulés; mais le rez-de-chaussée a presque partout supporté ce poids sans feiblir, et ses vastes salles nous ont conservé d'incomparables trésors historiques.
Deux d'entre elles renferment des cercueils de pierre, laides, massifs, et chargés d'inscriptions en caractères hiératiques. Nous y constatons que la langue sacerdotale des Français a varié avec les siècles, car plusieurs inscriptions s'écartent du type employé sur le monolithe de la place de la Navigation; l'écriture en est lourde, régulière, littérale plutôt que symbolique, mais tout a^ssi indéchiffrable.
Les salles contiguës sont reiTq)iies de statues et de bustes représentant les rois et les reines dé France, dont les corps reposent sans doute dans les souterrains de Tédiâce. Ailleurs, des groupes rappellent les principaux événements de leur règne.
Quelques-uns de ces souverains portent le costume des empereurs romains; mais il n'en faudrait pas conclure que les Français Talent parfois adopté. Quatre ou cinq rois seulement, nous dit H. Martin (i), eurent rinnocente manie de se faire représenter ainsi. D'autres sont presque nus : ceux-là préféraient imiter certains dieux des religions primitives.
Les runes e&es-mêmes n'échappaient point à ce travers. Nous savions déjà
(i) Recueil générât det hUtarien* fronçai».
par Jehan de Sismondi (i) que l'une d^elies, 'nommée Diane, avait plus d'une fois posé pour des statues de cette déesse, et nous retrouvons ici les marbres auxquels le véridique historien fait allusion.
Les Vénus sont également nombreuses, et il s'en trouve une qui l'emporte sur toutes par la hardiesse et le lîni de Texécutton. Ellf est nue jusqu'à la ceinture, et son genou gauche, un peu relevé, semble retenir seul tes mille plis de son vêtement prêt à tomber. Le torse est souple et vivant. La poitrine rappelle ces jolis vers de V Anthologie :
Voyez-vous ces veines d'azur, Légères, fines et polies.
Courant sur des seins arrondis Dans la blancheur d'un marbre pur (2] ?
(tt Fragment* de Vhittoire de Henri II.
{1) A. de Musset, dans l'Anthologie françaiie ,
La tête, noble et fière, exprime la puissance consciente d'elle-même et sûre de toujours vaincre. Les deux bras manquent, malheureusement, et nous les avons cherchés en vain.
M. Chevalier pense que Ton dmt attribuer ce chef-d'œuvre au célèbre sculpteur Karpeau, qui florissait vers la fin du seizième siècle.
Pendant que nos photographes prenaient possession de la nécropole, nous poursuivions le cours de nos recherches, et nous nous trouvions en présence de deux églises construits sur le même plan et reliées entre elles par une tour octogone. Nous avons déblayé seulement les façades, qui
11, 4, 9. — Cm Ters montrent bien dans quelle grossière erreur sont tombés les scoliastes qui prétendent que Ica poètes franfais fusaient toujours alterner les rimes masculines et lea rimes féminines.
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sont fort élégantes, et nous avons appris ainsi que l'un de ces temples était consacré à sainte Marie du Louvre.
Une inscription, gravée dans la pierre et sans doute incomplète, portait, en effet* ces mots :