‹ Les ruines de Pompéi (volume 2)Chapitre 18 sur 36 · PLANCHE XXXVII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXVII

A gauche de 1 édifice que nous venons de décrire, se trouvent les ruines d’un autre bâtiment communément appelé la Caria, et marqué G sur le plan général. Sa construction en briques et en opus retxculatum , anciennement revêtue de marbre, est tout-à-fait romaine; mais les parties qui nous en restent sont tellement dépouillées de leurs accessoires , qu’il serait difficile de reconnaître la destination, et même de retrouver exactement l’ancienne disposition architecturale de ce monument. Aussi, la plupart de ceux qui ont écrit sur Pompéi n’en ont-ils fait aucune mention, et leur silence est d’autant plus à regretter que le concours de leurs lumières était désirable là surtout où nous n’avons ni ornement, ni peinture, ni inscription pour nous fournir quelque indication.

Sa disposition, d’une forme tout inconnue, consiste en une grande salle carrée d’environ 18 mettes de large sur 20 mètres de profondeur, terminée au fond par un hémicycle. La grande largeur de cette dernière partie et la richesse du décor intérieur, attestée par les restes de plusieurs piédestaux, qui ont dù porter autant de statues, nous font croire que cet édifice pourrait

EXPLICATION DES PLANCHES. 5i

avoir été destiné aux réunions des autorités principales : ce serait le Senaculum, ou, comme le veut M. JBonnucci, le Decurionat , lieu d’assemblée des décurions (1).

Cette supposition paraîtra certainement plus probable que l’opinion de ceux qui veulent y voir le Comüium , ou même XÆrarium, ou bien le temple de Saturne; car, ce que nous avons dit précédemment des cérémonies usitées dans les comices, ne pourrait guère s’appliquer a ce monument. De plus, rien dans sa disposition ne répond à l’idée qu’on se fait d’un lieu solide, retiré et sûr, propre à recevoir des trésors. Nous sommes donc portés à attribuer à cet édifice la dénomination ci-dessus indiquée jusqu’à ce que l’on ait donné des notions plus certaines sur son ancienne destination.

Examinons maintenant sa construction par rapport aux restaurations que différents architectes en ont données.

La présence d’un fragment en marbre d’une base de pilastre, à l’angle de l’hémicycle, marqué II , et la grande largeur de la salle ont sans doute engagé plusieurs de ces architectes à placer un rang de colonnes de chaque côté de cette salle, dans toute sa longueur. Mais ils n’ont plus retrouvé apparemment les restes du dallage en marbre que j’ai relevé exactement dans le temps, et qui aurait pu les convaincre de l’impossibilité de la disposition qu’ils ont adoptée. L’inspection de ce dallage, figuré sur notre plan, prouve facilement que ces colonnes sur les deux faces latérales n’ont pu y exister. Je serais même tenté de croire que toute la salle était couverte d’une voûte, si les murs avaient la force qu’en pareil cas on leur donnait ordinairement. Aussi, Mazois, dans une petite restauration de cet édifice, que nous avons sous les yeux, a-t-il adopté un plafond; mais, malgré la probabilité de cette hypothèse, nous avons hésité à en publier le dessin. J’en ferai connaître cependant les dispositions principales : Mazois suppose que l’édifice (planche XXXVII) se prolongeait jusqu’à la colonnade du portique du forum, en formant, sur ce prolongement, deux arcades, afin de 11e pas interrompre la communication du portique. Il suppose en outre la façade composée de deux pilastres, aux angles, séparée par six colonnes d’un diamètre plus fort que le restant du portique, et par là il interrompt la ligne de son entablement, ainsi que la communication de l’étage supérieur. Nous avons déjà, dans la description du monument précédent, désapprouvé cette disposition malheureuse, quoiqu’elle soit en partie motivée par la présence des assises en pierre, L, d’une dimension plus forte, dans cet endroit, que les assises, en M, qui forment l’assiette des colonnes du forum : l’effet en aurait été trop désagréable.

En examinant l’intérieur de l’édifice, on peut soupçonner que le devant des deux grands renfoncements, E, que nous croyons être des chapelles pour célébrer les rites usités dans ces assemblées, était décoré de deux colonnes et de deux pilastres, comme nous le voyons au devant des niches du Panthéon à Rome. Nous supposons pareillement que le contour de la partie demi circulaire était orné de colonnes et de pilastres d’un diamètre moindre, d’après les assises de libage qui sont encore visibles dans la hauteur des soubassements. La niche, D, paraît avoir contenu une statue assise. Une base de pilastre, H, et le fragment d’un chambranle, N, sont les seuls témoins de l’ancien revêtement en marbre, ainsi qu’une partie assez considérable de dallage, qui m’a permis d’en rétablir les compartiments. Enfin, le massif, F, au milieu de la salle, me semble plutôt le reste d’un autel que d’un piédestal. Une porte, I, paraît avoir servi de communication avec plusieurs pièces situées derrière l’édifice; leur destination est aussi problématique que le reste.

(1) Senacula était le nom donné, à Rome, aux lieux où se réunissaient les sénateurs, représentés dans les villes municipes par les décurions. Vitruve ne parle pas de ces sortes d’édifices , qui paraissent avoir eu la même destination que les curies dont il donne les proportions.

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