‹ Les ruines de Pompéi (volume 2)Chapitre 23 sur 36 · PLANCHE XLI · texte numérisé non relu

PLANCHE XLI

Rien n’a manqué pour compléter la magnificence de ce forum et la richesse de sa décoration, fous les genres d’édifices honorifiques y sont représentés, et parmi ceux que nous avons déjà cités, il faut encore mentionner les quatre arcs de triomphe, dont deux décorent les entrées et les deux autres l’intérieur de la place. Ces monuments, consacrés par la reconnaissance et plus souvent par l’adulation à la gloire de quelque citoyen illustre, ou bien en souvenir de quelque événement mémorable, sont les plus nombreux de ceux que l’antiquité nous a conservés. Une telle abondance d’édifices de luxe et de vanité ne témoigne pas en faveur des temps qui nous les ont légués, mais il faut s’empresser d’ajouter aussi qu’aucun de ces monuments ne date du beau temps de l’héroïsme et de la vraie vertu : ils sont tous, sans exception, de lere de la décadence morale. Les Grecs, ni les Égyptiens, ne paraissent pas les avoir connus, du moins nous n’en trouvons point de traces ni parmi les ruines de ces pays, ni dans leur histoire. L’arc de triomphe à Athènes, et un autre que j’ai eu occasion de dessiner à Antinoë, appartiennent tous deux au temps d’Adrien et sont évidemment de construction romaine. Vitruve même ne fait pas mention de ces sortes de monuments, et nous présumons que l’usage n’en était pas encore connu de son temps.

On rapporte ordinairement l’origine de ces monuments à ces constructions provisoires en bois et en feuillage qu’on élevait dans les rues et sur les routes au passage des triomphateurs. Il nous semble, à nous, que c’est plutôt à l’habitude de décorer, dans ces occasions, les portes des villes, que nous devons ce genre de construction , si multiplié dans la suite, et qu’un auteur romain (Pline) appelait une nouvelle invention; du moins leur disposition tout architecturale fait présumer une telle origine. Si, au contraire, l’idée des arcs de triomphe était due à ces constructions passagères et frêles, dont nous venons de parler, certes, ils en auraient conservé le caractère, la disposition, et même les attributs. Mais rien de tout cela ne se retrouve dans les édifices en question : c’est, au contraire, la forme, la disposition des portes ordinaires, seulement plus riches et plus décorées.

Le double but que remplirent dans la suite ces constructions vient encore à l’appui de ce que nous venons de dire. En effet, nous trouvons des arcs de triomphe isolés et simplement honorifiques, comme ceux de Septime Sévère, de Tite et de Constantin, sur le forum de Rome; d’autres, qui sont à la fois arcs de triomphe et portes de villes , comme nous en voyons de même à Rome, à Vérone, à Autun, etc., etc. ; d’autres encore qui sont en même temps destinés à donner entrée à des places publiques ou à des enceintes réservées, comme deux des arcs du forum dePompéi et quatre d’une époque plus rapprochée, formant l’enceinte de l’ancien temple de Salomon à

56 explication des planches.

Jérusalem (0- Enfin, il nous reste des exemples d’nne troisième espèce pour orner les extrémités des ponts, comme ceux de Saint-Chamas en Provence.

Les arcs de triomphe variaient aussi dans leur forme et dans leur décoration : les uns se composaient d’un seul arc, avec ou sans colonnes; d’autres de deux, trois, et même quatre arcs: ces derniers étaient des portes triomphales de villes, comme à Autun, où elles sont surmontées d’un attique percé d’arcades et richement décoré de pilastres; sous le rapport de 1 ajustement, c’est l’exemple le plus remarquable que nous offre 1 antiquité.

Les temps modernes n’ont pas été moins prodigues de ces sortes de constructions, et la France surtout est riche en monuments de ce genre. Ils sont assez connus pour que nous nayons pas besoin de les rappeler.

Quant à ceux de Pompéi qui nous occupent spécialement, il n’en reste guère que la masse brute construite en briques. Le principal des quatre arcs , celui qui, s’élevant à droite du temple de Jupiter, formait l’entrée triomphale du forum, était revêtu de marbre et orné des deux côtés de colonnes adossées et de niches. Nous donnons , planche XLI , les détails des fragments retrouvés encore en place : ils se composent de deux bases de colonnes cannelées, fig. II, et d’une autre base de pilastre d’angle dont l’ajustement n’est pas très-heureux. On peut en dire autant du profil de l’imposte, fig. III, qui rappelle la décadence de l’architecture romaine. La fig. IV donne un ajustement peu connu d’un des appuis des niches qui décorent les faces de l’arc. On a découvert dans une d’elles un tuyau en plomb , probablement destiné à conduire des eaux. Il est possible que l’ajustement du bas de ces niches, ou leurs statues mêmes, aient servi de fontaines. Pompéi nous offre plus d’un exemple de ce genre, comme on peut le voir , pl. 22 de la 6‘ livraison du Musée Borbonico , où sont représentées plusieurs statues-fontaines. La vue de cet arc, prise de la rue du Temple de la Fortune, à laquelle il fait face, est représentée fig. I. On y voit, à droite, la face latérale du temple de Jupiter, et, à gauche, les restes du portique du forum.

L’arc, au côté opposé, n’a que l’épaisseur du mur, et se compose d’une simple arcade. Le sol de la rue étant plus élevé, on y descend par cinq marches; entre cette arcade et la porte la plus voisine, se trouve une de ces nombreuses fontaines dont la ville était si richement pourvue. Nous avons remarqué aussi des traces de gonds qui prouvent, comme nous l’avons déjà annoncé, que toutes ces entrées étaient fermées.

A la suite de cette dernière arcade, à gauche du temple, s’élève un troisième arc, dont la position choque singulièrement les amateurs de la symétrie. On ne peut concevoir le choix de cet emplacement, qui nuit d’une manière désagréable à l’effet du bel ensemble dont se compose le fond de ce tableau, et on se demande pourquoi cet arc n’est pas placé à l’alignement de l’autre, et pour quel motif on a ainsi détruit par une maladresse inexplicable l’harmonie de cette place (2).

Cet arc était également revêtu de marbre et décoré de pilastres cannelés dont on a découvert les bases. Mazois a fait de ces deux arcs une restauration satisfaisante, que nous avons données , planche XXXII.

Le quatrième arc est placé au milieu, du côté opposé à la face principale du temple de Jupiter. Il n’en reste pareillement que la masse en briques et des revêtements en marbre avec pilastres. La grande profondeur de cet arc fait présumer qu’il a dû être surmonté d’un quadrige.

(1) L auteur prépare la publication de son voyage en Syrie et en Palestine, qui contiendra une vue générale de Jérusalem et les principaux monuments antiques de l’architecture juive.

(2) Si nous sommes surpris de ne pouvoir pas nous expliquer les bizarreries des siècles passés, il en est de même pour celles qui se passent sous nos yeux. Par quel motif, par exemple, a-t-on placé le très-joli pont du guichet du Louvre a côté de la rue des Saints-Pères, au lieu de 1 aligner avec cette rue et , par la suite, avec celle de Richelieu ? Personne n’a encore pu donner un motif raisonnable pour excuser une telle faute, pas même ceux qui l’ont commise.

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