DÉCOUVERT EN 1826 ET ENTIEREMENT DEBLAYE EN
PLANCHES XLVII, XLVIII, XLIX et L.
«Cest de la maison de campagne même de Scipion l’Africain que je vous écris cette lettre. Ici, je vois une ville bâtie en pierres de taille, environnée d’un mur qui entourait une forêt, et flanquée de tours servant de fortifications. Sous la maison , on trouve une citerne ombragée, qui suffirait aux besoins d’une armée entière, et un bain étroit et obscur; car nos ancêtres s’imaginaient qu’un bain 11e pouvait être chaud quand l’obscurité n’y régnait pas.
« Que je me plais à comparer les mœurs de Scipion avec les nôtres! Lui, la terreur de Carthage, le héros â qui Rome doit de 11'avoir été prise qu’une seule fois, baignait, dans ce réduit, son corps fatigué des travaux champêtres : voilà donc la vile demeure qu’il habitait! ce sol chétif quil foulait de ses pieds! Eh bien! qui voudrait aujourd’hui se baigner dans un pareil lieu? On se croit pauvre et méprisable si l’on ne marche sur les mosaïques et les marbres les plus précieux; si les marbres d’Alexandrie ne portent des incrustations de marbres de Numidie, entourées de bordures brillantes, imitant à grands frais la peinture; si le plafond n’est lambrissé de verre; si les baignoires ne sont entourées de pierres de Phasus, rareté que montraient à peine autrefois quelques temples ; si l’eau enfin ne s’écoule par des robinets d’argent.
« Je ne parle ici que des bains à l’usage du peuple : que n’aurais-je point à dire sur ceux de nos affranchis! Quelle profusion de statues! quelle profusion de colonnes qui ne soutiennent rien, et que le luxe n’y a prodiguées que comme un vain ornement! Avec quel fracas l’eau y coule en cascades! Ce luxe est parvenu au point que nos pieds délicats ne veulent plus fouler que des pierres précieuses.
«Au lieu de fenêtres, le bain de Scipion n’a que des fentes pratiquées dans le mur en pierre, qui, sans nuire à la solidité, y introduisent la lumière nécessaire. Aujourd’hui l’on se croirait dans un cachot, si la salle de bain ne recevait le soleil pendant toute la journée par de larges fenêtres; si l’on ne se hâlait en même temps qu’on se baigne; si de la cuve on n’apercevait la
(x) Cependant on a trouvé à Pompéi, comme nous l’apprend M. le ch. de Jorio, sur les murs de la maison de Castor et Pollux, ainsi que dans la maison du chirurgien, des restes d’encadrements destinés à recevoir des tableaux portatifs.
(2) Voy. Museo Borbonico, vol. VII, pl. 3, pour la peinture eu question.
campagne et la mer. Aussi les établissements de bains qui, lors de leur ouverture, avaient attiré la foule et excité l’admiration, sont regardés aujourd’hui comme d’un goût suranné, dès que le luxe parvient à se surmonter lui-même par de nouvelles inventions.
« Autrefois les établissements de bains étaient en petit nombre et sans ornements : pourquoi , en effet, aurait-on embelli des lieux où l’on était admis pour un quadrans (à peu près la valeur d’un liard de notre monnaie), des lieux destinés au besoin et non à l’agrément? L’eau n’y était, pas continuellement renouvelée, et elle ne s’écoulait pas comme d’une source chaude; on ne regardait pas connue essentielle la clarté de l’eau dans laquelle on venait ressuyer ses sueurs. Mais aussi quelle satisfaction d’entrer dans ces bains ténébreux, couverts d’un enduit grossier, et auxquels on savait que présidaient, comme édiles, un Caton, un Fabius Maximus , ou l’un des Cornélius! car ces hommes-h'i regardaient comme un devoir de leurs fonctions de visiter les lieux destinés à l’usage du peuple, de veiller à leur propreté, d’y entretenir une température utile et salubre, et non pas, comme maintenant, une chaleur si brûlante, qu’un esclave convaincu de crime, condamné à la supporter, y subirait sa peine, tant il y a peu de différence entre un bain chaud et un bain d’eau bouillante. Combien, de nos jours , Scipion nous paraîtrait grossier de n’avoir pas introduit par de larges vitres la lumière dans ses étuves, et de ne s’être pas exposé à toute l’ardeur du soleil! Il est vrai qu’il ne se baignait pas toujours dans une eau limpide; que souvent elle était trouble, et même bourbeuse dans les temps de pluie : mais il ne s’en embarrassait guère : il venait y laver sa sueur et non pas ses parfums.
« — Je u’envie guère le sort de votre Scipion, dirait-on aujourd’hui : il n’y a vraiment qu’un exilé qui puisse se baigner de cette manière. — Mais je vous dirai plus encore : il ne se baignait pas tous les jours. S’il faut en croire les écrivains qui nous ont transmis les anciens usages de Rome, on ne se lavait tous les jours que les bras et les jambes, auxquels les travaux journaliers avaient pu faire contracter quelque malpropreté; l’ablution du corps entier n’avait lieu qu’à chaque jour de marché. — Il faut en convenir, on était bien malpropre! — Mais de quoi croyezvous que se sentait le Romain d’alors? de la guerre, du travail, comme il convient à un homme. Depuis l’introduction des bains de propreté, on est devenu malpropre. Que dit Horace pour peindre un homme débauché et décrié? il dit qu'il sent les parfums. Encore, il ne suffit pas maintenant de se parfumer, il faut renouveler deux fois, trois fois par jour ces parfums poulies empêcher de s’évaporer, et on a la vanité de se glorifier d’un odorat emprunté! »
Après tout ce qui a ete dit sur les bains des anciens , nous avons cru ne pouvoir donner une idée plus exacte, un tableau plus vrai de ces établissements et des habitudes qui s’y rattachaient, que de rapporter en entier cette lettre de Sénèque (1). Rien n’y est exagéré, si nous en jugeons d après les ruiues parvenues jusqu à nous; au contraire, ce luxe effréné, que le philosophe censure avec raison, augmenta encore dans la suite, et ne cessa qu’avec la décadence de l’empire. Non seulement en Italie, mais chez toutes les nations où domina le sceptre de Rome, se retrouvent, de préférence à d’autres édifices, des traces de ces thermes plus ou moins somptueux. Nous avons cru devoir joindre à notre ouvrage ceux de Pompéi , quoique illustrés déjà par tant de publications savantes (2), afin de compléter la série de tous les genres d’édifices de cette ville célébré. Nous renvoyons donc aux ouvrages précités pour tout ce qui a rapport aux bains en général, et nous nous contentons de n’ajouter que peu d’observations sur un édifice que nous n avons pu examiner nous-même. Nous avouons encore que les dessins que nous publions
(1) Sénèque, Epist. LXXXVI.
^ ^ Gell, Donaldson, Bruloff, Bonnucci, De Jorio, et en dernier lieu par les auteurs du Musée Borbonico. Dans cette occasion
nous ne devons pas oublier un autre ouvrage de ce genre, remarquable par son importance, sou intérêt et le talent qu’a déployé son auteur : nous vou 011s parler de la Restauration des Thermes de Caracalla , par A. Blouet, Paris, 1828, chez Firmin Didot.
pe sont pas aussi complets que nous l’aurions désiré, et bien des détails paraissent avoir échappé à l’artiste, d’ailleurs si habile, qui nous les a fournis.
Ces thermes ou bains occupaient tout l’espace d’une île, insula, entourée de rues sur quatre faces, et située immédiatement près du forum. Cette position centrale, dans l’endroit apparemment le plus peuplé et où le terrain devait être rare et cher, explique l’exiguïté de cet établissement : aussi ne contient-il que les pièces les plus indispensables à l’usage ordinaire. Il faut espérer que la suite des fouilles fera découvrir quelque construction de ce genre plus complète , ces sortes d’établissements étant ordinairement relégués aux extrémités delà ville, à cause de leur grande étendue. Celle dite de Julia-Felix, découverte en 1755, près de l’amphithéâtre, en est un exemple, et une inscription en marbre, trouvée précédemment, nous confirme dans cette espérance (1).
THERMAE M • CRASSI • FRVGI •
AQVÀ • MARINA ' ET ‘ BALN AQVA - DVLCI - IANVARIVS ' L
« Thermes d’eau de mer, et bains d'eau douce, de Marcus Crassus Frugius Januarius affranchi. »
Plusieurs auteurs paraissent supposer que les thermes étaient des édifices consacrés aux bains publics , et que le mot balneum ne s’appliquait qu’à des bains particuliers ou privés. Cependant Pline appelle balnea meritoria, les bains qu’on trouvait à louer lorsque l’arrivée imprévue d’un ami, ou son séjour trop court, empêchaient de chauffer le bain de la maison. Nous voyons de même que l’établissement de bains, offert en location dans l’inscription de Julia-Felix , y est désigné par balneum et non pas par thermœ, quoiqu’on ne peut pas supposer que ce fussent des bains particuliers. Nous sommes donc d’avis que cette dernière expression est une application trop pompeuse aux ruines qui nous occupent, et qu’elle doit être réservée pour ces grands édifices, comme ceux de Rome , qui ne se composaient pas seulement de bains, mais où l’on trouvait des gymnases, des promenades, des bibliothèques, et tout ce qui est nécessaire à l’exercice du corps
(1) Voyez le plan et la description de lÿ maison dite de Julia-Felix , dans les Annales de l’Institut archéologique, i83o, page 4a, pl. xvi, et page ioi de la deuxième partie de notre ouvrage, où est rapportée l’inscription curieuse découverte dans ces ruines. Cette inscription e espèce d'affiche par laquelle la propriétaire offre en location , pour cinq années consécutives , « u boutiques, treilles, chambres, etc., etc., etc. »
Le mot nongentum, indiquant l’immense nombre de boutiques, a singulièrement choqué les savants qui se sont occupés de cette inscription, et Mazois aussi avoue qu’il n’admet qu’à regret une interprétation qui accorde, à une seule personne, la possession de neuf cents boutiques dans une ville où il en suppose à peine douze cents ; et il ajoute que c'est certainement quatre-vingt-dix qu’on a voulu dire.
Nous ne savons pas si ces savants ont connu le plan qui nous est précieusement conservé dans l’ouvrage que nous venons de citer; mais ce plan aurait pu, selon nous, servir à éclairer l’obscurité d’une partie de l’inscription, puisqu’il paraît figurer l’ensemble des bâtiments dont la location est énoncée par l’inscription. Celle-ci a été trouvée peinte sur le mur extérieur de la maison, à côté de l’entrée principale des bains; et comme la situation des localités n’y est pas précisée, il n’est pas douteux que l’annonce n’ait rapport qu’aux bâtiments mêmes sur lesquels elle est appliquée ; d’autant plus que cette inscription se trouve placée en évidence sur la façade de l’édifice donnant sur une rue principale.
Cet édifice, comblé après les fouilles, doit avoir été situé (à en juger d’après un croquis que nous avons retrouvé parmi les dessins de notre prédécesseur) tout près de l’amphithéâtre, dans le carré marqué G sur le plan général de Bibent : espace désigné par cet auteur pour avoir contenu le marché aux animaux. La façade donnait sur la grande rue conduisant de la porte du Sarno au quartier des théâtres.
En examinant ce plan, il est aisé d’y reconnaître tout ce qui compose l’ensemble des bains dont parle l’inscription, comme le spoliatom, le tepidarium, le caldarium, le natatorium, etc., etc. ; et immédiatement derrière les bairïs, et en communication avec eux, se trouve une mtourée de portiques et de chambres, ornées et disposées de manière à ne plus laisser de doute que ce ne fût l’endroit que l’inscription appelle le venereum : des peintures lascives et des statues, pour la plupart déposées dans les cabinets réservés du musée de Naples, en sont la preuve. Nous savons d’ailleurs que les courtisanes se tenaient et habitaient ordinairement dans le voisinage des bains publics ; usage qui s’est conservé, même en France, jusqu’à la fin du dernier siècle. (Exposé de l’état des eaux publiques de Paris, par M. Girard, membre de l’Académie.) Nous ne nous dissimulons pas, an reste, que cette supposition pourrait paraître hasardée quand on considère que les chambres, et surtout les portiques de cette cour, se trouvent en communication immédiate aussi avec le bâtiment du fond, qui doit avoir été occupé par un marbrier ou un sculpteur, à en juger d’après les objets qui y furent découverts. Mais ces communications entre divers édifices sont très-fréquentes à Pompéi , et le plus souvent inexplicables. En admettant donc notre première supposition, il resterait toujours à trouver les neuf cents boutiques, nombre qui contient évidemment une erreur.
et de l’esprit (1). Nous pensons donc qu’il est préférable d’appliquer le mot bain, balneum, à l'établissement de Pompéi , et voici comment nous croyons pouvoir désigner les différentes parties dont il se compose :
Cet établissement se trouvant entouré de boutiques sur trois faces, et étant isolé, comme nous l’avons dit, de toutes parts, il a été aisé d’en multiplier les entrées de manière à établir des communications directes avec les quartiers environnants , et en faciliter ainsi l’accès au public. Ces entrées, ordinairement détournées, comme elles le sont encore actuellement dans les bains de l’Orient, pour intercepter le contact trop direct avec l’air extérieur, donnent sur trois rues environnantes. A côté de chacune de ces entrées se trouve un petit cabinet, désigné dans plusieurs descriptions comme ayant servi de lieux d’aisances, et que nous aurions plutôt crus destinés aux gardiens ou portiers , de préférence à des lieux placés immédiatement à côté d’un passage public.
A défaut de promenades , de plantations ou d’autres accessoires d’agrément , cet établissement est pourvu d’une cour entourée de portiques sur trois faces. Des sièges en maçonnerie , couverts de stuc, pourtournent le mur du portique du midi pour la commodité de ceux qui étaient obligés d’attendre, ou de ceux que la curiosité seule attirait dans ces lieux. On y affichait, sur les colonnes et sur les murs, les annonces publiques, et c’est là que fut trouvée peinte l’annonce du combat des gladiateurs, dont nous aurons occasion de parler dans la suite. Un renfoncement, marqué I, offrait à cet effet une retraite agréable pour les causeurs, et un abri contre les rayons d’un soleil ardent : c’était Vœcus, Xexedra. D’autres veulent que cette pièce et ces banquettes aient été destinées à l’usage des esclaves; mais les esclaves étaient occupés à servir leurs maîtres, et n’avaient ni le temps ni le loisir de se promener. D’autres savants encore pensent, et M. Gell est de cet avis, que le renfoncement en question a dû être destiné au gardien du bain, balneator, parce qu’on y a trouvé les débris d’une épée , ainsi qu’une boîte contenant les quadrans , pièces de monnaie très-minces , mentionnées dans la lettre de Sénèque.
Outre l’agrément et l’utilité que présente la disposition architectonique de cette cour, nous y trouvons une nouvelle preuve (et au besoin une leçon) , que les anciens savaient satisfaire aussi aux convenances, même aux dépens de la symétrie.
Cependant , ce même esprit de convenance n’aurait pas présidé à la disposition de la première pièce des bains, marquée B, s’il était vrai qu’elle eût été destinée, comme on le prétend généralement, à Xapodjterium, ou pièce servant au déshabillement; car, les personnes assises sur les banquettes qui pourtournent cette salle, auraient été exposées à un courant d’air, nécessairement produit par la position des deux portes d’entrée face à face. Cet inconvénient aurait été surtout préjudiciable à ceux qui s’y habillaient en sortant du bain. Pour justifier cette dénomination, on dit que les trous pratiqués au-dessus des banquettes qui pourtournent la pièce , recevaient des morceaux de bois propres à y suspendre les habillements de ceux qui entraient au bain. Mais ces trous n’existent pas au-dessus de toutes les banquettes, et nous croyons, au, contraire, que ces morceaux de bois, qui ont pu y avoir été scellés, servaient plutôt à y suspendre et à faire sécher le linge, ainsi que nous l’avons vu pratiquer dans tous les bains publics de l’Égypte. Nous présumons de là que la pièce B n’était qu’une salle d’attente, une antichambre où se tenaient les esclaves chargés du service des bains : percée de six portes, elle servait en même temps de communication avec toutes les pièces environnantes.
Dans ceux des bains de l’Orient que nous avons visités et dessinés, l’ apodyterium des anciens et le tepidarium ne forment ordinairement qu’une seule pièce, pourvue de petites niches, dispo-
(i) Cest ainsi que furent composés les gymnases des Grecs, Y académie et le lycée d’Athènes : les bains n’y étaient qu’accessoires et ne servaient que pour réta lir les forces épuisées par les exercices; dans les thermes des Romains, au contraire, les bains étaient l’objet principal de luxe et de mo lesse. J r
sées à l’entour, pour y déposer les habillements. Eh bien! celle de Pompéi, marquée sur le plan par la lettre D, contient précisément une suite de cases ou niches propres à cet usage, et nous n hésitons pas à designer cette salle pour avoir été Xapodyterium , le spoliatorium ou salle de déshabillement : c’est là que se tenaient les capsarii, esclaves chargés delà garde des habits. Elle servait encore de tepidarium ou, comme le dit Pline, de cella-media, parce quelle se trouve entre \e frigidarium et le caldarium (i). Il était donc nécessaire que l’air y fût légèrement tempéré par le feu d’un grand brasier en bronze qui y a été trouvé, pour éviter le danger d’un passage trop subit de la chaleur du caldarium à l’air du dehors. Ce brasier a du servir aussi pour chauffer le linge et les vêtements des baigneurs. Des banquettes en bronze y étaient également disposées pour la commodité de ceux qui s’habillaient ou se déshabillaient. Les auteurs qui veulent au contraire reconnaître la salle de déshabillement dans la pièce précédente, B, sont obligés de chercher une destination à ces casiers , formés par les intervalles de la suite des cariatides , de la pièce D, et ils supposent qu’on y déposait les vases à l’huile et à parfums propres à l’usage des baigneurs. Cette supposition n’est pas admissible, car le nombre de casiers et leur dimension auraient suffi pour y déposer les huiles et les parfums d’un nombre de personnes tout à fait hors de proportion avec la petitesse des dimensions de ces bains. D’ailleurs, Xelceothesium ou unctuarium, contenant ces vases, était une pièce tout à fait à part, et, comme nous le voyons dans la peinture des bains de Titus, assez éloignée des salles chauffées, afin, sans doute, de mieux conserver les drogues qui y étaient déposées.
De la salle intermédiaire passons maintenant à la salle E , du caldarium , sudatorium, ou étuve. La destination générale de cette pièce n’offre aucun doute, mais celle de ses parties est plus ou moins contestée. La difficulté provient de la nécessité où l’on s’est trouvé , à cause de l’exiguïté du terrain, de réunir plusieurs services dans une seule pièce. Celle-ci paraît avoir donc été destinée au bain chaud, calida lavatio , à l’étuve, concamerata sudatio, et à ce que les Turcs appellent 1 ''absolution. Cette dernière opération avait lieu dans la partie de la salle que la plupart des auteurs, en y appliquant, tant bien que mal, le texte de Vitruve, appellent laconicum. Quant à nous, nous préférons encore, dans cette circonstance, prendre pour guide les usages actuels des Orientaux.
Chez eux, les salles des étuves sont chauffées par la vapeur ou par une chaleur sèche; on y arrive par des corridors, également chauffés par une chaleur tempérée, après s’être déshabillé dans une première pièce , sous la coupole de laquelle se trouve ordinairement un grand bassin pour les bains froids. Le sol de l’étuve étant quelquefois suspendu et chauffé en dessous , comme les étuves antiques , le baigneur est obligé de se chausser avec une paire de socques en bois , pour préserver ses pieds de la chaleur du sol. Le milieu de cette pièce est en outre couvert de paillasses et de tapis sur lesquels le baigneur , exposé à une température extrêmement élevée, subit les opérations, plus ou moins compliquées, en usage dans ces pays. Lorsqu’il est épuisé par ce travail, et couvert de sueur, les esclaves le plongent dans une baignoire d’eau chaude, placée à l’une des extrémités de la salle, et après qu’il a subi de nouveau différentes lotions et frictions , on verse sur sa tête une quantité de l’eau froide qui sort d’un robinet élevé ou d’une fontaine jaillissante placée à l’une des parties de la même salle.
En examinant maintenant les dispositions de la salle antique de Pompéi , appelée sudatorium , il sera facile d’y appliquer toutes les opérations dont nous venons de donner une courte description, et qui, selon nous, différeraient fort peu des usages des anciens. Ainsi, le sol suspendu, chauffé en dessous, laisse au milieu un espace libre, et assez grand pour recevoir les baigneurs, couchés sur des tapis étendus sur le sol en marbre; nous y trouvons de plus, à l’une
(1) L'opinion de M. Labrouste, qui nous a fourni les dessins de cet établissement, est entièrement conforme, sur ce point, avec la nôtre.
des extrémités, la baignoire à l’eau chaude, pouvant contenir huit à dix personnes, et ces conduits communiquant avec les chaudières; à l’autre bout, la vasque ou le labrum, avec un jet au milieu , destiné à verser l’eau froide sur la tête et la partie supérieure du corps.
Cette explication ne diffère donc de celles données par d’autres auteurs que sur la question de savoir si le tuyau du labrum versait de l’eau froide ou de leau chaude. Ceux qui veulent que ce soit de l’eau chaude ou de l’eau bouillante produisant la vapeur , ont cru pouvoir appliquer à une partie de la salle la description de l’ensemble du laconicum que nous a laissée Vitruve. Cette question pourrait cependant être facilement éclaircie par les personnes qui se trouvent sur les lieux : il suffirait d’examiner si le tuyau de la vasque communique avec l’eau froide du réservoir ou avec les eaux chaudes, des chaudières. Malheureusement, aucune des nombreuses descriptions de ces bains n’a éclairci ce point. Nous persistons donc jusque-là dans notre opinion tirée, par analogie, des usages actuels de l’Orient; elle est conforme d’ailleurs aux préceptes raisonnés de l’hygiène.
En revenant sur nos pas , nous trouvons une quatrième salle , marquée G , ayant son entrée sur celle marquée B. La conformité apparente de cette pièce avec la description du laconicum de Vitruve a porté quelques auteurs à croire quelle pourrait être le sudatorium ou l’étuve , sans faire attention quelle se trouve tout à fait à l’opposite des fourneaux, et quelle ne contient en outre aucun des moyens de chauffage usités alors (i). Nous croyons donc quelle est mieux désignée sous le nom Ae frigidarium : c’est la cella frigidaria de Pline, contenant le baptisterium ou natatorium placé au centre. Quatre niches sont disposées autour de la salle, et entre cés niches et le bassin , se trouve un espace assez large , appelé schola , où se tenaient ceux qui attendaient leur tour, ou ceux qui venaient pour faire la conversation ou la lecture. La lumière y pénètre perpendiculairement au-dessus du bassin, par une ouverture pratiquée au centre de la voûte, afin, comme le dit Vitruve, que la lumière ne soit pas retirée à ceux qui sont dans le bain, par ceux qui se promènent autour. C’est donc plutôt à cette salle-ci qu’à la partie demi circulaire de la salle E que doit se rapporter le passage de cet auteur lorsqu’il parle de la disposition générale des salles de bains; et ce n’est que la présence du mot labrum, dans l’inscription de la vasque de ce nom, qui a pu faire croire à plusieurs auteurs que ces paroles doivent s’appliquer à cette vasque même , sans se rappeler que Vitruve y confond , comme il le fait souvent, le même objet, sous les dénominations différentes de labrum et alveus.
Le baptisterium, ou le bassin du bain froid, est ordinairement placé, selon Pline, en plein air, ou se trouve ombragé, ainsi que nous le voyons dans les bains de la maison de campagne, et dans ceux de la maison de Juha-Felix. Ceci nous porte à croire que l’ouverture au haut de la voûte du frigidarium na pas du être fermée par un vitrage, et que l’air et le soleil pouvaient y pénétrer librement : supposition qu’il serait d’ailleurs facile de vérifier sur les lieux.
L ensemble des salles que nous venons d’examiner est désigné par la plupart des auteurs sous le nom de bains des hommes. Une autre partie de cet établissement, composée des trois salles K, L et M, ayant une entrée particulière et étant d’une construction très-négligée , est communément appelée les bains des » femmes. M. Bonnucci seul , et par un sentiment louable de courtoisie, veut au contraire que ce soient les premières qui aient appartenu aux femmes, comme étant plus soignées et plus richement décorées. Une troisième opinion a été émise par M. le chanoine de Jorio, et c’est aussi la nôtre. Nous allons l’exposer.
Les mœurs des Grecs permettaient l’usage des bains en commun (2). La séparation dans les
(1) Notre prédécesseur a été induit en erreur par la même cause, lorsqu’il nomme sudatorium la pièce marquée 8, planche 33, 2e partie. I en est e meme e plusieurs désignations des pièces des bains de la maison de campagne ; les découvertes nouvelles ont éclairci depuis bien des questions , alors difficiles à résoudre.
(a) Cet usage s explique par la simplicité des mœurs des premiers temps, très-reculés; nous avons un exemple d’un autre pays, qui
bains ne fut ordonnée que sous Hadrien, et dès lors nous voyons dans ce genre de constructions la division bien distincte de deux compléments de bains tout à fait semblables : l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes.
Dans les provinces, où l’espace, et surtout les moyens pécuniaires, ne permettaient pas toujours, pour se conformer à cette ordonnance, de doubler ces établissements, on dut recourir à un autre expédient, celui de fixer, à des heures différentes de la journée, l’usage des bains des hommes et des femmes, et cet usage s’est perpétué jusqu’à nous dans tous les pays de l’Orient. Nous croyons donc que l’ensemble des salles dont nous nous sommes occupés jusqu’ici, a dû servir aux deux sexes, mais à des heures différentes. Nous allons en donner une autre raison puisée dans une note de M. Labrouste qui accompagne les dessins de cet édifice.
« Les pièces K, L et M, qui se trouvent à l’angle du bâtiment, semblent, par la nature de a leur construction, avoir été également destinées à l’usage des bains. Cependant elles ne faisaient « point partie de l’établissement des thermes, et n’ont avec lui aucune communication directe. « On y entre par une porte, O, qui leur est particulière; leur sol aussi est beaucoup plus bas « que celui des salles des thermes, et on y descend par une pente assez rapide. L’état de « dégradation de ces salles ne permet que difficilement d’en connaître la destination; et leur « décoration étant en outre plus que négligée, il n’est pas à présumer qu’elles aient pu servir a de bains aux femmes. Leur disposition et leur forme n’offrent d’ailleurs aucun intérêt. »
Nous ajoutons qu’il n’est pas probable non plus qu’on ait construit en même temps un établissement si visiblement négligé et dépourvu de toute commodité, pour les uns, tandis cju’on aurait prodigué tous les soins et tout le luxe pour les autres : que ce fut pour les hommes ou pour les femmes, un tel procédé n’était pas dans les mœurs du temps. Nous pensons donc, avec M. de Jorio (i), que l’ensemble des ruines, composé des salles K, L et M, provient d’un établissement précédent (comme le prouve aussi son sol plus bas), et que le besoin d’agrandissement et d’amélioration a nécessité la construction subséquente de l’autre partie de l’établissement plus riche et plus commode, tout en conservant les anciennes salles pour ne pas interrompre le service journalier. Un tel progrès n’a rien d’extraordinaire ; il est dans la nature des choses, et nous en voyons tous les jours des exemples. Cet agrandissement peut d’ailleurs avoir quelque rapport avec celui du forum dont nous avons parlé précédemment.
Entre ces deux parties de l’établissement, à l’endroit marqué F, se trouve ce qu’on appelle Xhypocciustum , contenant les fourneaux et le réservoir. On y remarque dans la maçonnerie l’empreinte de plusieurs vases placés l’un au-dessus de l’autre, et destinés à chauffer, à différents degrés, l’eau nécessaire aux bains : disposition ingénieuse et économique recommandée par Vitruve. Les conduits d’eau , partant des chaudières et communiquant aux deux parties de l’établissement, sont également visibles, et on y trouva, lors de l’excavation, une assez grande quantité de poix qu’on croit avoir servi à alimenter ou à allumer le feu des fourneaux. L’appentis sou-
prouve que ces mœurs y restèrent pures jusqu'aux temps modernes. Un envoyé du pape, qui venait d’assister à un concile où les discussions avaient été tant soit peu vives, passa par Baden-Bade pour calmer ses émotions dans les eaux célèbres de ces bains. Voici la description qu’il en fit, au XVe siècle, à un de ses amis d’outre-monts :
a Quelle fut ma surprise de voir descendre dans le même bain avec les hommes, les femmes et les jeunes filles, complètement
« déshabillés les uns et les autres, ne cachant absolument rien à la vue de tout le monde! Cela me rappelle les fêtes floréales des anciens. « Mais ce que j’y admire le plus, c’est celte. simplicité de mœurs : personne n’y fait attention, personne n’en dit ou n’en pense du mal ; finie décence n’y est même pas soupçonnée. On s’amuse, on rit au milieu de l’eau, et on y passe son temps à des jeux innocents. Là il ne s’agit « pas du partage des biens de ce monde, mais de la jouissance paisible de ce qui est partagé. Ob! que je leur envie ce calme, ce bonheur; b nous qui, jamais rassasiés, ne cherchons qu’à acquérir, qu'à amasser trésor sur trésor, et qui, en crainte des biens de l’avenir, passons a en crainte et peines le présent.»
(i) a En résumant, dit M. de Jorio, ce que nous venons de dire, et en observant la rusticité et l’extrême petitesse des thermes, composés des trois pièces K, L, M, je suis porté à croire qu’ils ont été les premiers établis dans cet endroit, et qu’on a peut-être augmenté ensuite l'établissement en construisant des salles plus grandes »
tenu par deux colonnes, dans la cour irrégulière qui vient ensuite, était destiné sans doute à contenir le bois à brûler. Un escalier en maçonnerie servait à monter sur les terrasses des salles. Ces terrasses étaient couvertes d’un enduit.
En face de cette cour , et de l’autre côté de la rue , on a découvert une construction , qui n’est malheureusement pas indiquée sur notre plan, et qui a été reconnue pour être la piscine, le castellum ou réservoir d’eau sêrvant à alimenter l’établissement des bains. C’est là qu’on a cru voir, lors des fouilles, les restes d’un arc. jeté sur la rue, et destiné à conduire les eaux du réservoir aux bains. Mais M. de Jorio observe que cette idée a été suggérée par un passage du texte de Mazois qui, dans la relation d’une fouille (IIe partie, page 8i), a cru voir la naissance d’un arc, portant aquéduc, dans la saillie d’un pilastre qui fut reconnu plus tard pour être simplement la saillie d’une corniche couvrant l’angle du bâtiment des thermes (1). Rien dans les constructions du réservoir n’indique une continuation de cet arc, et au lieu d’un pilier formant le jambage opposé de cet arc, on y trouve des baies assez grandes entre des trumeaux assez minces. D’après les minutieuses recherches de M. de Jorio , il résulterait qu’on n’a pu se servir de cette piscine, parce qu’elle était restée inachevée au moment de la catastrophe, et que non seulement il ne s’y trouve aucune trace de stalactites, comme on en observe dans le réservoir et les autres conduits, mais même qu’il lui manque l’enduit intérieur indispensable aux réservoirs d’eaux. Ce savant; pense que ces eaux ont dû être amenées aux bains par des conduits souterrains et des écluses, au moyen d’un mécanisme semblable à celui qu’on observe dans toutes les fontaines de Pompéi.
S’il est donc reconnu que la piscine n’a pu servir à alimenter les bains, puisqu’elle est restée inachevée, nous sommes portés à croire que le gros mur, à l’angle de la rue, près l’entrée des salles appelées improprement les bains des femmes, ainsi que celui opposé, d’une épaisseur peu ordinaire , formant l’angle de la salle K, ont dû servir à soutenir un réservoir propre à alimenter cette partie des bains, K, L, M, dont M. de Jorio reconnaît, comme nous, la probabilité de l’existence. Ceci expliquerait les traces et la direction des divers conduits qui existent de ce côté, et dont quelques-uns étaient abandonnés. L’agrandissement de l’établissement a dû nécessiter ensuite la construction d’un nouveau réservoir sur une échelle plus grande ; tel est celui dont nous voyons les restes inachevés à l’autre côté de la rue.
PLANCHE XLVIL
A. Quatre entrées sur les trois faces, conduisant, par des communications plus ou moins directes, aux salles des bains qui composent l’établissement principal. Une cinquième porte, O, donne seule entrée aux trois salles des anciens bains. Une sixième porte conduit à la cour des échoppes, du côté de la rue de la piscine. Le reste des façades composant l’ile est occupé par des boutiques n’ayant aucune communication avec les bains.
B. Salle de communication. Sa décoration est peu soignée; sa corniche lourde est ornée d’une
suite d’arabesques sur fond rouge. Le pignon du fond est pareillement orné de bas-reliefs en stuc d’une composition bizarre, représentant des tritons ou monstres marins. On a dé-
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le désir si llntir.nr ™ j . ? ^ uc “• ,c L"anolne ae Jorio> Pa8e «6. Ce savant exprime, à cette occasion
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couvert dans une fenêtre pratiquée au milieu de ce pignon, des restes de verre d’une assez grande épaisseur, scellés dans les feuillures. Au-dessous de cette fenêtre existe un trou carré dont les parois enfumées annoncent qu’il a contenu autrefois une lampe destinée à éclairer la salle (i). Les murs sont peints en jaune; le pavé est en mosaïque de marbre blanc.
D. Spohatorium , tepidarium ou cella media. La voûte de cette salle est richement décorée par des compartiments en stuc, ornés de figures et d’arabeSques sur fond rouge et bleu. Les figures, sur le premier plan des compartiments en stuc, sont en relief, et celles du deuxième plan légèrement peintes en blanc. Quelquefois il n’y a qu’une partie des figures, un bras, une jambe, peinte, et le reste en relief. Ce procédé remarquable a pour motif de produire une perspective plus prononcée par des reliefs de peu de saillie. Cette salle était pareillement éclairée par une fenêtre garnie d’un châssis vitré, en bronze. Un trou, traversant toute l’épaisseur du mur, recevait une lampe destinée à éclairer à la fois cette salle et celle de lExedra, I, donnant sur le portique de la cour. Les détails de cette salle intéressante sont figurés sur les planches suivantes, ainsi que le brasier et les banquettes en bronze qui y furent découverts.
E. Caldarium, sudatorium ou étuve. Cette salle, d’une forme longue, terminée à l’une de ses extrémités par un hémicycle, a sa voûte ornée de simples cannelures en stuc, peintes en jaune et blanc. Le choix de cet ornement, propre à faire écouler la vapeur condensée en eau, prouve et le goût et le bon sens de son auteur. Nous n’en dirons pas autant de la fâcheuse position de la porte qui coupe un des pilastres qui ornent le pourtour. Cette salle est éclairée par trois ouvertures ou fenêtres, toutes dans la direction du midi, comme celles des salles précédentes. Son pavé en mosaïque est suspendu sur de petits piliers en briques, et ses parois sont évidées, afin de faciliter la circulation de la chaleur dans tous les sens.
F. Emplacement des fourneaux et chaudières, lieu appelé par Vitruve hjpocaustum. On y retrouve les embranchements des tuyaux, communiquant aux salles, ainsi qu’un réservoir pratiqué dans le massif d’une maçonnerie:
G. Frigidarium ou salle des bains froids. Elle est d’une forme circulaire, ornée de quatre niches , et couverte d’une voûte en cône ; le jour y pénètre par une Ouverture pratiquée dans la voûte. La proportion de cette salle est aussi heureuse que sa décoration est simple et de bon goût. Le bassin, de quatorze pieds de diamètre, est garni en marbre blanc, ainsi que le fond. Le mur est peint en jaune, le socle en rouge, ainsi que la frise qui est ornée de bas-reliefs en stuc d’une composition gracieuse.
H. Portique à colonnes sur deux faces et en arcades sur la troisième. Les murs et les colonnes sont peints en jaune el rouge.