PANTHÉON - HOSPITIUM
PLANCHES XLII, XLIII, XLIV, XLV et XLVI.
Cette ruine, l’une des plus importantes du forum, est aussi une de celles dont l’ancienne destination a été le plus controversée par les savants. Les uns veulent y voir les restes d’un senaculum , destiné à la réunion des magistrats municipaux; d’autres, un hospice sacré; d’autres encore, un temple d’Auguste, ou une galerie pour les fêtes de la ville. Enfin, un des savants de l’académie de Naples, le sig. Bechi, le désigne sous le nom de serapèo , et promet à ce sujet une dissertation que nous n’avons pas encore pu nous procurer (2). Ce qu’il y a de certain , c’est que les dispositions principales de cet édifice, et les parties dont il se compose, sont absolument
(1) «Noi lo crediamo un serapeo e ci riserbiamo a debito luogo di scriverne le ragioni. » Museo Borbonico, fascicolo6°.
(a) Constamment occupé par les travaux pratiques de notre art, éloigné des objets que nous publions, et obligé de nous en rapporter à des dessins et à des relations éparses, nous n’avons ni le temps ni les matériaux nécessaires pour traiter et apprécier, comme ils le méritent, les monuments importants découverts depuis notre absence de Pompéi. Tout en rendant justice au talent de deux jeunes architectes distingués, MM. Henri Labrouste et Guillaume Kubly, qui nous ont fourni les plans des deux monuments suivants, un coup d’œil sur les lieux nous aurait appris plus que les dessins les mieux exécutés, les relations les plus détaillées. A ces désavantages se rattachent encore les difficultés de pouvoir se procurer les divers ouvrages publiés par les savants, et surtout les savants de Naples qui, ayant constamment à leur disposition les documents les plus précieux , sont seuls à même de nous fournir les renseignements les plus exacts.
Dans cette position, nous ne pouvons que joindre nos regrets à ceux d’autres étrangers, sur la lenteur apportée à la publication de ces documents indispensables et sur les préjudices que ces retards apportent à la scieuce et aux arts. Le gouvernement de ces pays devrait se persuader qu’une promulgation éclairée, libérale et généreuse, pourrait seule donner de la valeur aux immenses richesses amassées dans ses dépôts et journellement augmentées par de nouvelles découvertes. Sans doute , les détails contenus dans l’ouvrage sur le Musée Borbonico peuvent satisfaire , en partie , notre juste curiosité ; mais les relations des fouilles , surtout des anciennes fouilles , rapportées jour par jour, avec cette simplicité et avec ces détails minutieux , dont l’honorable professeur Gérard a donné un échantillon dans les Annales de l’Institut de correspondance archéologique (i83o, page 4a) , seraient d’une utilité bien plus générale.
les mêmes que celles du monument improprement appelé Temple de Sérapis , à Pouzzole; monument qui ne fut autre chose, comme les recherches nouvelles paraissent le prouver suffisamment, qu’un établissement de bains d’eaux thermales, consacré aux malades. L’un et l’autre de ces édifices se composent d’une cour carrée, entourée de portiques, derrière lesquels sont pratiquées, sur une des faces, un grand nombre de cellules ; le centre de cette cour est occupé par une construction circulaire. Dans l’un et dans l’autre bâtiment, le milieu de la face du fond présente un sanctuaire flanqué, des deux côtés, de deux salles plus vastes; de sorte quon ne peut reconnaître réellement de différence entre l’édifice de Pompéi et celui de Pouzzole, si ce n est dans 1 ameublement des salles que nous venons de mentionner. Aussi sommes -nous d’avis que cest cet ameublement qui doit principalement fixer le caractère distinctif du monument de Pouzzole, et qui peut aider aussi à lever les doutes sur la destination de celui de Pompéi.
Avant d’examiner ces détails , nous ne devons pas passer sous silence deux autres édifices d’une disposition entièrement semblable, mais d’une époque bien plus récente. Ces deux édifices, de construction arabe, se trouvent au Caire: l’un sert de couvent aux derviches; 1 autre, d’hôpital pour les malades. Ils se composent , de même que les deux monuments antiques , d’une cour entourée de portiques et de cellules, d’un édifice circulaire au centre, dun sanctuaire au milieu de la façade du fond, et enfin de deux grandes salles aux deux cotés de ce sanctuaire. Rien ne manque, ni dans leur composition, ni dans leur disposition , pour rendre la ressemblance parfaite ; les boutiques percées sur la face principale, à droite et à gauche de 1 entrée de 1 édifice, s’y retrouvent même. La différence réelle consiste encore ici comme aux précédents monuments, uniquement dans des détails et dans la destination des diverses pièces dont ils se composent. Par exemple, la construction circulaire ou octogone, au centre de la cour du couvent des derviches, est un kiosque couvert qui entoure une fontaine servant de bassin pour les ablutions; et dans l’hôpital, ce kiosque sert d’oratoire où les convalescents font la priere, aux différentes heures de la journée. Dans l’un et dans l’autre édifice, les deux salles, aux deux cotés du sanctuaire du fond de la cour, forment des salles d’infirmerie (i).
Nous avons donc quatre édifices semblables, d’une époque différente, et, parmi eux, trois dont la destination est connue. Malgré cette circonstance, si heureuse et si rare, l’explication du quatrième ne laisse pas d’offrir d’assez grandes difficultés. Si j’osais m’abandonner à ce qui est chez moi plutôt un sentiment qu’une opinion arrêtée, je citerais un cinquième genre d’édifice auquel les dispositions de celui de Pompéi s’adapteraient peut-être plus facilement. Je veux parler des caravansérails de l’Egypte, sortes d’hôtelleries où les étrangers sont reçus et traités aux frais publics. Du temps des empereurs, Rome possédait des établissements de ce genre; nous n’en connaissons pas dans les provinces, mais nous savons que la coutume de cette hospitalité publique s’est maintenue jusqu’aux temps modernes : de nos jours , elle est encore d’un usage sacré dans tout l’Orient. Cet édifice pouvait donc être destiné à loger les magistrats romains lors de leur passage, et rien, ni dans ses dispositions, ni dans sa décoration, ne serait contraire à cette supposition, que du reste nous n’exprimons qu’avec une extrême réserve. Avant d’exposer nos motifs à cet égard, nous examinerons les différentes opinions qui ont été émises jusqu’à ce jour sur l’usage présumé de cet édifice.
Dès sa découverte, qui eut lieu dans les années 1821 et 1822, ce monument fut appelé le Panthéon, parce qu’on supposa que les douze piédestaux placés en cercle au milieu de la cour étaient anciennement surmontés des statues des douze divinités principales. Cette opinion , basée
(1) M. Gell, clans son excellent ouvrage sur Pompéi, dit, à l’occasion du monument qui nous occupe, qu’un édifice semblable, décrit par Pausanias, se trouvait à Épidaure, et que les malades y attendaient, dans la partie circulaire, le moment d’entrer aux bains. Mais cette description de l’auteur ancien est malheureusement trop peu détaillée pour constater une ressemblance entre le monument grec et celui de Pompéi.
sur des fondements aussi légers, et avec laquelle rien dans le décor, ni dans les dispositions du reste de l’édifice, ne pouvait s’accorder, fut bientôt abandonnée par les savants , quoique la dénomination même soit restée jusqu’à nos jours : aussi les auteurs qui ont décrit ces ruines se sont attachés plutôt à en rechercher l’ancienne destination qu’à lui restituer son véritable nom. C’est avec cette sage réserve que M. Gell a traité ce sujet. Sans donner un nom positif à cet édifice, il pense cependant qu’il peut avoir été destiné aux festins en général; comme, par exemple, à l’occasion de l’enterrement d’un grand personnage , de sacrifices publics ou d’un grand événement politique; et sous ce rapport l’opinion de ce savant artiste s’accorde assez avec celle de M. Bonnucci, qui, par des motifs très-plausibles, désignant ces ruines sous le nom de temple d’Auguste, dit qu’on pourrait les appeler en même temps la galerie des fêtes des Pompéiens. En effet, la grande quantité de comestibles et de vases représentés sur toutes ses parties, et en même temps la richesse de son décor, donnent à cet édifice un air de fête bien propre à appuyer cette opinion. Mais quelle est la partie de cet édifice où l’on suppose que pouvaient avoir eu lieu ces fêtes, consistant principalement en banquets? La pièce du fond, au milieu, était, selon M. Bonnucci, la tribune, le sanctuaire; dans l’espace à gauche se faisaient les sacrifices, et dans celui à droite on découpait les victimes et on en distribuait la viande au peuple. Les douze piédestaux au milieu de la cour, toujours d’après la même autorité, supportaient une légère couverture en bois sous laquelle se préparaient et d’où l’on distribuait les mets : cétait une espèce de petite cuisine : enfin , les onze cabinets devaient être conservés pour y placer les tables des principaux citoyens. Après le portique servant de communication, il ne restait donc plus d’espace disponible pour célébrer ces fêtes supposées, et les banquets publics se réduisaient à quelques cabinets particuliers à peine assez grands pour contenir chacun une table de trois à quatre personnes au plus ! Il faut avouer que les grands seigneurs de ce pays et de ce temps , qui aimaient tant le grand air, devaient se trouver bien à l’étroit dans de tels espaces, et surtout bien peu à leur aise en face des fumées d’une cuisine.
Nous nous faisons une idée trop différente de ces fêtes solennelles pour croire quelles puissent avoir eu lieu dans une enceinte si resserrée, et nous préférons de beaucoup la seconde hypothèse, du même auteur, qui pense que cet édifice fut en même temps un temple dédié à Auguste. A ce sujet, M. Bonnucci parle du témoignage de Vitruve, qui place un temple semblable dans le forum de Fano , et de la quantité d’inscriptions trouvées à Pompéi , qui font mention des augustali, sorte de prêtres préposés aux solennités sacrées d’Auguste. C’est d’après cette opinion qu’un auteur anglais suppose, avec beaucoup de vraisemblance, que les cabinets en question ont pu servir de logements à ces prêtres, et l’espace garni de tables, à droite du sanctuaire, de réfectoire.
‘Quant au témoignage de Vitruve, il prouve seulement qu’on pouvait placer un temple dédié à Auguste dans le forum aussi bien que partout ailleurs ; et quant au grand nombre prétendu d’inscriptions, on n’en cite qu’une seule trouvée non loin de l’entrée principale de notre monument, c’est-à-dire sur la place du forum. Elle pouvait par conséquent appartenir à tout autre édifice. Nous ne prétendons pas pour cela contester la dénomination de temple d’Auguste : nous admettons volontiers que cet édifice a pu former le collège des prêtres de cette impériale divinité, et nous n’excluons que la possibilité des fêtes et des banquets.
Voyons cependant si les différents sujets représentés sur les parois de cet édifice peuvent contribuer à éclaircir nos doutes sur sa destination. Parmi les tableaux représentant des scènes de la mythologie , nous citerons :
Frixus sur le bélier (i), tableau peint dans l’intérieur du portique; Ulysse et Pénélope; Etra
(i) La description et la gravure de ce tableau se trouvent, planche 19, livraison 6, de l’ouvrage du Musée Borbonico.
et Thésée découvrant l’épée d’Égée (i); Romulus et Rémus(2); l’Amour et Psyché; une Bacchante; un guerrier couronné par la Victoire (3). Parmi les sujets moins sérieux, on voit : des marines, des paysages; une chasse entre animaux, dont on admire la vie et la rapidité des mouvements (4) , des °énies offrant des fruits et des fleurs; des courses de chars; une cantatrice et une prêtresse (5), et enfin, parmi les peintures d’ornement ou d’arabesques, on trouve, près de la porte principale, des poissons, des dindes, des perdrix, des œufs, des fruits et des amphores (6); près de l’entrée latérale, à gauche , une chèvre, un porc, un bœuf, des vases, des cornes d’abondance avec fruits; et près de celle à droite , des quartiers de viande, des oiseaux morts, une tête de sanglier et une hache. Quelques oies et autres animaux sont peints dans les cellules, en guise d’ornements. Quant aux objets de sculpture, on a trouvé entre autres, dans l’intérieur du sanctuaire , un bras avec un globe, et deux statues en marbre , dans lesquelles les uns veulent reconnaître Néron et Messaline, les autres Druse et Livie (7).
Ce qui a beaucoup contribué, après les peinture^, à faire prévaloir l’idée des festins et des banquets, et à transformer en cuisine la construction du centre de la cour, c’est, à ce qu’il parait, une assez grande quantité d’arêtes de poissons, jetées sur une espèce d’évier, et dont plusieurs amphores, qui y ont été trouvées, étaient encore remplies. Qu’on me permette à ce sujet une observation : on sait, et là-dessus tous les doutes sont levés, que le forum et la plupart de ces monuments étaient en réparation lors de l’éruption, et par suite du tremblement de terre qui eut lieu quelques années auparavant. Il est encore prouvé, de plus, que les malheureux habitants de la cité ensevelie firent faire des fouilles après cette catastrophe, pour rechercher, sous les décombres, les objets précieux qu’ils purent en arracher. Or, ne se pourrait-il pas qu’à l’une ou à l’autre de ces époques, les ouvriers, qui durent être en assez grand nombre, eussent fait leurs repas dans le lieu de leurs travaux, et précisément à l’endroit où se fit la découverte en question? Cette considération nous fait penser qu’il serait prudent de n’accueillir qu’avec une grande circonspection des témoignages de ce genre. Ne sait-on pas d’ailleurs que le poisson salé, ou desséché , était et est encore actuellement un des aliments principaux du pauvre, surtout dans les villes maritimes (8) ? et si ces restes étaient des débris d’un repas public , n’est-il pas à présumer qu’on y aurait découvert d’autres ossements que des arêtes de poissons ? Quoi qu’il en soit, nous pouvons difficilement prendre au sérieux la proposition de faire une cuisine du lieu le plus apparent, le plus central d’un édifice aussi riche, et de voir, dans une rangée de piédestaux anciennement recouverts de marbre, les bases d’une construction toujours subordonnée, et reléguée ordinairement dans les parties les plus obscures. Toutes ces considérations nous portent à voir dans ces ruines, ou les restes d’un collège, avec la demeure des prêtres qui y étaient attachés, ou de préférence, celles d’un hospitium pour la réception des magistrats étrangers de distinction.
La planche 42 donne la vue générale de l’état actuel de cet édifice. On y remarquera le soin que 1 administration des fouilles a pris de garnir les murs d’un chaperon en tuiles, pour conserver autant que possible les précieuses peintures dont ils sont couverts.
(1) Pompei descritta da C. Bonnucci, 1827.
(2) Museo Borbonico.
(3) Idem, pl. jg, livr. 14.
(4) Idem , pl. 20 , liv. 6.
(5) Idem, pl. 5 et 6 , liv. 9.
, ^ \ ,Une ^eS maisons ('e P°mpéi, on a découvert deux vases en verre contenant des olives dans de l’huile, parfaitement conservées epm» dix-huit siècles. 11 résulte de l'examen qu'en a fait le professeur Covelli, que ces olives, cueillies sous Titus, sont souples et moelleuses, et conservent encore 1, couleur, l'odeur et 1. goût un peu foit des olives de notre temps. Yoir ce rapport dans le Journal des
excavations, Musee Borbonico, liv. i2, pag. 5. rl
(7) Idem, pl. 37 et 38, liv. u.
(8) Pompéi ainsi qu’Herculanum étaient ports de mer.
Planche 43- La façade de l’entrée principale C, donnant sur le portique B du forum, se compose de deux portes ayant une niche au milieu. Près de cette entrée, on a découvert un chapiteau en marbre, orné d’un aigle, qui paraît avoir appartenu à l’une des deux colonnes de cette niche. Plusieurs boutiques sont placées à droite et à gauche, et dans l’une d’elles furent trouvées 93 pièces de monnaie. C’est sans doute cette circonstance qui a fait présumer que c’étaient les boutiques des changeurs de monnaie qui, comme on sait, avaient ordinairement leurs échoppes sur le forum. L’intérieur de l’édifice est formé d’un carré long, anciennement entouré de portiques D à colonnes, et dont quelques pierres de fondation indiquent les traces. Onze cellules E, chacune de 2 mèt. 5o cent, de large, sur 3 mètres 65 cent, de long, sont rangées sur la face à droite et.ont dû servir de chambres à coucher ( hospitalia cubicula) aux étrangers. Des trous de solives sur les piliers de face et dans les murs de refend intérieur attestent l’existence d’une galerie en bois et d’un étage supérieur, quoiqu’on ne découvre nulle part les traces de l’escalier qui pouvait y conduire : la petite construction sous le portique à gauche n’a pu servir à cet usage, ni l’escalier marqué P ayant son entrée sur la rue, et faisant partie des quatre escaliers conduisant aux portiques supérieurs du forum , ainsi que nous l’avons déjà dit. Un pareil nombre de boutiques, N, ouvertes sur la rue, occupent le côté gauche; une entrée au milieu, M, communique avec l’intérieur de l’édifice.
On a trouvé dans ces boutiques, la plupart ornées de peintures, quantité de comestibles, comme lentilles, figues, prunes, châtaignes et autres fruits, dans des vases de verre; des fragments de pâtisseries et du pain; un petit peson, des balances et beaucoup de monnaie. Dans d’autres, on a trouvé des ustensiles, des instruments à vent, des bijouteries, et parmi ces objets précieux, une petite statue d’une Renommée ailée, en bronze, d’un grand fini , ayant des bracelets en or (1). Sur un socle F, élevé de quelques centimètres au-dessus du sol de la cour, se trouvent rangés en cercle les douze piédestaux qui ont donné lieu à tant de conjectures. C’est la saillie de la base de ces piédestaux qui nous a fait présumer, comme nous l’avons dit, qu’ils ont dû être revêtus de marbre. On n’y remarque du reste ni trous de goujons, ni autres indices de ce genre, à l’appui des divers ajustements dont on les a gratifiés; *et il est présumable que le véritable but de cette construction restera toujours inconnu, si quelque chose d’analogue, dans les découvertes à venir, ne vient nous fournir de nouvelles lumières. Nous remarquons, comme une autre singularité, difficile à expliquer, que le plateau qui porte les piédestaux ne se trouve pas au milieu du carré de la cour, ni dans l’axe de l’entrée latérale, ni dans celle des cellules.
Le milieu du fond de l’édifice est occupé par une espèce de chapelle (ædicula) G, composée d’un porche et d’un sanctuaire auquel on monte par cinq degrés. Le pourtour de l’intérieur est garni d’un piédestal et de quatre niches. C’est là qu’on a découvert le bras tenant un globe, fragment que l’on suppose avoir appartenu à une statue d’empereur. Deux statues en marbre, de grandeur naturelle, et qui ornaient sans doute deux des niches, y ont été trouvées couchées par terre. Dans l’une, les savants ont voulu reconnaître Livia , prêtresse d’Auguste (2); vêtue d’une longue tunique, couverte d’un voile richement plissé, la tête ceinte d’une couronne, et tenant dans sa main gauche un vase d’encens, elle semble s’apprêter au sacrifice. La chevelure et les grains d’encens conservent encore une teinte jaunâtre qui fait présumer qu’ils ont dû être dorés. Le style de cette statue, à laquelle il ne manque que le bras droit, indique la belle époque d’Auguste. La seconde, qu’on suppose être celle de Drusus, est moins importante sous le rapport de l’art; le corps est entièrement nu, à l’exception d’une petite draperie sur laquelle on reconnaît encore les traces d’une couleur rouge.
(1) Voir l’ouvrage cité de M. Bonnucci, page 172.
(2) Voir la gravure des deux statues , planches 37 et 38 , liv. 2 du Musée Borbonico.
L’espace I à gauche du sanctuaire est occupé par une espèce de tabernacle, K, élevé de quelques degrés au-dessus du sol. Un autel isolé, sur lequel on suppose que se faisaient les sacrifices, est placé au-devant.
L’espace marqué H est garni d’une table sur trois faces, ce qui a donné lieu aux diverses interprétations que nous avons précédemment rapportées. La présence du caniveau en marbre qui circule autour de cette table, et qui a un embranchement vers la rue, est assez favorable à l’opinion de ceux qui veulent faire de cette pièce une espèce de boucherie où la viande des sacrifices aurait été exposée, soit pour la vente, soit pour la distribution au peuple. Nous avouons qu’une telle explication nous répugne, malgré toutes ses apparences de vérité, et que nous préférerions y voir un réfectoire, si, d’un côté, l’espace entre la table et le mur n’était pas si limité : il n’a que trois pieds de large. Sur le haut du tableau qui décore cette pièce, et que nous reproduisons, planche 46, un des panneaux représente des vases placés dessus et devant une table qui a beaucoup de ressemblance avec celle de la pièce dont nous nous occupons. Malheureusement le coloris a disparu, et avec lui une preuve de plus en faveur de notre conjecture.
Immédiatement à côté de cette pièce se trouve une troisième entrée, L, qui donne sur une petite rue formant impasse.
La première figure de la planche 44 indique la coupe en long sur le sanctuaire G , et représente en grand la face de quelques-unes des cellules E. Le stuc qui recouvre les pilastres du porche de ce sanctuaire, est conservé jusqu’à la hauteur des chapiteaux, et détermine ainsi la hauteur primitive de cet ordre. Les trous percés dans les pilastres des cellules se trouvent à 2 mèt. 3o cent, du sol , et par conséquent à une élévation qui permet tout juste de passer sous la galerie en bois qu’on suppose y avoir existé (1). Les trous des solives formant le plancher intérieur des cellules se trouvent à 2 mèt. go cent, du sol; ce qui donne à ces chambres une élévation de S pieds g à 10 pouces sous plancher. On remarque sur le mur en face des traces d’enduits et de peintures à une hauteur de 16 pieds environ.
La seconde figure de la même planche donne l’élévation de la façade du fond , avec l’indication de l’état des peintures, la hauteur réciproque des murs et la nature de leur construction. L’échelle de cette planche est de dix mill. pour mètre.
Planche 4Ô. Les fig. I et II présentent les coupes sur la largeur et la longueur des cellules, avec 1 indication des trous de solives, de la pente du sol vers la rue et le décor. La fig. III indique la peinture d’une des faces latérales du porche du sanctuaire. On y voit une de ces représentations dont il est fait mention page 3g du 2e volume de cet ouvrage. La peinture, fig. IV, na pas besoin de commentaire. L’échelle de cette planche est de 2Ô mill. pour mètre.
Planche 46. Pour se rendre compte de l’effet que devait produire l’ensemble de cette peinture, il faut considérer que cette grande page, si riche en détails, si variée dans ses dispositions , n’est encore qu’un fragment, qu’une portion de ce décor charmant qui couvre tous les pourtours des murs de ce monument. Les grands panneaux , dont la couleur noire et sévère est relevée par les sujets historiques qui se détachent au milieu, et par des ornements en broderie, très-délicats, s’y répètent alternativement, séparés par un ajustement de pilastres et de colonnes. Le jour qu’on voit a travers ces colonnes légères et ces portiques superposés en perspective , est surtout d’un effet heureux, et donne à ce décor une légèreté et une grâce toute particulière; c’est sans doute une des plus belles, des plus riches compositions que l’antiquité nous ait léguées, et dont malheureusement la gravure la plus soignée ne pourra donner qu’une idée très-imparfaite. Ici,
' ‘ - J aonne a ces trous une profondeur de 0,80 c. N’ayai
ment e ayé, je ne peux juger s’il y a erreur dans cette mesure, quoique cette profondeur n’ait r que ces trous auraient supporté les solives en encorbellement de cette galerie.
n d’extraordinaire dans le cas supposé
comme dans tous les ajustements de ce genre, le même principe de disposition est observé: la hauteur totale de la pièce est divisée en trois parties; le soubassement est toujours d’une couleur ferme , d un ton soutenu ; les panneaux sont ordinairement moins vigoureux ; la couleur de la frise est constamment légère, claire, ainsi que les plafonds, dont nous voyons quelques rares exemples dans la maison de campagne publiée dans le second volume. La mosaïque du sol, formant tapis, I emporte toujours sur le reste par la vigueur de sa couleur et l’uniformité de ses masses.
La peinture est ordinairement peu finie et traitée avec plus de hardiesse que de correction : elle est en ce point semblable à nos peintures de décorations de théâtre. Le modelé est souvent produit par des hachures, la manière en est toujours grande et la touche facile.
En examinant les détails, nous y trouvons du goût, de la finesse, souvent un soin extrême d exécution et toujours une imagination riche qui ne permettait jamais les répétitions. Voyons, par exemple, le sujet peint au milieu d’un des panneaux noirs : rien de plus gracieux que 1 ajustement de ces deux figurines. C’est sans doute une victoire, une apothéose, ou ce que l’on voudra: les érudits discuteront à ce sujet (i) : pour nous, il nous suffit d’en admirer la composition, le charme de la légèreté aérienne, et le génie de l’artiste qui a su la créer. Il en est de meme de la figure assise au bas du soubassement : le peintre n’ayant pas eu d’autre pensée que de suivre sa fantaisie féconde, nous a donné, sans le vouloir, un des plus jolis motifs, et un motif original , pour la pose d’un portrait de femme. La même variété, produit de l’imagination la plus ingénieuse et la plus riche, se fait remarquer dans les figures en pied qui se détachent sur un fond clair, sous les portiques peints. Les unes portent les attributs de la guerre, de la musique, de la peinture; d’autres font l’office de prêtresses, ou posent dans une attitude théâtrale; mais toutes sont drapées avec art et se montrent pleines de vie et d’expression.
Que dirons-nous de 1 ensemble des couleurs, toujours assorties avec bonheur, toujours si pleines d’harmonie? Nous qui sommes habitués aux roses et aux gris-perle de nos papiers de tenture, nous pouvons difficilement nous accommoder de ces tons vigoureux rouges et noirs. Mais ce goût des belles couleurs, dont la nature nous donne le premier exemple, reviendra, et nous ne désespérons pas de les voir un jour remplacer la teinte poudreuse qui couvre nos monuments publics (2).
Avant de quitter cette peinture, nous ne devons pas oublier de mentionner les petits tableaux encadrés, figurés de distance en distance entre les entrecolon nements des portiques en perspective, et qui ne paraissent là que pour augmenter la richesse du décor et captiver l’imagination du spectateur.
Ces tableaux, légèrement mais spirituellement esquissés, représentent des combats sur mer, des paysages ornés de fabriques ou d’autres sujets pittoresques. L’exécution a tant de vague dans le dessin, qu’il est souvent difficile d’en reconnaître et d’en examiner les détails. Sur l’un d’eux (toujours planche 46), on voit une galère qui en attaque une autre. Elle exécute l’abordage en dirigeant son éperon d’airain sur le flanc du vaisseau ennemi, dont elle paralyse le mouvement en écartant les rames avec sa proue. Sa position de profil la garantit en partie des traits qui lui sont lancés, tandis que son adversaire est exposé à tous les siens. Cette manoeuvre
(1) Voir l’ingénieuse interprétation de cette figure par le savant docteur Welker, Bulletin de l’Institut de corresp. arch. i833, pag. i35; et une autre , pag. 3 , liv. VI du Musée Borbonico.
(a) Le voyageur qui, le premier, eut le mérite de donner au public des notions exactes sur la peinture appliquée aux monuments antiques , est M. Cockerell , architecte anglais. Une fois l’attention des artistes éveillée sur cette partie si importante de l’art , les découvertes se succédèrent rapidement, et bientôt nous acquerrons les preuves certaines qu’aucun des édifices anciens ne fut privé de ce merveilleux ornement. Voir, à ce sujet, les recherches de M. Hittorf, sur l’architecture polychrome chez les Grecs, ainsi que la dissertation intéressànte de M. Semper : Bemerkungen über vielfarbige Architectur und Sculptur bei den Alten.
si avantageuse et si simple a dû nécessairement lui assurer la victoire. Le mouvement des deux galères du second tableau,- à peu près semblable, nous fait croire que cette manoeuvre était la tactique ordinaire du temps.
Un autre petit tableau, à droite du spectateur, représente un paysage traversé par une rivière sur laquelle est jeté un pont.
Les petites fabriques, pittoresquement disposées et groupées, ont un intérêt particulier pour l’architecte : il y trouve une infinité de détails inconnus, et qui lui sont souvent utiles dans les ajustements et dans l’ordonnance, lorsqu’il s’agit de restaurer des édifices antiques. Le haut de cette peinture, formant la frise, est divisé en compartiments dans lesquels sont figurés des poulets d’Inde, des oies, du gibier, et des ustensiles de toute espèce, mais dont le coloris, comme nous l’avons observé, a souffert par l’humidité et la proximité de la surface du sol (i).
Nous aurions pu mettre sous les yeux des lecteurs la reproduction d’une quantité d’autres tableaux aussi intéressants, si nous n’avions pas craint de sortir des limites que nous nous sommes tracées dans cette publication. D’ailleurs la plupart de ces tableaux sont déjà gravés et publiés dans d’excellents ouvrages qui se sont occupés spécialement des sujets mythologiques et historiques de ces peintures (2). Nous nous contenterons donc d’en citer quelques-uns, autant, du moins, qu’ils aideront à éclaircir les doutes sur la destination de l’édifice qui nous occupe. De ce nombre sont évidemment les jolies peintures représentant des scènes de la vie domestique ou puisées dans les mœurs et les coutumes privées de l’époque. Non seulement les ruines de Pompéi , mais des monuments d’autres pays encore , et principalement ceux de l’Égypte , nous offrent une foule d’exemples de ce genre, qui nous mettent à même de deviner la destination de ces édifices , et en même temps de juger de l’état des arts mécaniques et de l’industrie dans ces temps reculés. Tous les genres de professions y passent en revue, avec la différence, que les Égyptiens les figuraient matériellement; tandis que chez les Grecs et les Romains, où tontes les actions de la vie étaient immédiatement liées à la religion, on les trouve empreintes de cette poésie, de ce charme et de cette élévation de pensée que la religion seule peut inspirer. L’édifice qui nous occupe en offre plusieurs exemples : on y voit, entre autres, deux tableaux représentant, l’un, un atelier de fleuristes, l’autre, l’intérieur d’un moulin à blé, où les ouvriers ordinaires sont remplacés par une infinité de petits génies ailés qui, en se jouant du travail, semblent en adoucir les fatigues et l’ennoblir par leur présence. C’est ainsi, qu’en mettant le ciel en contact avec les choses de la terre, les anciens savaient donner à toutes les actions de la vie un but moral et utile.
Puisque nous nous sommes tant occupés de peinture, le lecteur ne sera peut-être pas fâché d’être introduit dans un atelier antique, et de faire connaissance avec un de ces artistes qui nous a produit tant et de si précieux ouvrages, d’autant que cet artiste est une femme jeune et jolie. Dans ce tableau gracieux on la voit occupée à copier une statue hennés devant laquelle elle est assise. Sa main gauche tient quelque chose qui ressemble à une palette ; de l’autre elle trempe son pinceau dans une boîte à couleurs posée, à côté d’elle, sur un fût de colonne. La toile (3) sur laquelle on voit la figure peinte, est à ses pieds, et, à défaut de chevalet, c’est un petit garçon qui semble la tenir. Un autre petit tableau, représentant la même statue, est accroché à l’un des piliers du porche qui forme le fond de cet atelier; on y voit encore dessinés d’autres sujets. Deux
(0 On a reconnu dans une des nouvelles découvertes faites à Pompéi, que des murs de pierres de tuf étaient recouverts, sous l’enduit, et dans une hauteur de sept pieds à partir du sol, de tables en plomb, attachées par des clous en fer; c’était sans doute pour garantir la peinture de l’influence de l’humidité.
(a) Parmi eux nous placerons, en première ligne, celui de MM. Raoul-Rochette et Rouchet : Pompéi, Choix des édifices inédits, Paris, i8î8. Malheureusement cet ouvrage est resté jusqu’ici (i835) à sa troisième livraison. L’intérêt du texte, traité par le savant académicien, aussi bien que la beauté des planches d’après les dessins de l’habile architecte, font doublement regretter cette interruption.
(3) Ce n'est pas sans dessein que nous nous servons de cette expression, car ce petit tableau représente parfaitement une mile tendue sur un châssis , tres-mince , en bois. Si c'était un panneau, à quoi aurait servi le châssis ? les panneaux en bois n’en ont pas besoin.
femmes, richement habillées, regardent avec attention la jeune artiste, en se tenant discrètement à distance derrière un de ces piliers. Dans cette jolie composition, il ne manque aucune des parties essentielles qui forment d’ordinaire l’ameublement de nos ateliers modernes, à la seule exception du chevalet. Ce qui peut motiver l’absence du chevalet, c’est la rareté, dans ce temps, des tableaux isolés ou détachés, et l’usage général de peindre sur les murs mêmes des édifices (i). La peinture, chez les anciens, était toute monumentale; elle faisait, avec la sculpture, partie essentielle de 1 architecture, à laquelle l’une et l’autre furent constamment subordonnées. Aussi voyons-nous avec plaisir se reproduire chez nous cette même tendance, du moins pour ce qui concerne le décor de nos édifices publics : c’est l’architecte qui fixe l’emplacement, les dimensions, 1 encadrement des peintures et sculptures; c’est ainsi que dans les monuments on peut produire un ensemble harmonieux (2).