‹ Les ruines de Pompéi (volume 3)Chapitre 3 sur 24 · NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE

osoient confier leurs jours à ces peuples inhospitaliers. Diodore de Sicile, qui souvent cherche à retrouver la vérité au milieu des fictions poétiques, dit que les premiers habitants de ce pays étoient doués d'une force surnaturelle, et que leur scélératesse les fit regarder comme des géants fils de la Terre. '

Selon Denis d'Halicarnasse, les OEnotriens, les Sicules, les Pélasges, furent les premiers peuples étrangers qui habitèrent l'Italie méridionale.^ Strabon ajoute que les Pélasges et les Osques possédèrent la ville de Pompei et celle d'Herculanum, fondées, dit-on, l'une et l'autre par Hercule;^ ce qui fait remonter l'antiquité de Pompei aux époques les plus reculées de l'histoire d'Italie.

Aux Osques succédèrent les Ausoniens: ils s'établirent d'abord dans le golfe du Cratère et finirent par conquérir sur les Opiques, peuple de la nation des Osques, l'autre golfe, situé entre le Liris et le cap de Misène; mais leur domination ne fut pas de longue durée. 4

Les Grecs, après avoir couvert les côtes de l'Asie mineure de leur nombreuses colonies, commencèrent à porter leurs regards vers l'Italie méridionale, et formèrent des étabhssements sur les côtes de la Sicile, de la mer Ionienne, et de la mer Tyrrhénienne. Bientôt une colonie de Cuméens, originaires de Chalcis en Eubée, aborda en Campanie sous la conduite d'Hypoclès et de Mégasthène: des hommes qui perdoient une patrie, qui alloient au loin chercher une autre terre et vivre sous d'autres cieux, ne pouvoient choisir un exil plus doux, un pays à la fois plus salubre, plus riant, et plus fertile. Ils s'emparèrent du pays des Opiques, et y fondèrent la ville de Cumes, au dessous du cap de Misène. ^

Les Cuméens étoient navigateurs et commerçants : ils durent ambitionner la possession des côtes; car en se rendant maîtres de la mer, ils devenoient naturellement les facteurs du commerce du pays, et les dépositaires de ses richesses: aussi les vit-on s'établir sur différents points de ce rivage. Ils fondèrent le port de Dicœarchum , la ville de Paléopolis , et auprès de celle-ci la ville de Néapolis, connue aussi sous le nom de Parthénope. Herculanumet Pompei passèrent également sous leur domination : cette dernière ville paroit avoir été le point le plus éloigné de leurs établissements dans le Cratère.

Mais la prospérité des Cuméens eut son terme. La Campanie, cette terre si féconde, où, pour me servir des expressions de Pline, se rassembloient

(i) DioD. sicuL. Ub.If^cap.^t. — (a) DION. HALic- Ai. /. — (3) STRAB. /lè. A'. — (/^) ibtii. — (b) ilid.

SUR LA VILLE DE POMPEL g comme à l'envi foutes les délices imaginables-, sembloit destinée à réveille,par sa richesse la cupidité des conquérants, et à les en punir par les jouissances mêmes qu'elle leur prodiguoit. Les Cuméens, amollis, furent à leur tour chasses par les EtrusqL.es. Ceux-ci, devenus possesseurs de douze villes conquises ou fondées par eux, formèrent une espèce de république fédérative dont Capoue fut la capitale- c'est ce qu'on a appelé la nation des Campaniens, de laquelle les habitants de Pompei faisoient partie.

L'influence d'un climat si doux, une longue paix, le goût des plaisirs, le luxe et la mollesse, fruits d'une constante prospérité, énervèrent aussi le courage des Campaniens. Les belliqueux Samnites, leurs voisins, qui sembloient attendre ce moment, descendirent tout à coup de leurs montagnes, fondirent sur la Campanie, et l'envahirent presque tout entière. Capoue, assiégée et pressée vivement, se jeta dans les bras des Romains, aimant mieux se donner des maîtres que de se soumettre à des vainqueurs^. Ce fut ce qui attira pour la première fois dans ces contrées les armes de la république romaine, née, comme dit Pline l'ancien, pour rassembler les empires épars, et devenir la patrie commune de toutes les nations'K Cene guerre cruelle dura plus d'un demi-siècle; mais les auteurs qui en ont parlé ne font aucune mention de Pompei: silence heureux, puisque les villes qui obtinrent alors quelque célébrité rie la durent qu'à leurs malheurs!

Quatre-vingts ans plus tard Annibal pénétra dans la Campanie, où il trouva assez de ressources pour tenir Rome long-temps en alarme. Pendant son séjour, il attaqua toutes les villes qui étoient demeurées fidèles aux Romains. Comme il neparoîtpas qu'il ait rien entrepris contre Pompei, on peut conjecturer, avec quelque vraisemblance, qu'à l'exemple de la capitale de la république cette ville avoit embrassé le parti des Carthaginois.

Ravagée pendant les guerres Puniques, la Campanie le fut bientôt après par une guerre plus cruelle encore. La dure domination de Rome ayant lassé la patience des peuples qu'elle avoit soumis autour d'elle, ils levèrent tout à coup l'étendard de la révolte, depuis les bords du Liris jusqu'au rivage de la mer Ionienne. Pompei , qui se trouvoit alors sous l'influence des Samnites, suivit le torrent, et demeura constamment unie aux autres villes de la Campanie pendant toute la durée de cette guerre, connue sous le nom de guerre Sociale. Les alliés eurent d'abord de brillants succès; mais la fortune de Rome ne tarda pas à triompher: des divisions et des revers affoiblirent la ligue; et Sylla, après plusieurs avantages, étant venu mettre

( 1 ) Plia. lib. m, cap. 5. (3) Tit.-Liv. lib. VTI, cap. 3o.

(i) Strab. lib. V. (4) p|i„. lib. ni, cap. 5.

,o NOTICE HISTORIQUE

le siè«e devant Stabia, la prit, la livra à la fureur du soldat, et la ruina tellement que, du temps de Pline l'ancien, cest-à-dire au moment de sa ' dernière catastrophe, elle netoit plus qu'un simple village'.

Les habitants de Pompei, du haut de leurs remparts, purent voir la prise et la destruction de Stabia: affreux spectacle pour une ville menacée du même sort! Cependant le courage des Pompéiens n'en fut point abattu; la férocité de Sylla leur étoit connue; ils savoient qu'il étoit plus aisé de le vaincre que de l'attendrir: aussi, sans recourir à des supplications, que le vainqueur heureux eût peut-être rejetées, ou à des traités qu'il étoit habitué à enfreindre, ils placèrent tout leur espoir dans leurs armes, et s'apprêtèrent à défendre par elles une liberté qui leur étoit plus chère que la vie.

Sylla, ayant quitté Stabia, vint mettre le siège devant Pompei, qui étoit munie de bonnes murailles, défendue par des gens de cœur, et dans une position à n'être point enlevée facilement. Pendant qu'il faisoit les préparatifs nécessaires pour l'attaquer en règle, Cluventius, général des Samnites, part avec des forces considérables, marche en toute hâte au secours de la ville assiégée, et pose fièrement son camp à quatre cents pas des Romains. L'impétueux Sylla se crut Insulté par cette hardiesse : sans attendre les troupes qu'il avoit envoyées au fourrage, il court à l'ennemi. Cluventius et ses Samnites reçurent le choc des Romains sans s'étonner, et les repoussèrent avec perte. Mais Sylla n'étoit point accoutumé à renoncer à la victoire, quelque prix qu'il fallût la payer: aussi, dès que les fourrageurs furent revenus, il attaqua de nouveau les Samnites, et, après un long combat, il les obligea à se retirer. ( ,ette victoire, que Sylla devoit à sa persévérance, fut une leçon dont Cluventius profita: ayant reçu un renfort de Gaulois, il revint sur ses pas, et se montra à son ennemi avec une armée plus nombreuse et plus redoutable que la première. Sylla, que rien ne pouvoit étonner, lui livre bataille une troisième fois, le force à une retraite précipitée; et, l'ayant rejoint près de iV'o/a, il détruisit son armée, et le laissa lui-même au nombre des morts. Soit que les Pompéiens, frappés de la défaite de Cluventius, se fussent soumis aux vainqueurs, soit que Sylla leur eût accordé une capitulation avantageuse pour se débarrasser des affaires qui pouvoient le gêner dans la poursuite du consulat, qu'il brigua cette même année, ce général, sans songer davantage à eux, conduisit ses troupes dans le pays des Hirpiniens, et de là dans le Samnium.

Deux passages de Cicèron, dans ses Discours sur la loi agraire, font voir

(i) l'iin. lib. 111, cap. 5.

SUR LA VILLE DE POMPEL ,i avec quelle rigueur la Campanie fut traitée à la fin de la guerre Sociale. On ôta à Capoue son sénat, ses magistrats particuliers; on dispersa la multitude turbulente qui l'habitoit, et l'on n'y laissa que des laboureurs pour cultiver ses terres fertiles, et des soldats pourgarder ses murailles désertes. Il paroit cependant que cet acte de sévérité n'eut lieu que pour la seule ville de Capoue, et que les autres conservèrent une partie de leur liberté; carSylla, pendant sa dictature, ayant envoyé dans le territoire de Pompei une colonie romaine, sous la conduite de son neveu Publius Sylla, les Pompéiens refusèrent à ces colons la jouissance de certains droits de cité: ce qui suppose la conservation et le libre exercice de ces mêmes droits. Ce refus entraîna des troubles, dont Publius Sylla fut accusé d'être l'instigateur secret. Cicéron le défendit avec son éloquence ordinaire dans sa vingt-quatrième Oraison'; et c'est lui qui nous apprend que les Pompéiens et les colons prirent Sylla lui-même pour arbitre de leurs différends. Vitruve, en parlant des villes qui entourent le Vésuve, les appelle municipes^; ainsi tout porte à croire que jusqu'au temps d'Auguste la ville de Pompei se gouverna elle-même, mais à la fin du règne de cet empereur elle devint colonie; car une inscription placée au théâtre, et qu'on peut rapporter à cette époque, lui donne ce titre^.

Tombée entièrement sous la puissance des Romains, elle changea de forme de gouvernement, et, comme les autres colonies, elle eut des patrons ou. protecteurs, des édiles, des duumvirs, et des décurions. Depuis ce moment, elle suivit la fortune commune de l'empire, et l'on ne connoit rien de remarquable qui lui ait rapport, si ce n'est la rixe survenue entre les Pompéiens et les habitans de Nocera, à l'occasion suivante.

L'an Sg de l'ère chrétienne, Livinejus Regulus, qui étoit depuis plusieurs années privé du rang de sénateur, ayant donné un combat de gladiateurs dans l'amphithéâtre de Pompei, les habitants des villes voisinesy accoururent, et particulièrement ceux de Nuceria, aujourd'hui Nocera. Ces derniers et les Pompéiens se piquèrent réciproquement par des railleries , qui furent suivies bientôt d'injures et de coups. Les deux partis s'échauffant toujours de plus en plus, l'on commença à se lancer des pierres; enfin, on courut aux armes de part et d'autre, et cette rixe devint un véritable combat. Ceux de Pompei, qui étoient dans l'enceinte de leurs murs, au milieu de leurs amis, et dont le nombre excédoit celui des Nuceriens, les repoussèrent avec une grande perte, et demeurèrent victorieux. Mais les vaincus en appelèrent aux

(1) Orat. XXIV. pro Sulla. 21. (3) Vitruv. lib. II, cap. 6.

(2) Dissert. ïsagog. Pars I, cap. 8. 6.

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