‹ Les ruines de Pompéi (volume 4)Chapitre 14 sur 19 · N» III · texte numérisé non relu

N» III

Mesure in agro.. iS' 10“

Réduite en lignes igga

Divisée par i5, donne en lignes i32 Équivalent à i\°o

Le terme moyen entre ces trois résultats est 10“ 10' et cette mesure, qui se rapproche, à - de ligue près, du ré.sultat n" 11, me parait être eu effet la grandeur juste du pied cherché. Pour men assurer davantage, je l’ai soumise à nue preuve qui m’a confirmé dans cette idée, en me faisant trouver la raison de la différence existant entre les dimensions n“ I et n" III.

(1) Tel est le résultat de l’analyse faite, d’après l’invitation du gouvernement, par le chevalier SemenHni , professeur de chimie à NapU W Cette différence de couleur entre les liquides contenus dans ces vases provient, selon le chevalier Sementini, de dont ils sont composés , cest-à-dire, le vin , I eau et 1 huile, ne se trouvent point dans le même rapport en chacun d'eux.

(3) On avoit coutume d’éteindre les cendres du bûcher en y répandant des libations de (Pim. hb.Xir, cap. la); mais cette défense ne fut pas long-temps observée.

(4) On déposoit sur ces plaques de marbre des couronnes, des bandelettes, des fruits, des gâteaux et des fleurs. Le petit pot servoit à mpi.ssoit probablement d’eau, puis on y plaçoit des bouquets et des branches de verdure qui, de cette manière, con

que les éléments Numa défendit, dès l’origine, cette profusion

autre usage; o

t quelque temps leur fraîcheur. L’usage d’orner les statues des morts et les tombeaux a

inscriptions. Voyez entre a

: ( Fcrret. Musœ lapid. Mit. lib. III, p. i4i.)

C des fleurs se trouve confirmé par plusieurs

J ai mesuré de nouveau la face et la profondeur, mais en pieds antiques, à raison de lo® lo' ^ par pied : les 7° 6', mesures fraoçoises, me donnent 14P gonce*^^ c’est-à-dire i5 pieds moins 3 onces et un peu plus de j once. Or, la dimension n" (II, réduite de même en mesures antiques, égale i5 pieds, plus 3 onces et un peu plus de | once; c’est-à-dire i5 pieds, plus ce qui se trouve manquer à la face. On voit par là que Xagrimensor de la ville, après avoir établi la dimension n" II, qui est juste, se trouvant trop resserré entre les tombeaux voisins pour donner exactement les i5 pieds de face, a cru devoir dédommager la famille Nistacidia en mettant de plus, sur la dimension n° III, ce qui manquoit sur la dimension n" I.

Cette quantité de 10“ 10' ^ une fois établie pour grandeur du pied dont on se servoit à Pompei , j’en ai fait l’application à une autre inscription, donnée planche III, et qui porte que le lieu consacré à la sépulture de la prêtresse Mamia a 25 in frontem et 25 in agro. Or, mesurant l’espace de terrain sur lequel se trouve le banc circulaire M (espace compris entre la voie, la petite rue A, le tombeau L et un petit mur détruit qui le séparoit du tombeau N), j’ai trouvé sur un des côtés 22'’ 7“, valeur correspondant aux 25 pieds antiques à 4' près. Sur les autres côtés, resserrés par la voie et la petite rue, il y a une légère différence en moins '.

Ces deux opérations doivent, ce me semble, nous convaincre que le pied antique dont on se servoit à Pompei étoit égal à 10° 10' ^ du pied de roi , ou 287 millimètres. Or cette grandeur est celle du pied antique romain, qui, selon les calculs les plus exacts, les plus fondés en autorités, comme ceux de Lucas Pœtus, de Picard, de Fabretti, d’Arbuthnot, de Danville, de l’abbé Barthélemy, de David le Roi , et de Stuard, selon aussi divers exemples égale 10° 10’, plus une légère fraction ^ Ou voit par là que les mesures romaines avoient remplacé à Poznpei les anciennes mesures grecques; et en effet les Pompéiens avoient depuis long-temps abandonné en partie les usages, la langue et les mœurs de leurs aïeux. C’est une observation que nous aurons plus d’une fois occasion de rappeler, surtout en traitant des habitations dans le second volume de cet ouvrage.

Les fig. Il et IV donnent les inscriptions des columellœ placées dans le sepulcretam. La fig. III montre le revers d’une d’entre elles

(i) Cette opération m’a fait reconnoître une erreur dans laquelle sont tombées toutes les personnes qui ont écrit sur Pompei, et dont je n’ai pu me garantir moi-méme, c’est que le tombeau N (voyez pl. III, VIII, IX etX), quia toujours été regardé comme celui de Mamia, ne lui a jamais appartenu. La sépulture de cette pi'êtresse ne consiste que dans le terrain dont nous venons de parler, et le monument élevé en son honneur est le banc circulaire M, sur lequel on a gravé l’inscription' donnée pl. VII. Probablement l’autre banc circulaire K, dont l’inscription est enlevée , étoit aussi un monument funèbre.

(a) Je ne rapporterai point ici tous les pieds de bronze ou de fer cités par ces auteurs, dont la grandeur s’est trouvée être de lo” lo', |rfus une fraction; je ne parlerai que des monuments réunis au Capitole, parceque ce sont les seuls qui me soient connus, lis sont assez négligemment travaillés; les extrémités des pieds qu’on y a sculptés sont taillés en biseau , de manière que la mesure prise à la superficie du relief est plus petite que celle prise sur le nu du marbre ; je les ai mesurés avec soin , mab toujours à la superficie du relief.

Pied sculpté sur le tombeau d’Ébutius lo® ii'.

Pied sculpté sur ta pierre caponienne lo® ii Pied sculpté sur le tombeau de Statilius lo® 9 Pied sculpté sur le tombeau de Cassutius 10° 9

Toutes ces mesures étant différentes, il faut prendre un terme moyen entre elles; ce qui donne 10“ 10' ; valeur qui ne diffère que de

'’/i»o de ligne de résultat que m’a procuré l’opération faite sur la sépulture de Nbtacidius,

(3) On ne peut douter de la justesse de cette évaluation , puisqu’elle est confirmée par les opérations faites sur le monument de Nistacidius , et sur celui de la prêtresse Mamia. Ces deux monuments et divers pieds trouvés à Herculanum, comparés au résultat moyen des monuments du Capitole, prouvent que dans les villes de l’Italie on se servoit du même pied qu’à Rome, et par conséquent que le pied italique dont il est parlé dans le traité de Héron n’est autre chose que le pied romain. ( Uero, de Mensuris. — Montfauc. Analec. Grœc. p. 3i3. )

(4) Les Turcs, qui, en s’établissant dans la Grèce, ont adopté presque tous les usages des vaincus, placent encore sur les tombeaux des bornes sépulcrales semblables à ces cohimellce.

44 explication DES PLANCHES

Après le sepulcretum de la famille Nislacidia, vieut le tombeau de Calventius Quietus, marqué G sur le plan; il est en marbre comme celui de Muiiatius, à l’exception du soubassement et de l’enceinte, qui sont en maçonnerie revêtue de stuc, et décorés de moulures et d’ornements de même matière. II n’a point de chambre sépulcrale , ni de lieu pour recevoir les cendres; il est massif; ce ne peut être qu’un monument honorifique, un véritable cénotaphe. La fig. I ( pl- XXIV) en donne l’élévation, dont le motif est assez nouveau et l’effet fort agréable.

L’inscription, placée au milieu d’un riche encadrement sur la face du tombeau, porte qu’d fut élevé à Caius Calventius Quietus, augustal, auquel, pour sa munificence, les décurions décernèrent , par un décret et avec le consentement du peuple , les honneurs du bisellium. On voit au-dessous de l’inscription la représentation de ce bisellium. Il est phis orné et d une forme plus élégante que celui de Munatius. Ces deux bas-reliefs sont extrêmement curieux , parcequ’ils ont enfin expliqué la figure de ce siège, dont on ne connoissoit aucun exemple, et sur lequel on a fait une infinité de conjectures vagues On voit maintenant que le bisellium étoit un tabouret assez grand pour contenir deux personnes; mais le marchepied indique qu’il ne servoit qu’à une seule Ceux qui avoient obtenu cet honneur s’appeloient bisellani, et jouissoient du droit de s’asseoir sur ce siège aux spectacles, au forum et autres lieux publics. En traitant des théâtres, nous aurons soin de faire remarquer la place destinée aux bisellarii. Ce tombeau nous montre que si les anciens ne connoissoient pas la vénalité des charges , ils connoissoient celle des honneurs , et que la prérogative du bisellium n’étoit point une récompense exclusivement réservée aux services ou au mérite, puisque Calventius l’obtint par ses largesses.

Les deux faces latérales sont ornées d’une couronne de chêne liée avec des bandelettes (pl. XXV, fig. III). Le coussinet est sculpté avec élégance, et porte à ses extrémités un tête de belier ( fig. II) . La fig. IV donne le détail en grand de la base , et la fig. V celui de la corniche.

Divers petits acrotères s’élèvent sur le mur d’enceinte; ils étoient ornés de bas-reliefs en stuc, dont la plus grande partie n’existe plus : on voit pl. XXVI quelques uns de ces bas-reliefs, que j’eus soin de dessiner lors de la découverte de ce monument, et avant que les pluies et les gelées les eussent détachés de l’enduit sur lequel ils étoient appliqués. Le premier (fig. I) offre une Renommée posée sur un globe et les ailes étendues; elle a pour pendant du côté opposé une Victoire, absolument semblable pour le mouvement et le dessin^, tenant un vexillumy espèce d’enseigne flottante dont se servoient les Romains. On voit, dans la figure II, OEdipe et le sphynx. L’artiste a choisi le moment où le héros trouve le mot de l’énigme fatale. Le sphynx est placé sur une pointe de rocher, du haut de laquelle il va bientôt se précipiter ; au-dessous gisent les cadavres des Thébains déjà immolés par le monstre. Quoique l’exécution de ce bas-relief, négligemment modelé, laisse beaucoup à desirer, sa composition naïve et le sujet célèbre qu’il représente le rendent extrêmement intéressant. Il a pour pendant Thésée dans l’attitude du repos -.ce héros est reconuoissable à ses traits jeunes et à ses formes sveltes; il tient la massue de Périphetès, trophée de sa première victoire, qu’il n’abandonna jamais. Pour le caractériser davantage, l’artiste a suspendu à une colonne auprès de lui l’épée qui servit à le faire reconnoitre par Égée. En plaçant ainsi sur son tombeau l’image d’Œtdipe, persécuté dans son enfance, et celle de Thésée, dont la carrière fut, dès le commencement, semée de tant de périls , Calventius auroit-il voulu exprimer d’une manière allégorique les premières épreuves de sa vie? En effet combien ne faut-il

(i) Voyez Valer. Chimentell. Marm. Pisan. de honor. bisell.

(a) On a trouvé à Pompei deux biselUa en bronze , que l’on s’est empressé à tort d'appeler des lectistemes. L’un d’entre eux, que l’on voit au musée des études , est élégamment orné, et d’une admirable exécution.

(3) La similitude de ces deux figures est telle, qu’on les croiroit sorties d’un même moule;

si ai-je jugé inutile de donner cette .seconde.

de la première partie. 45

pas souvent à la jeunesse de sagacité, de courage, et de travaux pour sortir de l’obscurité et triompher d’une destinée rigoureuse!

Sur le quatrième bas-relief on voit une femme sans manteau , les cheveux épars , tenant un flambeau avec lequel elle doit allumer le bûcher, et portant sur son épaule une espèce de vase. L attitude, le costume et les attributs semblent annoncer une de ces femmes appelées Preficæ, Bustimrim, adonnées par état aux cérémonies funèbres.

Le fond de l’enceinte, comme on a pu voir, pl. XX^, est couronné par un fronton. La pl. XXVII, fig. I, en donne le détail. La plaque de marbre qui décore le milieu du tympan est encore parfaitement unie, et n’a jamais reçu d’inscription. Les fig. II, III, IV, V et VI donnent les détails des principaux ornements sur une plus grande échelle.

Entre le tombeau de Calventius et le suivant se trouve un assez vaste sepulcretum , marqué H sur le plan; on n’y voit qu’une petite borne funèbre. Cet enclos est fermé, sur le devant, par un mur a hauteur d’appui grossièrement construit, qui servoit à clore provisoirement le terrain, eu attendant qu on le divisât pour y élever des sépultures semblables aux précédentes. Tous ces espaces vacants étoient sans doute plantés d’arbres; et cette verdure sur laquelle se détacboient les tombeaux élégants que l’on vient de voir devoir produire un effet piquant et ajouter infiniment à la beauté de ce quartier.

Le tombeau marqué I sur le plan (pl. XVj diffère de ceux que je viens de décrire. Il consiste en une tour ronde (pl. XXVIII, fig. I), revêtue de stuc au dehors, et décorée d’assises et de compartiments; au-dedans elle renferme une chambre sépulcrale ornée de peintures (fig. II); 011 y monte par un petit escalier étroit et rapide. Les niches de l’intérieur recèlent des urnes , scellées dans la construction, dont une conteuoit encore des ossements lors de la découverte de ce tombeau. Ce que ce monument a de plus remarquable, c’est la forme de sa voûte , semblable aux dômes des appartements turcs, et décorée à-peu-près dans le même goût de petites fleurs rouges et jaunes. Sur la partie plate du plafond on a peint une tête (pl. XXIX, fig. V) médiocrement exécutée; l’espèce de tablette circulaire qui sert de corniche à la naissance de la voûte étoit destmee à recevoir des urnes cinéraires et des lampes ; quelques unes de ces dernières y etoient déjà placées; la décoration intérieure, quoique simple, ne laisse pas d’être élégante; elle est développée en grand dans la pl. XXIX, fig. I.

L enceinte de ce tombeau est surmontée, comme celle du précédent, de petits acrotères ; ceux de la façade portent des bas-reliefs en stuc. (Fig. II, III, IV.)

Le premier (hg. II) représente une femme accomplissant un devoir funèbre; elle tient une bandelette et une patère. Devant elle est un de ces autels nommés ^cerrœ , que l’on élevoit près des tombeaux, sur lequel elle a déjà offert des fruits.

L’autre (fig. IVj représente aussi uue femme jeune et à-peu-près dans le même costume que la précédente. Elle est dans l’action de déposer une bandelette sur la dépouille mortelle d’une personne qui semble lui avoir été chère. Le squelette', dont la petitesse indique un enfant, est étendu sur des pierres amoncelées, circonstance singulière qui ne peut être un caprice de'l’artiste. Si je ne craignois d’avancer une conjecture hasardée , je regarderois ce squelette couché sur des décombres comme celui d’une jeune victime du terrible tremblement de terre, qui , en 63, renversa une partie de la ville. Cette idée me séduit d’autant plus qu’elle donne à ce bas-relief

(.) Il e.t extrêmement rare de voir sur les monuments antiques des représentation, de squelettes ; cependant les bas-relief, en stoc, dan. lesquelles anciens se permettoient beaucoup de licences, en offrent quelques exemples. Dans un tombeau découvert à Cumes.en 1809, on en voit plusieurs bien remarquables ; ih ont été publiés par le chanoine de Jorio. {Schetetn Cumani, etc. Napoli i8jo.)

^6 explication des planches

quelque chose de touchant et de prophétique. Cette jeune mère qui vient pleurer sur les restes inanimés dun des plus doux objets de sa tendresse et leur rendre un culte daffection et de rearet devoit elle-même, seize ans plus tard, périr de la même mort, tnais sans espérance de meler ses cendres à celles renfermées déjà da.ts ce tombeau....! Cette conjecture, s, elle éto.t admise, me serviroit aussi à expliquer pourquoi ce monument ne- porte point d’.nsenpl.on; car les plaques de marbre attachées à l’enceinte et à la tour sont parfaitement lisses : on n’aura pas cru necessaire d’en faire la dédicace pour un seul enfant, et l’on attendoit que quelqu’un des chefs de la famille pùt donner, jmr ses funérailles, plus d’éclat à cette cérémonie. Le costume des figures de ces deux bas-reliefs est sans doute celui que portoieut les femmes mariées à Pompe.; on en retrouve encore aujourd’hui quelque reste dans l’habillement des femmes de Mola d, Gaeta,- mais dans les environs de Som, pays isolé, et oh par conséquent les traditions antiques ont eu moins d’occasion de se perdre, ce costume charmant s’est exactement conservé .

Le plus intéressant des tombeaux nouvellement découverts est, sans contredit, celui marqué K- sur le plan; on eu voit l’élévation et la coupe, planche XXX. Il est composé d’une enceinte et d’une chambre sépulcrale. La voûte de cette dernière et le cippe qui couronne le monument sont soutenus par un massif placé intérieurement au milieu du caveau’. Ce massif est percé à jour par quatre petites arcades, dont trois étoient clauses avec des vitres*, et la quatrième avec un voile épais attaché à des clous. Cette espèce de tabernaele, ménagé ainsi au centre de ce pilier , ne contenoit rien lors de la découverte du tombeau ; mais il est probable qu’il devoir renfermer une urne, ou plutôt un lampe, comme semble l’indiquer le som que Ion a eu de le clore avec des vitres pour laisser passage à la clarté, et avec un voile pour empêcher le vent de la porte d’éteindre la lumière qu’on y enlretenoit. Quatorze niches percées au pourtour du caveau étoient destinées à recevoir autant d’urnes cinéraires.

L’intérieur de ce tombeau n’offre, comme ou vient de le voir, rien de bien intéressant; mais sa décoration extérieure doit le rendre célèbre, à cause des détails curieux que présentent les basreliefs dont il est couvert, et les notions précieuses qu’ils donnent sur les jeux et les combats de

l’arène

Ces bas-reliefs sont disposés autour des gradins du cippe et sur la façade du mur d’enceinte; ils sont en stuc, comme tout le reste de la décoration; car il n’y a de marbre dans ce tombeau que la plaque sur laquelle est gravée ^inscription^ Elle est en beaux caractères, et ainsi conçue :

(i) Dans le costume des paysannes de Sora, la’ partie supérieure est une sorte de chemisette large et flottante ; l’espèce de tablier qui enveloppe le milieu du corps est noir et la jupe rouge; le voile n’est plus arrangé comme dans le bas-relief, il est relevé avec assez de grâce par devant et flottant par derrière. On peut avec raison regarder le costume des figures de ce monument comme représentant Thabillement national des anciennes Campaniennes.

(a) Le massif semblable que l’on voit au tombeau marqué N sur le plan pl. in , et dans la coupe pl. VII , étoit destiné au même usage.

(3) Le grand nombre de fragments de panneaux de verre trouvés à Pompei et à Herculanum ont enfin appris que les anciens se servoient de vitres comme les nôtres; mais elles étoient d’un usage moins général que chez nous, et faisoient partie des objets de luxe. (Voyez aussi page a4 de ce volume. )

(4) En traitant de l’amphithéâtre, dans la quatrième partie de cet ouvrage , je donne un essai sur cette sorte de monuments , et les combats qu’on y livroit; j’y ai joint tous les détaib, inscriptions, peintures, armures et armes, qui y ont rapport, et qui ont été découverts à Pompei i aussi me bornerai-je ici à expliquer d’une manière succincte les bas-reliefs du tombeau dont il est question.

(5) Cette inscription fut trouvée détachée du tombeau. Pen ai donné le détail en grand pour montrer la manière dont la plaque de marbre étoit ajustée , parceque quelques personnes ont avancé que cette inscription n’appartenoit point à ce tombeau ; ce qui est une erreur. Il est facile de voir que la partie supérieure ABCD se joint parfaitement bien avec la partie inférieure AFDE; d’ailleurs les tenons qui existent au morceau AFDE, incrusté dans le stuc, se sont trouvés coiresponilre exactement aux trous pratiqués anciennement pour les recevoir dans la partie supérieure , sur le joint AD.

" ^ ricius Scaurus, fils d’Aulus , de la tribu Méiiénia, duuinvir pour la justice,

a auquel les décurions ont accordé l’emplacement du monument, deux mille sesterces’ pour ses « funérailles, et une statue équestre dans le forum. Scaurus père à sou fils. »

\u-dessous de 1 inscription on voit encore ( fig. II, III, IV et V ) quelques fragments des basreliefs en stuc dont les gradins du cippe étoient décorés. J’ai choisi ceux qui m’ont paru offrir quelques circonstances intéressantes de ces chasses ou combats d’animaux auxquels les Romains donnoient le nom de V enationes.

Le premier (fig II) montre un homme exposé sans défense entre un lion et une panthère . dans le second (fig. ITI) un sanglier semble prêt à se précipiter sur un autre homme également nu et déjà renversé. Je serois tenté d’émettre ici une conjecture nouvelle à jJropos de ces deux figures nues. Je croirois voir en elles une espèce particulière de bestiaires qui, se fiant à leur agilité, sélançoient dans larène pour exciter les animaux féroces lorsqu’ils y étoient lâchés, et se sauvoient ensuite avec légèreté vers un lieu de retraite dès que quelque animal s’étoit attaché à leur poursuite. Cet exercice périlleux devoit amuser beaucoup le peuple; il est pratiqué encore aujourd’hui à Rome dans les combats de taureaux et de buffles qui ont lieu à l’amphithéâtre du Mausolée d’Auguste. Les deux figures dont il est ici question ne semblent en effet donner aucun -signe d’épouvante, et meme l’homme qui est opposé au sanglier paroît assis de manière à pouvoir se relever promptement s’il vient à s’élancer sur lui. Dans le même bas-relief (fig. III) on aperçoit encore un loup atteint d’un trait qu’il ronge en courant. Plus loin un chevi’euil est dévoré par d’autres loups ou par des chiens. On distingue encore la trace d’une corde au moyen de laquelle il étoit attaché par les cornes. La fig. IV est extrêmement curieuse, parcequ’elle nous montre comment on familiarisoit les jeunes bestiaires avec l’aspect et les hurlements des bêtes féroces, et la manière dont on leur apprenoit à les combattre. On y voit un jeune homme encore plus habile dans ces sortes de combats attaquant une panthère irritée. Elle porte un collier auquel tient une longue corde nouée, par l’extrémité opposée, à un énorme taureau ceint d’une sangle. Cette manière singulière d’attacher la bête féroce est ingénieuse; car si elle étoit liée à un point fixe,

I homme ne courroit aucun danger, et ce combat ne seroit qu’un lâche assassinat. Mais ce point étant mobile, 1 animal peut obéir à sa fureur, s’élancer et saisir son ennemi presque comme en liberté ^ Derrière le taureau, un autre bestiaire, armé d’une lance, s’avance avec précaution et ■le fait marcher quelques pas pour donner plus d’élan à la panthère et faire peur à son camarade, au moment meme où celui-ci va lancer un de ses javelots.

Dans la fig. V , un homme combat un ours avec le glaive d’une main et un voile de l’autre; celte circonstance, assez indifférente en elle-même, mérite cependant d’être remarquée, parcequ’elle peut servir à fixer l’époque de la construction de ce tombeau. Un passage de Pline (lib. F'III,

(1) La plaque de marbre siir laquelle est gravée cette inscription ayant été rompue en se détachant (pl.XXXI, fig. 1), le commencement du nom se trouve perdu. M. de Clarac l’a restitué dans son ouvrage sur Pompei : il lit etwiricius, nom commun dans ces contrées. ( Voyez disserl. Isagog. pi. XÎV, XV et XVI. ) Ce mot peut en effet entrer facilement dans l’espace que laisse le morceau rompu; mais alors il n’y a plus de place pour le prénom ; c’est pourquoi je pense que l’on pourroit lire Aricius.

(2) Environ 4oo francs. Je pense que le chiffre mille devoit être répété encore une fois dans le morceau qui manque ; du moins la place semble l’indiquer : alors cela feroit environ 600 francs. Cette somme est trop modique pour que l’on puisse croire qu’elle ait servi à payer les jeux qui furent donnés à cette occasion ; mais elle dut suffire pour le bûcher, les vases funèbres et le salaire des gens préposés aux funérailles. La famille fit les frais du tonabeau et des spectacles.

(3) Avant l’an 661 de Rome, on n’avoit point encore vu délions ni de panthères libres dans l’arène i^Seneq. de vil. Breu. cap. VI) ; car ce fut Sylla qui donna le premier spectacle de ce genre, et ce fut M. Scaurus son gendre qui fit paroître les premières panthères. ( Plin. Ub. VIll , cap. 16.) Au surplus, un grand nombre de monuments des siècles suivants représentent des animaux féroces portant une sangle croisée sur le dos, avec un anneau pour attacher une corde ou une chaîne destinée à les arrêter.

cap. i6) nous apprend que le voile ne fut employé dans l’arène contre les animaux féroces que sous le règne de Claude; or les spectacles ayant été défendus à Pompei depuis fan Sg jusqu’en 69, les combats donnés aux funérailles de Scaurus n’ont pu guère avoir lieu que dans les dix années qui précédèrent la suspension des spectacles, ou dans les dix autres qui s’écoulèrent depuis leur reprise jusqu’à la destruction de la ville. Mais des réparations bien évidentes ' prouvent que la construction de ce tombeau n’étoit déjà plus récente lorsqu’il fut enseveli sous la cendre en yg. Nous pouvons donc placer les funérailles de Scaurus et 1 érection de ce monument antérieurement à l’an Sg, et probablement sous les dernières années de Claude ou les premières du règne de Néron; époque à laquelle la passion des spectacles fut poussée au dernier période

Les bestiaires des bg. IV et V, ainsi que ceux de la fig. III (pl. XXXII), sont tous vêtus; observation qui seinbleroit appuyer la conjecture que j ai faite plus haut à propos des personnages nus des fig. II, III, de la pl. XXXI.

Les bas-reliefs du soubassement sont divisés en deux zones, et, comme je Tai déjà dit, exécutés en stuc. Les figures, ainsi qu’on le pratique encore aujourd’hui, sont retenues sur l’enduit par des broches de bronze, ou de fer; mais ces dernières, malheureusement plus nombreuses, se sont oxidées et en ont avancé la ruine. Il paroit même que ce tombeau avoit déjà un peu souffert avant le désastre de yg, puisque sous la plupart des figures actuelles on en trouve d’autres plus sveltes, d’un travail infiniment meilleur et quelquefois armées d’une manière différente.

Le nom des combattants, le nombre de leurs victoires^ leur condamnation même, se voient

(i) Le soubassement avoit déjà été entièrement restauré, et le bas-relief refait.

(a) Une inscription découverte par M. de Clarac sur le niur eatérieur de la basilique nous apprend que la même troupe de gladiateurs appartenant à Numerius Fesius Ampliatus, qui combattit aux funérailles de Scaurus, parut une seconde fois dans l’amphithéâtre le i6 des calendes de juin ; ce qui placeroit le premier combat vers le milieu ou la fin du printemps. Voici cette inscription :

N. FESTI. AMPLIATI

FAMILIA. CLADIATORIA. PVGNA. ITERVM PVGNA; XVI. K. IVN. VENAT. VELA.

O La troupe de gladiateurs de Numerius Festus Ampliatus combattra pour la seconde fois. Combat, chasses, voile (dans l’amphithéâtre), it le 16 des calendes de juin. »

Peut-être même est-ce l’annonce des jeux, des funérailles, qui auront eu lieu deux fois.

(3) Ces inscriptions sont tracées an pinceau avec une couleur noire ; les caractères en sont étroits et très grossièrement formés, comme tous ceux des inscriptions peintes que l’on trouve à Pompei ; tellement qu’il est difficile de distinguer les I , les T et les L. Après chaque nom il y a trois lettres qui ont été le sujet de plusieurs interprétations : quelques personnes lisent TVI , d’autres TVT, ou IVL, ou enfin TVL. Cette dernière manière de lire est la seule véritable; ces trois lettres sont l’abréviation du mot TVLIT (sous-entendu VICTORIAS), a remporté la victoire. On ne sauroit en produire de preuve plus authentique qu’un monument, peu connu, que j’ai trouvé au Capitole; c’est un tombeau élevé à l’aurige Arillius Dionisius^ il y est représenté avec les deux chevaux Aquilon et Hirpinus, au-dessus desquels on a tracé le nombre des victoires qu’ils ont remportées. Voici l’inscription :

HIRPINVS. N- AQVl LONis. viciT. cxmi SECVNDAS. TVLIT LVl TERT. TVL.

XXXVj

AQVILONI AQVI LONIS VICITCXXX SECVN. TVLIT LXXXVIII TER.

TVL.

Il est à remarquer que dan, rabréviatiou TVL . le T et L sont presque aussi mal indiqué, que sur le bas-reliet de Pompei.

écrits au-dessus des personnages, ainsi que le nom de celui auquel appartenoit la troupe des gladiateurs qui parut dans ces jeux

Dans la première zone (fig. I et II) on distingue huit paires de gladiateurs. La première paire, en commençant par la gauche, offre deux équités ou gladiateurs équestres. Le premier se nomme Bebrix, nom barbare qui semble annoncer une origine étrangère; il a déjà vaincu dans plusieurs autres combats; les chiffres qui les indiquent sont très effacés; j’ai cru cependant y reconnoître le nombre XII. Son adversaire porte le nom de Nobilioi\ et compte onze victoires. Ils sont armés chacun dune lance légère; d’une parma, ou bouclier rond, élégamment orné; ils portent des casques de bronze à visière’, qui couvrent entièrement le visage, comme ceux de nos anciens chevaliers (fig. V). Leur bras droit est couvert d’un brassard à bandes de fer; Nobilior porte des demi-cuissards faits de meme manière. Ces deux gladiateurs sont vêtus d’un inducida, courte et légère chlamyde qui faisoit partie du vêtement des cavaliers romains; ils ont la jambe et la cuisse nues. Bebrix est simplement chaussé de souliers comme les nôtres; mais Nobilior porte des semiplotia, sorte de souliers de chasseur, attachés avec des cordons autour de la jambe. Le cheval est. couvert, comme l’étoient ceux de la cavalerie romaine, d’une sa^ma, espèce de chabraque carrée. La croupière est peinte en rouge sur le bas-relief. Le mouvement des figures a de la vérité, de l’élan, et explique bien l’action. Bebrix a porté à Nobilior un coup de lance; celui-ci l’a paré du bouclier, et attaque à son tour Bebrix , qui cherche à éviter le choc de son adversaire.

Le groupe suivant présente deux gladiateurs dont les noms sont effacés. Le premier est armé d’un casque à visière , fort orné ; d’un scutum , bouclier long , et d’une épée que le sculpteur a négligé de représenter; il porte, comme tous les autres gladiateurs, le subligaculum y tablier drapé d’étoffe rouge ou blanche, fixé au-dessus des hanches par une ceinture de bronze ou de cuir enrichie de broderies. Il a à la jambe droite un cothurnus, espèce de brodequin ^ ordinairement de cuir coloré; à la gauche une petite ocrea, sorte de bottine de bronze. La jambe gauche est ainsi armée, parceque ce côté du corps étoit le plus exposé chez les anciens, dont la garde, à cause du bouclier, étoit inverse de la nôtre; le reste du corps est entièrement nu. Le gladiateur opposé à celui-ci a un casque orné d’ailes, un bouclier plus petit, des cuissards à bandes de fer, et à chaque jambe une grande botte de bronze 1 On doit reconnoître dans la première de ces figures un gladiateur de la classe des vélites, ou armés à la légère, et dans l’autre un Samnite. Le vélite, sorti seize fois vainqueur dans d’autres jeux, a rencontré dans ceux-ci un adversaire plus heureux, ou plus adroit que lui. Il est blessé à la poitrine, il a baissé son bouclier pour s’avouer vaincu, et il élève le doigt vers le peuple; car c’étoit ainsi que les gladiateurs imploroient leur grâce. Derrière lui le Samnite attend la réponse des spectateurs pour laisser aller son ennemi, ou l’achever, selon qu’on en ordonnera.

La ti’oisième paire nous offre le combat d’un Thrace et d’un Mirmillon. Le Thrace a , selon f usage, un bouclier rond; et si l’artiste n’eût point sous-entendu la plupart des épées, ce gladiateur tiendroit une harpe, ou cimeterre recourbé en sens contraire, comme ceux que l’on voit

(i) M. Millin ( Tomb.de Pomp.png. 48) a donné une autre interprétation à l’inscription peinte au-dessus des gladiateurs , et dans laquelle on lit le nom d’Ampliatus. Celle que j’adopte ici , d’après l’opinion de plusieurs personnes versées dans ces matières, me semble plus probable. Lorsque je dessinai cette inscription, elle avoit déjà souffert; les prénoms d’Ampliatus étoient effacés ; mais je ne doute pas que ce personnage ne fût le même que celui dont il est question dans la note a, page 48-

(a) Les couleurs des vêtements et la nature des métaux m’ont été données par diverses peintures que j’ai recueillies à Pompei; de plus, les blessures, le sang et le dedans des boucliers, sont indiqués sur ce bas-relief avec une couleur d’un rouge très vif.

(3) Ce brodequin est gravé en grand (fig. IV ).

(4) Les Grecs nommoient cette partie de l’armure d’où les auteurs modernes ont fait le mot knémide , cnémide.

5o EXPLICATION DES PLANCHES

aux Daces sur la colonne Trajane'; son casque est moins riche que celui des Samnites; du reste il a la même armure que son adversaire. Le Mirmillon’ est armé à-peu-près comme le vélite , si ce n’est que locrea qu’il porte paroît un peu plus pesante, et qu’il a à la jambe droite une jarretière qui nous servira à distinguer dans ce bas-relief le Mirmillon des vélites; on ne voit point sur son casque le poisson dont ces gladiateurs avoient coutume d’orner leur cimier; mais ce qui les caractérisoit principalement, c’étoient les armes gauloises dont ils se servoient, et qui leur avoient valu le sobriquet de Gaulois; celui-ci a en effet à côté de lui une ^esa, demi-pique gauloise, quil a jetée au moment de sa défaite; quoique vainqueur dans quinze autres occasions, il vient de succomber dans cette dernière, et le Thrace son ennemi remporte une trente-cinquième victoire; le Mirmillon, blessé à la poitrine, implore la clémence du peuple; mais le placé à la fin de

l’inscription qui le concerne , annonce qu’il fut mis à mort.

Les quatre personnages suivants offrent une scène encore plus cruelle. On y voit deux secutores et deux redarii. Nepimus, rétiaire , cinq fois victorieux, a combattu contre un secutor dont le nom est effacé, mais qui n’étoit point indigne de lui être opposé, puisqu’il a triomphé six fois dans différents combats. Son courage a été moins heureux en cette rencontre. JSepimus l’a frappé à la jambe, à la cuisse, au bras gauche et au flanc droit; son sang coule : en vain a-t-il imploré sa grâce, les spectateurs font condamné à mourir...! Mais, comme le trident n’est point une arme propre à donner une mort sûre et prompte, c’est le secutor Hippolytus qui rend à son camarade ce cruel et dernier service : le malheureux condamné fléchit le genou, présente la gorge au fer d'Hippolytus, et se précipite lui-même sur le. coup, tandis que Nepimus son vainqueur le pousse et semble insulter avec férocité aux derniers moments de sa victime. Dans le lointain on aperçoit le rétiaire qui doit combattre contre Hipoolytus. Les secutores ont un casque fort simple, de manière à ne donner que peu de prise au trident de leur adversaire; ils portent un brassard au bras droit, et un clypeas , grand bouclier rond, au bras gauche. Leur chaussure est composée d’une sandale fixée par des bandelettes. Toute leur armure est légère, et elle devoit fêtre; car c’étoit leur agilité seule qui, en combattant, po.uvoit leur faire éviter la mort et leur procurer la victoire. Les rétiaires ont la tête nue et ceinte seulement d’une bandelette; ils sont sans bouclier; une demi-cuirasse leur couvre le flanc gauche, et le môme bras porte un brassard, dont l’épaulette est fort élevée ; ils sont chaussés, comme les soldats romains, de la caliga, et tiennent pour arme un long trident. Les filets dont ils cherchoient à envelopper leurs adversaires ne sont pas appai’ents, l’artiste les a sous-entendus. Le bas-relief de la fig. L" est terminé par le combat d’un vélite et d’un Samnite. Ce dernier supplie les spectateurs de lui accorder le renvoi; il paroît, au geste du personnage , qu’il ne lui est jmint accordé. Son adversaire regarde vers les gradins de l’amphithéâtre , il a vu le signe fatal , et semble se préparer à frapper.

La fig. Il fait partie de la zone supérieure ; mais elle est séparée du bas-relief donné fig. I, par un des pilastres de la porte. Les sujets font suite aux précédents ; on y voit deux combats ; dans le premier un Samnite a été vaincu par un Mirmillon. Ce dernier veut immoler son camarade

(1) On a trouvé dans une des fouilles, à Pompei, une petite figure de bronze, possédée aujourd’hui par M. de Clarac, représentant un Thrace à genoux ; son épée recourbée, qu'il tient derrière le dos, est bien reconnoissable. Son costume est semblable à celui du gladiateur que l’on voit ici.

(2) L’Æf placé entre le nombre XV et le thêta doit être interprété comme étant l’initiale du mot mirmillo.

(3) Dans les deux mosaïques publiées par Vinckelmann dans ses Monumenti anlichi ined. cap. X, on trouve trois fols cette lettre placée à côté du nom de deux gladiateurs tués. Cet illustre savant n’en donne aucune explication satisfaisante. M. Millin , en décrivant ce tombeau , rappelle, d’après plusieurs autorités , que le 0 se plaçoit après le nom des personnes, quand on vouloit indiquer qu’elles étoient mortes, pareeque cette lettre étoit l’initiale de Bovùv, mort. Ainsi elle indique ici que ce gladiateur n’obtint point son renvoi, et qu’il fut condamné par le peuple. Dans le groupe suivant on n’a point mis le thêta , pareeque l’action des personnages dit tout.

DE LA PREMIÈRE PARTIE. 5i

sans attendre la réponse du peuple, auquel le vaincu a recours; mais le lanista, ou maître des gladiateurs, retient ce furieux; ce qui semble annoncer que le Samnite obtint sa grâce. Le casque et \ocre(j du Mimiillon sont gravés plus en grand fig. IV'.

La paire suivante offre un combat semblable dans lequel le Mirmillon tombe roide mort.

Le bas-relief de la zone inférieure représente un spectacle moins honteux pour l’humanité, mais presque aussi féroce, puisque le sang répandu en constituoit le principal intérêt. II est ici question, comme dans les fig. II, III, IV et V, pl, XXXI, de chasses et de combats d’animaux, contre des hommes. Dans la partie supérieure l’on voit des lièvres chassés par un chien : de si timides animaux nous semblent indignes des honneurs du cirque; mais la cruauté des Romains étoit ingénieuse et raffinée; et Martial, dans quelques épigrammes {lib. 1, epigr. i5, aS, 53, 71), nous a conservé le souvenir de certains jeux où des lièvres parurent dans l’arène en même temps que des lions. Plus loin, un cerf blessé est poursuivi par des chiens dont il va être la proie. Dans la partie inférieure un sanglier est saisi par un chien de grande taille, qui déjà fait couler son sang. Au milieu de la composition un bestiaire terrasse un ours d’un coup de lance. Ce personnage porte des especes de bottines de chasseur, et est vêtu, ainsi que son camarade, d’une légère tunique sans manches, serrée sur les hanches, et appelée par les anciens indusia, subucula; c’étoit le vêtement des gens du peuple, comme on le voit par la colonne Trajane’. Le second bestiaire a percé de part en part un taureau , qui ne laisse pas de fuir, en emportant le tronçon de l’énorme lance dont il a été blessé; il se retourne vers son ennemi et semble vouloir revenir sur lui : celui-ci donne des signes de la plus grande surprise en se voyant, après un si terrible coup , désarmé et à la merci de l’animal furieux. Pline {lib. VIII, cap. 4Ô) parle de l’acharnement des taureaux dans les combats; il dit en avoir vu , étendus , comme morts, sur l’arène, se relevei' et retenir leur dernier soupir pour combattre encore. Les chasses d’animaux et les combats de taureaux sont les seuls jeux de l’arène qui se soient conservés dans les temps modernes, l.es Espagnols et les Romains sont encore passionnés pour cette espèce de S2)ectacles , et à Rome on a construit à cet effet un amphithéâtre en pierres sur les ruines du Mausolée d’Auguste, où des gens du peujde, accoutumés à cet exercice, combattent des buffles et des taureaux farouches avec jdus d’adresse que de courage.

Au-delà du monument on trouve encore, au milieu d’un vaste em2>lacement destiné à des sépultures, un autre tombeau marqué L sur le plan; mais il paroît n’avoir jamais été fini ^

Le dernier monument remarquable que l’on rencontre dans cette partie des nouvelles fouilles est ïhéniicjcle^ couvert, dont on voit le plan, la coupe et l’élévation pi. XXXIII. Ce monument, 2:>lacé ainsi sur la route (fig. II A), orné de bancs et de peintures (pl. XXXIV), offroit aux voyageurs un lieu de rejjos commode et agréable; mais l’utilité publique n’étoit pas le seul motif qui l’eut fait élever ; il devoit accompagner un lieu de sépulture, comme les deux autres hémicycles découverts que l’on voit pl. VII, et nous j^ouvons, par conséquent, le ranger dans la classe des monuments funèbres. Il est à remarquer que la 2>liq)art des tombeaux de ce quartier ont des

(1) On doit remarquer dans ce casque le grillage qui défend l’œil gauche. Ce côté étoit le mieux armé à cause de la garde antique qui , comme je l’ai observé, exposoit la gauche aux coups de l’adversaire.

(2) Au second pas de la visse , sur la face postérieure, on voit un muletier tombé de sa monture, et absolument vêtu comme les bestiaires de ce bas-relief.

(3) Il y a aussi dans le même endroit une borne sépulcrale avec une inscription. Ce petit monument est gravé dans la vignette, page 3i.

(4) On appeloit ainsi une sorte de banc demi-circulaire. Cette forme étoit favorable pour se réunir et converser. Cicéron , au commencement de son Traité de l’amitié, nous peint l’augure M. Scævola assis dans un hémicycle pareil {in hemicyclio sedentem), et discourant avec

bancs extérieurs, et que même tous ceux du côté droit de la voie en allant vers la ville reposent sur un soubassement continu qui s’élève au-dessus des trottoirs à la hauteur nécessaire pour être commodément assis'. L’usage de donner ainsi quelque but d’utilité ou d’agrément aux monuments consacrés à la mémoire des morts naissoit des idées que les anciens avoient sur la cessation de la vie. Ils ne plaçoient point, comme nous, un mur d’airain entre ce monde et l’autre ■selon eux, les ombres erroient autour des tombeaux; elles accouroient à la voix qui les évoquoit, elles recevoient les offrandes des personnes chéries, entendoient leurs vœux et l’expression de leur douleur. Ce commerce continuel entre la vie et la tombe avoit quelque chose de consolant et dè religieux qui rendoit les pertes du cœur moins désespérantes, et donnoit aux lieux funèbres un charme qu’ils n’ont plus pour nous ; aussi ne devons-nous point nous étonner que les anciens cherchassent avec tant de soin à les orner d’inscriptions, de peintures, de bancs, d’ombrage, en un mot, dé tout ce qui pouvoit les rendre moins lugubres et engager à les visiter.

L’intérieur de cet hémicycle est plus profond cjue large (pl. XXXIII, lig. II et III); sa position vers le midi devoit le rendre agréable l’hiver; car sa concavité, en rassemblant les rayons du soleil, en faisoit une espèce d' héliocaminus'' , et l’été, saison dans laquelle le soleil est plus élevé, sa profondeur offroit encore de l’ombre jusque vers les trois quarts du jour. Aussi je pense que cet hémicycle devoit être fort fréquenté. Qui sait si les philosophes de Pompei ne s’y sont pas souvent rencontrés, et si, à l’aspect des tombeaux dont ils étoient environnés, à la vue des scènes magnifiques que déployoit devant eux le vaste horizon qu’ils pouvoient embrasser, ils n’ont pas plus d’une fois, en ce lieu, discouru sur l’immortalité de l’ame ou les merveilles de la nature?

La décoration, dont on est à même de juger dans l’élévation en grand pl. XXXIV, est capricieuse et biza^^e^ Les ornements et les membres de l’architecture sont en stuc et travaillés avec esprit, mais d’une manière un peu négligée. Les peintures qui décorent l’intérieur sont mieux traitées. Le fond de la voûte est bleu, la coquille blanche, les ornements entre les panneaux sont couleur d’or sur un fond noir; le champ des panneaux est rouge, et les petits animaux colorés au naturel. Ce monument, dont la conservation étoit parfaite lorsque je le dessinai, n’a point d’inscription; ce qui semble indiquer ou que la dédicace n’en avoit point été faite, ou que, bâti à l’avance par spéculation , il n’avoit point encore trouvé d’acquéreur

PORTE DU SARNUS.

Les fouilles entreprises autour des murs de la ville ont fait retrouver une autre porte (pl. XXXV, XXXVl et XXXVII) que l’on s’est empressé d’appeler la porte de Nola ; mais cette dénomination est fausse; la direction de la voie qui vient y aboutir indique que cette porte conduisoit au pas-

(1) Ce socle est recouvert d un stuc très fin, qui ne peruiettoit pas que l’on pût y marcher; et certainement il n’avoit point été destiné à d’autre usage qu’à servir de banc.

(2) On donnoit ce nom à une sorte d’étuve solaire , ou lieu exposé au soleil , et construit de manière à recevoir et conserver la chaleur de cet astre. (P/t'ra. Sect. Uh. fl, episi. 6.)

(3) Il paroît que les anciens se relâchoient un peu , dans les ouvrages en stuc, de la sévérité de goût qui leur étoit ordinaire lorsqu’ils travaiUoient en marbre, comme je l’ai déjà observé, à propos de quelques bas-reliefs, dans la note i, page 45. Cela pourroit aussi faire conjecturer que les architectes abandonnoient au caprice des ouvrière les décorations en stuc, comme insignifiantes pour l’art, à cause de leur fragilité et du peu de prix de la matière.

(4) Il est constaté que la plupart des sarcophages , des cippes et des urnes de marbre se travailloient en fabrique. On achetoit des tombeaux auxquels il ne manquoit que 1 inscription , que l’on faisoit graver après coup. Il seroit possible que des spéculateurs en eussent fait autant pour des monuments d’une plus grande dimension, tels que cet hémicycle.

sage fin Sarniis, et nous devons lui conserver ce nom. Elle est clans le même système cjue celle donnée jil. XI. Il y a une avant-porte et une arrière-porte. L’avant-porte est détruite, et la seconde est une restauration qui date de la construction des tours.

La planche XXXY offre le plan de cette porte. Les deux .chambres latérales A.A. dévoient contenir des escaliers de bois pour monter aux tours situées sur l’avant et l’arrière-porle. Les remjîarts BB sont semblables à ceux déjà décrits; mais les créneaux n’existent plus. Comme la pente de la voie vers la porte (pl. XXXV et XXXVf, fig. Il) est extrêmement rapide, pour éviter les inconvénients que le cours des eaux auroit pu occasionner dans les grandes pluies , on a pratiqué, sous les murs, un canal qui prend de l’entrée de la porte en-dedans de la ville, et débouche sur le Pomœrium au point C. L’arrière-porte offre, du côté de la ville, une particularité assez curieuse. C est une inscription osque (pi. XXXVI, fig. II), placée au-dessus de l’arc et à côté d’une tête fort dégradée qui décore la clef; on y lit ;

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