SUR LES ÉDIFICES DE POMPEE
plus dépaisseiir possible, afin d’augmenter leur solidité: il en exige au moins trois couches. Cependant Ion voit, aux colonnes du plus ancien des temples de Pornpei, un stuc d’une extrême beauté, dont la dureté surpasse celle de la pierre, et qui n’a tout au plus qu’une ligne d’épaisseur. Celui dont les temples de Pæstum étoient recouverts est encore plus mince. J’ai fait plusieurs observations de ce genre, et j’ai cru reconnoître que plus les monuments sont anciens, moins les couches de stuc sont épaisses; tandis qu’au contraire elles le deviennent davantage à mesure quils se rapprochent des temps de la décadence de l’art.
Lorsque le stuc servoit à former des ornements, on le travailloit de deux manières, ou à l’ébauchoir, ou au moule.
Vouloit-on faire, je suppose, un bas-relief ou de grands ornements? l’ouvrier dessinoit sur 1 enduit frais, avec la pointe de l’ébauchoir, les principaux contours des objets qu’il désiroit représenter , puis il les modeloit avec de la pâte de stuc, comme nous modelons avec de la terre glaise. La matière séchoit bientôt sous la main qui la mettoit en œuvre, et ne permettoit pas de revenir à deux fois : aussi falloit-il une grande prestesse d’exécution pour réussir dans ce travail , et cela rend encore plus admirables les charmantes compositions de ce genre trouvées à Hercnlanum et à Pornpei.
La seconde manière étoit employée pour les petits ouvrages qui se répètent, comme les ornements des corniches , des encadrements , des plafonds. L’enduit une fois posé aux endroits nécessaires, on y appliquoit un moule qui laissoit sur la matière, encore assez fraîche, l’empreinte désirée ; on enlevoit adroitement les bavures , et l’ornement restoit pur et fixé à demeure : partout on distingue fort bien les joints du moule. D’ailleurs, il seroit difficile d’imaginer que ces différents ornements fussent préparés d’avance, et qu’on les appliquât comme pièces de placage et de rapport: l’extrême ténuité de quelques détails ne permet pas de le croire.
On faisoit encore usage d’une composition à peu près pareille pour former des aires sur les terrasses, dans les cours, et les appartements. Avant quelle fût sèche, on y inscrutoit de petits morceaux de marbre de couleur pour l’embellir; d’autres fois, on mêloit seulement à cet enduit du tuileau pilé, ce qui lui donnoit l’air d’une espèce de granit rouge, et augmentoit sa solidité. Cette dernière composition étoit appelée Opus Signinum.àQ la ville de Signia, célèbre par ses excellentes tuiles , et où l’on fit sans doute les premières aires de cette espèce.
On a fait à Pornpei des essais pour retrouver le secret de ces enduits ; ils ont été suivis du plus heureux succès : on est parvenu à les imiter parfaitement, et les échantillons ont même acquis un degré de dureté supérieur, qu’ils doivent probablement à leur fabrication plus récente.
Les édifices sont aussi presque tous ornés, même avec profusion, de ces pavés de mosaïque, nommés lithostrotos par les Grecs qui en furent les inventeurs, et que les Romains ne connurent que vers la fin de la République, puisque Sylla fut, dit-on, le premier qui en introduisit l’usage. On en a trouvé plusieurs qui portoient des noms d’artistes grecs, entre autres celui de Dioscoride. Les plus beaux morceaux de cette espèce de pavés ont été transportés au musée des études et dans les appartements de LL. MM. le Roi et la Reine des Deux-SicÜes ; ils en forment un des plus précieux ornements.
Les peintures étoient dun usage si général dans cette ville, qu’on peut dire qu’elle est entièrement peinte relies sont dans le goût de ces arabesques qui commencèrent à devenir de mode sous Auguste , et contre lesquelles Vitriive parle si vivement. Quoique les raisons qu’il donne , pour condamner ce genre, soient excellentes, nous ne pouvons nous empêcher d’admirer la grâce, la légèreté de ces décorations, et de chercher à imiter ce qu’elles ont de bien: on en verra quelques exemples dans la seconde partie de cet ouvrage. Les tableaux représentent ordinairement des figures mythologiques, des sujets tirés des poèmes d’Homère, des scènes familières,