‹ Les ruines de Pompéi (volume 5)Chapitre 9 sur 35 · GAU · texte numérisé non relu

GAU

PLANCHES XI et XII.

Le monument qui nous occupe ici se trouve placé entre le Propylée et le temple d'Isis. Deux entrées y conduisent; l'une par la rue du temple d'Isis, l'autre par le^ortique de l'Hécatonstylon. Le plan, figure I, nous fait voir sa disposition simple, composée d'une cour entourée de portiques sur trois faces et de plusieurs chambres sur un de ses côtés. A en juger d'après la délicatesse de ses détails, le précis de son exécution et le genre de ses matériaux, ce petit monument doit appartenir, comme tous ceux qui font partie de cette île, à l'époque grecque ou primitive de la ville de Pompéi, époque qu'il serait peut-être plus juste de désigner sous le nom d'étrusque, et à laquelle se rapportent les anciens restes de Tusculum, le temple de Cori, celui de Vesta à Tivoli, ainsi que plusieurs autres. J'aurai plus tard l'occasion d'entrer dans quelques détails pour mieux préciser le caractère de ces monuments qui ont appartenu à une époque de la civilisation antérieure à celle des Romains.

Les opinions sur la destination de cet édifice sont variées; les uns en font un tribunal, les autres une école; mais l'opinion la pins généralement reçue et que partage aussi l'auteur de cet ouvrai est que ce monument fut jadis un marché public. Voici ce que je trouve dans les notes de feu M. Mazois : « Ce monument, qu'on dit être des écoles, n'a rien qui l'annonce. Je crois . que c'est un marché. Le portique servait aux gens qui venaient de la campagne ou de la marine « vendre leurs fruits ou leurs poisson*. Les petites chambres étaient celles du gardien ou de « celui qui présidait à la police du marché. Il y avait des chambres au-dessus de celles-ci, comme l'indique le trou d'une porte ainsi qu'un fragment d'escalier, et le reste du port.que ne portait « que le toit. Dans les colonnes on trouve les traces d'un grand nombre de petits clous qui « ont dû servir à attacher différentes choses. »

Chez les Grecs et les Romains les marchés furent de grandes places d'un carré long, entouré de portiques et de boutiques; Rome en possédait un grand nombre, qu'on appelait généralement forum et dont plusieurs étaient spécialement destinés à la vente de certaines marchandas , comme le marché aux poissons, le marché aux bœufs, le marché aux légumes, etc., etc. Le monument de Pompéi peut bien avoir été un diminutif de ces derniers; sa distribution permet de le croire; aussi voyons-nous encore à présent cette même disposition généralement conservée dans les marchés de l'Orient qu'on nomme bazars.

Deux piédestaux profilés dans le goût grec (voy. fig. V) sont placés au devant du portique en face de la porte d'entrée. Six .arches en pierre, très-étroites, conduisent au haut du plus grand de ces piédestaux, sur lequel se trouve une entaille carrée de six pouces de profondeur sur vingt-deux de large. L'autre piédestal, au devant de celui-ci, est très-usé à sa surface supérieure par une sorte de frottement, comme si on avait pendant long-temps marche dessus (.,. C'est pour cela peut-être qu'on a apposé que des orateurs se plaçaient sur ce piédestal pour prononcer des discours au peuple rassemblé alentour. M. Mazois, dans ses notes, a tente d expliquer d'une autre manière la destination de ces piédestaux. Il a pensé que l'un servait d autel et l'autre à porter la statue d'une divinité. Voici ce que je trouve à ce sujet dans ses manu- , L'autel était celui d'une divinité révérée, il était creux (2) et paraissait destiné a rece-

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talon « d'une bande. , ^ ^ cmamt je M indiqué plus haut, sur I. piédestal

(a) Je dois faire remarquer ici que le o*mr ne se rrouve pas que l'auteur suppose avoir porté la statue. ( 3

„ voir des offrandes plutôt que des sacrifices. La statue était sur le piédestal, et l'escalier « servait à monter au piédestal pour parer de festons ou de voiles la statue (i). »

Des auteurs anciens, et notamment Pausanias, Maxime de Tyr et Tertullien, font mention de statues de divinités qu'on habillait ou qu'on parait les jours de fête, comme ciest encore l'usage dans nos églises; mais je ne rais pas si dans ce cas on eût choisi l'emplacement où se trouvent les piédestaux, et si on n'eût pas plutôt cherché à placer la divinité révérée dans un endroit plus digne et surtout dans un lieu à couvert, « Les trous, dit encore la note de M. Mazois, qui sont au- « dessus de la porte de la rue, m'ont fait penser qu'il doit y avoir une entrée décorée de deux « colonnes. D. Pietro Lavega et D. Pascale pensent qu'il y avait seulement un petit toit au-dessus « de la porte. n Je suis de l'avis de ces Messieurs, car le peu de largeur du trottoir ne me parait pas permettre l'établissement d'un porche, qui aurait totalement interrompu le passage.

La fi"ure II représente une coupe en élévation sur la largeur du monument. La partie supérieure est restaurée, et l'auteur y a figuré le portique simplement couvert d'un toit. Vitruve (2) dit qu'une terrasse ou galerie régnait au-dessus des portiques des marchés grecs. Cette disposition peut encore avoir existé au-dessus du portique du monument qui nous occupe; mais les restes de l'escalier, indiques plus haut, et quelques trous de solives qu'on voit dans le mur latéral à la hauteur de l'architrave, ne paraissent pas avoir été des autorités suffisantes, à M. Mazois, pour essayer une restauration dans l'esprit de la disposition qu'indique Vitruve.

Il me reste encore à parler d'une de ces dispositions originales et ingénieuses dont les anciens sê plaisaient à faire usage : c'est une des colonnes du portique, la plus voisine de l'entrée, qui a été transformée en fontaine. La figure III indique la conduite du tuyau qui amenait les eaux de dessous terre, jusqu'à trois pieds au-dessus du sol, en débouchant sur le devant de la colonne, par un de ces ornements si usités, et dont on reconnaît encore les trous de scellement. Les dalles autour de cette colonne-fontaine sont tellement usées, qu'on peut facilement juger de la «rande affluence de ceux qui venaient y chercher de l'eau. Cette affluence prouve encore que L'édifice n'a pu servir ni d'école ni de tribunal, parce que ces destinations n'auraient pu admettre un pareil concours.

Quant au décors de ce monument, je n'ai remarqué que quelques restes de stuc sur les murs et les colonnes. Les assises de ces dernières sont de différentes hauteurs, liées sans mortier par des tenons, dont les mortaises ont près de 4 pouces de diamètre sur 10 de profondeur.

Les matériaux sont les mêmes que ceux du portique ionique du Propylée, et on peut assigner la même époque à cet édifice, à en juger par la finesse du travail et le goût recherché de ses détails.

La figure II, planche XII, fait connaître l'état actuel deftette ruine, dont les colonnes sont pour la plupart encore debout, mais je n'ai pu en retrouver les entablements.

(() Il est très-possible que cet escalier ait eu la destinatioa que suppose Mazois, mais il est aussi'à croire que ce n'est pas la seule, et que les marches n'en seraient pas aussi usées s'il n'avait servi qu'à orner (le couronnes et île guirlandes la statue, dont la plinthe a pu être encastrée dans la cavité du piédestal; il est probable que cet escalier servait aux criées qui avaient lieu lorsqu'on mettait quelques objets en vente publique, le prœco ouîhuissier qui faisait l'encan, et vendait sub Itasld, montait dessus pour être mieux vu et entendu par la foule. On mettait sur l'autel ou le petit piédestal et aux pieds de la statue les objets dont on proclamait la vente; et comme les anciens, surtout dans de petites villes telles que Pompéi , ne faisaient pas de difficultés de charger leurs statues d'une foule de choses et d'accessoires qui y étaient étrangers, il se peut qu'on y appliquât les affiches des ventes , et cette statue, s'il y en avait une, représentait vraisemblablement Mercure, le dieu du commerce. ( Note du comte de Clarac. )

(a) Vitruve, liv. V. Chap. I.

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