‹ Les ruines de Pompéi (volume 5)Chapitre 10 sur 35 · PLANCHE XIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XIII

Presque toutes les rues principales et les grands édifices de Pompéi possédaient quelque fontaine publique alimentée par des aquéducs. Des conduits en maçonnerie et des tuyaux de plomb distribuaient les eaux dans chaque quartier et même dans des maisons particulières , comme le prouvent plusieurs découvertes nouvellement faites dans cette ville ( 1 ).

Nous savons quelle importance les anciens mettaient dans ces sortes de constructions , destinées à pourvoir à l'un des premiers besoins de la vie; quels soins minutieux on apportait à leur exécution , et avec quel zèle les premiers magistrats rivalisaient d'honneur pour enrichir leur pays de monuments de cette espèce. Cette émulation si noble devait nécessairement trouver des imitateurs dans notre patrie, et grâce au zèle ardent de M. de Chabrol, Paris doit bientôt jouir d'un bienfait dont les plus petites villes de l'Italie étaient pourvues avec prodigalité (2).

La gravure figure 4 représente la vue du carrefour à l'angle du portique du Propylée, dont nous avons donné la description page 17. Une de ces fontaines publiques est placée au devant du portique, à la rencontre de trois rues, et se trouve ainsi dans une situation commode pour l'usage des habitants des maisons environnantes. Le bassin de cette fontaine est formé, comme à l'ordinaire, de dalles liées entre elles par des agrafes de fer scellées en plomb. Un cippe, qui surmonte le bassin, est orné d'une tête en bas-relief, ou d'un mascaron de la bouche duquel l'eau jaillissait. (Voy. fig. I.)Feu M. Mazois croyait reconnaître dans cet ornement une tête de Faune, à cause de ses singulières oreilles et de ses cheveux courts et hérissés; je pense au contraire qu'on a voulu représenter un masque comique, par rapport au voisinage du théâtre, où se trouve placée la fontaine. Du moins il était souvent d'usage chez les anciens de désigner leurs fontaines par un nom analogue à l'endroit où elles étaient situées.

Les figures 2 et 3, et celle qui orne la tête de cette page, représentent des parties de chéneau ou gouttières, trouvéés dans diverses ruines de Pompéi. Le derrière de la corniche qui couronnait l'édifice formait le chéneau pour conduire les eaux du comble, et les mascarons appliqués sur le devant de cette corniche servaient à rejeter ces eaux au dehors.

, ji . P... rnnHinr ilinsunc maison île la crande rue derrière le Forum. Celte fontaine, qu'on pourrait plutôt ^^^T^Z^^TZZiJ^ portiquede la eou. Elle a la forme d'une sra,,.,e «e, orue.de

SE* fa. un bassin circulaire. Des arbres, des oiseau, e. d'autres animaux son, peints a l'eutour de cette fontaine qui . par son goût , nous donne le plus ancien exemple de ce genre de fontaines appelées rusnqiia. (,) C'est la distribution des eaux de plusieurs canaux dans toutes les maisons de la Capitale. ^

C'est ainsi que les anciens cachaient sous des formes agréables des parties que nous laissons apparaître dans toute leur nudité, et qui, le plus souvent, défigurent nos édifices. Ce décors, si joli et en même temps si utile, n'exigeait cependant pas de grandes dépenses; ces profils si gracieux et ces têtes d'un dessin de si bon goût étaient faits au moule avec une matière commune : c'était de la terre-cuite revêtue de stuc ou couverte de peinture. Pourquoi ne chercherionsnous pas à faire revivre, du moins dans nos constructions particulières, un usage pratiqué dans tous les temps depuis les Grecs jusqu'au XV' siècle, qui réunit l'économie à la solidité, offre aux sculpteurs un moyen facile d'exercer leur imagination, et aux architectes l'avantage d'orner leurs édifices à peu de frais. L'emploi des terres-cuites dans tous les genres de décors est trop connu pour être rappelé ici en détail.

FORUM

PLANCHES XIII -, XIV et XIV *.

Nous voici arrivés à la description d'une des plus belles dispositions que l'antiquité nous ait conservées, celle du Forum civil de Pompéi. Nulle part il n'existe un ensemble aussi complet de monuments de tous les genres, et rien ne saurait nous donner une idée plus avantageuse d e ce que pouvait être la magnificence des anciens que cette place publique d'une des plus petites villes de province et dont le nom est à peine connu dans les annales de l'histoire. Y a-t-il, en effet, une seule ville moderne, même parmi les principales de l'Europe, qui puisse être comparée à celle-ci, tant sous le rapport du nombre des monuments (toute proportion gardée), que sous celui de leurs richesses ?

A peine la sixième partie de la ville est -elle découverte, et déjà nous y trouvons 28 édifices publics, sans compter les arcs de triomphe, les monuments honorifiques élevés aux citoyens illustres , et beaucoup d'autres érigés par des particuliers en mémoire de leurs amis défunts ; sans compter une foule de constructions moins fastueuses, moins riches, mais non pas moins utiles à la commodité publique, tels que les réservoirs et les foutaines dont tous les carrefours et les rues sont abondamment pourvus. Certes, la différence de nos mœurs avec celles des anciens a dû nécessairement changer nos besoins, et rien n'autoriserait aujourd'hui une réunion aussi nombreuse d'édifices, telle que nous la voyons dans cette place antique; mais si nous ne pouvons reproduire ces grands ensembles si favorables à l'architecture, pourquoi ne profiterions - nous pas de l'exemple des anciens dans l'art de constituer un tout et de produire à l'aide d'un seul monument un ensemble harmonieux. C'est par des portiques, des murs d'enceintes et autres accessoires dont ils savaient environner, grouper et pyramider leurs édifices, qu'ils produisaient ce mouvement pittoresque qui charme tant nos yeux. Quelle froideur, quelle sécheresse, quel isolement, au contraire, ne voyons-nous pus dans la plupart des édifices, couleur de pierres, érigés de nos jours ! ( 1 ). Rien qui les encadre, rien qui lie graduellement le monument public avec l'édifice particulier, et rien non plus qui indique la séparation du profane avec le sacré.

Les recherches archéologiques qui nous occupent n'ont pas seulement pour but de satisfaire une futile curiosité ; elles doivent servir à nous éclairer et à nous guider dans nos propres travaux: on me pardonnera donc si je me suis écarté un moment de mon sujet, et si je m'en écarte encore a l'avenir, dans la seule intention d'établir des parallèles propres à faire sentir la sagesse et l'esprit qui présidaient aux ouvrages des anciens.

(1) Tome règle a son eiceplion, et nous devons la réclamer ici, surlou! en fa.cur (le la chapelle opiatoire érigée en mémoire de Loui> XVI.

Le forum, appelé par les Grecs agora (i), était un lieu destiné à la vente des denrées, et en même temps le point de réunion où les habitants venaient débattre les grands intérêts publies et traiter leurs affaires particulières.

C'est près du forum que, selon Vitruve, devaient se trouver les basiliques, Xœrarium, la curie et les prisons. Il nous apprend encore que pour l'emplacement de ce lieu public on choisissait, de préférence, le port, dans une ville maritime, et, dans une ville de l'intérieur, son point le plus central. Plusieurs passages de l'Odyssée confirment ces anciennes dispositions.

La forme du forum était, d'ordinaire, un carré parfait ou un parallélogramme entouré de portiques, de temples et d'autres édifices publics. Dans l'enceinte de ces portiques on prodiguait, avec goût, les monuments qui intéressaient l'honneur et la gloire du pays : c'étaient des peintures représentant des faits mémorables, des inscriptions historiques, des statues élevées en l'honneur des citoyens illustres. Le peuple, sans cesse attiré dans ces lieux par ses habitudes, par les affaires et par l'attrait des cérémonies publiques, avait perpétuellement sous les yeux tout ce qui pouvait l'exciter à la vertu et ranimer en lui l'amour de la patrie.

C'est aussi dans l'espace entouré par ces colonnades, et destiné à servir de marché, que se célébraient, dans les premiers temps, les jeux publics, tels que combats de gladiateurs, courses et jeux scéniques. Les spectateurs étaient placés sous des portiques, souvent doubles ou à plusieurs étages, et qui toujours étaient vastes et aérés.

Plus lard, lorsque le luxe et la grandeur des empires remplacèrent la simplicité des mœurs républicaines, on consacra des édifices particuliers à chacune de ces destinations. Le marché fut séparé du lieu où siégeaient les juges; les gladiateurs combattaient dans l'arène des amphithéâtres, et ce fut dans de vastes cirques, disposés avec art, que les coursiers se disputèrent et le pas et le prix de la victoire.

Par l'effet de ces changements, les fora se distinguèrent enforacwi/ia ou judiciaria, lieux d'assemblées pour les délibérations publiques et les affaires judiciaires; et fora venalia, où les marchands étalaient leurs denrées. Ces derniers lieux prenaient souvent le nom des objets qui y étaient mis en vente ; tels étaient le forum boarium , le marché aux bœufs ; le forum piscarium , le marché aux poissons, etc., etc. Rome possédait quatorze./èra -de cette espèce.

La disposition de ces derniers consistait souvent en une simple place quadrangula.re, entourée de portiques et de boutiques, comme nous en voyons un exemple dans l'édifice représenté planches II III et IV, édifice autrefois appelé camp des soldats, et dans lequel des auteurs plus judicieux ont cru reconnaître, depuis, le forum nundinarium, destiné aux marchés qu, ava.ent

lieu tous les neuf jours. . , .

Quant à la disposition du forum civile, nous la ferons conna.tre en detad lors de la description de celui de Pompéi, qui parait appartenir uniquement à cette dernière classe. Ma.s avant de nous occuper de cette description, fous croyons utile de la faire précéder de quelques notions historiques puisées dans les auteurs anciens.

Dans les garnements modernes où un trop petit nombre d'individus part.cpent et ass.s- ,ent aux délibérations publiques, peu d'édifices sont nécessaires pour les réun.r. Dune autre part, chaque ordre d'affaires étant dévolu à une Casse spéciale de fonct.onna.res , ,1 ny a pas

.Wonvonien, à Coigner, les uns des autres, les divers locaux où ds se rassemblent. Il en e,,t autrement che* les anciens, ot chaque membre de la cité ava.t a exercer des dro, s de d ffe-

eTeTature; où le culte religieux se liait in.imement a la politique de l'État; ou les Uns e^eot

„ . • M Oualremére do Quincy, ouvrage cicellent où s» Irouvcnt réunis WrudiUon, la concision

par nos jeunes architecte*. ^

3o EXPLICATION DES PLANCHES.

faites par lous; les magistrats, nommés par tous; les grands jugements, prononcés par tous; et où la parole du consul, comme celle du tribun, s'adressait, complaisante ou menaçante, au plus obscur de même comme au plus puissant des citoyens. Aussi, chercherions-nous en vain dans nos mœurs et nos usages , la destination des édifices multipliés que nous voyons groupés autour du forum de Pompéi. L'histoire nous ouvre ses archives précieuses pour les expliquer; mais il est difficile d'y puiser des indications certaines lorsqu'il faut les appliquer à des murs qui s'écroulent, à des débris de construction informes, à des enceintes muettes à peine tracées par quelques restes de portique dont les colonnes sont tronquées. Rien ne le prouve mieux que les travaux des savants les plus recommandables, qui jusqu'ici n'ont pu s'accorder, même une seule fois, dans la moindre de leurs conjectures. Sans espérer plus de succès, nous imiterons, du moins, leur persévérance, en essayant, à notre tour, de parvenir à la découverte consciencieuse de la vérité. L'étude des lois et des coutumes romaines, dans leur application à notre sujet, est, à notre avis, la seule voie que l'on puisse suivre sûrement.

Pompéi était ville municipe , et ses habitants , appelés municipes, jouissaient des prérogatives de citoyens romains. Sous Auguste, elle devint tout à fait colonie romaine.

L'administration des villes municipes se réglait d'après leurs propres lois ou coutumes; celle des colonies suivait les lois romaines. Les principaux magistrats étaient appelés duumviri : les années se comptaient d'après eux , comme à Rome d'après les consuls. Les sénateurs portaient le titre de decuriones. Les dignités les plus rapprochées d'eux, dans l'ordre hiérarchique, étaient celles du préteur, du censeur, de l'édile, du questeur préposé à la gestion des revenus publics ; enfin , des autres magistrats d'un rang inférieur , ayant des attributions secondaires.

A Rome, qui peut seule nous servir de guide, toutes les affaires d'État se traitaient en public, de même que tous les jugements se rendaient en présence du peuple, d'abord en plein air, et plus tard dans des édifices construits pour ce but. Ces réunions, appelées comitia , étaient de trois sortes :

1° Les comices par curies, usitées dans les premiers temps, étaient présidées par le roi ou les consuls , et se tenaient dans une partie du forum appelée comitium. Le peuple , divisé en curies , décidait, par ses suffrages, du sort de toutes les affaires.

2° Les comices par centuries furent établies plus tard par Servius Tullius, sixième roi de Rome. Les citoyens, divisés par classes selon leur fortune, y donnaient leurs votes pour créer des magistrats, faire des lois, ou porter des jugements. Ces assemblées, présidées par les consuls ou les préteurs, se tenaient ordinairement au Champ-de-Mars.

3° Les comices par tribus, où le peuple émettait son vote, divisé par tribus à raison du quartier que chacun habitait. Le lieu de réunion était ordinairement le Champ-de-Mars lorsqu'il s'agissait de la nomination des magistrats supérieurs, mais, dans les autres cas, c'était le plus souvent au forum qu'on se réunissait.

Ces assemblées ne pouvaient avoir lieu ni avant ni après le coucher du soleil ; elles se tenaient, comme nous venons de le voir, en plein air, et ce n'est qu'en l'année de Rome 536, année de l'invasion d'Annibal en Italie, que le lieu des comices à Rome fut couvert pour la première fois. On l'embellit ensuite de colonnes, de statues et de peintures, et on le nomma comitium, ainsi que l'assemblée elle-même. Chaque tribu ou centurie y avait une place distincte, et à mesure que le héraut l'appelait, elle se rendait dans une enceinte rapprochée du tribunal consulaire, et entourée de planches ou de cordes. Là, en passant par un espace étroit et élevé, chaque citoyen déposait son bulletin dans une urne disposée pour le recevoir. Cicéron proposa de bâtir ces clôtures en marbre; mais ce projet ne fut exécuté que plus tard par Agrippa.

EXPLICATION DES PLANCHES. 3i

Le sénat sWmb.ait indistinctement dans différents U«; «

•renait , ices; -a,. mer > - de P;e réuIn éUtik consacrés

l'autel, de l'encens ou du v.n. Aussi, célébration des rites,

augures, et le plus souvent ornés d'une chapel P 1 é ^ ou k

Ces mêmes édifices servaient ^ « ^ une ipée et une ,anee étaient

juge, y siégeait sur un tribunal ou .placé ^ g ^ ^ ^ ^ ^

dressées devant lui. Ce tribunal était en I suffisante pour y pl,

Heu en plein air, soit au forum, soit sous les P° ^^"sé, couvert de mauvais vêtements, cerles assesseurs ou conseillers, et d'autres officiers. Laccu

tenait au pied du tribunai, entouré des témoins et de ses «te. - ^ ^

Le juge prêtait d'abord A conférer entre eu, on

loi. Les plaidoiries achevées, le prêteur

se retiraient dans une salle attenante (.). on voit que dans les premiers temps

EnsuivantainsiVhistoiredesmœursetcoutumesjud^areon q ,acés

,s tois jugeaient les procès avec ^ss,= ^ ^ efîe, mais le droit d'ap-

par le sénat, par les prétenrs et p. „ n,eurent lieu qu'après la destruction

pel au peuple subsistait toujours. I*J^P ^ national ayant enllère.

de la république, lorsque la dégradation t oui cro, ^ Nous ne

me„t effacé les anciennes Jplétement > Pompéi. Dès que cette

prétendons pas que tons ces usages do.veiV PP ^ ,£ droit de se donner

vi„e fut réduite a la — *" Hes lois et de nommer se F*** . ^ digfiités oui n'intéressaient en nen la

tent plusieurs inscnpt.ons, la acult empresseme„t par les prmc.paux

politique générale , et qui n'en étaient p »- S ^ son mode d,é}ection,

fut emp,oyé dans ious ,es teraps et dans tous

lesWs' ■ • P il nous deviendra plus facile, après avoir examiné les

édifices. , Égyptiens et les autres peuples de la haute an-

Les dispositions particulières aux fora chez es gyP ^ ^ ,es

tiquité, nous sont, jusqu'ici, restées inconnu s £j£ m ^ a „„e p,

rles qui nous restent de ce temps >J>^ ^Z que^ue raison, que des emplacements reille destination. Cependant, on peut ^ * du souverain. L'usage de

consacrés à cet usage faisaient partie des J P* ^ * e( rassembler ,. peuple pour

rendre la justice sur .a place ^g^^W-M^. d" ™inS * "'T8 U promulgation des lois, J^^^JÎ du chef était .e sanctuaire autour dusoumises à un gouvernement despotique « g**, «m» -

„ le/un «empsltaitéi ce ,erçp» « » , „ , ,„,„,„„„ pour ,e, appl»* pento ,u P - • ^ à !»

purle àè sou avocat.

lieux un caractère et des f-^f^J^ seulement aux notions positives, éparses

Mais pour sortir de ces hypothèses et nous rattache en ,ant des

dans les auteurs anciens, il faut se reporter aux temps h'st°"^ yitruve. jj

sitions gavaient les marchés, confirme les V**»**^^ 1 pierres de tai.le, et dit que le marché de Vile de Scherie était entoure d un mur P qu'on y voyait un temple de Neptune. Céramique, et le

::::0^q: i — ."consei^es anciens. Cet édifice était orné d'une muhitude de

JiLe, et Alexandre Sévère orna de statues colossales des empereurs ses £ q, e Domitien avait commencé et que Nerva avait achevé. Le/o^ ta j££ et Antonin fut, de tous ceux de Rome, le plus riche et le plus beau sous le rappor de lordon

dans Fésprit et le sentiment de Part grec. Il nous en reste, comme preuve la magnifique co ,onne du même nom, une partie de la disposition de la basilique, et quantité de detads da,chitecture et de sculptures d'un goût exquis.

Nous allons maintenant examiner brièvement la forme de ces places d'après les différents restes antiques que le temps nous a conservés. Vi.ruve nous apprend que les fora grecs étaient carres mais l'ancln usage, en Italie, de donner sur le forum des jeux de gladiateurs exigea,, une forme oblongue, entourée de portiques plus vastes, pourvue de boutiques au rez-de-chaussée , et de ,o,es au premier étage. Ainsi , comme le dit un auteur moderne, à Rome comme en Grèce, le forum, d'bord lieu central et de réunion pour les habitants que les besoins de la v.e rassemblaient, devint, avec le développement des arts, du luxe et de la population, un monument plus ou moins spacieux, ou, pour mieux dire, un ensemble de toutes sortes d'édifices qu, par eu,, usages ou leur destination, avaient plus ou moins de rapport avec le commeerce, avec les affaires publiques ou privées, et avec les jeux et réjouissances qui y étaient mêlés. Trop peu de notons, • et des notions trop incertaines, nous restent des fora grecs, pour reconnaître s. ces données leur sont applicables; et quant à ceux de l'Italie, nous sommes forcés de nous contenter de citer quelques ruines presque aussi incomplètes. Parmi les plus anciennes, nous placerons celles de l'antique ville de Prameste, restaurées par M. Huyot, membre de l'Institut. Le forum de cette

(i) Voici v anciennes col

extrait de cette lettre, curieuse sou» plus d'un rapport : . EmilUlB Paullus a presque entièrement entouré, avec les

dtsenienl du forum, qui s'étendra désormais jusqu'à la colonnade du temple de la Liberté, projet que vous-même approuvez toujours si chaudement. Ce sera un ouvrage on ne peut plus Nous ferons aussi dans le Champ-de-Mar, pour les com.ee. par tr.bus,

des «pla tout de marbre , qui seront entouré, d'un portique grandiose d'un mille d'étendue. Nous admirons a cet ed.fice une mé.a.r.c i publique (Villa publies). » Lettres (le Cic. à Mticus. Liv. /,.

ville était situé dans l'espace qui s'étend entre la voie publique et le pied du temple si célèbre de la Fortune. Sa position occupait deux niveaux différents, par rapport à la pente du sol, et ces portiques étaient ornés de nombreuses statues. On y voyait aussi deux basiliques et plusieurs temples, dont le principal s'élevait au sommet de la ville sur une étendue immense.

L'architecture de ce forum se composait de colonnes doriques, cannelées à vive arête et sans base' la frise des entablements était ornée de triglyphes et de rosaces dans le style de ceux que l'on voit au sarcophage de Scipion, et par conséquent dans celui des plus anciens monuments de l'Italie.

On veut reconnaître aussi les restes d'un forum dans les portiques découverts à Priène, et dans les ruines plus considérables de Gabï. Celles-ci forment une place oblongue entourée de portiques doriques sur trois faces. On y a trouvé beaucoup de statues, de bustes et d'inscriptions. Les noms donnés par les savants aux diverses parties de ces ruines ne sont que des conjectures. Un seul édifice, celui qui occupe le milieu du portique du fond, peut être considéré avec assez de vraisemblance, par rapport à sa forme et sa position, pour celui de la Curie.

Les restes des différents fora de Rome ne nous apprennent presque rien de plus sur l'ensemble de leurs dispositions; ils n'offrent que des détails partiels qu'il est même difficile de reconstituer à l'aide des historiens du temps (i).

Les fouilles faites à Herculanum, au commencement du dix-huitième siècle, laissent à peu près les mêmes regrets, par suite de la négligence avec laquelle elles furent dirigées , et de l'oubli impardonnable d'en faire dresser des plans exacts. Un ouvrage, publié en i;54 (2), contient un plan sans mesures, et qui ressemble plutôt à un croquis qu'à un dessin géométrique; c'est le seul document qui nous retrace la forme d'une place, regardée généralement pour être le forum de celte ville antique. Voici à peu près sa disposition d'après la description qu'en a faite Romanelli : «Ce forum d'un carré long, de 228 pieds d'étendue, avait un portique d'entrée de cinq arcades. Les trois antres côtés étaient décorés d'une galerie de 42 colonnes. On y voyait des restes du pavé en dalles de marbre de diverses couleurs. Dans une petite cellule (sacello) de la galerie du fond fut trouvée la statue en marbre de Vespasien et deux autres statues sans têtes. Des statues en bronze d'Auguste, de Germanicus, de Néron-Druse, de Claude, d'Antoine, furent trouvées dans les niches latérales. Une quantité de bustes en bronze et en marbre étaient disposés sous ces portiques et forment maintenant l'ornement du musée de Naples. Contigué au forum s'étendait une basilique, que d'autres ont prise pour un chalcidique pareillement ornée de colonnes, de marbres et de peintures. L'inscription du frontispice indique que cet édifice fut érigé par M. Nonius.

il. Nonius. M. F. Babas Basiticam Portas Murum Pecunia sua.

« Aux deux côtés opposés de la place on découvrit deux temples assez vastes. Les murs latéraux de l'un de ces édifices donnaient entrée dans deux salles contenant un grand nombre d'ustensiles de sacrifice. Toutes les deux étaient voûtées et les murs intérieurs pareillement décorés de colonnes et de peintures. »

Cette description, loin de satisfaire notre juste curiosité, est plutôt faite pour augmenter nos regrets de ce que des ruines si précieuses n'aient pas été dessinées, dans le temps , par un architecte expérimenté. Ces ruines, qui furent recouvertes après en avoir enlevé les objets pré-

(,) Voir le beau travail sur le forum romain par 4. Carislie, architecte, ancien pensionnaire de l'Académie; et celui de Luigi Canina. Pianta 'I o|iografica tli Roma antîca, i83o,

(a) Observations sur les antiquités d'Herculanum , par Cochin, peintre, etBélicard, architecte, i754.

cieux étaient dans un état assez complet de conservation lors de leur découverte, pourvues de l()ilurès, d'inscriptions et d'ameublements, toutes choses qui nous manquent dans les monuments

de Pompéi. , . ,

Chez tous les peuples de l'Orient subsistent encore .les trad,t,ons de ces fora ou marches publics, mais ils y sont exclusivement destinés à la vente des marchandises. Les assemblées publiques se tiennent, et la justice se rend dans les cours des chefs du pays ou devant leurs habitations (■). Cest dans l'Italie moderne qu'il faut aller chercher des souvenirs plus fidèles des anciens fora. Plusieurs places publiques y ont conservé une disposition analogue, et autant que la différence des mœurs peu, le permettre, des distinctions semblables. L'éghse cathohque s'élève sur les débris du temple païen, et l'hotel-de-ville occupe la place plus modeste de la cur.e ou de la basilique. On y vend également les denrées; et aux jours de fête une foule nombreuse y vient assister à des jeux, à des combats de taureaux et à des courses de chevaux.

Les seuls bâtiments de nos pays-septentrionaux qui peuvent nous retracer une faible image de cet ancien usage, sont les bourses de commerce. Celle d'Anvers, quoique construite dans le style gothique, me paraît s'approcher le plus par sa disposition et sa physionomie du système antique; sous ce rapport, nous ne parlerons pas ici d'un édifice pareil, plus connu de nos lecteurs fiançais, sur lequel il a fallu mettre une inscription pour le faire reconnaître. Mais les besoins de notre époque diffèrent trop de ceux de l'antiquité pour nous permettre des rapprochements plus sensibles.

Revenons maintenant à l'examen du forum de Pompéi dont l'architecture, dans ses parties anciennes, est semblable à celle de tous les autres édifices de cette ville. C'est toujours la nature même des matériaux employés à la construction qui eu a décidé la forme. De là cette physionomie vraie, ce type raisonné et juste, cette convenance de style et cette harmonie non-seulement des parties entre elles, mais des parties avec l'ensemble de l'édifice. De nos jours, au contraire, on veut que le même modèle régisse l'architecture de tous les peuples, sans paraître se souvenir qu'elle doit uniquement chercher ces principes dans les ressources des localités et de la nature du sol. C'est moins de la forme que de l'esprit de l'antiquité qu'il faut se pénétrer pour découvrir la source des impressions grandes et simples qui affectent notre ame à la vue de ses monuments. Voyez à Pompéi quel esprit de nationalité a présidé à l'érection de cette place ! Quelle vaste enceinte embrasse le forum! combien les monuments publics y sont nombreux, et comme le temple les domine avec majesté! C'est que ces monuments étaient élevés pour les besoins, les nobles jouissances, la gloire de tous les citoyens. Le plus humble d'entre eux avait le droit de s'en dire le maître. L'utilité était aussi consultée, mais on ne l'enfermait pas dans nos bornes mesquines; elle grandissait sous l'influence de l'honneur national qui se reflète avec orgueil dans cette magnificence publique, dans ce luxe digne d'un grand peuple.

Ces vastes portiques à double étage, et dont le large entre-colonnement permettait à la multitude d'y assister commodément aux fêtes publiques, out l'élégance des formes grecques, restaurées postérieurement par des mains moins habiles : travail dont on parait s'être occupé au moment même de l'éruption; car on voit des chapiteaux et des parties d'entablement, seulement ébauchés, placés de distance en distance dans leur position respective et tout apprêtés pour être élevés sur les fûts.

Les colonnes sont d'ordre dorique, non dans les proportions grecques, mais sveltes et élégantes comme celles des plus anciens monuments de l'Italie. La planche XIV b", fig. I, en donne l'élévation, et la fig. II les détails. La fig. III représente l'ensemble des deux étages restaurés

(i) Le très-ancien usage de traiter des affaires et île tenir conseil aux parles '/es villes, sur la voie publique, comme nous le voyons dans la Bible, s'est conservé en Syrie. C'est ainsi qu'en 1820, j'eus une audience publique du pacba de Saiut-Jean-d'Acre.

avec les éléments que nous avons trouvés disposés à cet effet. Les colonnes et l'entablement inférieurs sont en pierre, et la fig. IV fait voir la différence qui existe dans les détails entre les parties anciennes et les nouvelles. Aucune trace n'a été retrouvée de l'entablement de l'ordre supérieur. On remarquera sur cette même planche le soin qu'on avait pris de cacher à la vue les caniveaux disposés autour de la place pour l'écoulement des eaux. Ils sont recouverts de dalles très-larges qui forment en même temps la première marche du portique.

Trois faces du forum sont ainsi entourées de colonnades; la quatrième, où sont placées les entrées principales, est occupée par deux arcs de triomphe flanqués aux deux côtés d'un édifice qui préside, pour ainsi dire, à toute la place. Tous les autres édifices sont rangés, avec plus ou moins de symétrie, à l'entour et en arrière des portiques. En voyant l'espèce de désordre qui règne dans cette disposition, il est facile de reconnaître la construction successive de tous ces monuments et la formation, ou du moins, l'agrandissement du forum aux dépens des quartiers voisins. Cette dernière supposition parait la plus vraisemblable, à la vue des rues entrecoupées, d'autres totalement interceptées et surtout du manque d'alignement qu'il serait impossible d'expliquer d'une autre manière. Ces défauts prouvent clairement que plusieurs de ces édifices, et entre autres le temple de Vénus, ont existé avant la formation ou avant l'agrandissement du forum. Un autre motif qui nous ferait supposer une origine postérieure , d'une partie de cette place, c'est qu'aucune grande communication, aucune rue principale n'y conduit directement, ni du dehors ni de l'intérieur de la ville, et nous sommes portés à croire que cet agrandissement ne date que de la colonisation romaine qui eut lieu sous Auguste. Le quartier au contraire, où se trouvent les théâtres, nous paraît avoir été le vieux quartier, le noyau principal de l'ancienne cité. En outre , les parties anciennes de l'architecture du temple de Vénus, le temple de Jupiter qui préside la place, et une portion des colonnes du portique, sont grecs et attestent une origine primitive; tous les autres monuments sont d'une construction romaine.

La forme de ce forum est un parallélogramme très-allongé, comme l'exige Vitruve pour les fora romains; il est pavé sur toute la surface en dalles régulières, et entouré, comme nous l'avons dit, d'un portique à deux étages. Des restes de piédestaux, placés dans l'enceinte, et en partie encore revêtus de marbre, portaient anciennement les statues des citoyens élevés au pouvoir ou honorés par leurs vertus; on voit encore seize de ces piédestaux d'une égale dimension , sans compter plusieurs autres destinés à des statues équestres ou à des quadriges.

Six ou sept rues différentes donnent entrée à cette place; une seule y débouche directement en passant sous un arc de triomphe, les autres n'y conduisent qu'à travers les entre-colonnements des portiques. La continuation de la plupart de ces rues est ainsi interceptée pour les voilures et pour les cavaliers. Des traces assez visibles indiquent que toutes ces entrées ont été anciennement fermées par des grilles.

Quatre escaliers, très-étroits et très-roides , placés aux différentes extrémités , conduisent aux galeries supérieures qui entourent la place; mais il est à remarquer que tous ces escaliers, à l'exception d'un seul, avaient leur entrée eu dehors de l'enceinte, sans communication visible avec la place ni avec le portique du rez-de-chaussée. Cette galerie supérieure était-elle destinée aux femmes? Ne les aurait-on admises qu'à cette galerie pour assister aux jeux et fêtes qui avaient lieu sur le forum? La recommandation que fait Vitruve de disposer des loges dans ce but au premier étage, et de ménager par là, dit-il, un revenu public, nous autorise à cette supposition d'ailleurs tout-à-fait motivée. Au reste, nous laissons à de plus habiles la solution de cette question, en nous contentant de renvoyer le lecteur à la planche XIII"-, où l'un desdits escaliers

est figuré à gauche du premier plan (,). Ou y voit la rue interceptée par les portiques du Z2, e, terminée par une de ces nombreuses fontaines dont la vdle éta.t s, nchemen. pourvue.

COMICE (comitium-). BASILIQUE (basilica).

PLANCHES XV, XVI, XVII, XVIII, XIX, XX et XXI.

En entrant au forum par le côté que nous venons d'examiner, nous trouvons, a 1 extrémité de la galerie, à gauche, l'édifice désigné communément sous le nom de Basilique, et marque C sur le plan général, planche XIV. Ce qui a donné principalement lieu à cette dénomination, c'est le mot Basiliea, tracé, avec une pointe, à plusieurs endroits sur les enduits des murs extérieurs de cet édifice. Mais une si faible indication ne doit pas paraître suffisante à l'architecte, dont le premier soin est d'examiner si les dispositions d'un bâtiment répondent à la destination qu'on veut lui assigner.

Les basiliques, dont l'origine est purement grecque, comme l'indique assez l'étymologie du mot, et qui, selon Tite-Live, ne furent connues à Rome qu'après la première guerre de Macédoine, étaient des salles magnifiques et spacieuses, attenantes au forum et destinées à l'administration des affaires publiques et de la justice (3). Ainsi nous les représentent tous les auteurs anciens et, parmi eux, Vitruve, qui en fait une description détaillée, dont voici à peu près la substance (4).

,, Les basiliques seront contiguës au forum et dans Vexposition la plus chaude, afin que, dans l'hiver, les commerçants qui les fréquentent, y ressentent le moins possible les incommodités de la

saison.

•.La largeur ne sera ni moindre d'un tiers, ni au-dessus de la moitié de la longueur, à moins que la localité n'exige d'autres dimensions. Si l'etpace a une plus grande longueur, on pratiquera aux extrémités des chalcidiques , comme à la basilique Julia Aquikana.

« Les colonnes de la basilique auront en hauteur la largeur des portiques; et ceux-ci auront un tiers de l'espace du milieu. Les colonnes du haut doivent être plus petites que celles du bas, comme il a été prescrit auparavant.

i.i) Le graveur ayant oublie d'indiquer ces escaliers sur le plan général, il faut recourir aux plans particuliers, planche i5,n° 10, et planche 43, lettre P.

(a) Ayant consulté M. Lelronne sur l'application du mot Comitium il tin édifice situé hors de Rome, ce savant distingué m'a envoyé la réponse suivante :

« Il est bien vrai , monsieur et ami , que les comices ne se tenaient qu'à Rome , et que le comilium était proprement la partie du forum où étaient les rostra. Cependant, le mot comitium a été employé par Cornélius Nepos, Vie d'Agésilas, c. 4, pour désigner le lieu où les

.. éphores de Sparte s'assemblaient ( est si privatus iti costmo essel Sparte). Dans un autre endroit (Vie d'Alticus, c. 4), il donne à l'as-

« semblée générale des Athéniens le nom de comitia (nom et ad comitia eorum ventitavil). Ce sont des noms romains appliqués à des choses « grecques, par analogie. Or, ce qu'un Romain a pu faire, un Français peut le faire aussi. Vous pouvez donc, à la rigueur, donner le nom u de Comitium à un édifice de Pompéi , si vous entendez par là le lieu des assemblées pour la nomination des magistrats. »

(3) La première basilique fut construite, à Rome, par P. Cato, l'an de Rome 570. L'édifice de ce nom à Pompéi existait vers l'an 676, comme il parait résulter d'une des inscriptions , rapportées par M. Bonnucci, et tracées sur les murs extérieurs. La voici :

(4) Cette description, comme tout le reste de l'ouvrage de Vitruve, a donné lieu à beaucoup d'interprétations. Nous distinguons parmi les diverses versions, l'excellente traduction allemande de A. Rode, dont le texte est toujours clair et raisonné. Quant aux distributions, c'est Daniel Barbara qui nous parait les avoir le mieux saisies dans le joli plan qu'il donne de la basilique de Fano, quoique nous n'en approuvons pas toutes les dispositions.

« L'appui (pluteum ) entre les colonnes supérieure! et inférieures paraît devoir être pareillement dun quart moins haut que les colonnes du dessus, afin que ceux qui sont dans les galeries hautes ne puissent être vus par les marchands qui sont en bas. Quant aux architraves, aux frises et aux corniches, elles auront les proportions indiquées dans le troisième livre. »

Ainsi ces basiliques étaient de vastes salles, ayant au milieu une nef plus large, entourée (le portiques à deux étages; et nous voyons plus loin, par la description que cet architecte donne d'une basilique construite par lui-même, à Fano, que ces salles étaient couvertes et éclairées par les côtés. Vitruve ne fait pas mention de la tribune, pour les sièges des magistrats, dont ces édifices étaient pourvus, comme nous le savons par d'autres auteurs; il place au contraire le tribunal en dehors de sa basilique de Fano, dans l'intérieur du temple d'Auguste, attenant à celle-ci, afin, dit-il, que ceux qui sont avec les magistrats, ne puissent pas être gênés par les négociants de la basilique. Apparemment que la multiplicité des affaires donna lieu, dans la suite, à ces séparations et fit consacrer des édifices particuliers à ces différents usages. Nous en verrons plus loin un exemple à Pompéi même.

Outre ces récits des auteurs de l'antiquité, il nous reste une tradition non équivoque de ces édifices dans les anciennes basiliques chrétiennes, qui non-seulement en empruntèrent le nom, mais aussi la forme. Ces basiliques ne diffèrent guère, quelquefois, des dispositions prescrites par Vitruve, que par l'absence des galeries supérieures qui n'existent pas dans toutes, et aussi par l'emploi d'un double et souvent d'un triple rang de colonnes aux deux côtés de la nef principale, au lieu de simples bas-côtés à deux étages. Nous voyons par là que les préceptes qu'il donne n'étaient pas toujours rigoureusement appliqués, et l'auteur lui-même ne les a pas tous suivis dans sa propre construction. Il n'est donc pas surprenant que la salle de Pompéi s'en écarte de même, surtout en ce qui concerne les proportions des colonnes du milieu, dont la hauteur doit avoir été égale à la largeur totale de la grande nef, et non au tiers, comme veut la règle. Par cette proportion, et aussi par la disposition des bas-côtés qui entourent la nef principale sur les quatre faces, notre édifice acquiert une assez grande ressemblance avec la basilique construite par Vitruve, et c'est peut-être pour cela, aussi, que tous ceux qui ont mentionné cet édifice de Pompéi supposent une galerie supérieure autour de la nef principale (i). Cependant, et malgré la présence des colonnes engagées d'un diamètre inférieur aux autres colonnes, cette galerie n'a pu y exister; et nous sommes portés à croire que cette disposition n'était pas d'une nécessité absolue, quoique Vitruve en parle, une seconde fois, à l'occasion de la distribution des salles égyptiennes. Les basiliques chrétiennes nous en fournissent encore la preuve.

La restauration que Mazois a faite de cet édifice, et que nous donnons planche XVII, nous paraît, sous ce rapport, aussi satisfaisante qu'il est possible, à moins qu'on ne veuille supposer que les extrémités des solives de la galerie en question eussent été portées, en scellement, par les grandes colonnes, ce qui n'est pas probable. L'édifice aurait été horriblement défiguré par un pareil arrangement, qui est très-mauvais et qu'on peut tout au plus se permettre dans une salle de spectacle, quoique nous voyions un nouvel exemple d'un tel ajustement dans la chambre des députés à Paris. Si les constructeurs de l'édifice de Pompéi avaient voulu y établir une telle galerie, ils auraient pris apparemment le moyen aussi vicieux dont Vitruve luimême s'est servi, celui d'adosser des piliers aux colonnes de la nef principale pour supporter les solives. Je pense donc que si les partisans de cette galerie avaient voulu se rendre compte de la manière de la construire, ils y auraient peut-être renoncé.

(i) Romanelli, Bonnucci, flirt, Gell, Donalilson et autres, sont tous de cette opinion. Il en est de même d'un de nos jeunes architectes distingues, M. Callet, ancien pensionnaire de l'Académie à Rome, qui , dans une très-belle restauration du forum de Pompéi, représente la basilique pourvue d'une galerie légère en bois.

•J" . i i., Innr les mêmes auteurs

Ce ^ pas ,e seul pO^u, J*- . % £ ^ sup,)0Se ,

p,étendenl que la nef du ^ ' ^ de (.pt auteM anrique soit positif Le surbaissée, le de V.truve (.> Q ,w basiliqUes entièrement «■

à ce sujet, et que tous les exemples ou, no restent ^ . suffi pour faire

««es, '» F-ence d'un camveau, » de ce faniveau (voyez

généralement adopter une op.n.on contraire n;llurellement un écoulement d'eau;

pl. XV et XVII,..- 8) ne peut pas être contestée, «F^ celui de cette

U d'une autre part, i. est ^^^^ 1 n'iV « * „ef (10 mètres environ) ait été a découvert. Je ,e„ ^ n auss,

dominer ce caniveau avec assez d'attçnt.on ° ^ g caniveau a été couvert de

inipor,an,e; mais si .'indication du ^ ^ recevoir les eau, Cette

Halles et pourvu seulement de regards, ^ d« P ^ ^ ^ ^ ^

,e ne do, pas oubl.er de t ,c P MaU,eureusement je n'ai trouvé dans ses pap.ers couverture, est conforme a celle ue M. wu. qu'une très-courte notice au sujet de cet éd.fice La vo.c. .

bois, de tuiles à couvnr, me font soupçonner qu d y avait un e „ous en

Une disposition de notre édifice nui parait .noms sac ■ g* - q ^ avons, c'est l'espèce de loge ^ ^ J. de ». construetion

ment la tribune. (Voy. planche XV, n b. ) ce I , ces èces de tribu-

qui nous surprend, puisque nous savons par d— es » dadl qu P ^

au* n'avaient pas toujours la forme dem.-crcu.a.re-, mats s. ces hUtab- masquée non comme on parait le vouloir par une statue colossal dont le

seulement par deux fortes colonnes de la ne , ™'S l même de cettc

piédestal subsiste encore. Ce n'est pas tout : les quatre colonnes de ^ loge auraient encore eacbé, en grande part.e, £ ZZ L rendre compte

pour présider a., affaires publiques ou i^ *^'^^ et du pub.ic, il sera de la position respective des ,uges, des avocats, des part.es M r ■

#*» Or, A n'aurait été nullement facile de vo, ce qu, se p. .t au ^nbuna

avec les dispositions qui s'y trouvent. On se demande encore par ou ton ^^^ ^ cette tribune, puisqu'il n'existe nulle part de trace visible d'un escal.er pour y conduire Car ï ! peu de marcbes'indiquées sur notre plan ne servent qu'à descendre dans le souterra.n (voy.

• ;a «■ „„„™idéttE« avec -les cntre-colonnemen» à jour, au-dessus des colonnes de la grande acquière par 1k asseï de ressemblance avec les basiliques cbréliennes.

la coupe ). L'application d'un escalier mobile, en bois, auquel il faudrait avoir recours pour soutenir cette hypothèse, ne s'accorderait guère avec les autres détails de l'édifice, tous ajustés avec art et d'une manière architecturale. Quoique nous voyions souvent des exemples de cegenre d'escaliers dans les peintures gravées dans le premier volume des Antiquités d'Herculanum, il nous répugne d'en admettre ici l'application (i).

Ainsi, en résumé, l'absence probable d'une galerie supérieure; la supposition, de quelques auteurs, que la nef du milieu a pu être à découvert; et enfin la forme toute particulière de la tribune en question, nous disposent assez à voir ici, avec M. Hirt, non pas une basilique, niais bien le Comice (Comitium ) où le peuple s'assemblait pour la nomination de ses magistrats (2). Si on se rappelle, en effet, ce que nous avons rapporté sur la manière de voter, on reconnaîtra avec nous, dans cette soi-disant tribune, la loge, le passage étroit et élevé, le ports ou portticulus, où chaque citoyen allait déposer son vote, en présence du magistrat qui présidait l'assemblée. Les urnes pour recevoir les votes devaient être placées dessus ou dessous les deux ouvertures circulaires pratiquées dans la voûte du souterrain , soit que ce passage existât sous la voûte, par les escaliers qui y conduisent, soit par-dessus en traversant la loge, ce qui me semble tout à fait indifférent. Je pense encore retrouver, dans les espaces formés de chaque côté de la loge par deux colonnes accouplées, les enclos, les septa, ovilia , dont il a été question précédemment, et où quelques auteurs ont voulu reconnaître les chaladiques de Vitruve (3). Nous ne devons pas omettre de rapporter ici l'opinion des auteurs qui ont voulu reconnaître, dans la pièce voûtée sous la loge, et dont les soupiraux sont grillés eu fer, la prison où étaient déposés les accusés pendant le procès; et dans les deux trous pratiqués dans la voûte, les ouvertures pour les interroger. Mais cette question ne saurait soutenir la critique, puisque chacun sait que les accusés étaient interrogés en présence des magistrats et du public, et placés à la vue de tout le inonde.

Supposons donc que l'édifice qui nous occupe ne soit pas une basilique, et en elfet il 11 en remplit entièrement aucune des conditions voulues, de quel autre monument pourrait-on, a sa place, faire une basilique indispensable au forum? Certainement d'aucun, et c'est là, peut-être, la plus grande preuve en faveur de la dénomination généralement adoptée; si toutefois les fouilles qui restent encore à faire sur une immense surface de l'ancienne ville, ne nous font pas découvrir un autre forum, plus complet, au centre de cette cité.

Après avoir exposé ces considérations générales, il nous reste à décrire les détails de cet édifice, l'un des plus considérables de cette place. Sa longueur totale est d'environ 200 pieds sur "8 de large. 11 fut découvert et déblayé en 181 3, et on trouva sur le sol l'empreinte d'un pavement en marbre qui pourrait encore servir de preuve, si l'on en doutait, que ce bâtiment

(,) 11 existe, derrière la loge en question, du côté de la rue, un pilier formant avant-corps, de dil-hyit pouces, sur la rue. M. Caltet, dans sa restauration, s'en est servi pour y adosser no escalier, conduisant du dehors à la loge. Cet architecte aura trouvé sans doute quoique trace convaincante pour motiver une disposition aussi extraordinaire, car jamais nous ne nous serions avisé < uu.^ui. r un p.u '^"°^' surtout après avoir observé que la rue, qui n'a que sept pieds dans sa plus grande largeur, en perdrait la moine par cet esc. 1er urese. le plan de l'ouvrage de M. Donaldson. savant architecte anglais et auleur de plusieurs ouvrages estimés, indique la continuation du pavage dans cet endroit, ce qui prouve que l'arrangement ingénieux de M. Callet n'a pu exister.

(a) Nous citons ici le passage de l'excellent ouvrage sur l'histoire de l'archilee.ure cher les anciens, de M. Flirt . dWd avec notre opinion t.I* Comice était un autre édifice faisant partie du forum, ei on s'assemblait Ordinairement le peuple povn tel eclio^ ^'^(^ • Aussi un espace, entouré de murs et de colonnes, et asser. vaste pour contenir les citoyens qui avaient le droit ire. « trouve- «

n Aussi , uu eajjuv , . „ , ~..me tant d'autres, en élut de restauration au

'e à être couverte : c'était une cour entourée

u forum. Cet édifice a été appelé la Busilique , mais a ton. Ce bd

. moment de rêruption , et il est facile de reconnaître que la partie du milieu n 'était p

■ colonnade à deux étages. Ce qui prouve que ce n'était pas une basilique

c'est l'absence de l' hémicycle formant le tribunal, et qui est

. remplacé par une élévation destinée sans doute pour ceux qui dirlgeuien, les élections, recevaient le, votes et dépouillaient le scrutin. Le .porche de cet édifice, que j 'appelle , sans hésitation, te Coûtes , faisait partie du portique du forum. ,

,3, M Callet y dispose deux gmnds escaliers pour monter à la galerie supérieure; mai» les enduits et peintures des murs ne conservent aucune trace de ces escaliers, qui, d'après notre opinion, n'ont pas plus existé que 1. galerie à laquelle ils doivent conduire.

.était couve,,. Isolé sur trois faces par .les rues plus ou moins large* son entrée principale es. .lu côté du forum. Cinq portes y conduisent dans un vestibule qui précède la salle. Les p.edestaux ndossés aux piliers, et les restes (Tune statue en bronze doré, annoncent que cette en.rée était richement ornée. L'intérieur devait être décoré avec le même luxe, si l'on en juge par des hermes, des vasques et même des fragments de statues équestres qui y ont été trouvés. Quelques auteurs ont supposé, d'âpre les feuillures entaillées dans les pieds-droits (pl. XV, „■ 4), que les ba.es de ce vestibule avaient été fermées par des trappes. Il est vrai que le peu de largeur de ces trumeaux n'aurait pas permis le développement des battants des portes ordinaires; mais comme ,1 en reste a peine quelques assises, toute conjecture, à ce. égard, sera toujours hasardée. Quant al escalier (n° ,o) placé à côté de ce vestibule et dont l'entrée ou l'emmarchement est en dehors et sur la rue, il est évidemment du nombre de ceux dont nous avons parlé précédemment, et que nous supposons destinés à conduire aux portiques supérieurs du forum, sans avo.r du reste aucune communication avec notre édifice.

Du vestibule on monte quatre marches pour en redescendre une dans l'intérieur de la salle. (Coupe, pl. XVIII.) C'est sans doute cette différence de niveau que l'on a voulu égaliser par le dallage' en marbre dont les traces ont été découvertes lors de la fouille; à moins qu'en supposant le milieu de la salle à découvert, on ne veuille voir dans ce rebord un moyen de reten.r les eaux pluviales dont l'écoulement s'opérait par les caniveaux existants (u° 8). La présence d'une margelle, Putml, prèle encore un appui à cette opinion : elle est justement placée en face d'une des entrées latérales, dans l'entre-colonnement du portique (n° 3), et barre le passage direct de la porte à la grande nef. Ne pourrait-on pas en conclure, si toutefois cette margelle se trouvait anciennement à la même place, que la communication du portique à la nef du milieu n'était pas nécessaire, cette prétendue grande nef n'étant autre chose que XImphmum. c'est-à-dire une cour découverte entourée, sur les quatre faces, par un portique? Nous exposons cette opinion, toute contraire qu'elle soit à celle que nous avons précédemment émise, pour éclaircir autant que possible la controverse.

La vue de la planche XVI représentant l'état actuel et la restauration de cet édifice, par Mazois, donnera une idée de son aspect grandiose et magnifique. Nul doute que l'ensemble du bâtiment ne répondît dignement au caractère que Vitruve voulait qu'on lui donnât. Les coupes de la planche XVIII, en reproduisant ce qui reste des murs et des colonnes , font connaître, en même temps, l'état et l'ajustement de la prétendue basilique avec le portique du Forum. Du premier étage de ce portique on avait vue sur la salle à travers le vestibule, et de la terrasse du même vestibule on aurait pareillement pu voir ce qui se passait dans l'intérieur de l'édifice. Ce qu'il y a d'intéressant parmi les nombreux détails recueillis dans cette enceinte, a été réuni sur les planches XIX et XX. On y remarquera, surtout, sur la première, la composition gracieuse des profils, dont le sentiment indique une tout autre époque que celle où il faut placer la construction de l'ensemble de l'édifice. Ces profils sont pour la plupart en pierrè et recouverts en stuc. Il y en a aussi en marbre, mais leur composition est moins recommandante et date vraisemblablement de l'époque romaine. Parmi les premiers nous rangeons : le profil du soubassement de la loge, fig. I (la base du socle est entièrement détruite); l'entablement du premier ordre de cette même loge, fig. II, en tuf; le gracieux ebapiteau et l'entablement du second ordre, fig. III; le profil des pilastres du vestibule, fig. V; les trois corniches, de 9 à 10 pouces de haut, d'une destination inconnue, fig. VI; et le chambranle des portes, fig VIL Les profils du piédestal, fig. IV, appartiennent à la seconde époque.

La planche XX, fig. I, reproduit le joli chapiteau de l'ordre inférieur de la loge et rappelle celui du temple de Tivoli ou l'ancien style italique. Le chapiteau ionique, fig. II, provient des co-

lonnes engagées, ainsi que la base, fig. III. Les figures IV et V donnent le profil de celles des grandes colonnes, et le système de construction, en briques, de leur fut. Le noyau est en briques circulaires, de 1 5 lignes d'épaisseur, entouré de briques façonnées dont l'une recouvre alternativement les joints de l'autre; les cannelures sont formées par le stuc. Cet assemblage, dont l'usage est très-fréquent à Pompéi , donne une très-grande solidité aux monuments. Les profils délicats et pleins de goût des enduits des murs intérieurs sont reproduits fig. VI et VII. Nous avons encore recueilli les dessins d'une corniche en marbre, à modillons, d'un fronton richement sculpté et portant 1 1 pouces 6 lignes de haut. Ce fragment provient sans doute du fronton de la façade principale.

La planche XXI, qui termine la description de cet édifice, donne une idée bien faible, il est vrai, de l'effet du décor en peinture qui y est employé. Les compartiments, légèrement indiqués en relief, sont peints en marbre de différentes couleurs; on y remarque principalement les marbres jaune, vert et rouge. Les soubassements sont noirs et rouges.

Voici quelques-unes des inscriptions rapportées par M. Gell, et tracées par les passants sur les murs extérieurs de cet édifice; les autres sont peu lisibles, et, comme dit le même auteur, ni l'orthographe ni la morale ne gagneraient à ce qu'elles fussent déchiffrées.

JSemo nisi Bixlius nisi qui amavit mulierem

H. Cœsari. tertio Germanico. Cœsare iter.

Non est ex albo Judex pâtre ÀEgyptio.

Nous y ajoutons les trois inscriptions suivantes, que Mazois dit, dans une note, avoir trouvées dans la basilique :

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