‹ Les ruines de PompéiChapitre 13 sur 33 · SUR LES THÉÂTRES · texte numérisé non relu

SUR LES THÉÂTRES

nier gradin, un espace vide : c’est ce qu’on appelait l’orchestre. Chez les Grecs, il n’était pas permis d’y rester pendant la représentation, l’expérience ayant appris que s’il ne demeurait pas entièrement vide, la voix absorbée perdait de sa force, et parvenait difficilement à l’oreille des spectateurs éloignés : d’ailleurs, c’était dans l’orchestre que les chœurs exécutaient les danses. Mais, malgré l’observation précédente, cet espace, dans les théâtres romains, servait, selon Vitruve, à placer des sièges réservés aux sénateurs. L’orchestre était donc, d’un côté, ceint par les gradins, et de l’autre, borné par le pulpitum , c’est-à-dire, par le mur qui soutenait la scène. Il était d’une médiocre hauteur, toujours revêtu en marbre, avec deux escaliers pour monter sur la scène; il présentait de petites niches où l’on plaçait des autels, et c’était aux extrémités du pulpitum que se tenaient les joueurs de flûte et de lyre. Le sol de la scène était de bois, comme les théâtres de Pompéi et d’Herculanum nous l’ont prouvé. Il y avait en dessous un espace ménagé pour le jeu des machines et celui de la toile. Ces machines consistaient, pour les décorations, en treuils et cabestans qui faisaient mouvoir sur le théâtre, par un mouvement de rotation, des châssis formant chacun un prisme triangulaire, sur lesquels étaient peintes trois scènes diverses, savoir : la scène tragique, la scène comique et la scène champêtre. Le rideau d’avant-scène ne se manœuvrait pas comme le nôtre : derrière le mur du pulpitum était un contre-mur, et c’est dans l’espace vide qu’ils laissaient entre eux , que la toile descendait durant la représentation. Dans les entr’actes, elle en sortait et s’élevait au moyen de supports à coulisse que l’on faisait monter par une corde attachée à un treuil. Ce mécanisme est parfaitement visible à Pompéi; les crapaudines et les points d’appui des cabestans et des treuils existent encore (i). Cette manière de faire mouvoir la toile, si différente de celle que l’on emploie aujourd’hui, étonnera moins, lorsqu’on réfléchira que les théâtres étaient entièrement découverts, et que l’on ne pouvait faire descendre aucune machine par les moyens dont on use de nos jours. Le même système de treuils et de cabestans servait à faire mouvoir, sur des cordes tendues, le char aérien de Médée, ou le monstre marin sur lequel l’Océan venait visiter le malheureux Prométhée.

Lorsque des furies ou des ombres sortaient des enfers, une trappe s’ouvrait, et, au moyen d’un marchepied, le terrible acteur apparaissait sur la scène. Si, au contraire, il s’agissait de faire descendre quelque divinité du haut des cieux, un long levier placé dans la partie latérale du théâtre, derrière les décorations, et couvert sans doute de nuages peints, supportait à son extrémité le dieu nécessaire au dénoûment. Ce levier, en s’inclinant vers la terre, traçait un arc de cercle qui projetait l’extrémité de la machine au delà des décorations; alors Jupiter, ou les interlocuteurs ailés d’Aristophane, se montraient aux spectateurs. Quand le levier se relevait, le mouvement inverse faisait disparaître son extrémité et le personnage qui y était attaché, derrière la partie supérieure des décorations (2).

Telle était la simplicité des machines dont les anciens se servaient dans leurs théâtres. Elles étaient placées sur les côtés de la scène : Vitruve appelle cet endroit periactus. C’était aussi de là qu’on faisait entendre aux spectateurs le bruit du tonnerre. A l’extrémité du grand axe de la scène, étaient deux grandes portes : c’est par là que les chœurs entraient et sortaient, pendant les évolutions qu’ils exécutaient en chantant, et qui formaient les intermèdes.

On aurait une fausse idée des décorations scéniques des anciens, si l’on voulait en juger par les nôtres. Quoique Vitruve parle de la magnificence de la scène tragique, des édifices privés ornés de fenêtres et de portiques qui composaient les décorations comiques, et des bois, des

(1) Voyez les détails de ce mécanisme dans l’explication de la planche XXXIV.

(2) J’ai vu souvent employer les mêmes moyens sur le grand théâtre de Naples, avant qu’on y eût fait des dessous assez profonds pour établir les contre-poids.

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