‹ Les ruines de PompéiChapitre 14 sur 33 · CONSIDÉRATIONS · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS

grottes et des montagnes que l’on voyait dans les pièces satiriques; quotque le témoignage des poètes confirme cette description, et que Démocrite, Anaxagore et Agatarchus eussent écrit sur la perspective théâtrale, les décorations devaient être peu de chose, puisque Vitruve lui-même, nonobstant ce qu’il a dit plus haut, semble les borner à ces châssis triangulaires quil place sur les côtés de la scène. Pollux semble indiquer quelques autres décorations portatives; mais malgré tous ces témoignages, on ne peut concevoir qu’une fort médiocre idée de l’effet que le décorateur pouvait produire en plein jour, sur un théâtre de quinze à dix-huit pieds de profondeur.

J’ajouterai que le fond de la scène offrait une décoration réelle en marbre, et jai peine à croire quelle fût jamais recouverte en entier par des toiles de fond ; les anciens ne se seraient pas donné la peine d’orner à grands frais une surface qui devait être continuellement cachée : d’ailleurs, ne connaissant pas l’illusion théâtrale, tout était chez eux de convention, comme j’aurai soin de le faire remarquer plus bas. Dans les jours de représentations tragiques, les portes étaient ornées de riches draperies; des festons de fleurs et de verdure étaient suspendus de toutes parts, autour de la scène, et l’encens fumait sur les autels. Mais pour les représentations comiques et satiriques, je crois que les décorations mobiles n’offraient guère que les tableaux des châssis latéraux, peut-être quelques arbres plantés vers le fond du théâtre, et les toiles de fond, qu’on plaçait derrière le mur de la scène dans le post-scenium.

La décoration réelle de la scène était de la plus grande majesté; des marbres précieux, des colonnes, des niches profondes, des statues, présentaient tout ce que l’architecture a de plus noble et de plus riche. Ce fond était percé de trois portes : celle du milieu, qu’on appelait la porte Royale, était la plus ornée; les deux portes latérales étaient réservées pour les étrangers.

Derrière la scène, était le post-scenium , lieu où se tenaient les acteurs, en attendant leur tour de paraître. C’était là aussi que l’on plaçait des toiles de fond, qui étaient aperçues à travers les portes. Cette partie servait encore pour les scènes doubles , quoiqu'on pût facilement les obtenir en divisant la scène comme chez nous. De chaque côté du post-scenium , il y avait des pièces destinées à servir de vestiaires.

Yitruve recommande de construire derrière le théâtre, ou à sa proximité, des portiques assez vastes pour recevoir les spectateurs, lorsque tout à coup le spectacle venait à être interrompu par quelque orage, ou par la pluie. On ne doit pas s’étonner du peu de recherche apportée à mettre les théâtres à l’abri de l’intempérie des saisons : les spectacles n’étaient pas alors, comme aujourd’hui, un asile ouvert chaque soir à l’oisiveté, pour échapper à l’ennui : les représentations théâtrales faisaient partie des grandes solennités ; elles étaient rares , et avaient lieu en plein jour, sous un ciel moins inclément que le nôtre, et à des époques choisies. D’ailleurs, les anciens, en tout ce qui tenait aux monuments publics, avaient une autre manière de voir que la nôtre : ils cherchaient les grands effets, les grands résultats, et ne trébuchaient pas comme nous, à chaque instant, contre les petites considérations. Leurs représentations théâtrales étaient des jeux publics, des fêtes nationales; ils voulaient leur imprimer un grand caractère, et y réunir des peuples entiers : dès lors, l’enceinte de leur théâtre dut se déployer sur une ligne plus étendue; tout le luxe des arts y fut prodigué, et le soleil put seul éclairer la majesté de leurs spectacles.

On ne saurait se faire une idée de la profusion avec laquelle les théâtres furent quelquefois décorés. Marcus Scaurus, pendant son édilité, en fit élever un pour quatre-vingt mille spectateurs; et quoique cet édifice ne dût exister que quelques jours seulement, il y employa trois cent soixante colonnes de marbre, de verre et de bois doré : entre les colonnes, on comptait trois cents statues de bronze. Curion surpassa Scaurus d’autant que le génie surpasse l’opulence : il fit construire deux théâtres contigus en charpente, et lorsque le spectacle fut terminé, il les fit

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