‹ Les ruines de PompéiChapitre 29 sur 33 · CC. Entrées conduisant au corridor elliptique DD · texte numérisé non relu

CC. Entrées conduisant au corridor elliptique DD

DD. Corridor qui fait, sauf une courte interruption, le tour de l’hémicycle, et qui conduit aux escaliers par lesquels on parvient à tous les gradins des cavece inférieures.

EE. Petits escaliers donnant dans le corridor DD, par lesquels, en montant trois marches, traversant un palier et montant encore trois autres marches, on se trouve à la hauteur des deuxièmes gradins de la première cavea.

F. Escaliers donnant dans le meme corridor, et par lesquels, en montant deux marches, et tournant à droite ou à gauche sur un palier pour en monter encore dix , on se trouve au niveau de la première précinction et au bas de la deuxième cavea.

G. Paliers au sommet des escaliers F, sur lesquels se trouve la dernière marche inférieure des itinera ou scalœ qui, de cette première précinction, remontent jusqu’à la deuxième en traversant la balustrade, traversant également la troisième cavea, et atteignant jusqu’aux vomitoria de celleci. Ces vomitoires mettent en communication les deux routes qui conduisent chacune de leur côté au sommet de l’édifice.

Les coupes de la planche XLVI présentent d’une manière encore plus claire ces ingénieuses dispositions. Il était impossible de mieux coordonner les avenues d’un si vaste édifice, de les multiplier davantage, et en même temps de les mieux distinguer entre elles, de manière que les spectateurs ne se confondissent pas en sortant des différentes places: précaution que Vitruve recommande à l’architecte.

HH. Gradins ou places d’honneur, assez larges pour placer les bisellium ou toute autre espèce de sièges ou de coussins : ils sont séparés en différentes loges , comme nous l’avons fait remarquer plus haut.

II. Gradins de la troisième cavea, au nombre de dix-huit, tandis que la seconde cavea n’en a que douze. La troisième cavea est partagée par les scalæ en quarante cunei pour toute l’ellipse; et la deuxième, en vingt. Tous ces gradins, admirablement conservés, sont partagés en sièges numérotés, de sorte qu’il ne pouvait y avoir ni erreur, ni discussion sur la place destinée au porteur de chaque billet : disposition qu’il serait bien à propos d’imiter dans nos théâtres.

Il est à remarquer qu’on arrivait du dehors aux quarante vomitoires de la troisième cavea, soit par la terrasse sur les deux tiers de l’ellipse, soit de plain-pied par le rempart sur l’autre tiers. Un calcul assez simple ferait voir que, dans tout l’édifice, il y avait presque autant de terrain destiné aux communications qu’aux sièges des spectateurs : de sorte que l’assemblée entière aurait pu se lever et sortir en même temps, sans qu’il en résultât la moindre confusion. Nos théâtres modernes et nos édifices de tout genre, que dis-je? nos promenades publiques même, sont loin d’offrir de pareils dégagements; et les accidents les plus funestes signalent notre imprévoyance à cet égard.

L. Petit couloir souterrain en pente , qui va de l’arène au dehors , et par lequel on faisait entrer peut-être certaines bêtes féroces : les antiquaires font observer que ce passage était fort étroit, afin que l’animal ne pût se retourner (i). Pour nous, nous admettons plus volontiers, avec MM. Romanelli (2) et Vinci (3), que cette issue était ce que les anciens appelaient

(1) Pompei descritta da Carlo Bonducci, 1827, p. 196.

(2) Voyage à Pompéi, p. 3oi.

(3) Descrizione delle ruine, etc., p. i44-

porta libiünènsis (i). Par là, on .enlevait les cadavres des gladiateurs morts, et on les trama.t avec un crochet jusqu’au spoliarium, lien où on les dépouillait (a). Ce heu pourra,, etre ,c, une petite chambre ronde qui se trouve sur la droite, et à laquelle condmt un escalier.

MM. Petites chambres souterraines carrées , communiquant à la fois avec le corn or et av et les entrées A et B : elles étaient fermées des deux côtés par de fortes grilles, dont il reste des traces dans les seuils et dans le mur. C’est là, sans doute, que les bêtes féroces étaient renfermées en attendant qu’on les lançât dans l’arène : ce qui pouvait se faire au moyen de cages a coulisses et de guichets étroits pratiqués dans les grilles.

N. Cette lettre a été employée pour indiquer deux escaliers différents. Vers le bas de la planche , elle désigne celui par lequel on monte sur la plate-forme qui est de niveau avec les vomitoires de la troisième cavea. Il y a encore un double escalier semblable qui ne porte pas de lettre, dans le coin en bas et à gauche de la planche: c’est celui que l’on aperçoit au dehors dans la vue de la planche XLIII. Il y en a enfin un troisième, dans l’angle gauche et supérieur de la planche: celui-là mène au terre-plein du rempart, à côté d’une tour carrée dont on voit le plan ; et ce terre-plein lui-même est au niveau de la terrasse et des vomitoires. Mais la lettre N est employée dans la partie supérieure de la planche pour désigner les doubles escaliers qui dp la ferrasse nu du renmart à la summa cavea, espèce de portique couvert où se

tenaient les prolétaires et les femmes.

Passons aux coupes, planche XLVI. La figure i offre une coupe de l’amphithéâtre prise selon le petit axe de l’ellipse. Les lettres A, D, sont comme au plan. La lettre O remplace la lettre N pour l’escalier de la terrasse : celle-ci est réservée pour l’escalier du portique, qui était probablement recouvert en bois, et où l’on voit quelques trous pour les mâts et les cordages qui servaient à manœuvrer les voiles. Mais ces objets y sont moins distincts qu’au théâtre.

Dans cette coupe, on voit très-clairement, en D, la disposition des escaliers qui conduisaient du corridor voûté à la deuxième précinction.

On trouve à la figure 2 une coupe de l’avenue du nord A, prise suivant le grand axe de l’ellipse. O11 y remarque les arceaux qui renforcent la voûte; en H, Xinfima cavea; en Y, le mur de l’arène dont les pierres solides se distinguent de X incertum opus qui forme la masse de l’édifice; en X, la niche où se trouvait la statue de Pansa, et au bas de laquelle se lit l’inscription; en K, l’entrée d’un vomitoire de la troisième cavea; en L, le corridor des cathedræ , ou loges de la

summa cavea.

figure 3 est une coupe de cette même summa cavea , prise au bas d’un des escaliers qui y conduisent.

Enfin, la figure 4 représente une coupe de Xinfiima cavea H, avec le mur Y, le corridor elliptique D et l’escalier F : ce sont les mêmes lettres qu’au plan.

On trouve à la planche XLVII, figure 1, le détail des gradins avec la balustrade qui sépare la deuxième cavea de la troisième. On remarquera que les gradins supérieurs avaient été réparés récemment lors de la catastrophe, et garnis d’une pierre bien plus belle que celle des gradins inférieurs. Le marchepied du gradin inférieur de chaque cavea, le creux pour les pieds, là seulement où il est nécessaire, sont des particularités que nous avons déjà remarquées au théâtre.

La figure 2 offre les impostes qui supportent les architraves des deux portes cintrées du nord et du midi : on remarque dans les deux profils une légère différence.

(1) Lamprid. Comm., XVI, XVIII et XIX.

(2) Senec., Ep. g3.

Nous avons déjà parlé de la peinture dont on voit un dessin à la figure 3, et qui est une de celles du mur de l’arène (i).

Lajigure 4 représente la disposition d’un pavé composé de différents marbres. Le milieu est rouge; les carrés sont jaunes; les losanges, bleus; et les triangles, verts. Peut-être ce pavé était-il placé au centre de l’arène : c’est là, sans doute, que l’on plaçait l’autel d’Hécate ou de Pluton, et plus souvent celui de Jupiter Latiaris, protecteur du Latium. Et sur cet autel , si l’on en croit Juste Lipse, qui a rassemblé à l’appui de ce fait des autorités imposantes, et qui fait autorité lui-meme (2), on immolait une victime humaine, un malheureux bestiarius , pour consacrer

I ouverture des jeux. Réminiscence atroce de l’origine de ces horribles spectacles ! le massacre n avait pas su s ennoblir en se déguisant en combat; le couteau du prêtre avait conservé sa part dans l’œuvre sanglante qu’il avait transmise à l’épée du gladiateur. Prêtres, sicaires, spectateurs, tout était à 1 unisson de cruauté et d’infamie; et l’on ne voit que les tigres et les lions, contre lesquels il n’y ait point lieu de s’indigner.

Il reste encore quelque chose de plus odieux, s’il est possible. En sortant de l’arène par la porte septentrionale, on trouve en face de soi une petite arcade en briques, précédée de deux colonnes ruinées : cette entrée conduit à un triclinium , représenté en plan et en élévation à la Jigure 5. Là, on offrait, à ceux qui allaient mourir, le prétendu repas libre , si vivement décrit et flétri si énergiquement par l’auteur des Martyrs (3). Youlait-on réconcilier les malheureux avec la vie, au moment où ils devaient la quitter? Youlait-on leur faire comprendre la vanité des plaisirs sensuels, en leur offrant ces délices alors qu’ils ne pouvaient en jouir, et quand pour eux le pain devait se changer en cendres, le vin en absinthe?... Dans le génie antique, si beau quand il est simple et vrai, on trouve quelquefois des raffinements hideux et des abîmes de perversité qui confondent à la fois le goût et la raison.

Nous avons dit que la plupart des peintures de la muraille de l’arène s’effacaient peu à peu.

II en est même qui ont disparu peu de temps après le déblaiement, et presque au premier

contact de l’air. M. le chevalier Arditi, directeur général des fouilles, a rendu un grand service à l’archéologie en faisant copier sur-le-champ, par le pinceau habile de M. Morelli, les plus intéressants de ces tableaux. Nous en reproduisons un à la planche figure 1. Un héraut, vêtu d’une

robe blanche, et sa baguette à la main, semble indiquer les lois d’un combat, ou décider un différend. Près de lui est le Tubicen qui fait entendre un signal. '

Et tuba commissos medio canit aggere ludos (4).

La forme de son instrument et son costume, ses espèces de jambières, l’armure de son bras gauche, offrent des particularités curieuses. L’un des deux combattants est seul sur la scène. Il a la jambière et le bouclier du mirmillon. Les autres personnages semblent des hérauts ou des appariteurs : celui-ci porte l’épée, celui-là le casque du gladiateur ; d’autres, tenant un bouclier rond, semblent attendre l’adversaire pour l’armer également : dans le lointain, de chaque côté, on aperçoit une Victoire. Certes, ce n’est point comme œuvre d’art que nous recom-

(0 Voyez ci-dessus, p. 80.

(2) De Amphitheatro, cap. IV.

(3) Cbâteaubriand, Martyrs, livre XXII. — M. Romanelli, p. 3o3, n’a vu dans ce repas que le festin funèbre, le silicernium, que l’on célébrait en l’honneur des gladiateurs d’un rang distingué qui succombaient dans l’arène. Nous ne saurions croire qu’un édifice fût construit exprès pour un si petit nombre de cas, et nous nous rangeons de l’avis de M. Bonducci , p. 197.

(4) a Et au milieu de l'arène* la trompette annonce les jeux commencés. » Virg. Æn., V, 1 13.

mandons cette peinture, mais comme offrant à l’archéologue un sujet de recherches et d’indue-

tions intéressantes. A

Les deux gladiateurs que représente la figure 2, sont tirés d une autre peinture u meme mui de l’amphithéâtre. L’un des deux est blessé au bras, et la lame de son épée s’est faussée : il fait le geste par lequel ceux qui se voyaient sur le point de succomber demandaient grâce au peuple. Son adversaire le presse et semble prêt à l’immoler, sans attendre que l’arrêt soit prononcé. Il y a du mouvement dans l’attitude de ce personnage. Le motif de cette peinture ressemble beaucoup à celui de plusieurs des bas-reliefs du tombeau de Scaurus, et c’est uniquement pour faire ressortir cette ressemblance que l'on a mis ici cette copie. Les peintres et sculpteurs décorateurs, comme les modeleurs, se répétaient-ils donc sans scrupule, et sans autre motif que celui de gagner du temps en employant des espèces de calques ou de pousifs; ou bien, y avait-il pour ces jeux funèbres, tenant de si près à la religion, quelques figures, quelques attitudes convenues et solennelles qu’il était de règle de reproduire dans toutes les occasions semblables? Nous pencherions assez vers cette dernière conjecture, qui nous parait dans le véritable esprit de lantiquité.

Nous avons terminé ce qui concerne les jeux publics des anciens, leur scène et leur amphithéâtre : un objet analogue resterait encore «à traiter; ce seraient les courses et les jeux du cirque. Mais le cirque de Pompéi, s’il en existait un, n’a point encore été découvert, et bien des années s’écouleront peut-être avant que les fouilles le rencontrent. Puisse le voyageur ou 1 artiste qui rendra compte de cette découverte, et qui publiera cette espèce de complément de notre Pompéi, plus heureux que l’architecte Mazois, vivre pour achever lui-même son ouvrage! Il saura lui donner ce caractère d’unité que nous nous sommes efforcé, peut-être en vain, de conserver au nôtre , à travers tant d’obstacles douloureux et de retards involontaires !

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