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RUINES DE VOMPEI

rait reculer d'horreur les jeunes premières de nos boulevards Parisiens, si elles se voyaient condamnées à cette élégance classique : un masque pour peindre les fureurs d'Oreste ou l'amour de la belle Hélène, un étroit maillot vert et des sandales, telle était la toilette de l'actrice à la mode qui ne ruinait pas aussi vite que chez nous les fils de famille. L'orchestre était non moins modeste; une double flûte, quelquefois une lyre accompagnaient les chants de neuf choristes qui défilaient toujours par trio composé d'un dessus, d'une basse et d'une taille.

Dans le théâtre antique, la toile, au lieu de se lever, s'abaissait sous terre; le souffleur y avait aussi son poste et une trappe s'ouvrait sous les pas des Furies, qui retournaient au noir empire.

Pour donner plus d'étendue à la voix de l'acteur un peu étouffée sous le masque, les anciens avaient eu recours à un moyen assez ingénieux. Sous les gradins, sur lesquels s'étageaient les spectateurs, on a retrouvé de vastes récipients de bronze pur et sonore, où venait frapper la voix qui partait de la scène et d'où elle se répercutait avec force. La mise en scène se formait de décors mobiles et de décors fixes; car le fond

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du théâtre, magnifiquement orné et rehaussé de marbres dorés, était invariable et pré- \ sentait trois portes. L'arcade du milieu, plus large que les portes latérales, était réservée aux dieux de l'Olympe et aux rois de la terre; les autres donnaient passage aux simples mortels. Le Grand-Théâtre de Pompéï pouvait contenir 25,000 spectateurs; aussi toutes les villes des environs y accouraient aux jours de représentations.

La population Pompéienne, messieurs, était avide de jeux publics; il faut reconnaître aussi, après examen des nombreuses affiches électorales qu'on a retrouvées sur les murailles de la ville, (car Pompéï fut engloutie en pleine crise électorale) que les candidats officiels ou officieux aspirant aux charges j)ubliques connaissaient à ravir le côté faible des électeurs et savaient en tirer ouvertement parti.

Ils ne se contentaient pas de promettre publiquement leur appui à ceux dont le suffrage leur serait favorable; vieux moyen de comédie qui n'est pas usé; mais ils offraient gratuitement et à titre gracieux dos combats de gladiateurs et des représentations théâtrales dont le succès et l'éclat décidaient des élections. Le fameux Blondin dont vous avez admiré récemment les exer-

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cices périlleux sur la vaste place des Quinconces eut été bien vite éclipsé à Pompéi. Au Grand-Théâtre, le plus fort équilibriste, dont une médaille du temps nous ait conservé le souvenir (et Niccpliore affirme un fait pareil) fut un éléphant qui dansait sur la corde portant une litière chargée d'hommes sur son dos. Pendant ce temps, de hardi& funambules, jouant de la lyre d'un pied, marchant sur l'autre, agitaient des deux mains des vases pleins d'une eau parfumée et de senteurs qu'ils répandaient en pluie bienfaisante sur les vêtements d'un public enthousiasmé.

Comment, après de parei'lles sensations, refuser sa voix au plus généreux des candidats !

L'Odéon communiquait avec le quartier des soldats, curieux bâtiment formant cour de cloître et soutenu par soixante-quatorze colonnes revêtues de stuc et teintes de vert, de jaune et de rouge. La colonnade est entourée de soixante cellules. D'après les inscriptions qui y sont gravées à la pointe du style, on a lieu de croire que c'était la demeure des gladiateurs; car ces inscriptions rappellent les fanfaronnades de nos lutteurs et hercules modernes. Sous les cendres, on a trouvé des armes artiste-

ment ornées, des casques, des bottines de bronze et une selle de cheval. Les parois - étaient décorées de trophées militaires; la cuisine était parfaitement conservée. Audessus de cette colonnade courait une galerie à balcon intérieur. Dans la prison de ce quartier, les fouilles ont mis à jour trois squelettes dont les jambes étaient encore assujetties à une échelle, instrument de torture qui condamnait le patient à rester toujours assis, en ne lui laissant que la liberté du haut du corps.

Cette caserne de gladiateurs nous conduit naturellement à l'amphithéâtre voisin, té- ^ moin de leurs exploits et de leur agonie. Il est situé à l'extrémité sud de la ville; on y arrive, en traversant un terrain vague respecté encore par les fouilles et en longeant les remparts intérieurs.

Cet immense amphithéâtre complètement déblayé porte la sanglante empreinte du paganisme : c*est ici, en présence de 40,000 spectateurs aussi cruels que les animaux sauvages (]iui y faisaient irruption, que les gladiateurs s'entr'égorgeaient soit à pied, soit à cheval. Le caprice du maître ou le faste d'un nouveau magistrat, qui voulait donner des fêtes à ses électeurs, dictait l'arrêt de mort d'hommes faits à leur image.

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Par une atroce dérision^ avant de marcher au supplice, les victimes marquées d'avance allaient s'asseoir à un dernier banquet : on rappelait le 7*epas d'homme libre. Mais la populace s'impatiente ; les arènes béantes appellent leurs proies; les galeries souterraines vomissent les lions amenés de l'Atlas. Celui qui va mourir, lutte , lutte encore, puis, en tombant, demande grâce : les patriciennes au cœur de roc l'insultent, quarante mille pouces se lèvent et se tournent en dedans; c'est le dernier arrêt de mort. L'homme épuisé ne lutte plus, et les bêtes féroces le déchirent à belles dents. Un employé du théâtre, habillé en Mercure, s'avance et brûle la victime d'un fer chaud. Elle est bien morte ! Alors, un esclave, à coups de croc, entraîne son frère en esclavage au charnier, où il ne tardera pas à le suivre à son tour.

Tels étaient, messieurs, les plaisirs délicats de la société païenne, et en plein XIX» siècle, certaines villes de France ne rougissent pas de désirer le retour des combats de taureaux, où hommes et botes doivent s'éventrer pour amuser le public!

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Maintenant, Messieurs, il nous reste à examiner la maison antique, c'est-à-dire à pénétrer dans la vie privée des Pompéiens; et vous y verrez le mince rôle réservé à la femme dans la société païenne. Comme vous le savez, la société païenne se composait d'une minorité d'hommes libres et d'une majorité d'esclaves. La femme n'était pas esclave, mais elle n'était pas libre ; reléguée à l'ombre du gynécée, elle y vivait en tutelle et elle n'a dû son émancipation qu'au Christianisme.

Pour s'en convaincre, on n'a qu'à visiter les maisons de Pompéï ; il sera facile de retrouver la place étroite et indigne d'elle qui lui y était réservée.

Retournons donc sur nos pas ; remontons au pôle nord de la ville, en franchissant à travers champs un quartier encore enseveli, pour revenir aux théâtres: là, prenons la rue de Stabie, qui marque la limite où les fouilles sont parvenues; à notre droite, commence un quartier récemment découvert.

Gagnons en haut la rue de la Fortune qui

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va aboutir à la rue et à la porte d'Herculanum. C'est ici la principale artère de communication : autour d'elle se groupent les maisons déblayées. Les attitudes des nombreux squelettes que la pioche a rencontrés, prouvent clairement que la population n'a pas eu le temps de s'échapper des quartiers les plus rapprochés du Vésuve. Près d'un pilier de portique, ona découvert trois femmes, dont l'une tenait encore un petit enlant serré dans ses bras crispés : ces victimes de l'éruption volcanique étaient couvertes de bijoux. Sans doute, dans leur fuite, suffoquées par une pluie de cendres, elles ont dû chercher un abri qui s'est changé en tombeau. Plus loin, c'est un vieil avare, qui succombe sous le poids de son trésor. L'étoffe de lin, qui contenait ses épargnes, a survécu intacte, et 410 monnaies d'or et d'argent, frappées aux effigies impériales, ont enrichi le musée des fouilles.

Dans la rue d'Herculanum existait un four public. Les travailleurs qui ont pénétré les premiers dans cet établissement, ont trouvé dans la gueule du four 81 pains rangés aussi régulièrement qu'ils avaient été disposés au mois d'août, an 63 après Jésus- Christ, par le pannetier pour l'heure de la cuisson : ces pains, intacts, noirs, légère-

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ment rassis, comme vous le pensez, étaient ronds, creux au centre et pesaient 304 grammes chacun. A cette époque-là, les boulangers avaient le respect du client poussé plus loin qu'aujourd'hui et se piquaient d'honneur dans leur fabrication : car les pains portent encore des caractères bien tracés, indiquant le poids et la nature de la farine; farine de pois chiches ou de froment. L'art de la meunerie était aussi primitif que les instruments employés pour la mouture ; ainsi l'attestent les quatre moulins installés en avant du four : une pierre convexe écrasait le blé sur une pierre concave et un àne, tournant sur un pavé circulaire, mettait cette meule en mouvement ; c'est l'enfance do la mécanique. Souvent l'esclave tenait lieu de la bete de charge destinée à ce travail ; ici, du moins, le patron semble avoir été plus humain; car, près d'un des moulins, on a relevé une mâchoire d'àne. Parmi les habitations urbaines de Pompéï, les plus curieuses sous le rapport de l'aménagement intérieur et de l'élégance de la construction, on peut citer la maison de Pansa et celle du poëte tragique dont j'ai déjà parlé en décrivant la mosaïque du chorège. Je n'entreprendrai pas une description générale ; il faut laisser au voya-

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geur le plaisir d'aller lui-même à la découverte quand il visitera les ruines de Pompéï ; d'ailleurs les guides connaissent à fond l'historique de chaque demeure, sa naissance, l'origine de son nom de fantaisie, enfin tous les incidents qui se rapportent aux diverses époques des fouilles: mais on ne peut parcourir ces quartiers solitaires sans être frappé du nombre d'élégantes fontaines de pierre, à têtes de lions, qui jadis ornaient les places et les voies publiques. Ruisseaux, cascades, nappes d*eau, c'était là le luxe dont ne pouvaient se passer les anciens ; ils avaient soif de fraîcheur, quand le sirocco se faisait sentir, et il y a plaisir à voir la charmante disposition intérieure de tous ces petits palais de marchands épicuriens. Pompéï était jadis un port de commerce et son plus riche citoyen était un gros négociant. Les architectes du j)ays possédaient tous les secrets de la ventilation; pas un petit couloir qui ne fût favorable à la libre circulation du plus léger souffle de la brise de mer, qui chaque soir s'élevait du golfe. Vous décrirai-je toutes les parties de la maison antique? non, l'énumération technique en serait trop longue et trop savante, et d'ailleurs la maison de Diomède, dont il sera question tout à l'heure, a été merveil-

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leusement reproduite à Paris sur l'avenue Montaigne, où plusieurs d'entre vous ont pu l'examiner dans tous ses détails. Je me bornerai donc à dire que presque toutes les habitations pompéiennes étaient construites sur le même plan et ornées dans le même style. D'ordinaire, elles se réduisaient à un rez-de-chaussée se divisant en quatre parlies. La façade donnait accès sur la rue par un péristyle dont le seuil était sous la surveillance d'un esclave portier; les peintures du temps le représentent vêtu d'une tunique verte retenue par une ceinture rouge, et passant son temps à vanner des pois chiches sur un bassin d'argent. En face de lui sommeillait un chien en imitation, faite de mosaïque, et connu par le fameux « cave canen. » On se demande si les anciens menacés aussi d'un impôt sur les chiens, n'avaient pas eu recours à cette combinaison artificielle, pour échapper à cette loi somp-

tuaire.

Du péristyle, on entrait dans une première cour carrée ornée d'une colonnade formant galerie couverte ; sur chaque face, s'ouvraient des salles de réception réservées aux clients et aux hôtes du seigneur du lieu. Au milieu de cette cour, murmurait un jet d'eau dans un bassin destiné à rece-

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voir les eaux pluviales, qui tombaient du toit, toujours construit en bois de sapin. Une seconde cour, édifiée sur le même modèle et entourée de chambres moins spacieuses et plus discrètes, était réservée aux femmes et aux enfants : passons rapidement devant le vencreura réservé aux amours des fiançailles, où s'effeuillaient les couronnes des époux et où se dénouait la ceinture consacrée. Plus loin, cette petite niche merveilleusement ornée, enrichie d'offrandes, qui renferme une statuette, c'est le larnrium, le sanctuaire des dieux lares qui veillent sur la maison. A travers une porte entr'ouverte, on aperçoit une salle de repos, plongée dans une demi-obscurité qui sied bien aux murailles décorées d'arabesques licencieuses ou galantes, rappelant les scènes un peu vives de la mythologie et des temps héroïques. Cette pièce ne reçoit pas de lumière de Textérieur : c'est une chambre à coucher avec son lit de marbre recouvert d'une épaisse draperie. Deux grands candélabres de bronze aux formes élancées, une petite lampe portative de métal oxydé, un brasier à anses garnies de tôtes de lion ciselées, un miroir lamé d'argent poli à col de cygne, un éventail de plume de paon, quelques aiguilles d'argent destinées à orner les

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cheveux, tel était le somptueux mobilier de l'élégante patricienne, dont la vie s'écoulait, à part quelques rares exceptions, dans l'amour des futilités, dans la recherche de la toilette et dans le soin de sa chevelure. Une boîte artistement travaillée qui contient des fioles j)leines jadis d'onguents et de parfums, est encore au pied du lit, déposée sur un tabouret pliant. Les Pompéiennes surtout auraient eu besoin d'entendre une harangue sur le luxe des femmes; mais, on peut se demander si M. Dupin les aurait plus rapiment converties que les demoiselles Benoiton. La véritable oasis de la maison, c'était le petit jardin, situé en arrière de la façade, tout peuplé de fleurs et d'oiseaux et dont la petite porte desortie laissait souvent échapper, la nuit, le maître du logis courant aux aventures. La patricienne, d'après les aveux des historiens du temps, se procurait quelquefois une double chef de cette porte amoureuse ; mais, avant de sortir, par pudeur elle se voilait le visage d'un petit capuchon crainte d'être reconnue par les débauchés qui troublaient les rues de Pompéï de leurs escapades nocturnes.

L'heure du triomphe pour la Pompéienne était le moment du repas du soir où elle venait s'étendre mollement sur le lit de bronze

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du Triclinium Plus elle s'était faite belle, plus elle faisait honneur à son époux et plaisir à l'ami de la maison qui avait toujours sa place au repas de famille ; le Triclinium a disparu depuis longtemps, mais 1 arai de la maison existe encore. Les esclaves empressés circulaient, les mains chargées de mets recherchés qui éclipseraient peut-être les menus du baron Brisse. La crôme d'amidon était alors un entremets fort goûte, comme, de nos jours les nids d'hirondelles chez les Chinois. Pendant l'été, le vin, qui se rafraîchissait en trarersant des cribles d'argent arrosés de neiges tombait ensuite dans les coupes des convives. A. la fin du festin les convives effeuillaient dans leurs coupes les fleurs de leurs couronnes qu'ils buvaient à longs traits.

bihere coronas.

Au milieu du Tnclinium, pendant que les clients faisaient leur cour, se pressaient les ombres qui ne mangeaient que l'ombre du dîner, lorsque les invités s'étaient tous rendus à la table du maître, sans laisser de vacance disponible ; les ombres étaient les surnuméraires du festin. Mais, pour calmer les soufirances de leur estomac, elles pouvaient recréer leurs yeux du spectacle des

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danseuses qui vêtues d'air tramé, étoffe du temps assez légère, accouraient bondissantes et formaient des groupes harmonieux.

Presque toutes les maisons de Pompéï étaient^ décorées de statues de marbre ou de bronze dues à des ciseaux célèbres. Taino a dit qu'une des grandes révolutions qui se sont produites dans l'histoire des peuples avait été causée par l'avènement du pantalon. A la vue de tous ces chefs-d'œuvre de statuaire trouvés à Pomp(yi comme dans le reste de l'Italie, on a le droit de se ranger de son avis. Car la beauté moderne au point de vue artistique, ne consiste plus que dans le visage; il n'est plus question du corps maladroitement emprisonné tandis que la sculpture antique saisissait la beauté partout où elle se révélait. Une tunique et une demi tunique, la sandale ou le cothurne, tel était le vêtement antique rehaussé par de magnifiques attitudes qui loin d'altérer les formes, permettait au marbre de reproduire le nu et cela sans choquer le bon goût. Traversons maintenant les arcades de la porte d'Herculanum : nous pénétrons dans le faubourg de Pompéï. Voici la maison d'un marchand de couleurs (elle a rendu 11 squelettes,) et celle du sculpteur dont l'atc-

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lier renfermait encore des statues ébauchées. C'est là qu'on a trouvé des ciseaux et des poinçons qui ont Tàgedes chefs-d'œuvre antiques et qu'on peut interroger au Musée de Naples. On avait longtemps discuté pour savoir si lesanciens connaissaient l'emploi et la fabrication du verre adapté aux fenêtres. On a retrouvé dans ce bas quartier plusieurs vitrages qui lèvent tous les doutes à cet égard. En outre, quelques instruments de chirurgie ramassés dans les déblais d'une boutique voisine où demeurait un barbierpharmacien ont donné lieu à de savantes dissertations de la faculté napolitaine. A cette époque reculée, il est prouvé qu'on ignorait l'usage des cheminées : mais on se servait de vases à anses, chargés de charbons allumés exactement pareils aux Sealdini que les restaurateurs ambulants portent aujourd'hui sur leur tète dans les rues de Naples.

Les Bordelais , Messieurs , sont à juste litre réputés pour la bonté de leurs vins et pour leur science dans l'art de les conserver. Mais ils auraient à s'étonner s'ils visitaient les caves des Pompéiens; ils y trouveraient de grandes amphores immobiles, supportées sur un pied profondément enfoncé en terre. C'est dans ces tonneaux déterre cuite que les

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riches négociants de cette petite capitale S^osaienUes généreux sucs des c» ^aux^^" Vésuve après les avoir fait cuire et enfumer. Les amphores qu'on a trouvées brisées con- Ïnaientdes rlidus rougeâtres. vieux de

''S:% aussi devant la maison du Gan nat Pompéien, qui s'entendait aussi bie^ a Ta éclame que les grands faiseurs de 1 Â- „,érique. Car, au-dessus de ^a bou^que J)" a découvert son enseigne ^embaumeur c'était un cadavre préparé. Sur la droite

PmnDéï oii s arrêtaient tous les \u:y«*6 fomptîi, uu o t* r'ûct ri ans ses vastes

Sifïr:nen:-î;ntLfcSa^^^ chars des riches citadins, ^rm^nt J leu s maisons de plaisance ; car les l^ticres ou chariots circulaient seuls dans les rues

'Yètibourg se termine par une des phis beU s voies q°ue nous offre l'antj^tej J une gracieuse P-^-^br s de viUas d'eau courante, >^«'-'i'^,\^^".f f J'sîtendait tun^srrrjX'dt^ïa^îu^^ôtédestrot-

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toirs, s'élèvent des monuments funéraires aussi gais que coquets, c'est le cimetière de Pompéï. Les peuples du Midi étaient épicuriens et l'idée de la mort leur était désagréable ; aussi embellissaient-ils tout ce qui pouvait évoquer un souvenir lugubre. Leurs cimetières se transformaient en véritables squîires, où se donnaient des banquets de famille en l'honneur des morts et où les enfants accouraient jouer aux osselets sur les pierres tombales à peine refermées. Les tombeaux de Pompéï bien conservés affectent mille formes élégantes; on aperçoit çà et là urnes et sarcophages. On voit encore ïuslrinum où se brûlaient les corps par mesure sanitaire, à laquelle, malgré les préjugés, les sociétés modernes seront sans doute obligées de revenir dans les grands centres.

Parmi toutes les inscriptions funéraires, je n'en citerai qu'une, qui m'a paru la plus t(juehante :

Il est un cénotaphe surmonté d'un marbre de grandeur naturelle, d'une blancheur restée éclatante, malgré les outrages de l'air. C'est l'image d'une jeune lille à demi-voilée, comme la pudeur antique. Sur le socle, se lit l'épi ta phe suivante :

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En Van est morte Cœcilia Metella,

jeune patricienne mariée de la veille, encore couronnée de fleurs.

N'y a-t-il pas, dans ces quelques mots, tout un roman d'espérances et de douleurs. Par la pensée, vous revoyez les amours du couple patricien, le cortège élégant des fian-çailles précédé des joueurs de flûte, suivi de la foule des clients et des esclaves semant des fleurs sur le chemin et versant des parfums sur les passants ; puis, au retour, la jeune mariée déjà mourante, disant adieu à ses rêves de 20 ans, son amant agenouillé à son chevet, prenant la tête de Cœcilia dans ses bras et promettant de riches sacrifices à Vénus, si sa bien-aimée survivait. N'est-ce pas charmant, l'idée de cette belle vierge, mariée de la veille, morte encore couronnée de fleurs? touchante idylle, dernier regret jeté sur la tombe par une main pieuse, au' milieu des sanglots des pleureuses.

A l'extréuiité de la voie des tombeaux, le voyageur est bien placé pour jeter un regard sur les campagnes où les Pompéiens s'adonnaient à la villégiature pendant la saison chaude. La plus remarquable, la plus complète, ([ue j'ai déjà nommée plus haut,

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c'est la villa de Diomède qui fut le théâtre d'un drame encore poignant pour le touriste qui en interroge les appartements. La maison de campagne de Diomède fut découverte en 1763; elle est dans un bel état de conservation. Les murailles, quoique lézardées en certains endroits, sont recouvertes de fresques ou d'arabesques où s'épanouissent des bouquets de fleurs, et d'où semblent s'envoler des oiseaux aux vives couleurs ou des déesses aux poses voluptueuses. Elle est vaste et bien distribuée. L'étage situé au niveau de la rue s'élevait au-dessus d'un rez-de-chaussée donnant accès sur un vaste jardin qui s'étageait en trois terrasses, au bord de la mer. Dans l'une des chambres à coucher , on a retrouvé des rideaux de porte garnis encore de leurs anneaux, des vases à parfums et des étoffes sous presse. La presse était employée chez les anciens pour conserver les nuances et la trame de leurs riches vêtements qu'ils tenaient à préserver des outrages de l'air. L*art de la serrurerie était encore dans l'enfance à cette époque : pourtant, les ornements extérieurs attenant aux portes sont assez bien ciselés. Lors des fouilles, on déterra 17 squelettes dans cette élégante villa. A la porte du jardin, les travailleurs trouvèrent , la face

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contre terre, le cadavre du maître du logis et celui de l'esclave dont il s'était fait suivre pour sauver ses richesses. Ils étaient tombés là, ensevelis tous deux sous la neige de cendres brillantes dont le ciel s'était obscurci le soir de la catastrophe. Diomède avait laissé derrière lui, sans s'en inquiéter, sa malheureuse famille qui crut échapper à l'éruption volcanique en se retirant dans les souterrains du rez-de-chaussée. La voûte en était épaisse : la mère, aidée de sa fille et de S(?s esclaves, y avait amassé des provisions et des amphores pleines de vin; mais la terrible nuit arriva, et, malgré l'épaisseur des murailles, la mort pénétra peu à peu avec la lave qui s'infiltrait à travers les fentes , montant toujours comme un flot brûlant. Un hasard miraculeux nous a conservé les formes de la fille de la maison qui devait être jeune et belle : elle était la seule vêtue d'étoffes précieuses. L'empreinte de sa gorge s'est retrouvée admirablement moulée dans la lave qui l'a conservée intacte jusqu'à nos jours, en reproduisant fidèlement les fils de la gaze transparente qui couvrait ses épaules. Cette empreinte, coulée en plâtre, est déposée au musée de Portici, où elle éveille l'admiration des curieux; car, jamais le beau idéal

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n*a ofîert de formes plus pures ni plus virginales. C'est là la dernière impression que le voyageur emporte en quittant la ville ^ morte de Pompéï.

Dans cette course à vol d'oiseau à travers les ruines de Pompéï, je n'ai pu, Messieurs, qu'esquisser légèrement les grandes lignes de cette civilisation païenne, qui a remué le monde entier, et dont chaque débris retrouvé nous révèle un secret du passé.

Cette petite ville a cessé de vivre comme, avant elle, les superbes capitales de Ninive et de Babylone. La vieille Rome, le berceau de la république et des empereurs, s'est efFacée à son tour. Un jour viendra fatalement où le monde nouveau, où les sociétés modernes et les grandes villes que vous habitez, disparaîtront aussi de la surface du globe ; mais du moins, si Paris ou Bordeaux subissait jamais le sort funeste de Pompéï et d'Herculanum, à défaut de monuments d'architecture aussi grandioses, vous laisseriez après vous des monuments de la pensée qui resteraient l'honneur du xix« siècle.

En remuant les cendres de Pompéï et des autres villes antiques, on retrouve partout le sceau du travail esclave, cette honte de l'antiquité, l'industrie encore dans l'enfance.

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Si on lavait le sable des arènes où les gladiateurs s'entregorgeaient pour mourir avec >-grâce devant un maître, on verrait reparaître les gouttes de sang versées pour le plaisir d'une aristocratie désœuvrée et d'une population avide du panem et circenses.

Mais sur le sol français, les archéologues futurs, qui fouilleront les ateliers où chaque jour vous pliez la matière, sous les efforts combinés de vos doigts et de votre pensée, ne retrouveront que le travail d'hommes libres.

En pénétrant dans vos maisons, au lieu d'y rencontrer des gynécées , ils auront sous /les yeux mille preuves que la femme mo- ^ derne, remise à sa viritable place par le Christianisme , c'est-à-dire à votre foyer domestique dont elle est l'appui comme la grâce, a été à la hauteur de sa mission sociale. Ils verront aussi, j'espère, que notre sang ne coulait plus que pour la défense des grandes causes, en un mot, que la femme de notre époque était digne d'être émancipée, commo l'homme était digne aussi de la liberté de penser et de travailler, les deux plus belles conquêtes des temps modernes.

Conlommior:». -- Typ. d? A. Moussin.

COLUMBIA UNIVERSITY LIBRARIES

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