LE NORD DOIT-IL PASSER AVANT, LE SUD
Est-il bien sûr que les dépenses pour les chemins du gouvernement devaient primer les dépenses pour les entreprises privées? Cela nous paraît être doublement faute. ‘1. faute contre la morale. 2. fauté contre Péconomie politique:
Sur quoi pouvait-on se bâser pour qu'entre deux engagements pris de la même manière, le gouvernement donnât la préférence à l’an plutôt qu’à l’autre ? Est ce que la signature de la Couronne ne garantit pas l’un comme l’autré? Que signifie, dans l’idée du lieutenant-gouverneur, le terme préfé-
rence, si ce n’est payer pour l’un et ne pas payer pour l’autre ?
Autrement il ny aurait pas de préférence possible: Nous. aimérions à conn:ître l’opiñion de notre Gracieuse Souve-
raine sw cetie proposition qu’elle doit violer sa parole. Et du reste, le voulut-elle qu’elle ne le pourrait pas. Il:y a des droits acquis. Les compagnies ont fait des transactions en vue de ces subsides. L'argent voté n'appartient pas au trésor ; il est à celui qui a rempli les conditions voulues pour. l'obtenir.. Refuser de payer un subside, autant vaudrait dire que le gouvernement a le droit de voler qui bon lui semble.
Au point de vue de l’économie politique, le lieutenant-gouverneur émet une énorme bévue. Le réseau des chemins de fer du sud est aussi important que celui des chemins de fer du nord, La quantité de milles que les subsides officiels ont mis en voie de corstruction Gans le sud est pour le moins aussi considérable que le nombre de milles construits par le gouvernement entre Québec et Ottawa, et il y a cette diffé. rence que chaque mille du sud create 73 p. 100 moins cher à la proyince. que ceux du nord. Ainsi, pour chaque mille piastres que le pays investit dans les chemins du sud la richesse publique augmente de quatre mille piastres, parce que l’industrie privée est obligé de suppléer à la différence, tandis que, dans Je nord, pour chaque mille piastres la fortune pu- blique,ne s'accroit que de mille piastres, Maintenant si l’argent disponible n’est pas en quantité suffisante, dira-t-on . qu’il sera plus sage de retrancher sur les entreprises privées que sur les entreprises officiellss ? Il y a une chose certaine, c’est que les entreprises privées n’ont que des moyens limités .et qu’elles tomberaient certainement si le pouvoir public qui devait les soutenir leur fait tout-à-coup défaut. Elles ne pourraient pas se pourvoir ailleurs ; tandis qu’un gouvernement pourra toujours trouver des ressources suffisantes pour compléter ses propres travaux. De sorte qu’en bonne morale comme en bonne politique, le lieutenant-gouverneur aurait dû plutôt recommander à son cabinet de secourir d’abord les entreprises privées.