La permission de produire les documents
Et le Lt.-Gotverneur y consentit. Du moius, n'ayant pas nié cette conversation, il est censé en admettre l'exactitude. Que veut dire son document du 4 mars, si ce n’est :
lo. Qu'il revient sur la parole donnée ;
20. Qu'il lui retire le droit de produire les documents pour un certain temps.
Comme il n’y est pas question d'explications, M. DeBoucherville restait avec cette partie de la permission dont il aurait pu se servir en tout temps. Les documents du 4 mars ne limitent donc pas les explications à donner.
Voilà pour le fait, Quant à l'intention, telle qu’exprimée dans le mémoire du Lt.-Gouverneur, elle est asroce. S'il prétendait refuser au cabinet DeBoucherville le droit de dire un mot au delà des documents mentionnés, il méditait le plus grand déni de justice et la plus grande lâcheté qui se soient vus. Non-seulement il le précipitait sans raison du pouvoir; mais il lui refusait encore le droit de se disculper devant le public. Voilà de la tyrannie, on nous n'y comprenons plus rien. La permission de s’expliquer n'est jamais refusée à un ministère déchu.
D'ailleurs, qu’on relise le mémoire de l'Hon. M. Angers. Il ne divulgue rien dont il ne soit pas question dans les documents. Le mémoire ne fait que commenter les docurnents; c’est un factum sur des faits connus. Qu'il mette le Lt.-Gouverneur dans son tort ou non, qu’il le mette en contradiction avec lui-même ou non, peu importe : il n’y a pas de secrets dans cela. Nous défions qui que ce soit de nous désigner un seul passage qui mette au jour des faits ou des conversations non divulgués par les documents,
Dès lors. le prétexte manque au Lt.-Gouverneur pour justifier ses propres indiscrétions. Il a mauvaise grâce de se plaindre de lindiscrétion de ses ex-ministres, quand il fait dix fois pire. Est-il justifiable de faire connaître des faits, des conversations et des documents qui n’ont jamais été en cause dans la crise du ? mars et qui n’ont aucun rapport avec le bill des taxes et des chemins de fer ?
Il nous semble que si quelqu'un a limité son droit de commettre des indiscrétiuns C’est bien le Lt.-Gouverneur dans sa lettre du ler mars. Après y avoir énuméré ses griefs, il les résume en leur disant: ‘C’est pour ces causes que je vous renvoie.”
Et maintenant voilà que c’est pour d’autres causes! Le Lt.. Gouverneur a:t il senti la faiblesse de sa position et compris que ses premières raisons ont été pesées par le public et qu’elles n’ont pas eu le poids? Il est impossible d’assigner . un autre motif à son changement de tactique. Si l’acte du Lt-Gouverneur était parfaitement justifié par les documents du 25 février et ler de mars, il n’avait pas besoin de gâter sa cause par des indiscrétions de mauvais goût. Rien ne motivait la production de documents qui n’étaiert pas en cause sur des sujets dont personne n'avait parlé. Ces démarches sont plus que suspectes aux yeux des autorités constitutionnelles. Un homme honorable qui représenterait son sou-
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verain n'aimerait pas à se faire appliqu?r ces paroles du duc de Cumberland :
La lettre en question, en suppisant qu'elle existe, était de la nature d'une communication confidentielle entre le Roi et son ministre el n'est pas évidemment un document qu'on peul produire. C’est une espèce de communic'tion que même de gentilhomme à gentilhomme, l'on ne doit jamais produire comm? drcument publie. (Motion retirée.—Mirror of Parliament 1831-32, » 2135.)
Il s'agissait d'üne lettre que Guillanme IV avait laissée transpirer. Comme on le voit, les rois comme les sujets sont tenus au secret ds communications confidentielles.
Hormis que l’'Hon. M. Leteller préfère la citation suivante :
Le ComTE GREY.—J> répète qua c'était une lettre confidentielle ne devant être communiquée qu'aux ministres de S1 Majesté; elle n'a pu être produite que par un abus de confiance des plus fourbes el des p'us scanda- Jeux. (Mirror of Parliament, 1834. p. 1446.)
Après avoir lu le dernier mémoire du Lt.-Gouverneur, nous ne sommes pas capable de dire que nous ne pensons pas sur sa manière d'agir autrement que le Duc de Cumberland et le comte Grey sur certains agissements de leur temps.
III Un mot nous a frappé au commencement du dernier mémoire : ‘En ce qui concerne mes rapports officiels avec M. le Premier, j'ai presqu’invariablement éprouvé que je ne possédais pas, de sa part, cette confiance entière qui est le principal! élément des bonnes relations entre le représentant de la Couronne et ses aviseurs®” En arrivant au bout du document, on ne peut s’empècher de dire de l’'Hon. M. De Boucherville : ‘ En voilà un qui connaissait son homme : si jamais ministre fut justifiahle de manquer de confiance en son souverain, C’est bien lui.”
Mais ce que le public ne sait pas, c'est que cette méfiance contre le Lt.-Gouverneur n’était que trop motivée. Aucun des ex-ministres ne nous en a parlé ; mais il est de notoriété publique à Québec que le cabinet ne pouvait tenir ses délibérations secrètes. Le gouvernement était obligé de cacher aussi longtemps qu’il le pouvait au Lt. Gouverneur ses décisions et ses ordres en conseil, parce que, aussitôt que ces documents étaient arrivés à Spencer Wood, leur contenu allait assez régulièrement aux oreilles du public. Nous disons cela sans crainte d’être contrecarré ni inquiété pour faux rapports.
Mais il y a plus. La conduite, les paroles et les suggestions du lieutenant-gouverneur, dans son commerce habituel avec ses ministres, n'étaient pas de uature à créer des sympathies.
Le public ne sait pas que lorsque ses ministres étaient favorisés de ses politesses et que, mème à table dans les dîners officiels, ils étaient condamnés à entendre les remarques les plus saugrenues, les sorties les plus virulentes, les conversations les plus déplacées contre une classe d'hommes aussi respectables que respectés, —les prètres du Bas-Canada. Ce qui sortait alors de ia bouche de Son Excellence ne faisait point l'éloge du cœur qui l’inspirait et il n’était guère possible pour les ministres conservateurs de donner leur confiance à un homme posant surtout et partout comme libéral avancé. Sans compter qu'en sa qualité d’ex-chef libéral, sorti récemment du gouvernement MacKenzie, le lieutenant-gouverneur voulait imposer aux ministres de Québec les vues du parti opposé, telle que l'abolition du Conseil Législatif.
IV. Maintenant, est-il bien vrai que l’ancien gouvernement a agi sans la permission du Lt. Gouverneur ? Voici le texte des. documents à Ce sujet :
Maintenant, je prie Votre Excellence de remarquer que pendant qu'Elle: était à la Rivière Ouelle, j'eus l’nonneur de lui demander son autorisation pour mettre la question des finances devant les chambres et qu’elle enverral un blanc par lu poste, ce que je pris dans le temps pour une grande marque de eonfiance de sa part. Je reçus, en efei, un blanc avec votresignature que je remis au Trésorier qui le fit remplir par votre aide-decamp. Prus lurd, J'eus l'honneur de pEmaxDeR à Votre Excelleuce une AUTORISATION GÉNÉRALE pour soumettre à la Chambre les mesures concernant les questions d'argent, ce que Votre Excellence m'accorpa avec sa bienveillance ordinaire, Cette permission, du reste, m'a toujours été accordée par votre prédécesseur le regretté M. Caron. Je dois avouer qu'avec cette autorisation et la conviction où j'étais que Votre Excellence avait lu le discours du Trésorier dans lequel il annonçait les taxes proposées plus tard, je me suis cru en droit de dire à mes collègues que j'avais votre permission pour toutes les questions d'argent.
Je prie Votre Excellence de croire que je n'ai jamais eu l'intention de m'arroger le droit de faire pas er des mesures saus avoir son approbation et que, dans la circonstance actuelle, ayant eu occasion de parler avec Elle de la loi concernant le chemin de fer provincial el n'ayant pas recu l'ordre de la suspendre, je n’ai pas cru que Votre Excellence verrait dans cette mesure aucune intention de méconnaitre ses prérogatives que personne plus que moi n’est disposé à respecter et à soutenir.
Veuillez agréer, etc., (Signé.) C.B. D:BOUCHERVILEE,
Résumons :
1o. Un bianc seing, c'est-à-dire carte blanche pour les questions financières ;