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Reschid -Pacha , ministre des affaires étrangères, monta sur une estrade et lut cet acte , qui fera époque dans les annales ottomanes. A tous les sujets de l'empire, quelle que soit leur religion , le hattischériff assure une sécurité parfaite quant à leur vie et à leur fortune; il règle d'une manière équitable la répartition de Timpôt , le recrutement, la durée du service sous les drapeaux; il abolit le monopole et la vénalité des charges; décrète que la justice sera publiquement rendue, et détruit les obstacles qui entravaient la libre transmission de la propriété.
Ce grand acte a été suivi d'une série de règlements qui ont continué l'œuvre réformatrice.
Abdul'Medjid, trente et unième souverain de la famille d'Osman , et vingt-huitième depuis la prise de Constantinople, est âgé de 31 ans et 8 mois; il paraît un peu plus vieux. Il est mince, élancé , d'une figure longue et pâle; ses yeux sont grands et noirs, mais souvent demi-clos; ses lèvres sont épaisses et il a le visage marqué de petite vérole. Sa physionomie douce et bienveillante est empreinte d'une vague et profonde tristesse. Sa tête penche sur l'épaule comme si un trop lourd fardeau courbait son front. On dit que sa mère , la Validé sultane, esclave géorgienne donnée en cadeau à Mahmoud par sa sœur la sultane Esmée, avait livré le jeune prince aux voluptés énervantes du sérail, en attisant le feu de ses passions , afin de prolonger la minorité intellectuelle de son fils et sa propre domination. La Validé sultane est morte récemment, et son fils l'a pleurée.
En toute chose Abdul-Medjid a une grande simplicité; il porte le costume européen en usage depuis la réforme. Contrairement à la coutume des despotes orientaux qui demeuraient invisibles au fond de leur palais , il aime à se montrer au peuple. Souvent il parcourt les promenades dans un cabriolet attelé de deux chevaux en flèche qu'il conduit lui-même avec beaucoup d'habileté.
Si, conmie tout le fait présumer, la guerre recommence sérieusement au printemps prochain, nous verrons Abdul-Medjid à la tête de ses troupes, et nous saurons s'il possède les qualités guerrières.
Terminons en donnant la nomenclature des forces qui composent la garnison de Constantinople, et qui sont placées sous les ordres immédiats du sultan, secondé par Méhémed -Pacha, commandant particulier de la garde.
10 bataillons de la garde, dont 1 de chasseurs nouvellement formé.
10 bataillons d'infanterie de ligne.
9 bataillons d'ouvriers de toutes espèces, armés et faisant le service.
5 régiments de cavalerie , dont 2 de la garde.
8 batteries d'artillerie de la garde; 6 batteries d'artillerie de la me.
2 régiments d artillerie de réserve.
5 bat^ijlons d'infanterie de marine spécialement destinés au service de l'arsenal.
15,0d0cavass, ou gendarmes à pied. t . r . . -i
3"régiments d'artillerie de côte, à leur poste, de chaque c6té du Bosphore, depuis la pointe du sérail jusqu'aux deraièrea baHeries de la mer Noire. . .
Enfin, plusieurs compagnies d'ouvriers d'artillerie* et un vaste dépôt pour les régiments en campagne.
Au moment de mettre sous presse, nous lisQns.dans-.le J^ ^iMfa pT . du 12 décembre une note ainsi conçue :
Le gouvernement a reçu sous la date de Vienne, le 11 déceiDb»ft,.> la dépêche télégraphique suivante : , . . .
« Le 30 novembre, Tamiral russe Nachimoff, à la tête de six vw* seaux de ligne, a forcé l'entrée de la rade de Sinope et détruit .en une. heure de combat sept frégates, deux corvettes^ un bateau à vapeur §\ trois transports. La frégate la moins endommagée, que les Russes fiPr . menaient à Sébastopol , a dû être abandonnée à la mer, et O^HM-r- Pacha avec sa suite transporté sur le vaisseau aniiral. C'est un ^d^ 4^ camp du prince Menschikoff qui a apporté la nouvelle le 5 décembre à Odessa, d'oii elle est parvenue ici par le télégraphe. £^e esjt<HMlflr'* . mée par Bucharest. »
Quoique malheureuse pour les Turos, dit M.. Charles $lpbiyerrj»^tt0 affaire n'a pas la portée qu*on pourrait lui attribuer^ , . ^, y , u '
Sinope, autrefois le principal établissement naval de la Turquie, a perdu aujourd'hui son importance , les chantiers et les ateliers de construction de la flotte ottomane ayant été presque entièrement transportés à Constantinople et renfermés dans l'arsenal. La rade de Sinope n'est défendue que par des ouyrc^es peu importants et qui so composent d'une batterie de terre placée à la presqu'île de Boze-Tépé et d'un petit fort situé plus à l'intérieur. Il paraît que les bâtiments turcs étaient à l'ancre dans la rade, oii ils avaient cherché un refuge.
On conçoit dès lors que six vaisseaux de ligne, réunissant un total d'environ 650 bouches à feu, ont dû facilement pénétrer dans cette rade, qui est ouverte, et, en se plaçant à portée des bâtiments turcs, qui ne présentaient pas un total de plus de 100 canons, les écraser de leur artillerie, malgré le courage des marins turcs.
En marine, la force des vaisseaux et la puissance de l'artillerie sont
décisives, surtout vis-à-vis de bâtiments de guerre aussi faibles que les navires turcs, et qui, se trouvant acculés dans une rade, ne pouvaient profiter des chances qu'offrent la mer et le vent.
Le gouvernement avait reçu l'avis officiel que la ville d'Akhiska, sur la frontière de l'Arménie russe, assiégée pendant plusieurs jours par les troupes d'Abdi -Pacha, avait succombé et était au pouvoir des Turcs. On considérait ce succès comme très-important, Akhiska étant une ville du premier ordre. Après cette nouvelle victoire, Abdi-Pacha s'était mis en marche pour Tiflis, oii il espérait rencontrer la division de l'armée de Batoum sous les ordres de Sélim-Pacha. A moins de froids très-vifs que l'on ne prévoyait pas à la date des dernières nouvelles d' Akhiska, ce mouvement devait complètement réussir. On attendait au reste, d'un iour à l'autre, de nouveaux courriers.
Les pluies, qui depuis quelque temps n'ont pas discontinué du côté du Danube, ont rendu impossibles les opérations militaires, tant de la part des Russes que de celle des Turcs. On parle cependant beau* coup de nombreux renforts arrivés au prince GortschakofF et d'ordres très-sévères de l'empereur de reprendre l'offensive et de venger coûte que coûte les échecs de Kalafat et d'Oltenitza. Mais les obstacles matériels sont plus forts que la volonté du tzar, et il y a une impossibilité absolue pour la cavalerie, aussi bien que pour l'infanterie, de marcher dans des terrains couverts d'eau et de plusieurs pieds de boue.
La Porte venait de donner sa réponse à l'ambassadeur d'Angleterre au sujet de la note qu'il lui avait soumise et qu'il appuyait de toute son influence. Cette réponse était un refus péremptoire de faire de nouvelles concessions et de se prêter à aucune négociation ultérieure tant que les troupes russes n'auraient pas évacué les principautési. On disait même que la Porte demandait le remboursement de ses frais de guerre.
Par ce qui précède, on voit que l'affaire d'Orient n'est pas terminée et que de nouvelles hostilités sont imminentes.