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ELEMENTS D’ANALYSE MUSICALE
1. Le principe de dissymétrie et la musique. — Nous avons pensé à essayer le principe de Curie à la musique, en partant de la remarque suivante :
La musique crée en nous une double agitation. Une certaine agitation est provoquée par la musique, mais elle ne se calme pas finalement. Après avoir entendu de la musique, nous sommes en général plus éveillés, plus animés.
Une certaine autre agitation commence avec la musique, ou s'organise avec la musique, pour se calmer avec elle. Le début d’une sonate vraiment vivante, crée un penchant à en entendre tout, jusqu’à la fin. Si ce penchant n’est pas satisfait, il reste en nous une agitation désagréable, d’un autre ordre que ceile observée tout à l’heure. Pour faire disparaître celle-ci, il suffit de nous donner le reste du morceau. Cette agi-
1. La lecture préalable de notre Introduction ü une connaissance scientifique des faits musicaux serait très utile. Ce chapitre en @éveloppe certains points, tout en résumant les autres suivant"les nécessités du présent ouvrage. On pourra d’ailleurs, si l’on s'intéresse plus spécialement au rythme du français, ou du grec, remettre à plus tard la lecture approfondie de ce chapitre. S’il est préférable, en effet, et nécessaire pour Ia découverte, d’étudier à partir de la musique les grandes lignes du domaine sonore; un lecteur à qui une autre zone de ce &omaine serait plus familière, préférera se reporter aussitôt a cette zone.
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tation est une des mesures de la musicalité des gens. Un vrai musicien ne peut pas, comme bien des élèves de piano, commencer un morceau et s’interrompre au milieu, pour aller prendre une tasse de thé. Pour une nature fortement musicale, un morceau commencé est un morceau qui, impérieusement, doit se finir. Il a créé une agitation qu’il doit ramener au repos; ou alors elle : reste en nous, très désagréable, comme les restes d’une colère qui n’a pu se satisfaire, comme certaines, sources d'énergie auxquelles on a brusquement refusé le domaine où elles devaient s'épanouir, et qui restent en nous, gênantes, presque semblables à une maladie.
Ces deux ordres d’agitation sont très différents. Le premier n’est pas proprement musical. Cette agitation que la musique engendre, mais ne calme pas, serait tout aussi bien produite par un peu de caféine, ou par quelque travail intense de l’esprit. Qu'on ait, tard dans la soirée, dirigé une symphonie, ou recherché activement les propriétés d’une fonction, ou bu une tasse de café, ou simplement causé avec trop d’animation, l'effet d’agitation et d’insomnie peut être le même. Cet effet n’est pas proprement musical.
Il n’est pas en contradiction avec l’effet précédent, d’apaisement presque magique, qui permet d’oublier dans la musique toutes ses inquiétudes, de venir y chercher une paix d’un ordre supérieur. La musique crée des types d’agitation pour lesquels bientôt elle nous fait oublier les nôtres. Une fois captés par elle, elle nous dirige alors par ses chemins vers sa paix
SYAAREE
LE PRINCIPE DE DISSYMÉTRIE propre; cette paix qui n’existerait pas si l'audition restait interrompue; cet apaisement, ce sommeil des inquiétudes, ces délices de l'équilibre; qui n’impliquent pas le sommeil en nous de la vie de l'esprit.
C’est en pensant à cette agitation proprement musicale, qui fait en général de la musique quelque chose qui ouvre et puis referme, que nous avons rapproché ces phénomènes de la loi de Curie.
L’auditeur apparaît comme un système physique, contenant certaines énergies désordonnées. La musique qui commence crée en nous d’autres énergies, auxquelles les précédentes peu à peu s’agrègent, viennent renforcer les musicales. La musique qui finit ramène au repos les énergies créées par elle. Le plus souvent, elle entraîne dans ce repos la plupart des énergies d’origine étrangère, qu’elle a captées et entraînées avec elle.
En nous reportant au principe énoncé plus haut :
Cette quiétude spéciale, purement musicale, transcendante à la lourdeur d’esprit ou au sommeil; ce repos que produit la musique vient de la fermeture, en symétries, de dissymétries ouvertes ailleurs.
La musique qui commence crée des dissymétries. La musique qui se développe essaie de nous entraîner tout entiers suivant ses lignes, essaie de capter toutes nos énergies désordonnées, et en renforcer les énergies qui lui sont dues à elle. La musique qui finit referme en symétries les dissymétries qu’elle a créées. Elle ramène au repos musical l'agitation musicale qu’elle a
ne. Le
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créée; avec elle, elle ramène également au repos musical bien de nos énergies qu’elle a captées en route.
2. Le rôle du temps : symétries dans la durée et non symétrie dans l’espace. — La musique est éminemment et réellement un phénomène qui se déroule dans le temps, qui a de ces phénomènes le caractère dirréversibilité.
On fait parfois de la « musique pour les yeux »; de la musique écrite et lue, non de la musique entendue. Néanmoins, il en est rarement ainsi. C’est par l'oreille, qui ne retourne guère sur ses pas, que la musique nous pénètre. Celui qui écrit, quelque maître qu’il soit de la musique écrite, et des combinaisons contrapunctiques; s’il est un grand maître, il fera comme le sculpteur qui sculpte une frise de près, et la voit de loin : il écrira localement, et dans l’espace; mais il pensera sa musique, se développant dans le temps, sonore et entendue.
Le principe de Curie demande des symétries. Mais où? Non là où le phénomène n’est pas, dans un espace fictif où on le projette. Mais dans l’espace réel où il se déroule, appelé communément le temps, appelé la durée par la critique bergsonienne : on dirait volontiers « dans l’espace physiologique ».
Dans l’espace, nous n’aurons donc que la projection, déformée, des symétries que la loi prévoit dans le temps. On serait tenté de penser que cette déformation mesurerait la différence qu'il y a entre l’espace, et « l'espace physiologique ». On constate en