‹ Les Rythmes: comme introduction physique à l'esthétique, Nouvelles méthodes d'analyse et leur application à la musique, aux rythmes du français et aux mètres doriensChapitre 21 sur 91 · RÔLE DU TEMPS · texte numérisé non relu

RÔLE DU TEMPS

architectural est réversible : après avoir lu une façade en la parcourant des yeux de gauche à droite, on peut la relire de la droite vers la gauche. De toute façon, on peut s'arrêter dans sa lecture, osciller dans les deux sens sur un certain point. Les symétries prévues par le principe doivent, par raison de symétrie dirait-on, être exactes au sens ordinaire, spatial.

On s’aperçoit alors que les textes littéraires suivent plutôt l'architecture que la musique. Eux aussi sont spatiaux, car eux aussi sont d’une certaine façon réversibles. On les relit, on s’arrête et reprend, et, la lecture finie, on les regarde sur la page un peu comme on regarderait de la matière. Les vers doivent être égaux, et même leurs rimes offrir le même dessin pour les yeux. Les maîtres de rhétorique enseignent de faire des alinéa qui s’équilibrent, et cette discipline devient habitude, puis principe profond d'esthétique. Certes, s’il s'agissait d’une parole éloquente, d’un mouvement violent, très éloigné de tout matériel d’écriture, on pourrait s'attendre à voir apparaître, au moins dans les lignes maîtresses de la charpente, des symétries déformées comme celles de la musique. En général, et localement, ce sont des symétries exactes que nous constatons, comme en architecture.

Cette traduction des idées de temps et d’espace en idées d’irréversible et de réversible, aboutit comme on voit à rapprocher l’architecture de la poésie parlée, et d’autre part la musique de la danse. Il y a d’ailleurs, dans la musique, des phénomènes à rapprocher du premier groupe : par exemple la musique pour les

LES STRUCTURES NUMÉRIQUES DANS LE DOMAINE DES SONS

yeux, les symétries exactes souvent observées en contrepoint. D’autre part, nous venons de rapprocher, de . la musique et de la danse, les mouvements de paroles qui s’éloigneraient considérablement de toute discipline d’écriture.

Ces quelques remarques montrent en quoi le domaine des rythmes sonores est un, et en quoi il cesse d’avoir cette unité. Pour la retrouver, et envisager le problème synthétiquement, on voit que l'étude des rythmes étendue à la musique et à tous les rythmes parlés, représente en réalité une très regrettable limitation. De toute façon, s’il est difficile d’étudier l’ensemble du domaine des rythmes, au moins l’idée de son unité ne doit pas nous quitter. D'ailleurs, précisément parce que le domaine sonore, parfois se scinde en régions qui vont rejoindre, l’une la danse, l’autre les arts plastiques, et cela de façon différente, on peut espérer qu’une étude systématique du domaine sonore puisse être une introduction à tous les autres. Nous l'avons même vérifié en quelque sorte, en extrayant du domaine sonore les généralités des chapitres précédents.

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