‹ Les Sablons (l'Ile de Sable) et l'Ile Saint-Barnabé (volume 2)Chapitre 1 sur 15 · BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

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EELIGIEUSE ET NATIONALE

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Enregistré, oonformément à Tacto du parlement du Canada, en l'année 1885, par Jotiph GharUi Taohit au bureau du mlnittre de l'Agriculture.

LBS SABLONS.

(Ilb de Sabli.)

Lft Budn de 74horrah. ... ne dépos»

daat im«]iiUiA6 remplit d'ottemenU..., .*

nmedli:— FUtdePhomme, penfMHt« '

qu» «M M puiatant MilTrer Je xé* pondto : ^ S«ig&tiir Dira) toub •»▼••.

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PBOLO0U£

A Tépoque des navigations du seizième siècle autour des côtes de rAmérique du Nord, Tîle de Sable s'appelait *'Sablon" ou " Les Sablons ". Dans le rapport de Texpédition de Sir Humphrey Odlbert, \

dont il sera parlé ci-après, on lit:'— "Sablon gît >au large du Oai>-Breton, environ 26 lieues." Dans le mémoire de . ' Eicbard Olarke, Tun des pilotes de la ^ | même expédition, on fleât mention de cet ; endroit, en se servant des termes sui- > vants: -*'' L'île de Sablon ou Tile de Sable". : .

6 LB8 8ÀBL01C8.

O'est un point à i>eme perceptible dans rimmensité de TOcéan que cet étroit îlot.

A quelques lieues seulement de distance, il demeure caché sous Thorizon. Quand, de

1>lus près, on le découvre, se profilant sur *azur du ciel, au-dessus du niveau de la mer, il ressemble à Tun de ces bancs de brume qui surgissent de Tonde, pour se dissiper bientôt.

Malgré cette apparente insignifiance, l'île de Sable est un endroit célèbre, si md affermie qu'elle soit sur ses assises mouvantes. La réalité et la fiction, l'histoire et la légende l'ont consacrée terre classique des sombres catastrophes, des colonisations singulières et des apparitions merveiUeuses.

Parfois brûlée par le soleil et les reflets ardents d'une mer calme et lisse comme un miroir, fréquemment enveloppée de brouillards, souvent inondée de pluies torrentielles, d'ordinaire battue des vents et des tempêtes, cette île, étrange par sa position, par sa structure, par sa forme, et non moins étrange par ses annales, se présente à l'idée du penseur, de l'historien, du poète, du conteur, avec le prestige d'une poésie sauvage et saisissante.

Nulle plage d'éffâe étendue n'a vu tant de naufrages et de sinistres. — C'est l'Os* suaire de l'Atlantique ! — Sa pensée rappelle la vallée des os de la vision d'Ezé*

ehiel : '' Et il y en avait beaucoup dans cette plaine," dit le prophète.

Plusieurs écrivains des trois derniers siècles se sont occupés de Tile de Sable.

Bemontant aux époques antérieures, on a cru trouver une allusion à cet atterrage dans les Sagas des Scandinaves : il y est dit que Biam Hériulfsen, l'islandais, étant à la recherche de son père Hériulf parti pour coloniser le Q-roênland, en l'an 986, fat dévoyé vers le sud par des vents continus soufflant du nord ; ainsi poussé, il eut successivement connaissance de terres inconnues, sans aucun doute la Helluland

Serre des pierres plates), Terreneuve, la arkland (Terre des bois), TAcadie, et enfin d'une terre de sables, qu'on suppose être les Sablons.

Les sources de ce <][u'on peut appeler,

{>ar comparaison, l'histoire ancienne de 'île de Sable, se trouvent dans les écrits

et collections de Thévet, d'Hakluyt, de Ohamplain, de Lescarbot, de Bergeron, de Winthrop, de Sagard, de Jean de Laôi, de Leclercq, de Oharlevoix et autres.

Les lettres patentes de colonisation, émanées par les rois deFrance,Françoispf et Henri I Y, font mention spéciale de cette île, comme l'un des objectifs des entre* prises qu'on voulait autoriser ; on y lit : — *^ Sur les aviz donnez que aux isles et pais ^ de Canada, Isle de Sable, Terresneuves

** et antres adjacentes, pais très fertiles et ^ abondans en tontes sortes de commodi tez, " il y avait plnsienrs sortes de penples bien ^ formez de ^rps et de membres et bien *' disposez d'esprit et d'entendement, qui " vivent sans aucune connaissance de ** Dieu... poussé d'un zèle et affection de ** l'exaltation du nom chrétien... donné ''pouvoir... pour la conquête des dits ♦• pais..."

Les archives conservées à Bouen, contiennent aussi d'intéressants détails se rattachant à cette île. M. P. E. Gbsselin en a publié d'importants extraits, en 1876, dans son ouvrage intitulé : — " Documents *' authentiques et inédits pour servir à *' l'histoire de la Marine Normande et du " Oommerce Eouennais, pendant les XYI« *• et XVIP siècles."

Les renseignements qui concernent les années plus voisines de nous, et le temps présent, sont contenus dans les documents officiels de la province de la Nouvelle- Ecosse et dans les rapports annuels du ministre de la marine. Pour ce qui a trait à l'histoire anecdotique et légendaire, il faut avoir recours aux traditions acadiexmes et néo-écossaises. Il est essentiel encore de consulter les ouvrages de M.

Haliburton et le charmant opuscule intitulé " Sable Is/and " de MJULDrililBis d'HalifiBLX. M. W. Smith:r^puté-ministre

de la marine, a aussi publié, clans le " NauticcU Magazine " de LonchN>s (18t8), un intéressant article sur le sujt^u

La carte hydrographique de ces paraçes a été dressée à Tamiraulé anc^laise, sur les données fournies par les omciers de l'exploration connue, dans le monde géographique, sous le nom de " Otdf Survey'^ Cette exploration, montée sur les petits bâtiments la Oulnair et la Columbia, a été diric^ée successivement par MM. Orlebar, Bayneld et Shortland.

>^armi les cartes géographiques, comparativement anciennes, que Ton possède de cette île, il suffit d'en mentionner deux, savoir: celle' qui se trouve dans un recueil anglais connu sous le nom de Nep^ tune atlaSy et une carte française sans date et sans autre indication que le numéro 21.

Oette feuille, dont il sera tiré parti ciaprès, doit appartenir à une collection quelconque, ou à quelque ouvrage, dont la recherche serait peut-être facile, avec du temps ; elle était isolément en vente chez un libraire de Paris cette année même, 1884; elle est maintenant déi>osëe à la bibliothèque de l'université Laval, à Québec.

Le recueil anglais intitulé '^ Atlantic Neptune " est un atlas illustré contenant des cartes des côtes du golfe Saint-Laurent, deTerreneuve, du Nouveau-Brunswiok,

de la Nouvelle-Ecosse et des îles qui en dépendent. Oet ouvraffe, devenu très rare, peut être consulté à Ottaoua, aux archives historiques du département de Tagriculture qui en possèdent un exemplaire.

L'auteur, Joseph F. W. Des Barres, connu sous le nom de colonel Des Barres, a été gouverneur du cap-Breton de 1788 à 178*7 ; c'est avant d'avoir été appelé à exercer cette fonction qu'il a exécuté ses travaux hydrographiques ; son atlas porte la date de 1*781 ; il contient de l'île de Sable deux cartes établies sur une grande échelle.

Le département de la marine a publié, à Ottaoua, en 1888, une carte des naufrages enregistrés à l'île de Sable ; la compilation des registres a été faite par M. S. D. Macdonald d'Halifax. Dans une brochure sur le même siget, publiée à Halifax, M. Macdonald dit : — ^*' Oette carte indique le nom ^ et la position des naufrages connus ; les ** naufrages inconnus sont peut-être beau- ** coup plus nombreux," Oette liste, qui rend compte de cent-cinauante naufrages, ne remonte pas au-delà ae l'année 1802.

L'iconographie de l'île de Sable ne paraît compter qu'un petit nombre de pièces, dont suit la description : 1. Une gravure dans le genre panoramique, devenue maintenant introuvable,représentant un endroit accidenté de l'île ; au pied des monticulea se dresse un campement de soldats por-

tant le costume de rarmée anglaise du milieu du dix-huitième siècle. Une troupe de chevaux et de bœufs occupe une partie du premier plan, où se trouve encore figuré un militaire, armé d'un lasso, dans l'action de lier un poulain sauvage. On croit, avec toute apparence de raison, que le campement représenté dans ce dessin est celui d'un détachement du 48* régi* ment de ligne anglais, naufragé à l'ue de Sable, en lt61.

2. XJn dessin, aux couleurs fantaisistes, figurant l'endroit de séjour d'une bande de naufrageurs. Une case ou maisonnette, adossée à un monticule de sable au fond d'une crique, est entourée de personnages diversement occupés : dans le lointain on aperçoit deux individus à la poursuite de chevaux libres : à l'arrière-plan, perché sur le sommet d'une éminence, se montre la diminutive figure d'un homme, évidemment un naufrageur, placé là en observatien i>our explorer la mer du regard et veiller à la sûreté de la bande.

8. La reproduction d'un dessin à la sépia, représentant un campemejit d'explorateurs. Au pied de deux monticules qu'on nomme '' les mamelons," se dressent deux tentes de toile, autour desquelles sont fiffurés les membres du personnel de l'expédition. . Far une! dépression de la

dune, la yne s'ouvre sur la xner et sur le rivage de Tile.

4. Une série de profils, qui, avec les doux gravures en dernier Beu décrites, font partie des illustrations de ** 1* Atlantic Neptune " de M. Des Barres. Oes profils représentent Tile de Sable vue de la mer, de différents points et i différentes distances.

5. Une représentation du poste principal de secours, avec ses édifices et son mât de pavillon surmontant une élévation de la dune. Au premier plan on voit sur le rivage un gar<Ûen, monté sur un bidet, remettant la malle de l'île à un camarade qui prépare sa chaloupe pour aller, on le devine, porter ces dépèches à quelque bâtiment en partance.

6. La scène d'une patrouillé autour de l'île. Un gardien sur son petit cheval, parcourt au trot la grève solitaire qu'il examine, ayant à sa gauche la mer qui borne l'honzon et la vague qui vient expirer aux pieds de sa monture.

7. La scène des opérations de sauvetage de l'équipage de la goélette l'Amo, naufragée en 1846.

Les trois gravures décrites en dernier lieu ornent lx>pu8cule de M. le Dr G-ilpin ; les dessins originaux sont dus au savant docteur, dont le crayon semble rendre

autant de sontiment et d'esprit que la* plume.

L'île de Sable a fourni à M. Howe, l'ua des hommes les plus éminents de la Nou-* velle-Ecosse, le sujet d'une ode, et à M« Emile Ohevalier, le sajet d'un de ses romans. Le poôme de M. Howe est une imprécation dans laquelle, personnifiant l'île, il finit par la vouer aux gémonies de la mer. La traduction suivante des deux premières strophes peut donner une idée du lyrisme et de la manière de l'auteur :

— << Noir Ilot de deuil 1— Justement mérites-tu ce nom, << Car ils sont nomJl>reux les pleurs que tufttisréjuin-

[dre; " Trop fameux pour tes perfidies et tes méftiits, " Charnier de rAtlantique— triste et désolé, ** Objet aimé de personne, redouté par tant de voya^

[geurs,— ** Si, pour un moment, ma Muse plane ** Sur Tendroit où tes solitudes de sable sortent des

[flou, ** C'est afin d'entonner un chant d'horreur, '* Apre, comme les vagues que les tempêtes déchat-j

[nent contre toi.

« Les vents sont tes ménestrels— les agrès déchiquetés « Des navires en détresse, touohés dans le silence des

[nuits,!

« Les cordes choisies pour ta harpe— les cris des maU

[heureuz, ** Qui s*y cramponnent avec désespoir dans leur frayeur, ti Les sons qui depuis longtemps te délectent, «< Sombre enfant oe l'Océan, dans tes festins de sang, ** Quand les cadavres mutilés, vos à la lueur lugubre

[du ciel, « S élèvent, sur les ondes gonflées, Jusqu'à tes lèvres-, « Et qiu3 la mort, à l'aspect horrible, sourit à tes côtés I

Le roman de M. Ohevalier, d'abord pnl>lié à Montréal, dans une revue ayant nom '' La Euche", et plus tard reproduit à Paris en un volume, est brodé sur le récit de l'expédition du marquis de la Boche, dont il sera bientôt question. En le lisant, on regrette de voir un si beau sujet traité avec si peu de naturel, de convenance et de vraisemblance. Il y a cependant, dans cet ouvrage, malné ses défauts et en dépit d'une maussade jBaconde, un certain mérite d'invention: on pourrait comparer cette production à ces mécanis-.

mes, souvent ingénieux, mais compliaués et mis ensemble au mépris de toutes lois,

2 n'imaginent les inventeurs à la recherche u mouvement peipétueL

GéOGRAPHIS.

L*île de Sable gît sous le quarantetroisième degré de latitude nord, confinant au quarante-quatrième, et sous le cinquante-neuvième degré de longitude ouest du méridien de G-reenwich, entrant dans le soixantième. Elle a la forme d'un croissant, ou plutôt d'un arc dont la corde se tend de l'est à l'ouest. La face concave regarde le nord, faisant le vis-à-vis du cap Breton. Sa longueur est d'environ vingtcinq milles ; sa plus grande largeur n'atteint pas un mille et demi, et ne dépasse pas un quart de mille à son extrémité est.

On estime sa superficie à 16,000 arpents.

L'endroit de la terre ferme le plus rapproché de l'île est le cap Oanceau, distant d'environ quatre-vingt-dix milles. Elle fait partie du territoire de la Oonfédération canadienne, province de la Nouvelle- Ecosse, et se rattache, i>our les fins administratives, judiciaires et autres, à la ville d'Halifax, avec laquelle elle est en constants rapports.

^ Les Sabbns sont le point culminant et le seul émergé de ce système de soulève-

xnents sons-marins qni constituent ce que les navigateurs ont nommé " Les Bancs.** Ces reliefs du fond de Tocéan Atlantique entourent les côtes sud-est de Terre* neuve, du Oap-Breton et de la Nouvelle- Ecosse. Commençant à Test, à plusieurs centaines demillesde Terreneuve, en haute mer, ils se succèdent, en s*avoisinant de Test à Touest et du nord au sud. On les nomme dans cet ordre, et cela depuis les temps antécolombiens, alors qu'ils étaient fréquentés par les pécheurs normands, bretons et basques, on les nommo le G-rand Banc, le Banc Vert, le Banc Saint- Pierre, le Banquereau, puis les bancs d'Artimon, de Misaine, de Tlle de Sable, de Oanceau, des Ilets, de Gézembre (dont les Anglais ont fait Sambro), de la Hève et de Saint-Gteor^. Oe dernier vient se confondre, à environ cent milles des rivages de la Nouvelle Angleterre, avec le plateau d'atterrage qui longe toute la cote atlantiaue des Etats-Unis. On comprend dans l'aire de chacun de ces bancs, tous les sondages <]^ui ne donnent pas, en général, plus de soixante brasses de profondeur. Le courant froid des mers arctiques, qui baigne ces parages, en fait, avec le golfe Saint-Laurent, dont le fond affecte une disposition analogue, les plus riches pêcheries du monde entier.

A part cela que l'île de Sable est le

point culminant et seul découvert du système, il arrive que le voisinage immédiat de ce haut relief présente encore les endroits les moins profonds qui se rencontrent sur les bancs. A chaque extrémité de nie, les sables soulevés iormout deux prolongements, qui en continuent la courbure, et qu'on nomme l^s barres. La barre de TEst assèche, à Tcau basse, jusqu'à près de quatre mille/^ au large et se termine par un plateaii sous-marin entrecoupé de fosses, sur lequel Teau mesure de deux à quinze brasses de profondeur. La barre et le plateau réunis s'étendent à une distance d'environ quinze milles, avant d'atteindre l'eau profonde et la déclivité terminale du banc. La barre de l'Ouest offre les mêmes dispositions, à ces difiérences près, qu'elle n'assèche que sur une étendue de moins d'un mille et que l'eau profonde se trouve à une bien plus grande distance de l'île. Le talus du remblai est beaucoup plus raide au nord et à l'est qu'il ne l'est au sud et à l'ouest. Le tassement s'étant fait, dans le sens général, de l'ouestnord-ouest à l'est-sud-est, Pile et ses barres se trouvent à occuper l'extrémité est du banc.

Une belle grève, de plusieurs arpents de larffe en certains enâroits,entoure l'île ; mais, a une petite distance du rivage, se rencontrent des rangées de rides de sable,

y soulevées parallèlement à la côte, sur les-

quelles le ressac est très fort, ce qui rend , Tabord difficile par un vent frais, périlleux par un gros temps et à peu près impossible dans une tempête. Sur la rive nord, Tisant le Oap-Breton et la Nouvelle-Ecosse, le mouillage par les cinq brasses se rencontre à moins d'un mille du poste principalf au centre de Tile. La ligne des quinze à vingt brasses, au nord de Tile, suit à peu près la corde de Tare de Textrémité d'une barre à l'autre, arrivant aux plateaux qui les terminent : cette ligne est distante cl/environ six milles du centre de la courbure.

Au sud de l'île, on compte deux brasses d'eau à deux encablures du rivage, puis une augmentation d'une brasse par xnille au moins, jusqu'à l'eau profonde.

On a remarqué qu'il s'est fait un travail, graduel mais lent, d'érosion de la j {>artie ouest au profit de la partie est de I 'île, comme si le tasitement tendait à la déplacer dans cette direction, par Taction séculaire de forces encore agissantes : à ce point qu'une i>etite île nouvelle a récemment surgi de Tonde, sur la barre de l'est, à environ un mille et demi de l'ex- | trémité de la dune. 1

...Le capitaine (depuis amiral) Bay ^ field, dans un rapport a rhvdroffraphe de la marine (rapport inséré oans les docu-

ments parlementaires de la Nouvelle- Ecosse, année 1851), disait alors que le travail d'érosion de Textrémité ouest de l'île de Sable s'observait au moins depuis 1811, que, de 1828 à 1851, l'île avait été raccourcie de deux milles et la barre submergée de l'ouest allongée d'autant. Depuis ce temps, cette partie de l'île s'est arrondie et le travail se continue sur xme moindre échelle. Quand les forces étaient dans toute leur activité première, la poussée, dont le soulèvement a été le résultat, semble, comme on Ta déjà dit, avoir agi du nord au sud et de Touest à Test, par refoulement et remblayage, les vents et les courants oi>érant de concert

Le Banc de Pile de Sable, dont Tîle est le sommet, c'est-à-dire l'aire comprise dans les limites des sondages donnant moins que soixante brasses de profondeur, mesure à peu près cent cinquante milles dans le sens de son grand axe, de Test à l'ouest, et environ cinquante milles, dans le sens de son petit axe, du nord au sud« Le tiers est du banc est beaucoup moins large que les deux tiers ouest.

Les barres et les rides entourent la totalité de l'île d'une ceinture de brisants.

Aussi, quand la tempête rup^t, que les vagues se heurtent et se bnsent, l'île tout entière semble comme enveloppée dans

nn blanc linceul de lames êcumantes:

c'est la toilette de ^ala des Sablons.

La carte de Tamirauté anglaise donne quatre pieds aux grandes marées ordi* naires ; les marées extrêmes, d'après les notes du colonel Des Barres, atteindraient sept pieds de hauteur, au-dessus de la ligne des grandes marées basses. Les vents dominants sont les vents d'ouest et de nord-ouest. Les courants qui s'établissent, à notre époque, dans le voisinage immédiat de l'île étant très variables, comme directicm et comme vitesse, sont

{>ar conséquent difficiles à déterminer : à 'extrémité des barres, ils courent quelquefois jusqu'à deux milles à l'heure.

La partie ouest de l'île est la moins élevée. En certains endroits le pourtour est constitué par une falaise de pente abrupte, qui atteint quarante pieds et plus d'élévation au-dessus du niveau de la haute mer. H se rencontre, de ci de là, des collines ou monticules de sable dont le plus haut sommet ne dépasse pas soixante-quinze pieds de hauteur.

Une partie notable de la superficie de l'île est occupée par une pièce d^eau salée, que les manns de long cours appellent tout simplement '' Le Lac " ou ** L'fitang", les habitants d'Halifax, *' Le Lac Wallace ", du nom du commissaire de l'établissement de secours sous le régime lo-

cal, et les Acadiens " Le Barachois *'. Oette pièce d'eau, malgré la précarité apparente de son existence, maintenue qu'elle est par de faibles barrières de sable mouvant, paraît avoir toujours existé, de mémoire d*homme. Champlain, faisant une courte description de ces lieux, dit : — " Cette " isle est éloignée de la terre du Cap-Bro- " ton de trente lieueSj Nord et Sud.., Il y " a un petit lac,.."

Le barachois, sis à la partie ouest de nie, mesure environ quatorze milles de longueur, sur xme largeur qui atteint près de trois quarts de mille en certains endroits et seulement quelques arpents en d'autres. Sa superficie forme près du tiers de la superficie totale de l'île ; les deux autres tiers comprennent environ sept mille arpents d'excellents pâturages et quatre mille arpents que se partagent inégalement des arbustières, des marécages, des flaques d'eau douce et des sables nus arides.

Le lac n'est séparé de la mer, du côté du sud, que par une étroite langue de terre qui mesure de deux à cinq arpents de largeur. Du c6té nord, la dune, (ce mot est surtout employé par les Acadiens pour désigner les chaussées ^ue la mer construit autour des barachois,) la dune a des indentures très prononcées et mesure, en moyenne, un demi-mille de largeur.

LBB SABLONS.

Si la destruction de la partie ouest do l'île se continue, ce qui semble à peu près certain, on pourrait prévoir que, dans un avenir assez prochain^ le lac devra être réuni à la mer. Dans ce cas, la disparition de la dune sud du barachois parai* trait inévitable et Tîle, le lac compris, per* drait un tiers de sa superficie actuelle, Taugmentation de la partie est ne faisant point compensation à beaucoup près.

Le barachois de Tîle de Sable, comme toutes les laspines de ce genre, communique avec la mer par un ou plusieurs ffoulets. Oes passages, ouverts dans les dunes, sont soumis à d'assez fréquents changements causés i>ar le déplacement des masses de sables, (juand des tempêtes d'une violence exceptionnelle s'abattent sur l'île.

A l'époque de l'eroloration du colonel Des Barres, comme l'indiquent les cartes de ^* r Atlantic Neptune,"il n'existait qu'un seul goulet, au c6té nord de l'îlci à environ trois milles de l'extrémité ouest du lac :

ce goulet donnait accès à un excellent liavre offrant une profondeur de dix à dousse pieds d'eau à marée basse. La carte française, dont on a parlé, qui sem* ble de plusieurs années plus récente que celle du Neptune Atlas^ indique deux en* trées au lac. L'entrée principale, alors,, s'ouvrait au sud du lac, à moins d'un

nulle de son extrémité ouest. Le second

foulet occupait la même situation que entrée indiquée par le Neptune Allas \ mais il semble qu'alors cette ouverture n'avait pas l'importance de la période

Î>récédente ; car la carte française y porte es mots : — ^" Place powr creuser un port.''

La carte de M. Macdonald indique à un mille de l'extrémité ouest du barachois, un goulet qui existait en 1823t au côté nord du lac. A cette entrée en eiuccéda une autre située au sud, à envirou quatre milles de l'extrémité ouest du barachois.

Oette dernière ouverture donnait accès à un excellent bavre que fréquentaient les bâtiments pècbeurs. Une furieuse tempète vint, en 188*6, fermer complètement ce cbenal, faisant, du coup, prisonnières deux goélettes américaines réfugiées dans le bavre et mettant le lac dans un état d'occlusion complète. Il s'est ouvert, depuis peu d'années, un autre ^ulet, dans la dune sud, à environ cin^ milles de l'extrémité est du lac« cette fois. Oette entrée est loin d'avoir l'importance des autres, attendu qu'elle existe dans un endroit où le lac présente une &ible pro* fondeur d'eau.

Dans les grandes tempêtes les vagues, fouettées par le vent, déferlent quelquefois par-dessus la dune du sud, dans les endroits où elle se trouve le moins élevée et

LBS SABLONS.

le moins large : en faisant ainsi irruption dans le lac, elles y apportent des épaves et, qnelcjnefois, jusqu'à des loups marins, qui toujours ont aimé à fréquenter le barachois, où ils pénètrent encore par les goulets. Les notes de "l' Atlantic Neptune" nous disent qu'ils y étaient autrefois en nombre prodigieux.

A sa partie ouest, le barachois présente un endroit guéable ; ailleurs, il offre une profondeur d'eau qui varie de cinq à douze pieds. Lo lac reçoit les eaux du drainage d'une partie de l'île : les variations journalières que la marée apporte au niveau des eatix du lac, quand il y a des goulets, sont remplacées par les variations périodiques qu'amènent les saisons pluvieuses et les saisons sèches, quand le lac est fermé.

L'intérieur de l'Ile est en contre-bas de son pourtour, sauf le cas de quelques élévations intérieures : il y a même des endroits du centre qui sont à quelques pieds au-dessous du niveau des grandes marées hautes ; ces endroits sont humides et présentent des mares d'eau douce, de petits marécages et des savanes à atocas.

Tout ceci s'interposant avec les prés d'un vert foncé et les sables blanchâtres des coteaux, forme un ensemble d'un aspect on ne peut plus pittoresque. Les petites plaines, d'où l'on ne peut apercevoir

rOcéan et qui semblent n'avoir d'autres bornes que rhorizou, fout i'oiiet <los vastes prairies de rintéri*M»r des continents, à celui qui s'al-t .ii à les contempler:

c'est, mis à coté mi spectfK.Ie qu'offrent la mer, les çfrcv» s, los dunes et les falaises, le contra.sto 1\^ plus complet qui se puisse imaginer.

LVavi douce nbonde partout sur l'île, soit qir< llo surfisse d'elle-même à la sut' fa«»\'i;ms les lieux bas, soit qu'on l'obtint n )• m - 1 1 creusant des puits. Le drainage «ies p\ux de pluie se fait du rebord à l'intrriour et le bas niyeau d'emmagasinage de ces eaux, dans le sol perméable, se tient à quelques pieds au-dessous du niveau de la marée.

Le sol est de sable : on ne trouverait pas, sur toute l'île et sur ses rivages, le moindre petit galet, à moins qu'il y ait été apporté. Ce sol, cependant, grâce à l'humidité de l'air et à l'abondance des pluies, n'est pas, à beaucoup près, aussi stérile qu'on pourrait l'imaginer ou qu'on l'a souvent erronément représenté ; mais, partout où la végétation ne le protège pas, il est souvent balayé par les vents, transporté d'un endroit à l'autre et ramené de la même manière. Des amas de sable se forment et grossissent, pour disparaître, après un temps plus ou moins long, et aller se reconstituer ailleurs: de même,

descaritéB sont creusées par les vents, puis remplies par d'autres tempêtes. Dans quelques endroits de bas nireau, le détfi* tus réffétal, sous l'action de l'eau et parle travaiidu temps, a formé des couches de terreau» dites de terre-noire, en dépôts re* latirement assez considérables.

Certaines localités de l'île de Sable et plusieurs des monticules qui s'y rencontrent ont reçu des noms particuliers tels que :— " Le Mont Luttrel, "— " La butte à Gratia,"— " Ram's head "— " Le val de misère.*' et d'autres.

Le climat, naturellement, est tel (^ûlq le font pressentir la latitude, la situation et l'exposition de l'île ; c'est le climat de la Nouyelle Angleterre, modifié dans ce sens que l'air y est beaucoup plus humide, les vents plus tempétueux, les hivers moins froids et les étés moins chauds. L'atmosphère est, d'ordinaire, chargée d'humidité, souvent jusqu'à saturation: c'est à cet état hygrométrique habituel que les sables doivent la cohésion qm les retient ensemble et la fertilité relative dont ils jouissent, malgré les quelques changements qui s'y opèrent La neige, qui tombe en assez grande abondance, ne demeure pas sur le sol aussi longtemps, ni d'une manière aussi continue, que sur le continent voisin.

Dans les temps aoux et humides qui arrivent même en saison froide, elle fond, en

LES BABL0N8. 27

grande partie ; dans les temps froids qui fêlent la terre, elle est balayée de la surface durcie, et partiellement jetée dans la mer. Le spectacle d'un coup ae poudrerie, superbe partout, est encore plus saisissant, paraît-il, à Tîle de Sable.

n se forme de la glace aux atterrages et des glaces flottantes, Tenant du nord, s'arrêtent sur les barres. On voit, dans les rapports du ministère de la marine que,dans le mois d'avril 18^5, une goélette vint s'échouer ayec une banquise, sur la barre de l'est. Toutes les tentatives faites par les ^rdiens de l'île pour atteindre ce navire demeurèrent sans succès. La nuit vint couvrir cette scène de ses ombres; le lendemain, le bâtiment avait disparu. Des débris et des cadavres étaient venus s'ajouter à ceux que ces sables recelaient déjà, engloutis dans les tangues.

HISTOIRE NàTTTBEIiLB

On ne doit pas s'attendre à trouver dans les lignes qui vont suivre une étude complète et détaillée de ce que les trois règnes de la nature fournissent à l'île de Sable ?

Une indication générale est tout oe qu'il convient d'introduire ici.

Quant à ce qui concerne la géologie et la minéralogie de l'endroit, l'histoire en est bientôt faite. La formation est un transport marin; on ne rencontre rien autre chose, sur l'île et dans son voisinage immédiat, que du sable marin, quelquefois mêlé de coquilles et renfermant des ^ ossements enfouis de morses et de pho- ^ ques. Sur les limites du banc, en atteignant ^ les profondeurs de plus de soixante t>ra6- ' / ses, on a constaté la présence de naviers, de coraux et de roches solides ; lesquels, évidemment, se rapprochent de la surface ^ en se relevant, pour former la charpente j ou le squelette dr soulèvement; mais on / ne paraît pas avoir établi l'épaisseur de / la couche de sable sous laquelle ils se ' ^ cachent, au sommet du relief; .

La Flore des Sablons n'a point été corn*

plètement cataloguée : on a dit qu'un botaniste pourrait y observer trente à quarante espèces ou variétés ; mais il est certain qu'un catalog^ue complet des plan* tes de rile et de ses rivages, qui comprendrait les mousses, les algues et les plantes d'occasion,aurait beaucoup plus d'étendue que cela. Il n'y a pas d'arbres sur les Sablons : les quelques rares arbustes qui s'y voient appartiennent aux plus petites va- \'

riétés des espèces qu'ils représentent.

On y trouve, en fait de fruits, les baies du genévrier rampant, les atocas (caneberges), les bluets et les fraises. Les atocas y abondent et constituent un objet d'exportation, dont la valeur annuelle s'élève à quelques centaines de piastres. Plusieurs jolies fleurs agrémentent les gazons ; mais la plus belle plante d'ornement est le rosier sauvage, qui vient à merveille, sur cette terre si souvent enveloppée de brouillards et visitée par les orages.

Les plantes qui constituent toutefois la ricbesse végétale de l'île de Sable sont le Boseau des sables et la Lentille du Canada, qu'on nomme ici " pois sauvages". ^ Oes deux plantes fourragères, auxquelles s'adjoignent la verge d'or, la mauve et autres espèces et variétés, forment des.

prairies naturelles et des pâturages qui ^ ' couvrent, comme on Ta déjà dit, environ sept mille axpents de terre.

Le banc de Tîle de Sable est abondamment fréquenté par tons les poissons qui font la richesse des côtes et des bancs voisins. Un professeur d'Halifax, M. J. Willis, a dressé un petit catalogue des mollusques recueillis sur les grèves de File ; cette liste comprend trente-buit espaces et variétés vivantes et cinq dont on ne retrouve que les coquilles : parmi ces dernières, il faut noter i'huitre arctique,encore si abondante sur les côtes du Nouveau- Brunswick et de Tlle du Prince-Edouard.

Parmi les nombreux crustacés de l'île de Sable, on remarque les crabes, le homard et une variété de crevettes toutes petites, dont les eaux fourmillent. C'est à la présence, en nombre si extraordinaire, de ce petit animal qu'on doit attribuer le dévep ' loppement et l'embonpoint qu'on signale dans les poissons de ce banc de pèche. Le maquereau, dit de l'île de Sable, t>ar ex-, emple, est renommé pour son ampleur et sa graisse ; on le cote sur le marché aux poissons — "Double-Premier"-—; les pécheurs de la Nouvelle-Ecosse l'appellent '* Le Soufflé " (Sable Island bloatei) : cette variété est à la feonille des maquereaux ce que " Le Boulis" du Labrador est àla fet* mille des harengs.

Le Barachois est peuplé déplies et d'an-

Eilles : de larges coques savoureuses en bitent le fond ; sans compter plusieurs

espèces et variétés de tout petits poissons, de mollusques et de crustacés, appartenant aux espèces qui se rencontrent dans les eaux extérieures de Tîle.

Les premiers occupants des Sablons, dans Tordre des animaux à respiration pulmonaire, ont été les morses, les phoques et les loups-marins. Les morses ou vaches marines fréquentaient encore ces rivages au commencement du dix-septième siècle, comme ils fréquentaient alors le fleuve Saint^Laurent, en aval de l'embouchure du Saguenay, où, longtemps avant la période colombienne des découvertes d'.Âjnérique, venaient les chasser les intrépides navigateurs bretons et basques. On recueillait, naguère encore, dans les sar blés du rivage de Tile, des crânes de ces animaux, auxquels étaient attachées les défenses d'ivoire que porte l'espèce.

Les phoques du G-roënland viennent encore quelquefois rendre visite à la barre de Test ; mais leur nombre diminue chaque année ; le temps ne parait pas éloigné où ils auront complètement abandonné ces rives. C'est en janvier qu'on les voit arriver. Quand on les laisse en paix ils 7 demeurent jusqu'au printemps.. Oes phoques ont à peu près les habitudes et les mœurs du loup-marin à fourrure de la oôte nord du Pacifique. Oomme ce dernier, le phoque groénlandais est polygame.

comme lui, il est doué d'une certaine faculté de progression sur terre, où il passe plusieurs mois chaque année : cet animal est de grande taille, <]^uelques individus de l'espèce atteignent jusqu'à mille livres de poids, quand ils sont dans toute leur graisse. Les étrangers aux choses de la mer qui, de loin, voient pour la première fois, à sec au rivage, les phoques et les loups-marins les prennent pour de gros cailloux erratiques parsemant les grèves.

Le loup-marin commun, appelé aussi veau-marin, ce joli et gentil petit animal que les Canadiens du bas Saint-Laurent nomment *' loup-marin d'esprit "i que les habitants anglais de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick désignent sous le nom de '* loup-marin des ports " {harbour seal), anime les abords de l'île de Sable :

soit qu'il se joue à la mer, soit que paresseusement étendu sur le sable, à marée basse, il aspire la brise ou se chauffe au soleil, soit que poussé par sa grande curiosité naturelle, il suive, en élevant sa belle tête au-dessus de l'eau, les embarcations auxquelles il semble faire escorte. Le loupmann d'esprit, lui, ne désertera jamais nos rivages ; Û aime l'homme, il est même susceptible d'apprivoisement : c'est à tort qu'on l'a nommé loup, on aurait dû l'appeler chien ; car c'est à ce fidèle compa»

gnon, le chien, qu'il ressemble le plus.

Un grand nombre d'oiseaux fréquentent Tîle de Sable ; beaucoup d'oiseaux de mer en font même leur séjour habituel. Les goélands et les mouettes, en volées nombreuses et bruyantes, les cormorans et autres plongeurs plus taciturnes, les becsscie, puis plusieurs espèces delà tribu des échassiers, s'y rencontrent constamment.

Dans la saison de la ponte, leurs nids et leurs œufs sont déposés par milliers dans les marécages, autour du barachois, sur les dunes, dans les falaises et dans les débris de navire, que le naufrage a fixés, à haute mer, aux sables qu'ils hérissent.

Le hibou blanc, ce magnifique oiseau du nord, s'est établi sxir l'île, depuis <]|ue les rats et les lapins y ont été introduits.

Les oiseaux voyageurs, entre autres les tourtes (pigeons de passage), les merles (rouge-gorges du Oanada) visitent les Sablons, où se rencontrent encore de petits oiseaux des champs, en assez grand nombre.

Souvent, le matin, après les nuits noires, quand les gardiens font la visite des phares c^ui éclairent les deux extrémités de l'île, Us trouvent, sur les galeries qui entourent les lanternes, les cadavres d'oiseaux qui y sont venus d'eux-mêmes chercher la mort, en se heurtant aux verres épais des fanaux. Pour se rendre compte de ce phénomène, il faut penser que ces

LSS SABLONS.

oiseaux, prenant la lumière des feux pour une trouée libre dans l'obscurité de la nuit, s'y précipitent à tire-d'aile : voulant traverser cette prétendue ouverture qui doit mener des ténèbres au jour, ils se brisent à la dure, bien que transparente, paroi de la lanterne qu'ils n'ont point comprise. De combien ae malheureux humains, cette histoire des pauvres oiseaux ne présente-t-elle pas la triste image?

Cherchant à pénétrer des mystères, à entrer dans un jour qui n'existe pas pour eux, par des moyens qu'ils ne sauraient comprendre, ils trouvent la mort de l'àme, là même où, étourdiment, ils étaient allés chercher l'àlxunination de leur intelligence!

Le seulquadrupède, originairement sauvage, qui ait habité l'ile de Sable est le renard. Ohamplain, Winthrop et la tradition constatent <3[u'il y avait, autrefois, des renards et, oui plus est, des renards noirs sur l'île : us étaient très nombreux, paraît-il, à la fin du seizième siècle et il y en avait encore vers la fin du dix-huitième, époque à laquelle des chasses menées à outrance en ont opéré la complète extinction. On a voulu i&ettre en doute la présence des renards sur l'île et on s'est demandé j —comment ils auraient pu y arriver, et comment, une fois multipliés, ils auraient pu y trouver leur subsis-

tance ? Ni ruue ni l'autre de ces questions, ou objections, n'en est véritablement une.

Les renards ont pu venir en famille, sur l'île, de bien des manières ;— Hsurpris en maraude dans une embarcation, subitement détachée du rivage ; sur des amas de bois faisant radeau; sur des glaces flottantes et d'autres manières encore.

Quant à la question de subsistance : les oiseaux et leurs œufs, les coquillages, les poissons, crustacés et autres produits ani* maux que la mer jette tous les jours en abondance sur ses rives: au besoin, la chasse des loups-marins échoués sur le sable ou sur la glace étaient des sources abondantes d'approvisionnement. A tout cela venaient s'ajouter, dans le temps assigné à leur présence sur l'île, les restes des chevau;: et des bêtes bovines que la mort enlevait aux troupes alors nombreuses de ces animaux. Le fait est que maître renard en avait à gogo. Mais, pendant l'hiver, a-t-on encore objecté? L'hiver ne retranchait, de tous ces moyens de subsistance, que certains oiseaux, les œufs et les petits des couvées. Le renard du reste flaire sa pitance sous plusieurs pieds de neige et de glace, et il sait creuser pour l'atteindre. Comment donc vit le renard, dans les régions arctiques, avec les huit mois d'hiver des bords de l'Océan glacial ?

Non, on ne peut exciper d'isy^ossibilité,

contre ce fSeât constaté par Thistoire et la tradition.

Tous les autres quadrupèdes qui ont foulé le sol des Sablons ou qui le trottent encore aujourd'hui y ont été directement apportés par l'homme, intentionnellement ou par accident de naufrage. Il ne s'agit point ici des animaux domestiques: chiens, chats, bœufs, moutons, volailles et le reste, appartenant à l'établissement de secours maintenu par l'Etat sur l'île ; mais des animaux qui y sont passés à l'état sauyi^e, dont on connaît l'origine, par l'histoire écrite ou par la tradition. Ce sont des Taches, des moutons et des porcs amenés par le baron de Lérj et les Portu* gais, dans la première moitié du seizième siècle, dont les derniers restés ont été détruits à la fin du siècle dernier ; des lapins déposés au commencement de ce siècle par M. Wallace, commissaire du gouvernement de la Nouvelle-Ecosse (ces lapins ont fait garenne) ; des rats, échappés des navires naufragés, dont l'espèce s'est tellement multipliée qu'on a dû se mettre à élever des chats, pour défendre les postes contre leurs déprédations ; enfin, et surtout, des chevaux dont les troupes n'ont cessé d'habiter cet endroit, depuis bientôt trois siècles et demi.

Les chevaux sauvages sont une des poésies de l'île de Sable. Les gens qui^

LES SABLONS. 8t

de temps en temps, se sont occupés d'opé* rer parmi eux des captures, ont évalué leur nombre à un chiffre qui a varié, avec les années, entre deux cent cinquante et cinq cents ; chiffre qui se trouvait réduit à un très petit nombre au commencement de ce siècle, en conséquence de la constante i>oursuite qu'en faisaient des boucaniers. Depuis le règne de François I, le légitime souverain du pays de leurs ancêtres, génération après génération, ils galopent les Sablons, le nez au vent des tempêtes <jui soulèvent leurs longues et riches crinières. Us font vigie sur la falaise, broutent les roseaux et les pois sauvages, s'abreuvent dans les flaques et clapotent dans les marécages. Ils ont été témoins de toutes les scènes navrantes qui se sont produites en ce lieu. Oeux d'entre «ux aue la main de l'homme a domptés ont, là, leur champ de bataille.

C'est quand la pluie des orages le fouette, quand l'écume des va^es arrive jusqu'à lui, que le i>etit cheval des Sablons, — ^intrépide au bruit de l'ouragan qui lui apporte le glas des naufrages,— dit ; — ^"VAH !" On a donné un nom aux tribus des chevaux libres des autres contrées : on nomme Tarpans les chevaux qui errent en liberté dans les steppes de la Bussie d'Europe; on appelle Alzados ou Mustangs les chevaux des pampas de rAmé-

88 LES SÀBLOXS.

lique méridionale. Pourquoi ne don* nerait-on pas aussi un nom distinctif aux chevauz sauvages de Tile de Sable 7 Dans ce cas, nul nom ne semblerait devoir mieux leur convenir que celui qui serait dérivé du nom de fief du noble baron oui les a placés sur cette île. — Nommons-les donc"Léris".

Seuls de tous les animaux amenés par le baron de Léry et ses associés ou compagnons portugais, lors de leur tentative de colonisation, vers l'an 1539, seuls ils ont résisté jus<3^u'à ce jour à toutes les causes de destruction. Les chassés, la mort anticipée advenant par épizooties ou par la rigueur exceptionnelle de certaines saisons, les ont souvent décimés ; leur nombre fut considérablement réduit aux premières années de ce siècle ; mais ils sont là encore, au nombre de plus de deux cents, hardis, splides, beaux et fiers. Ah !

c'est qu'ils sont de bonne race, ces petits chevaux ! Cousins de notre incomparable cheval canadien, comme lui, ils sont oriffinaires de Bretagne : pays du gsanit, du blé noir, du genêt et de la bruyère, — ^plan* té de menhirs, parsemé de dolmens, sanctifié de croix, de calvaires et d'églises aux clochers à jour ; — ^pays de foi pour l'àme humaine, de poésie pour l'esprit, de force et de santé pour tout ce qui respire,^dout les habitantSi fidèles à Dieu, à la Fa*

LES SABLOXS. 89

trie, et au Eoi, s'appellent : — '*Les hommes durs de TArmoriqne ".

Les léris ne descendent pas des grands chevaux bretons du Léonnais ; mais du cheval des montagnes bretonnes, du bidet chanté par les bardes, du cheval qui court aux pardons. Il était de cette race celui qui fit gagner à son jeune maître la cç>urse ayant pour prix la main de la princesse Aliénor, fille de Budik, roi d'Armorique.

Merlin le barde, Merlin Barz^ nous a laissé le récit de cet exploit du jeune cars et de son bidet, dans un chant populaire que M. de la Villemarqué traduit ainsi : — " Il " a équipé son poulain rouge ; il Ta ferré '* d'acier poli; il l'a bridé, et Ixii a jeté sur *' le dos une housse légère. Il lui a attaché " un anneau au col et un ruban à la queue.

"Et il l'a monté, et est arrivé à la fête " nouvelle. Comme il arrivait au champ " de fête, les cornes sonnaient

" La foule était pressée et tous les che* " vaux bondissaient. Oelui qui aura fran* " chi la grande barrière du champ de fête " au galop, en un bond vif, franc et parfait, " aura pour épouse la fille du roi.

" A ces mots, son jeune poulain bai hen« " nit à tue-tête, bondit et s'emporta, et " souffla du feu par les naseaux, et jeta des " éclairs par les yeux, et frappa la terre ; " tous les autres étaient dépassés, et la " barrière franchie d'un bond.

" Sire, vous Tavez juré, votre fille Linor " doit m'appartenir !"

On n'invite pas à loger en Bretaç^e, sans étendre l'invitation au bidet qui doit ao compagner ses maîtres. Nous avons, en Canada, une chanson, d'un mode doux et traînant, '^Madeleine," qui tient aux mêmes usages.

Il y a du pain ches nous; Il y a du pain ches nous ; Pour ton bidet de Tayolne

Faluré dondaine

Pour ton bidet de Tavoine

Faluré dondé.

Cela ne rappelle-t-il pas encore le discours de Rebecca à Eliézer : — Il y a beau* coup de place chez nous ; de la paille et du foin pour les chameaux.

Le régime et le séjour de l'île de Sable ont un peu diminué la taille, déjà peu élevée du Didet breton, mais ont peut-être encore ajouté, non pas à sa vitesse qui est le fruit de l'éducation, mais à sa vigoureuse rusticité. Les chevaux sauvages des Sablons présentent les caractères communs à tous les chevaux passés à l'état libre ; l'oreille rabattue, le pelu plus fourni, une distinction native timide et un peu rude, de la souplesse sous des formes moins élancées que chez les belles races domestiques.

Mais en dehors de ces traits communs, il

y a, pour chaque tribu, des caractères dis- ' tinctifs qui sont comme la physionomie de y famille et le cachet d'oris^e. L'œil exercé, paraît-il, reconnaît dans le tarpan des steppes le type du cheval kerson, dans Valzado ^ - des pampas celui du cheval ai^lalou. Il 1 n'est pas difficile de retrouver, dans le léri, V; le descendant du bidet breton, déjà connu ( et célèbre du temps do. César pour les qua- . ^ lités qui le distinîrueiit entre tous, savoir^* ^ une santé quasi iualtérable, une grande

sobriété, une sVi reté «admirable d'instinct, une force bit n au-dessus de la proportion de son poidn et beaucoup de fond. Le cheval breton ne brille pas par l'élégance \ des formes, il est xm peu trop ramassé pour s cela ; mais Û a de la cambrure» de l'allure ^ et de l'avenance. Qui a vu des chevaux canadiens et des chevaux de l'île de Sable n'a pas de peine à voir qu'ils sont consanguins.

A rencontre des alzados qui vivent en commun par troupes nombreuses ; mais à l'instar des tarpans qui se partagent, les léris vivent en petites bandes de dix à vingt de tous âges, sous la conduite et la .

protection d'un étalon vigoureux. Chaque \ bande a son territoire distinct. A l'appro- \ che de l'homme, ou à l'occasion d'une intrusion quelconque, le chef rassemble sa troupe et la met en retraite, lui restant seuil à l'arrièxe-gardei faisant &m au dan*

42 LES 8ABL0XS.

ffer présumé. Oampé sur ses jarrets solides, la tète en l'air, Tœil en feu, secouant son énorme crinière, frappant le sol de son sabot de fer, il semble défier, en le menaçant, qui rient ainsi troubler le repos de son domaine. Quand la troupe a mis entre elle et Tennemi un espace jugé suffisant, il la rejoint au galop, pour se remettre à «a tète.

On raconte que les alzados des pampas s'approchent des caravanes, aux hcutes du jour et pendant la nuit, invitent par leurs hennissements les chevaux domestiques à les rejoindre et incorporent à leurs bandes, ceux qu'ils réussissent à faire déserter.

Les tarpans de l'Ukraine, au contraire, fuient à la vue de l'homme et de tout ce qui le rappelle. Lord B]^ron nous les représente, arrivant à la voix de leur cama« rade mourant ; mais à la vue de Mazeppa et de ses liens : — ^'^Is s'arrètent...ils fré- *' missent. ..ils respirent l'air avec inquié-

" tude bondissent, s'écartent. s'é-

^ lancent et se sauvent vers le couvert. " Les léris, eux, n'ont point l'espace des vastes plaines et des steppes : limités dans leur domaine, durcis par un climat sévère, leur jalousie d'indépendance revêt un caractère plus âpre et plus sauvage. Ils mettent à mort, immématement, tout cheval domestique qu'on lâche sur Pile de Sable. Ceci s'est renouvelé plusieurs fois :

les chevaux amenés eu diffëreuts temps pour le travail, pour la capture des bidets sauvages, ou pour satisfaire à la manie des croisements quand même, ont tous succombé, en peu de iours après leur mise en liberté, sous le sabot et la dent des léris.

I^a couleur dominante chez les léris est le bai marron : toutefois, la couleur bai se retrouve parmi eux dws toutes ses nuances, du bai le plus sombre, voisin du noir, au bu clair, voisin de Tisabelle : On en rencontre quelquefois de noirs et da pies*

HISTOIBE.

On a déjà vu que, antérieurement à l'époque colombienne, les côtes du Nord Amérique étaient fréquentées par les marins de Normandie, de Bretagne et de Bis* caye, chasseurs de baleines et de morses et pécheurs de morues : Thévet dit que le Cap-Breton est ainsi nommé, — "à cause *' que c'est là que les Bretons, Biscaiens *^ et Normands vont et costoyant, allans en ^' terre neuve pour pescher des molues. "

Oe sont encore ces marins qui donnèrent les noms de Sablon et d'île de Sable au coin de terre qui nous occupe en ce mo« ment Toutefois, cette connaissance des parages de l'Amérique du Nord était étran« gère à toute idée de découverte, d'ezplo* ration et d'établissement permanent ; c'est I>ourquoi le roi de France François I, désireux de prendre sa part du nouveau continent, dont les Espagnols et les For^ tugais possédaient déjà une large partie, fit armer les expéditions de Yérazzani en 1628 et de Jacques Cartier en 1584, pour reconnaître le Nord* Amérique et en prendre possession» en vue d'établissements à suivre.

La première tentative de colonisation française en Amérique, qui constitue, en même temps, le premier événement régu« lièrement constaté de l'histoire de Txle de Sable, fut celle du baron de Léry. Berge* ron et Jean de Laêt, se répétant, donnent pour date de l'expédition de Léry Tannée 1618. Si cette erreur n'est pas, dans son origine, une erreur d'ipipression, (1518 au lieu de 1588) c'en est bien certainement alors une de chronologie ; car la critique historique force à donner pour date au voyâge du baron de Léry,run6 des deux années 1588 ou 1589.

La tentative du baron de Léry, qui ve« nait avec des petits navireSi comme étaient tous les bâtiments de ce temps, encombrés d'animaux de ferme et du matériel nécessaire à la formation d'un établissement agricole, a dû, de toute nécessité, avoir lieu après et non pas avant les premières ex-

Séditions de découverte et d'exploration, 'autre part, cette tentative a dû précéder l'octroi des lettres patentes données à Boberval par le roi irançois I, en 1540 ; car, durant l'existence des privÛèges accordés à Boberval, de Léry n'eût pas eu le droit de coloniser l'île de Sable, que François I mentionne spécialement dans ses lettres -patentes. A toutes ces raisons, fourmes

Sar la critique, pour assigner à l'expédition 6 Léry une date qui doit se ranger entre

46 LES SÀBLOKa

celle du second voyage de Oartier et celle de la commission de Boberral, viennent s'ajouter les témoignages de Ghamplain et de Lescarbot, que corrobore encore la cir* constance de la paix de Nice, conclue en 1688 entre Charles Quint et François I.

On verra plus loin que de Léry s'était adjoint des rortufirais, dans l'exécution de son entreprise. Ohamplain, écrivant en 1604, ne mentionne que les Portugais et dit que leur descente en l'île de Sable avait eu lieu **plu$ de soixante ans " auparavant; or la date approximative de 1589 est antérieure de soixante-cinq ans au récit de Ghamplain. De son côté, Lescarbot qui, lui, ne mentionne que de Léry, écrivant en 1609, dit : — " Il y a environ quatrevingts ans " ; or la date de 1589 est antérieure de soixante-dix ans au récit de Lescarbot. Dans le rapport de la navigation de Sir Humphrey G-ilbert, en 1588, il est fait mention de la même tentative de colonisation, sur le récit d'un marin portugais alors présent à Saint-Jean de Terreneuve, lequel racontait avoir lui-même été témoin, dans l'île de Sable, du débarquement du bétail opéré dans cette île en cette occasion ; et le mémoire dit : — " fl y a environ trente ans." On 6ait,que moins qu'aucune autrcyla chronologie du gaillard d'avant se pique de précision et d'exactitude mathématique ; environ trente ans et environ

LSS SABLONS. 4*7

quarante ans sont bien à peu près des équivalents pour un vieux matelot; or Tannée 1589 donne quarante-quatre ans avant le voyage de Q-ilbert. un matelot qui aurait été à Tàge de vingt*et-un ans témoin du débarquement de Léry-portugais sur Tîle de sable, n'aurait pas encore été un vieillard en 1588, année de l'entrevue avec Sir Humphrey; tandis que pour avoir été témoin oculaire d'un événement en 1518, dans sa jeunesse, il aurait eu plus de quatre-vingts ans à l'époque du voyage de Gilbert ; or on n'embarque point de marins de cet âge. Il faut bien remarquer que, dans tous les documents du^ temps, il n'est jamais parlé de deux interventions des Portugais dans cette affaire, mais d'une seule. En dehors de la date approximative insérê'e dans la relation de la navigation de Sir Humphrey Q-ilbert, rien ne peut faire croire à xm débarquement d'animaux sur l'île de Sable en 1558.

Tout donc force à conclure que les Portugais, dont il est fait mention, étaient associés ou compagnons du baron de Léry, et que cette tentative de colonisation a dû avoir lieu vers 1589.

Yoicl le passage des voyages de Champlain où il s'agit de cette expédition ; — '' L'île est fort sablonneuse et n'y a point '' de bois de haute futaie, ce ne sont que '' taillis et herbages que pasturent des

i8 LKS SABLONS.

*' bœufs et des vaches que les Portugais y " portèrent, il y a plus de soixante ans, *' qui servirent beaucoup aux gens du ^ marquis de la Socbe."

Lescarbot, de son côté, parlant de l'expédition du marquis de la Boche, en 1698, et du grand secours que furent aux colons du marquis, les vaches qu'ils trouvèrent en grand nombre sur l'île, dit : — " Qui y " furent portées, il y a environ quatre- '' vingts ans, au temps du Itoy François I, * '* par le sieur Baron de Léry et de Saint '* just, vicomte de Gueu, lequel avant le ** courage porté à choses hautes, désirait ^ s'établir par delà, et y donner commen- ** cément à une habitation de Français ; '* mais la longueur du voya^ l'ayant trop ** longtemps tenu sur mer, il fut contraint '* de décharger là son bestial, vaches et ** pourceaux, faute d'eaux douces et depà* ^ turages. Et des chairs de ces animaux, '* atyourd'hui grandement multipliés, ont ^* aussi vécu nos dits Français, en la dite " île, tout le temps qu'ils y ont été."

Ohamplain et Lescarbot s'accordent sur l'époque approximative de cette tentative de colonisation, comme sur les détails de l'événement. Le Père Leclercq vient réconcilier les deux textes, en ce qui concerne les auteurs de cette expédition, et démontrer jusqu'à l'évidence, qu'il ne s'agit pas ici de deux entreprises, mais d'une action

LES SABLOXS. 49

combinée entre de Léry, chef du mouvement, et des Portugais qu'il s était associés ou qui s'étaient Joints à lui. Toujours à propos des colons de la Boche, Leclercq dit : — " Il est vray qu'ils trouvèrent quel- " ques vacho^ et pourroaux que Monsieur " de Léry et des Pn; luffais y avaient laissé, " lorsqu'ils tentèrent d'y feire un établis- " sèment."

De Léry, comme on le voit, apportait tous les éléments d'une colonisation sérieuse. On a montré de l'étonnement de ce qu'il ait choisi l'île de Sable pour lieu de son premier établissement ; mais en y réfléchissant, on ne peut qu'admirer la sûreté de coup d'œil dont il fit preuve en cette occasion : avec cela que les Sablons, — étant donné l'énergie, le travail, la so- !

briété et la persévérance des hommes de I

cette glorieuse époque, — auraient pu être, i

avec le temps, transformés en une petite |

baronie tràs sortable. Sept mille arpents de bons p&turages, avec chasse et pèche abondantes, ne sont point des biens à dé- !

daigner. Le résultat est venu, du reste, |

justifier ce choix: les animaux déposés |

sur l'île de Sable s'y sont multipliés, au - ;

point de servir au ravitaillement des na-.

vires, à la nourriture des malheureux nau- |

fragés et à des chasses fructueuses, pen« "^' ;

dant trois siècles. Winthrop nous apprend que la race bovine s'y comptait par cen-

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