‹ Les Sablons (l'Ile de Sable) et l'Ile Saint-Barnabé (volume 2)Chapitre 2 sur 15 · L1SS SABLONS · texte numérisé non relu

L1SS SABLONS

taines de tètes vers le milieu dn dix* septième siècle. Il n'y avait pas, sur tontes les côtes de la Nonvelle-AngleteTre, de l'Acadie et dn Canada, nn point snr lequel un pareil résultat eût pu se produire, à cette époque, à cause de la forêt et de ses habitants. Dans ces récits, il n'est point fait mention des petits chevaux sauvages, pour la raison bien simple qu'on ne tenait compte que du bétail qui sert d'ordinaire à la nourriture de l'homme. O'est seulement au commencement de ce siècle, après l'extinction de l'espèce bovine sur l'ile, dans les premières années de l'existence de la Station de Secours, qu'on a fait ser« vir, en quelques rares occasions, des chevaux à ralimentation des naufragés.

Le second événement historiquement constaté dont les Sablons ont fourni le théâtre, a été le naufrage du principal navire de l'expédition de Sir Humphrejr Gilbert, en 1588. Les documents qui concernent cet événement font partie de la collection d'Haklu^t.

Sir Humphrey G-ilbert avait laissé l'Angleterre pour un voyage d'exploration, dont il voulait faire un cours de G-rande Navigation. Il avait cinq navires des mieux équii>és de ce temps-là, et des pilotes expérimentés : un savant de haute pincée était attaché à Texpédition, qui comptait jsaime un poète hooigiois^ chargé de celé-

brer, en vers latins, les exploits de Sir Hnmphrey et de ses compagnons. Les cinq bâtiments se nommaient resx>ectiye« ment — le DeliglU^ le Raleigh, le Oolden Hinde^ le Swallow et le SquirrelL Sir Hnmphrey était un homme distingué par son mérite personnel et par ses relations de famille. Il était frère de mère de Sir Walter Ealeigh, fondateur de l'Etat de Virginie. Il avait avec lui, pour commander en second, le capitaine Èichard Brown, un des marins anglais les plus renommés du , temps, que la relation du voyage représente, de plus, comme **un vertueux, hon- '' nête et discret gentilhomme/'

On fit d'abord voile pour Terreneuve, où Sir Humphrey prit possession de Saint- Jean et de detix cents lieues tout autour^ au nom de Sa Majesté la Keine Elizabeth. Il fit faire quelques explorations dans le voisinage de Saint- Jean. La mutinerie, la désertion et la maladie s'étant mises au sein de ses équipages, il dut se décider à renvoyer deux de ses navires en Angle-' terre, le Ealeigh et le SwaUoWy et, méditant une longue croisière, il se dirigea, dans la seconde moitié du mois d'août, avec ses trois autres navires, vers l'île de Sable, où il comptait se ravitailler par la chasse des vaches sauvages qui abondaient dans cette île. Gilbert lui-môme montait le Squirréll^ du port de dix tonneauXi dit la r^ation ;

on appelait encore ce petit bâtiment la Frégate, comme on surnommait le DeligM VAdmiraU. Ge dernier navire» le plus grand des trois, du port de cent yin^t tonneaux, était commandé par le capitaine Brown.

A propos du tonnage de ces bâtiments, il faut bien remarquer que le tonneau d'alors n'était pas le tonneau d'aujourd'hui, le système de jaugeage étant bien différent.

Dix tonneaux, capacité delà JV-^g*afe, comme on l'appelait, équivalaient à environ trente tonneaux d'aujourd'hui.

La relation rendant compte du motif

3ui les avait conduits vers l'île de Sable, it : — :'* Sablon gît au large de Oap-Breton, " environ vingt-cinq lieues. C'est là que '' nous avions déterminé d'aller, sur le récit '* que nous avions d'un Portugais, pendant ** notre séjour à Saint-Jean, lequel était *' présent lui-même quand, environ trente ** ans auparavant, les rortugais déposèrent ^ du bétail et des cochons pour l'élevage, ** lesquels se sont grandement multipliés.'* G-ilbert avait trouvé, ancrés dans le port de Saint-Jean, 86 navires de pêche de di* verses nations : ce qui explique la ren»

contre du matelot portugais et la désertion de plusieurs des marins de l'escadre an* glaise.

O'est dans les derniers jours du mois d'août 1588, que les pilotes de Sir Hum* phrey eurent connaissance de l'île de Sable»

après nne navigation de huit jours, depuis le départ de Saint-Jean de Terreneuve, VAdmirall tenait la tête de Tescadre et il y avait du brouillard quand les bâtiments approchèrent de la barre de TEst. On faisait ffrande musique le soir à bord de VAdmirall^ laquelle était entendue sur les deux autres navires : la narration dit, à ce sujet : — ^* comme le cygne qui chante avant de mourir.*' Evidemment les trois bâtiments, ' vu la nuit et le brouillard, étaient alors en panne. Le vent fraîchissant, la brume se dissipa et, le matin du 29 août, on aperçut le principal navire engagé, par une grosse mer, sur les hauts fonds, où il fut bientôt échoué.

Q-ilbert, incapable de i)orter secours à ses gens, vit VAdmirall s'enfoncer, puis se rompre sous ses yeux, — " Les deux autres " navires, continue la relation, s'échappè- '' rent en faisant est-sud-est, lé nez dans ^ le vent, amures au plus près, la sonde ^ donnant tantôt sept brasses, puis cinq, ^* puis quatre et moins ; de nouveau :.

*' grande eau, puis quatre brasses, puis ** trois, la vague s'élevant haute et puis- j

" santé." Sir numphrey, après avoir croisé 1

pendant deux jours dans le voisinage en . '\

quête de ses compagnons naufragés, reprit, avec le Squirrell et le Oolden Hinde^ le che- |

min de l'Angleterre qu'il ne devait jamais |

revoir ; car, à quelques jours de là, u périt j

sur le Grand Banc, dans une affreuse tem« p6te, ^ui fit couler bas le Squirrdl qu'il montait. Le Hinde seul parvint à destination et c'est au capitaine de ce bâtiment, Edward Haies, qu'est due la relation de ces événements, I^n premier mémoire, antérieur au naufrage, appelle Haies, j9m« cipal acteur de l'expédition et propriétaire du Golden Hinde.

Il périt près de cent hommes dans le naufrage de V Admirait à l'île de Sable,

Sarmi lesquels il faut noter le capitaine îrown, le poète Parmenius et le savant innommé, probablement xvifellow d*Oz« ford. Hakluyt a publié deux lettres de Parmenius qu'on appelait Budœus, parce qu'il était de Buda-Pestb. Ces lettres, dont Tune est écrite en latin et l'autre en anglais, sont adressées à Hakluyt en personne, elles sont datées de Saint-Jean de Terre« ueuve.^ La première porte pour signature Stephànus Parmenius, Budeius ; le poète s'y plaint de la maigreur de son sujet en ces termes : — *' quid narrem^ mi HaJduytey quando praeter solitudinem nihil video.^* On a encore de ce poète, dans Hakluyt, un poème latin à l'honneur des Anglais.

Tout l'équipa^ de V Admirait ne périt pas dans le natmage de ce navire : seize marins^y compris le pilote Richard Olarke, Mrvinmnt às*échapper dans une chaloupe.

JLprès une navigation de plusieurs jours,

périlleuse et accidentée, ils arrivèrent sur les côtes de TAcadie. Là ils furent recueil* lis par un navire du x>ort de Saint-Jean de Luz, ramenés en Europe et débarqués en France, d'où on les repatria. Clarke, que la relation de Sir Humphrey accuse d'avoir été, par son incurie, la cause de la perte de r Admirally répond à cette accusation dans son mémoire, où il rend compte, à sa manière, du naufrage et de son retour en son pays.

Ce fut en janvier 1598 que le Eoi Henri lY donna des lettres patentes, dans lesq^uelles, après avoir fait mention des motifs et intentions consignés dans les lettres données par François I au sieur de Boberval en 1540, il concède au marquis de la Boche les mêmes pouvoirs que ceux qui avaient été accordés à Boberval et la même autorité sur les — " isles et pais de " Canada, isle de Sable, Terreneuves et " autres adjacentes ",— dans le but de procurer aux peuples de ces pays la connaissance du vrai Dieu et de travailler à l'exaltation du nom chrétien. Il s'est élevé une question de critioue historique relativement à la date de l'expédition dû marquis de la Boche. Bergeron dit que cette expédition eut lieu en 15*78, en vertu de la Commission qui fat donnée en 15^*7 4 de la Boche par Henri III. Ohamplain et Lescarbot affirment, avec raison» que ce

fut en 1698, en vertu des lettres patentes délivrées au même marquis par Henri IV.

On peut consulter comme pièce critique SUT le sujet, l'intéressant ouvrage de M.

Henry Harrisse intitulé : — " Notes pour " servir à l'Histoire, à la Bibliographie et ** à la Cartographie de la Nouvelle-France,

" par H H "

La piersonne choisie par Henri IV pour Viceroi des nouveaiix pays, était un grand

Strsonnage : il avait été gouverneur de orlaiz et avait présidé les Etats de Nantes en 15T4 : appartenant à la haute noblesse de Bretagne, il avait dans sa Jeunesse, été page de Catherine de Médicis.

Le récit de ses noms, prénoms et titres, se lit comme suit, dans les lettres patentes du Eoi : — ^TroïUus du Mesgouèts, Cheva- " lier de Kôtre Ordre, Conseiller en Nôtre ** Conseil d'Etat et capitaine de cinquante " hommes d'armes de nos ordonnances, le "Sieur r'^' '• Roche, Marquis de Coten- " meal - Las, Vicomte de Caren-

" fr- ^ ./ ;. ^ il Normandie, Vicomte

*' cie T* i iiot, yieur de la Eoche, Q-om- ** maîo et Quermoelec, de Gbrnac, Bonta- " çuignon et liscuit."

Le nouveau vice-roi de " Canada, Isle " de Sable, Terres neuves et adjacentes " partit donc au commencement de l'année 1598 : le navire qu'il montait lui-même, dit la chronique du temps, était si petit

Sue, du pont, on pouvait se laver les mains ans la mer. Il avait pour pilote un marin normand du nom de Chef-d'lio^t*»!, et il emmenait avec lui, à part dot; tMjuipa^es marins, une soixantaine d*homui<^s, la jSupart tirés des prisons de l'Iv: m t. Cok hommes étaient, en toute pn»!) /!>iiito, des soldats de fortune prêts à çr rvir toutes les causes, moyennant soldo, pilîo^jcô ou ripaille, cette fois engagés de foro^ dans une expédition aventureuse ot pv'îriileuse, njais dans laquelle on leur donnait Tocoasion de racheter leur pas.^é, avec Tespoir d'un établissement avantageux.

Laissons parler les écrivains qui nous ont conservé la mémoire de ces événements, pour apprendre ce qui advint de cette tentative de coloniser le nord du continent d'Amérique. . Champlain dit : — " Le Marquis de la Eoche, de Bretagne, " en Tan 1598, fit équiper quelques vais- ** seaux avec nombre d'hommes ; mais *^ comme le Sieur de la Eoche n'avait au- '' cune connaissance des lieux que par un ** Pilote appelé Chédotel de Normandie, il *' mit les gens du dit Sieur de la Boche |

*' sur l'Isle de Sable, distante du Oap Bre- *' ton de 25 lieues au Sud, et furent sept ** ans abandonnés en ce lieu." Lescarbot raconte que *' En l'an 1598

*' le Marqxiis de la Boche •«

*' s'embarqua avec environ 60 hommes et

" n'ayant pas encore reconnu le pays, il *' fit descente à Tlsle de Sable, oui est à " 26 ou 80 lieues de Oampseau, isle étroite ** mais longue d'environ 20 lieues (1), gi- ** saute par le 44^ et 48^ degrés... Ses gens ** demeurèrent cinq ans dégradés en la dite ^ isle, se mutinèrent et se coupèrent la

** gorge l'un à l'autre Le Eoi étant à

** Kouen commanda à Chef-d'hostel, pilote, '* d'aller recueillir ces pauvres hommes

" ce qu'il fit et d'un nombre de qua-

** rante à cinquante en ramenèrent une " douzaine, qui se présentèrent à Sa Ma- *^ jesté vêtus de peaux de loups-marins."

Le Père Leclercq dit "ayant mouillé

^ l'ancre proche de l'Isle de Sable, M. de la " Roche fit descendre les hommes qu'il ** avait tirés des prisons par ordre du Eoi

** et les quitta dans cette isle dans le

" dessein de les rejoindre aussitôt qu'il *' aurait trouvé, aux côtes de l'Acadie, un

•* lieu propre pour y établir une colonie

** Les tempêtes rompirent toutes ses me« " sures et il se vit obligé de repasser

(1) Belativemeat à la longueur de l'Ile de Sable» donnée dilTéremment (comme de nos Jours du reste), par les écrivains du 17e si^le, il y aurait lieu d'examiner Jusqu'où oela constitue une erreur et Jusqu'où cela peut s'entendre être l'expression d'un fait. Les vents et la vague, comme on ra remarqué plus haut, opèrent, d'époque en époque, des changements consi* darables dans les dimensions de cette Ue, toute con^ tituée de sables mouvants.

" en France et d'abandonner ses gens

'* au hazard."

Oharlevoix dit des gens du marauis de la Roche qu'ils ** rencontrèrent sur le bord " de la mer quelques débris de vaisseaux " dont ils fabriquèrent des barraaues, pour " se mettre à couvert des injures du temps :

" c'étaient des débris de navires espagnols " qui étaient partis pour faire un établis- " sèment à Tlsle Eoyale, De ces navires, " ajoute Charlevoix, il était sorti Ç[uel<jues " moutons et quelques bœufs qui avaient " multiplié dans llsle de Sable "

Il est bon de remarquer, à propos de ce dernier passage, <iue les débris de navires de toutes les nations, dont les bâtiments visitaient alors depuis longtemps ces parages, ne manquaient pas sur l'île de Sable, et <jue les botes de race bovine, qui s'y trouvaient en grand nombre, étaient dues, comme on l'a vu ci-haut, à une autre expédition qu'à celle des Espagnols dont parle Charlevoix, sans préjudice à ce qui aurait pu venir de celle-ci, toutefois.

Les délaissés de l'expédition du Marquis de la Roche ne couraient aucun ris(]^uede souffrir de la faim, ni de l'intempérie des saisons, dans l'île de Sable, armés et outillés comme ils l'étaient ; car Lescarbot

nous dit : " ayant là déchargé ses gens

"et bagage"; mais ils durent avoir

recours aux peaux des animaux tués par

eux, i)onr remplacer leurs habits et couvertures d'étoffes, à mesure que ceux-ci faisaient défaut. Ils devaient être fournis de craines de semence ; car le souvenir traditionnel de leurs cultures s'est conservé jus<;^u*à aujourd'hui : un quartier de l'île a toujours, depuis, porté et porte encore le nom de " Jardins français ". Leurs chasses étaient si fructueuses que, lors de leur retour en France, ils api>ortàrent avec eux — ^*^.. des cuirs et des peaux de loups- " marins, dont ils avaient fait réserve" — dit Lescarbot. Ohamplain ajoute que, pendant leur séjour sur Tile de Sable, ils — '^ prirent grande quantité de. fort beaux *' renards noirs, dont ils oouservèrent bien *' soigneusement les çeaux ". — Ces peaux, en effet, valaient la peine d'être conservées avec soin; car chaque peau de renard noir, qui se vend atgourd'hui en Europe deux cents piastres, prix moyen, pouvait rapporter alors au moins trois cents livres (francs), ancien cours.

A leur arrivée en France, le bon Boi, Henri lY, se les fit présenter dans leurs habits de peaux, leur fit grâce de toutes les condamnations qui pouvaient peser sur ouelques-ims d'entre eux,et ordonna qu'on donnât à chacun d'eux cinquante écus. Ils étaient ojoze survivants et leurs noms ont été conservés dans les Begistres d'Audience du Parlement de I^ueUi année

1608. Voici ces noms qu'on sera peut-être curieux de connaître, après le récit de semblable aventure. — " Jacques Simon "dit la Rivière, Olivier Delin, Michel " Heulin, Robert Piquet, Mathurin Saint " Q-illes, Gilles le Bultel, Jacques Simo- " neau, François Prévostcl, X«oys Des-

V' " cbamps, Q-eofl&oy Viret et François

'. " Delestre."

Remarquons ici que la date du procès Ohef-d'hostel Àxe, d'une manière incontestable, la date de rezpédition du marquis de la Roche à Tannée 1698.

Dans cet abandon de ses gens, pendant cinq ans, nul blâme ne peut s'attacher à la conduitç du marquis de la Roche ; au* cun des écrivains de l'époque n'a j>roféré contre lui la moindre accusation. La .ruine de son entreprise fut aussi la ruine de sa fortune ; il était, à son retour en fVance, et il demeura jusqu'à sa mort, dans l'impossibilité d'aller reprendre ses colons. O'est à ^p démarches, comme le dit Lescarbpt, ^û^est dû l'ordre formel, donné par lô roi, à Ohef-d'hostel de les «lier chercher. Il n'en est pas tout à fait de même du pilote Ghef-d'hostel ; il fut accusé d'avoir Uam caché l'ordre du Roi, pour accaparer les précieuses fourrures

3ue ces pauvres gens emportaient de l'île e Sable, stratagème qui, heureusement, n'eut point le succès attendu de son au*

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ieuT. n eut avec ces malheureux un procèSi à ce styet, lequel, dit Lescarbot — *^ ils composèrent amiablement."

On se demandera peut-être, pourquoi , les hommes de cette expédition ne se sont pas construit, des débris des naufrages, une barque pour gagner la terre ferme ?

La raison en est bien simple, c'est que nulle part ailleurs, à cette époque, ils n'auraient été aussi bien <}u'à rîle de Sable, pour attendre leur déhvrance. Ce Si jour des colons du marquis de la Boche a donné lieu à une erreur commise par des écrivains anglais, erreur que répètent même des documents officiels ou semiofficiels et qui consiste avoir, dans cet accident, une tentative d'établir une colonie pénale sur l'île de Sable.

Un an après le départ de l'île des colons du marquis de la Boche, en 1604, l'expédition du sieur de Monts, qui devait avoir Sour résultat la fondation de Fort-Boyal 'Acadie, faillit avoir une fin funeste aux Sablons. Ohamplain, compagnon du sieur de Monts, nous dit, dans le récit de ses voyages: ** — Le premier de Mai, nous ** eusmes cognaissance de l'Isle de Sable, ** où nous courusmes risque d'estre perduz ** par la faute de nos pilotes qui s'étaient ^ trompez en l'estime qu'ils firent. "

Winthrop nous apprend qu'en 1688 un M. John £ose fit naufrage sur l'île de

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Sable ; qu'il construisit avec les restes de son bâtiment, une pinasse sur laquelle il se rendit sur la cote opposée d'Acadie.

Rose, qui fournit à Wintbrop une courte mais fidèle description de l'île, rapporta qu'il y avait abondance de mortes, de vaches sauvages et de renards, dont quelques-uns tout à fait noir6 : il estimait à huit cents le nombre dc6 bo3tiauz, tous de couleur rouge.

En 1684, Claude de }lazilly, frère du commandeur de Eazilly, ce dernier alors lieutenant du roi eu Acadie, obtint la concession de Port-Royal, de la Hève et de l'île de Sable. Le commandeur qui était déjà seigneur de Sainte-Oroix, construisit, en société avec son frère Claude, un fort à la Hève, où ils résidèrent quelques années, s'occupant de la colonisation de l'Acadie. Les fiefs concédés aux MM. de Razilly relevaient de la mouvance de Québec, où la foi et hommage devaient être rendus au château Saint*Louis, — ^au lieu et place duquel, hélas I on a proposé de bâtir une hôtellerie :— ^e serait beaucoup d'honneur à faire à l'auberge ; mais au château?

Monsieur de Razilly dut prendre immédiatement possession de son fief de nie de Sable ; car le journal de Winthrop, année 1686, nous dit que les Anglais, étant retournés cette année à l'île pour y faire

la chasse des morses, des vaches sauvages et des renards, y trouvàrent seize Français qui y avaient nivemé ety avaient construit un i)etit fort. Ces Français avaient tué beaucoup de vaches et de renards noirs ; mais n'avaient tué que peu de morses ; parce qu'ils n'avaient pas attendu le temps où ces animaux montent à terre, •— '* pour manger des pois sauvages," — d'apràs ce que dit Winthrop.

De cette date jusqu'à la cession de la Péninsule acadienne à l'Angleterre par le traité d'Utrecht, en 1^18, et après, l'île de Sable a dû être le théâtre de bien des sinistres ; car il se faisait alors im grand mouvement de navires de pèche, de commerce et de ffuerre, dans ces parages.

Jean de Laét, écrivant à cette époque, dit de l'île qu'elle était: — ''desgarnie de " havres et diffamée de naufrages."

Le journal de Winthrop, parlant des premières années de cette période,mentionne deux natifrages de navires anglais. Les hommes du premier navire, lequel ap-

girtenait à sir Bichard Saltonstall, 1686, rent recueillis par les gens de M. de Bazilly sur l'île, envoyés a la Hâve et de là à Boston. L'autre navire fit côte en 1689; l'équipage construisit, des débris de leur bâtiment, une petite barque qu'ils nommèrent Make-Shtft (Fis-aller), sur laquelle ils gagnèrent la terre ferme.

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