‹ Les Sablons (l'Ile de Sable) et l'Ile Saint-Barnabé (volume 2)Chapitre 14 sur 15 · LS8 SABLONS · texte numérisé non relu

LS8 SABLONS

> jotait pas de lumière, mais la fumée {•paisse qui s'échappait du foyer avait enviai toute la hutte, hors de laquelle Tofficier 8*élança, à peine conscient de la cause apparente de ce dérangement. La tradition a conservé le souvenir de l'endroit

\ qu'occupait ce campement. L'emplace-

I ment en était situé dans un vallon qui fait, aujourd'hui, partie du domune d'une troupe de petits dievauz sauvages: on appelle cette troui>e de léris — ''La bande

, de la hutte enfumée. '*

L'officier, sorti de sa We, s'était à peine remis de son trouble, qiril vit se dresser devant lui, dans l'obscurité de la nuit, se détachant en blanc sur le ciel sombre, enveloppée dans un long peignoir flottait, la figure d'une femme qu'il reconnut de suite pour la femme d'un médecin de son régiment, son compagnon d^axpies, passager avec sa famille à bord de l'infortuné transport VAmélia.

La malheureuse femme apparaissait dans l'état où le naufrage l'avait surprise, au milieu de son sommeil, dans cette nuit fatale à tant de victimes. Ses cheveux blonds, longs et abondants, flottaient sur ses épaules et sur sa longue robe.blanche ; elle tendait vers Tofficier sa main droite, dont un doigt mutilé paraissait encore tout saiffnant.

On sut| dès lors, que cette femme, jetée

par la Vague au rivage, dans Timpuissauce d'uu évanouissement profond, fut, pour un instant, rappelée au sentiment de Tezistence par la douleur d'une mutilation opérée, par un boucanier, sur un de ses doi^s qui portait un anneau précieux.

L'infortunée, en constatant sa blessure et Tenlèvement du joyau auquel elle atta*chait un très haut prix d'af^ction, s'était levée toute droite, comme un spectre, en face de son bourreau. Incapable d'articuler un seul mot, elle tendait vers lui, que la terreur clouait sur place; son doigt saignant, pour réclamer l'anneau et sommer le brigand de le remettre à sa main.

Le boucanier ne remit pas l'anneau et la dame retomba bientôt sur le sable, pour ne plus se relever vivante. Depuis ce moment, cependant, le si>ectre de la victime était totyours là présent devant le misérable, ce doi^t mutilé, toujoxurs pointé sur lui, le hantait sans relàcne ni repos ; il le voyait r>artout. Oe fut en vain qu'il avait quitté l'île do Sable, ce fut en vain ^u'il se défit de l'anneau ; toujours, toujours cette vision le poursuivit, jusqu'au moment qui, pandt-il, ne tarda pas à venir, où, tué par le remords, il fut appelé à comparaître devant le Juffo Suprême.

Depuis cette époque, ronn>re de ''Lbi Dame P&le,*' comme quelques-uns l'ap- )pellent| se montre de tempis à autre, dans

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son long peignoir blanc, les cheveux flottant au yent et la main tendue, dans l'action de réclamer son anneau. Que de fois les pêcheurs et autres marins n'ont-ils pas raconté cette histoire, le soir sur le tillac, quand la barque à l'accalmie repose tranquillement sur Tonde et aue l'on n'entend que le faible clapotis de l'eau sur les bordages ; ou bien, sur la côte, lorsqu'ils se réunissent au coin de l'àtre, dans leurs demeures ; ou bien encore, au bivouac sur la grève, à la lueur d'un feu de bois de rapport, allumé et entretenu avec les débris de barques et de navires, que la mer a rejetés sur ses rivages, après les avoir longtemps portés et bercés sur son sein.

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