‹ Les Sablons (l'Ile de Sable) et l'Ile Saint-Barnabé (volume 2)Chapitre 15 sur 15 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

055a rigidùt verbum docete.

Il est minuit !

Le yent d'automne siffle dans la cheminée son air mélancolique; le grésil fouette les vitres ; le poêle gronde doucement car il fait froid dehors.

La fête de La Toussaint est passée et nous sommes dans le mois des morts.

n est minuit !

C'est l'heure obligée des communica* tiens d'outretombe avec le monde invisible/ C'est le moment des rêves, des ap- Î>aritions, des souvenirs; c'est encore 'heure favorable à la réflexion et à la prière.

Il est nuit !

C'est le temps du repos ... et ... souvent aussi le temps des. grandes souffrances; car tout se touche et se coudoie dans ce monde, la réalité et l'ombre, la vérité et le mensonge, le bien et le mal, la joie et la tristesse, le plaisir et la douleur.

G nuit ! Quel mystère préside donc à ton cours ? Que la naissance et la mort, l'amour et la haine, le dévouement et l'abandon, la pénitence et Torgie, la peur

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et Taudace aiment le voile do tes ombres 1

Il est niiiit !

La douleur m'a visité. Dans la trêve n'elle m'accorde, en ce moment, je jouis e cet état de repos langoureux qui vient, de temps en temps, comme au secours de l'esprit et des nerfs fatigués instants de douce abstraction, de demi sommeil des sens qu'embellissent la méditation et la rêverie.

Mon rêve est des Sablons, dont je viens de terminer l'histoire. Ce petit coin de terre, tourmenté par les éléments, mais autrement exempt des agitations du monde, a cet attrait qu'ofiSrent les solitudes et ce charme salutaire que produit, dans les âmes sensibles, la visite des tombeaux.

Comment fiites-vous d'abord formés, amenés ensemble et soulevés au-dessus des flots, ô Sablons ? Qu'étiez-vous dans l'œuvre des six jours ? " Dans ce Jour que le Seigneur Dieu fit le Ciel et la Terre ! "

Un certain travail s'opère encore en vous, comme en tous les autres matériaux de ce globe que nous habitons ; mais si lentement, si lentement, que l'esprit de l'homme, toiyours inquiet et toujours porté à scruter les mystères de la création,

s'est pris à calculer combien, à ce taux, de millions et de millions d'années il a fallu, pour constituer la terre telle qu'elle nous apparaît. Demandez donc à la fourmi du désert l'explication des pyramides !

Les six jours ont-ils été des jours de courte durée? Ont-ils été des jours-périodes ? Ont-ils été tous de même étendue de temps? Ont-ils, au contraire, différé peu ou immensément de longueur ? Ce mot jour n'est-il ici que l'expression d'un mode, de séries de temps ?

Je n'étais pas là, ODleu Créateur, quand vous jetiez les fondements de la terre.

Que votre grâce me garde de la folle tentative de maîtriser vos secrets. Tous êtes l'Etemel et vous êtes le Tout-Puissant! Votre Patience dispose du temps et ne • connaît point de bornes. Votre Force tient dans sa main l'éclair et n'admet point d'obstacles. Vous avez pu vous complaire, pendant un temps incommensuraole, qu'il vous convient d'appeler jour, à faire se développer et se succéder les choses que vous aviez conçues, et vous avez pu faire surgir et se coordonner des merveilles et des mondes, par un simple acte instantané de volition.

Après cela, la cause étant admise et la foi dans la parole de Dieu, comprise ou non, étant donnée, permis à l'homme de iq^éouler sur le comment, d'imaginer des

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hypothèses ; car il est écrit de Dieu et des fils de la science humaine : — Tradidit mundum dispuUUionibus eorum. Oes discussions ne sont pas près de finir : mais prenons garde, ne dépassons pas la mesnio, oar il est également écrit de Dieu et ih^n enfants de Torgueil humain: — Irridr.it eos! Or, le sarcasme de Dieu, c'est uu i^^r rougi au feu de sa colère.

A part la science pratique, <jui est un besoin, chacun, dans la pi ri ne liberté des enfants de Dieu, i>eut se livrer à l'étude spéculative de la nature, "la pire des " occupations que Dieu ait données aux ** enfants des hommes, " dit l'Ecclésiaste.

La science a ses légendes et sa poésie ; mais repoussons toute hypothèse, tcut système qui se trouve en contradiction, même seulement apparente, avec la doctrine ; et méfions-nous de ce qui semble heurter le sens naturel de l'Ecriture. En dehors du do^e, de la morale et de la discipline, qui ont un interprète autorisé, et infaillible, Therméneutique a ses obsourités et ses mystères, et combien plus incertaine encore est l'interprétation de la nature I Au mieux aller, notre science, de ce dernier côté, n'est qu'un autre mode d'iraorer, c'est la docta i^norantia.

Quelle immense pitié ne doivent donc pas inspirer ces pauvres insensés, qui, s'extasiant devant l'œuvre, refusent de re-

connaître TouTrier et de croire à son rapport ; qui, pour vouloir capter Tadmiration, éphémère et sans valeur, de ju^es incompétents, auront à lamenter, dans les siècles des siècles, un poignant et inutile erravimus ! Là, ils se trompaient, ces docteurs qui, avec leur raison Dornée, préteiidaient résoudre tous les problèmes et dissoudre tous les mystères; ils se trompaient, ces fanfarons de fausse science qui voulaient écraser, de leurs dédains impuis* sauts, ceux qui avaient raison avec la Foi et par la Foi. Avec et par la Foi qui cherche sans inquiétude comme sans dé*

faillance, — Fides ! quœrens intellectum.

Ou mieux encore, avec et par la Foi simple, la Foi des humbles : don lumineux et inef* fable, qui donnait des tressaillements au Divin Cœur du Sauveur et le faisait s'écrier : — "Je vous rends grâce, mon ^ Père, Seigneur du Oiel et de la terre, de " ce que vous avez caché ces choses aux " sages et aux prudents, pour les révêler ** aux i>etits."

Ils se trompent^ les savants de l'incré* dulité, et ils ne peuvent pas ne pas se tromper. Leur méthode pècne par la base :

ils prétendent se désintéresser des causes

Sremières et n'avoir point à se préoccuper e la fin des choses. Des études faites dans ces conditions ne peuvent satisfaire

LSS SABLONS. 129

r i*un illuminé ou un charlatan. On nie le mystère, pour débiter des arcanes,

Eu dehors des livres de science grossie* rcment matériali8tes,le plus grand nombre des autres est entaché de ce mal qui consiste à tout confondre et à tout embrouiller, et qui est le propre de notre époque. On y voit, mêlés et enchevêtrés ensemble, des faits aussi intéressants qu'utiles à connaître, des maximes irréprochables, des hypothèses plausibles, d'autres qui ne le sont guère, d'autres qui restent sans danger bien qu'absurdes, et avec cela des systèmes qui, sans intéresser directement la foi, portent cependant le cachet du manque de respect pour les choses de l'ordre supérieur ; puis des assertions contraires à l'évidence, d'audacieuses propositions en contradiction directe avec les vérités relatives et les vé« rites absolues. Telles sont ces chronologies extravagantes appliquées à l'histoire de l'humanité, ces doctrines du transformisme des êtres organisés, de l'automatisme de la matière, inventées pour contredire l'Ecriture, affaiblir ou détruire la notion d'une Providence préordonnante, dirigeante et conservatrice, et bouleverser toutes les i^ées qui se lient aux dogmes de la Bévélation, de la Ohute, et de la Eé« demption.

On s'est basé sur les pierres taillées et

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les pierres polies, dont se sont servi, des tribus tombées dans l'état sauvage, pour attaquer l'origine adamique et noachique de rhomme. Oes kges de pierre sont de mille coudées au-dessous de l'âge d'or et de l'âge de fer des poètes païens. On en apprend plus, sur les conditions matérielles de l'homme, dans l'histoire de Bobinson Orusoô que dans les gloses de ces messieurs : sans compter que la bévue et la supercherie se sont fourrées dans leurs trouvailles.

Soyons fiers delà certitude de noscroyances et n'ayons pas de coupables, ni même d'imprudentes faiblesses. En face de toutes ces affirmations aussi osées que fausses, de ces hypothèses qui, demain, seront remplacées par d'autres, avec des prétentions égales, comme elles-mêmes ont remplacé celles qui les ont précédées ; lès chrétiens peuvent dire, à ceux qui s'adjugent le monopole du savoir, ce que Job disait à ses contradicteurs : — "N'y a-t-il " que vous qui sovez des hommes ? La " sagesse devrart-elle mourir avec vous ?

^ N'avons-nous pas le sens comme vous ?

" Qu'ignorons-nous que vous sachiez ? "

Nous n'avons guère de ménagements à garder pour ceux c[ui traitent nos croyances de superstitions et nos pratiques religieuses de momeries, qui nous dément la noblesse de notre origine et qui

blasphèment notre Dieu. Ne sommes* nous donc pas assez malheureux, assez humiliés de notre chute, tous tant que nous sommes, pour que nous allions aggrarer notre situation de jactanôes ri£* cules et de soulèvements insensés.

— Père, Créateur des mondes, ô Fils, Rédempteur des hommes, 6 Esprit-Saint, sanctificateur tout-puissant, ô Dieu Trinité, ^ Dieu des sciences, " éclairez les intelligences, fortifiez les Tolontés, purifiez les cœurs, afin qu'après avoir gémi de notre ignorance x>endant notre courte vie, nous allions, durant Tétemité, boire à la totalité du savoir et de Tamour, dans la contemplation de vos perfections infinies et la jouissance d'une chair et d'un monde renouvelés.

Je me représente les Sablons, au sein cle cet immense et solennel silence qui couvrit la terre, à la suite du Déluge, après que— "fat consumée toute chair qui *' se meut sur la terre, les oiseaux, les ani- ^ maux, les bêtes, tous les reptiles qui ^ rampent sur le sol ; tous les hommes

" sauf Noé et ce qui était avec lui

"daiïs l'arche!"

Seuls alors les habitants des eaux fréquentaient les rivages désertés, seuls les

morses, les phoques et les loups-marins animaient les grèves de Tîle de Sable. Ils étaient là seuls de tous les animaux qui respirent, à humer Tair, à endurer les tem- X>6tes ; seuls à y faire entendre leurs yoiz plaintives ; seuls à s'y multiplier ; seuls à y mourir.

Puis, après un peu de temps, les oiseaux, s'étant propagés sur la terre, atteignirent les Sablons. Il me semble les y voir arriver, peu nombreux et craintifis, y bâtir quelques nids, pour en venir à former ces volées énormes qui s*y jouent aujourd'hui dans le vent, exécutant leurs rondes audessus de Tîle.

Les siècles s'écoulent, l'homme arrive.

Il reconnaît d'abord, il explore ensuite, enfin il s'établit dans ce coin du monde, maintenant séjour de quelques vivants et tombeau de milliers de défunts.

Ma pensée prend plaisir à dormir sur le cours du temps, comme Epiménide dans sa grotte:... puis, au réveil, à revoir»

comme à nouveau, les événements intervenus. O'est ainsi que je vois défila, devant moi, les acteurs de l'histoire des Sablons, dans leur ordre successif : les Norses ; les Normands, les Bretons et les Basques; les explorateurs italiens, français, espagnols, anglais, portugais; le baron de £éry ; sir Humphrey G-ilbert ; le marquis de la Boche et ses colons ; les

pécheurs français et anglais ; les afireux boucaniers,les naufragés de toutes nations; les gardiens de la station de secours ; ils viennent, tour à tour, éveiller mon sou* venir.

A toutes ces réalités, s'ajoutent les cré* ations de Timagination et du rêve, évoquées des profondeurs du possible, pour instruire, efirayer, consoler ou distraire.

Elles paraissent planer, sur leur propres sépulcres ou sur les tombeaux qu'on leur a rêvés, les ombres attristées du poète Magyar et du fellow d'Oxford, la sombre figure du Bégicide, la blanche silhouette de la Dame au doigt sanglant, et, audessus de tous, la douce image du Moine des Sablons.

n me semble, après cela, voir dispersés, à la surface du soi, tous les ossements que renferment ces sables et, ainsi que dans la vision d'Ezéchiel, je crois entendre la Çrande voix de rEtemel-Dieu qui me demande, comme à tous ceux qui sont nés de la femme :

— " Fils de l'homme, orois-tu que ces os puissent revivre ?"

Et moi, à qui, de plus qu'au prophète, il a été donné d'être signé au nom de la Trinité de mon Dieu et de me nourrir de la substance du Verbe fSedt chair, je réponds avec le saint homme Job :

— '* Je sais que mon Bédempteur est

* rivant et que je ressusciterai de la terre, ^ au dernier jour, et que, revêtu de nou* ** veau de ma peau, je verrai mon Dieu; ** dans mon corps : que je le verrai moi- *' même, le contemplant de mes yeux et ^ non par xm autre, dette espérance est là, ** déposée dans mon âme " !

L*ILB BT sns KNVIEONS.

En face de la belle baie au fond de laquelle se po^o coquettement le joli village de Rimouski, entourée des plus beaux asi>ect8 qu'il soit possible d'imaginer, se voit l'île Saint-Bamabé, délicieuse corbeille dé verdure sise au sein des eaux du grand fleuve, dans un endroit de son cours où un espace de près de douze lieues sépare ses deux rives.

Cette île, bien connue des marins, auxquels elle présente deux havres sûrs et commodes contre les tempêtes, cette île, si petite, a une histoire qui ne manque pas d'intérêt et dont je viens essayer ici d'esquisser quelques fragments.

L'île Saint-Bamabé a environ une lieue de longueur sur une largeur moyenne d'à peu près six arpents ; du côté du lar^ la^ marée laisse à peine ses bords, mais du côté de terre, le reflux des eaux permet de faire à pied le trajet de soixante arpents

136 l'île sàint-bàenabé.

environ qui sépare l'île du village, en sni* vant les contours de la battare qui assèche.

L'île est, sauf quelques étroites portions défrichées, couverte de bois de sapins, d'épinette et de bouleaux, et d'une vigoureuse végétation d'arbustes et de plantes portant fruits. Les varecs, aux mille formes et aux cent couleurs, tapissent les rochers et les galets qui l'entourent O'est un endroit de chasse et de pêche; les outardes, les canards et toute la tribu des

f>almipèdes s'ébattent dans l'onde qui 'environne, voltigent autour et au-dessus de ses grands arbres et barbottent dans ses mares. Les coaques se perchent aux branches de sa forêt qui abrite leurs nids, et les goélands par milliers y font retentir l'air du bruit de leurs bruyants coyow^ coyouc^ coyouc.

Des pêcheries de fascines y arrêtent dims leurs dédales des bancs entiers d'aloses, de harengs, de sardines et de capelans ; tandis que le superbe saumon du Saint-Laurent s'y prend aux filets qu'on lui tend. Au large, on pêche la morue et le ftettant^ pendant que les chasseurs poursuivent, dans leurs Itoers canots, la pourcie et le loui>-marin. D'énormes gibbars se prélassent au sein de leur élément et souvent tout près du rivage. Puis, quand l'hiver a mis un pont de glace entre Tile et la terre, que le sol est cou-

l'île baint-bàknabé. 18*7

vert de son blanc manteau, que les sapins courbent leurs branches sous le faix de la neij^e, on traverse à Tîle pour tendre des collets aux lièvres nombreux qui battent, de leurs pieds mollets, les sentiers qu'ils ont tracés sous le couvert.

Oh! Saint-Bamabé, que de fois je t'ai visitée dans mes courses de chasseur, que de fois j'ai reposé la nuit dans tes cabanes ! Que de fois, debout, sur les pointes qui terminent ton domaine, j'ai admiré la beauté de tes environs ! Que de fois j'ai, sur tes rochers, livré ma tête rêveuse au souffle de tes brises et de tes tempêtes.

Puis cette terre du Sud qu'on voit si bien de tes bords s'élever par gradins vers l'intérieur, puis ce village de Bimouski, ne sont-ils pas chers à mon cœur ! J'^ sais des âmes qui m'aiment et ^ue je paie de retour! j'y ai des souvenirs que j'emporterai avec moi, en quittant ce monde !

Le lecteur de ces lignes, si ces lignes ''doivent avoir des lecteurs, en dehors de ceux dont l'indulgence m'est acquise, le lecteur me pardonnera cette effusion, sans laquelle je ne me serais pas senti capable de lui parler de ces lieux : comptant sur ce ^urdon que je sollicite, je passe aux souvenirs historiques qui se rattachent à l'île Saint-Barnabe.

L*SRMITB DE SAINT-BàBXàB:É.

La tradition, d'accord avec les documents écrits, raconte qa*en l'année 1Ï28, un jeune homme, âgé d'environ vingt et un ans, arrivait dans la paroisse de Saint- Gkrmain de Bimouski, alors pour ainsi dire simple mission ; il avait parcouru le éhemin qui, à travers la forêt, conduisait de Bistigouche à Métis, par le lac Metapédiac ; d'ailleurs personne n'a jamais su et personne ne saura d'où il venait.

Qu'était-il ? Avait-il un dessein arrêté quand il avait dirigé ses pas de ce côté ?

Oes questions que, sous mille formes, on lui a posées, il les a constamment laissées sans réponse, et la curiosité, si' vive qu'elle fut, a dû se résigner à se tenir pour vaincue par le silence, gardé jusqu'à la mort, de celui qui en était l'objet.

Le nouvel hôte, qui, en ce moment, venait s'asseoir au foyer hospitalier du seigneur Lepage, ne révéla de. tout ce qui le concernait que son nom : il se nommait Toussaint Cartier. Il était, au reste, un homme parfetit de manières, paraissant

l'ilx sàint-bàbnàbé. 189

avoir souffert» ce que révélait un fond habituel de mélancolie : oien du'illettré, il possédait une somme consiaérable de connaissances, surtout de ces connaissant ces qui font le chrétien.

n était seulement depuis quelques heures en compagnie de braves gens de Simouski, lorsque, s'arrétant au milieu d'une promenade faite avec son hôte sur le bord de Teau, il fixa ses regards vers rile Saint-Bamabé ; puis, sortwt de l'espèce de contemplation qui l'avait absorbé, il s'écria, en s'adressant au seigneur du lieu :

Sur cet Ilot sauvage, Ferai mon hermitagel

Oes mots, prononcés avec une conviction qui saisit celui auquel ils s'adressaient, ont été et sont encore conservés religieusement dans les /souvenirs traditionnels de la famille Lepage, alors propriétaire de la seigneurie de jEtimouski et de l'île Saint-Bamabé.

Oe jeune Toussaint Cartier, dont la maturité d'âme et d'esprit était bien audessus de son âge, n'eut pas à faire de longues et difficiles négociations avec son hôte, pour obtenir la permission d'exécuter son projet, probablement moins subit qu'on aurait pu le croire.

Dans le moment dont il est ici^question,

140 L'ILE SAINT-BAENAB&

le Père Ambroise Eouillard, missionnaire récollet, qui, par humilité sans doute, signait souvent frère Ambroise, se trou- « Tait dans sa mission de Eimouski : le saint homme, comme d'habitude chez les bons chrétiens et comme de sage, fut consulté

Car monsieur Lepage et par le jeune bussaint Cartier. Le bon Père vit une telle foi, une telle détermination chez le jeune homme, qu'il approuva de suite, sous l'inspiration du ciel, le projet qui lui était soumis, et le même jour un contrat fut passé, entre le seigneur de Saint-Barnabe et celui qui désormais s'appellera l'ermite de Saint-Bamabé.

Cet intéressant document, ayant été déposé çlus tard, par copie conforme, dans les archives de monsieur le notaire Deschenaux, existe encorci et j'ai pu le recueillir sur une copie certifiée, £ûte en 1790, et d^nt voici la cote :

" 80 avril 1*790.

'' Copie collationnée d'une donation '* usufruitière d'un terrain dans l'isle " Saint-Bamabé, faite sous seing privé, ** le 16 novembre 1728.

"Par " Sieur LePàgb de Saint-Bamabé "à " Toussaint Oàbtisb. .

^ P. L. DSSOHSNÀUZ."

l'île BAINT-BlBNÀBi. 141

Yoici maintenant le document luimême:

" Pabdevant le Révérend Pèee ** Ambboise Eouillabd, Bécollet-Mis- *' sionnaiie fSetisant les fonctions de curé " dans la paroisse de Saint-Germain et té- '* moingts cy bas nommez, furent présents " en leurs personnes le Sr. LePage de " Saint-Bamabé, seigneur du dit lieu»

'' lequel de son bon gré et volonté a donné, " ceddé, quitté, délaissé et transporté *' comme iî donne, cedde, quitte et délaisse '* au dit toussaint Cartier un endroit dans " la dite isle de St-Bamabé et autant de " terre qu'il en pourra faire et ce seule- <* ment pendant sa vie sans que le dit *' toussaint Cartier puisse la vendre ni " l'alliéner attendue qui Ta demandé au " dit Sir LePaee sous oes conditions et *' qu'après lé deceds du dit toussaint '' Cartier le dit endroit aussi bien que la ''terre qu'il pourra avoir fait retournera *' au d. Sieur LePage ou à -ses hoirs et '* ayant cause attendu que le dit Cartier *' s'est expliqué avec le d* Sr. LePage " qfu'il ne voulait pas se marier et qu'il *' voulait se retirer dans un endroit seul " afin de faire soa salut et qu'il ne préten- *' dait et n'entendail pas avoir aucun droit " sur le dit endroit que pendant sa vie ^' durante, et que au caç que le dit '* toussaint Cartier voulût servir et pren*

142 L'ILS SAINT-BABNABlfi.

" dre les intérêts de la maison comme un " propre enfant le dit Sieur LePage *' s'oblige de lui faire comme il fera à ses " enfants seulement pour son entretien et *' sa yie, et au contraire si le dit toussaint '* Cartier veut agir autrement il fera ** comme il pourra et usera de ce qu'il ** I>ourra recueillir sur son dit bien en *' estant le maître sans toutes fois qu'il ^ puisse empêcher le d. Sr. donateur de ** faire de la dite isle ce qu'il jugera à ** propos soit' foins, pesche ou pâturage ** des animaux dont u seras le maître d'en ** faire comme il voudras sans que le dit *' toussaint Oartier puisse les empêcher ** nj lui ni les siens cédant seulement au ** dit Oartier lendroit qu'il pourra occuper ** par lui-même et la terre qu'il pourra ^ faire pour sa subsistance seulement, et ** que au cas que le dit toussaint Oartier *' vienne sur 1 âge aiant pris les intérêts . *' de la maison, moi LePage nl'oblige et ** les miens de le nourrir et entretenir « dans ma maison le regardant dès lors ** pour un homme de la famille au quel ^ tenùB le dit bien me reviendra ou aux *^ miens sans que le dit Toussaint ni autres ** puissent y rien prétendre ne lui aiant ^ été accordé seulement que pendant sa ^ vie après m'avoir Mt connaître qu'U ni ^ prétendait; rien après son décez. Fait en ** présence de IL père Ambroise Boxdllard

l'île SilNT-BABNABi. 143

<<etde Charles Sonblevent et de Basile " Gragnier tesmoingts qui ont signez aveo " nous le dit Toussaint Oartier ay.mt dé- *• clarez ne soavoir écrire ny si^^uer de ce '' anquis suivant rordonnanco i\ Saint* *^ G-ermain ce quinzième novembre mil " sept cent Yingt-huit. Siprni'î sarroriginal •• père Ambroise LePage <!.• :Saint-Bamabé, " marque de Toussaint Curtier f Charles " Soublevent."

Vient ensuite rauthoatique, comme suit:

'^Collationné et viclimé mot pour mot et *' lettre pour lettre par les Notaires publics *^ en la province de Québec résidants à ^' Québec soussignés sur Toririnal au *^ papier à nous présenté et à Tinstant " remis, fait et coUationné à Québec Tan ** mil sept cent quatre-vii^-^x» le ** trentième jour d'Août après midi.

" Jh. Planté. L. Desohenaux."

Yoilà xm contrat qui mérite d'être coxmu et conservé, un contrat fait pour la considération défaire son salut!

Oe contrat a été observé par les parties contractantes, pendant tout près de quarante ans, avec cette fidélité et cette honorabilité qui caractérisent les temps de foi et les hommes de foL

Toussaint Cartier se mit de suite à travailler à se constituer son ermitage ; tout le temps qu'il lui fallut pour se

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mettre en état de subsister des fruits de sa culture ; il recevait du Sieur LePage la nourriture et l'entretien, et il prenait les intérêts du Sieur LePage comme " homme de la famille; " puis, lorsque ses défrichements devinrent en état de subvenir à ses besoins, il se retira dans Tile dont il ne sortait jamais, excepté pour assister aux exercices de la mission. Il partageait son temps entre le travail, la méditation et la prière, vivant du produit de son petit champ. Il s'était construit une maisonnette dans laquelle il vivait seul, et une petite étable qui logeait une vache et quelques poules.

En l'année 1759, le pays et surtout les paroissiens échelonnés des deux côtés du fleuve, en bas de Québec, eurent à souffrir de l'invasion des Anglais dont la flotte, en remontant le Saint-Laurent, avec des forces énormes, comparées à la petite population disséminée le long des cotes, semait la dévastation et la terreur. L'île Saint-Bamabé fat un des premiers points de la côte qu'ils touchèrent. Les habitants de Eimouski, incapables d'opposer la moindre résistance, avaient conduit leurs familles dans les bois, et les hommes surveillaient les mouvements des navires.

L'ermite seul ne changea rien à sa manière de vivre, devenant également étranger à la crainte et à la curiosité. Des

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clialoupes mir^i^^ A terre c!o8 escouades qui, après qu. l^ies excursions sur l'île, la croyant i^'.o u ùÀi désorte et se trouvant à aist:ui ^ des établissements de terre ferme, f-^j rembarquèrent sans avoir dému vert la demoure du solitaire que Dieu !• r< . t »geait sar^ doute.

ii j avait trente-neuf ans que Termite )n tenait cette existence mortinée, embaui:i.in ( cette île de Saint-Bamabé du parfum (l't ba sainteté, lorsque le. matin du 29 ] aivier 176*7, le jeune Charles LePage, ugé de quatorze ans, fils de Pierre LePage, donateur au contrat que je viens de reproduire, remarqua, en sortant de la maison, que la cheminée de Termite sur Tîle ne donnait pas de fumée. Ayant informé son père du fait, il reçut Tordre d'attclor immédiatement un cheval, i>our aller voir quelle pouvait être lacause de Tabsence de eu au logis du vieux solitaire, en ce jour de grand froid.

I^ jeune LePage partit accompagné d'un camarade, et, voiturant sur la glace du pont de Vîle, ils eurent bientôt franchi la distance qxd les séparait de la maisonnette de Termitage.Oette demeure n'avait qu'une pièce, au milieu de laquelle ils trouvèrent Termite étendu sans connaissance sur le plancher. TJn petit chien, seul compagnon de la solitude de Thomme de Dieu, était couché sur la poitrine de son

l'île saint-baknabé.

maître ; il se mit à lui lécher la figure et à s'agiter de joie, en voyant entrer les jeunes gens qu'il connaissait.

Toussaint Cartier, enveloppé de couvertures, fut amené à la maison du Sieur LePage, où les bons traitements et la chaleur du foyer le ramenèrent bientôt à lui-même. Il déclara, cependant, dàs qu'il pût parler, qu'il croyait son heure .

arrivée et il demanda le Père Ambroise.

Le bon Père qui, près de quarante ans ^ auparavant, avait été le tabellion du contrat intervenu entre le Sieur LePa^e et celui qui était alors encore un tout leune homme, le bon Père Ambroise, cnargé d'années et de mérites, se trouvait, en ce moment, à sa mission de Eimouski, comme par une permission de la divine Providence : il assista son ami, lui conféra les sacrements de l'Église et reçut, le 80 janvier IWÏ, le dernier soupir de l'ermite de Saint-Bamabé. Le lendemain, 81 janvier, il inhumait le pieux solitaire dans la petite chapelle <}ui servait alors d'église paroissiale à Bimouski, et il inscrivait dans les registres l'acte de sépulture que voici :

*« L'an mil sept sens soixante et sept le ** trentième de janvier est décédé en cette " paroisse de Saint^G-ermain à Bimouski ^ le nommé Toussaint Oaxtier âgé d'en^ ** viron soixante ans habitant de la dite

L*IL£ SAINT-BABKABÉ 147 '

*' paroisse après avoir reçu les sacrements *' de pénitence, d'eucharistie et d'extrème- " onction. Son corps a été inhumé avec " les cérémonies ordinaires dans l'église " de cette paroisse le dernier jour du dit " mois de janvier. En foy de quoy j'ay " signé le jour et an que dessus. — ^pàre " Ambroise."

Cette histoire si simple, si touchante et si belle en elle-même de l'ermite de Saint-Samabé,a été ridiculement exploitée

{>ar quelques écrivains qui, sur la foi de a si peu croyable Lady Ëmily Montagne, ont travesti ce souvenir si intéressant de notre histoire intime en un pitoyable roman d'amourettes.

L'habitation et le champ cultivé de l'ermite étaient situés vers le milieu de l'île Saint-Bamabé, du côté sud faisant face au villa^ de Bimouski et, il n'y a pas encore bien des années, on trouvait encore quelques arbustes de jardin dont les premiers plants avaient été mis en terre par le pieux reclus. Les recherches faites pour découvrir la tombe du solitaire, sur les indications de Monsieur Charles Lepage, mort en 1846, à l'âge de quatrevingt-treize ans, (celui même qui était allé le chercher dans sa petite maison de l'île), ces recherches sont demeurées sans succès : la construction successive de plusieurs églises ayant fait perdre toute

Xi*ILS SAINT-BABNÀBIÊ.

txsoe précise de l'exacte situation des choses, à l*6poque on le Pare Ambroise déposait son ami dans sa demiàre demeure.

in.

LES KAU7&AO&( DE I«À " 1CàOB]£s ** ET " l'anse au SENAU."

Dans rautomne de 1*755, une frégate de Sa Majesté le Boi de France faisait naufrage à Tendroit appelé le &ros Mécalina sur la côte nord. Oette frégate était commandée i>ar MM. de Loubarat et de Gondamin, avait pour aumônier M. l'abbé . Ohenot, pour médecin M. de Sauvenier, et portait environ trois cents hommes d'équipage : ce bâtiment avait nom La Macrée.

Je ne connaÎB pas de document écrit dans le temps qui fasse mention des événements qui se rapportent à ce naufrage, et tout ce que je constate ici ne nous est venu que par la tradition, conservée dans la fidèle et intelligente mémoire des anciens de la paroisse de BimousU.

Une notable partie de l'équipage de La Majorée avait péri dans le naufrage, au Q-ros Mécatina, et le reste était destiné à mourir inévitablement de faim sur cette plage, où ne se rencontraient que quelques postes de i>écbe et de traite, dont les habitants étaient hors d'état de nourrir, peu* dant tout un hiver, un nombre compac

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rativement aussi considérable d'hommes.

Le iM>ste du Q-ros Mécatina était, cette année-là, occupé par un comptoir appartenant à M. Jean Taché, de Québec, et il s'y trouvait en ce moment un bâtiment à lui appartenant, lequel venait d'être mis en hivernement à cause de la saison, trop avancée pour tenter sûrement le retour au port de Québec ; on était alors à la mi-novembre.

Les officiers de La Macrée furent, sans retard, mis en possession de ce petit navire d'environ cent tonneaux, appartenant à cette classe que l'on désignait sous le nom de Senauz, et comme la seule chance de salut pour tous, hommes de la frégate et hommes du poste, reposait sur le prompt départ des premiers, on mit dàs le lendemain du naufrage le petit navire à la mer, pour faire immédiatement voile vers Québec.

Il ne 66 passa rien de remarquable, d'après les rapports, pendant les quelques jours de vents assez favorables que dura la navigation, jus<]^u'à ce que, par la hauteur de la Pomte-aux-Pères et au milieu de la nuit, une tempête de vent de nord-ouest vint assaillir le Senau. On était dors dans les derniers jours de novembre et il faisait un froid intense.

Le petit navire que le vent affalait vers la c6te, s'efforçait ae tenir au plus pràs,

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afin de s'élargir, et ce fat ainsi que, perdus dans les ténnbres d'une nuit sombre, les malheureux naufragés de La Macrée vinrent donner contre les rochers

gui bordent le bout d'en bas de l'île Saintlamabé, du côté sud, et firent un second naufrage. Le navire, après quelques chocs contrôles rochers dont il franchissait les aspérités, soulevé par la vague, se mit à faire eau de toutes parts et finit bientôt par s'arrêter en sombrant dans une petite anse de l'île.qui a t(>i;j<>urs conservé depuis le nom d'Ause-au-S inui.

Les infortunées marins ne savaient guère où ils étaioit ; mais la marée, en baissant, vint eniin à laisser le petit bâtiment presqu'à sec ; alors on se dirigea vers la terre de l'île, où de courtes explorations, faites dans les ténèbres, firent croire qu'on était sur une île du large sans habitations, peut-être l'île du Bic. Il fallut se résigner à attendre le jour, alors que plusieurs déjà tombaient de fatigue, d'inquiétude, de misère et de froid, pour ne jamais plus se relever.

Aux premières lueurs du jour, l'ermite, en sortant de son logis, aperçut vers l'est la voilure déchirée et ballant au vent ainsi que la coque échouée du petit navire; voyant en cela l'indice certain d'un malheur, le pieux solitaire se dirigea en toute hâte vers le lieu du sinistre. Il trouva

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snr le rivage, à l'entrée du bois, les naufragés serrés les uns contre les autres et mourant de froid. Quelques moments après, tous ceux que la mort n'avait point frappés, aidés par l'ermite, étaient rendus dans la maisonnette de l'ermitage, qui I>ouvait à peine les contenir à rangs pressés.

Cet asile ne pouvait servir qu'aux pressentes exigences du moment, aussi Termite se mit-il de suite à allumer, sur la plage, le feu qu'il était convenu d'allumer comme signal au cas de besoin : un signal semblable, apparaissant du côté du village de Eimouski, vint bientôt montrer qu'on avait compris qu'il fallait envoyer du secours, et la vue du navire naufragé faisait assez voir, aux braves habitants du village la cause de ce recours de l'ermite à ses amis, le premier qu'il eût encore imposé à leur amitié, pendant lés vingt-sept ans qu'il avait déjà passés alors sur l'île Saint-JSamabé. Cependant la marée avait monté et la ^lace qui em« péchait de pouvoir se servir d'embarcations étant trop faible pour porter, force fut d'attendre la nouvelle marée basse dont profitèrent alors, pour se rendre à rHe, presque toute la petite population mâle et valide du village, l'ermite ayant midtiplié ses signaux pour faire voir l'étendue des besoins de secours.

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n âJlait 80 hâter de fûre parvenir à terre ferme les naufragés, avant I*^ retour de la marée, et ce fat \m spectaole navrant que celui de cetl-^ pôutiàe opération. Les marins de Lu JUfthrée étaient encore plus nombiinix i\\v\ les hommes généreux venus pourKî^ secourir; plusieurs d'entre «ux (liaient incapables de £Edre sans aiilo lo fatigant trajet que tous néanmoiiiH yoularant entreprendre,malgré les remontrances et les charitables violences mômes de l'ermite et des bons villageois. Aussi quelques-uns tferirentils sur la batture, au milieu des glaces, les sauveteurs n'étant pas en nombre suffisant pour les conduire tous au rivage avant le retour de la marée.

Les survivants de ce double naufrage passèrent l'hiver à Bimouski, décimés encore qu'ils furent par des fièvres malignes qui se déclarèrent parmi eux. Au printemps, ils quittèrent le presbytère et les autres demeures qui leur avaient donné asile, pour se rendre à Québec sur un petit bateau de l'endroit.

On voit encore, aux extrêmes marées basses, dans l'Anse-au-S'nau de l'île Saint- Barnabe, les restes du petit navire de M.

Taché ; le chône de sa solide construction s'est conservé parfaitement sain, étant presque constamment submergé et toujours mouillé par l'eau de mer. C'était le

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troisième bâtiment que M. Taché voyait se perdre au service du roi de France : un de ces navires avait péri sur cette même île Saint-Barnabe, en revenant d'Acadie, en 1*750, comme en fait foi un document conservé aux archives de laMarine,à Paris.

Tous ces incidents de Texistence de la X>etite population, que la France a laissée sur les bords du Saint-Laurent, me semblent dignes d'être recueillis et transmise nos descendants ; ils sont comme ces souvenirs de familles qu'on se redit au coin du feu, et ne servent pas peu à entretenir, au sein des peuples, l'esprit national et à fortifier chez eux l'instinct de conservation. La religion, la langue et les souvenirs sont les éléments principaux qui constituent la nationalité : tant que nous tiendrons à ces trois choses, avec cette volonté ferme que rien n'ébranle, que l'intérêt matériel ne saurait faire défaillir, aussi longtemps, quoiqu'il arrive, nous conserverons cette vie distincte sans isolement qui honore notre race et qui arrache des éloges à des gens même assez mal disposés à notre égard. Eestons ce que furent nos ancêtres : catholiques, français et monarchistes !

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