LES SABLONS. IS
autant de sentiment et d'esprit que la plnme.
L'île de Sable a fourni à M. Howe, Tuu des hommes les plus éminents de la Nouvelle-Ecosse, le sujet d'une ode, et à M.
Emile Chevalier, le sujet d'un de ses romans. Le poème de M. Howe est une imprécation dans laquelle, personnifiant l'île,. il finit par la vouer aux gémonies de la mer. La traduction suivante des deux premières strophes peut donner une idée du lyrisme et de' la manière de l'auteur : ,
— " Noir Ilot de deuil l— Justement mérites-tu ce nom, <i Car ils sont nombreux les pleurs que tu fais répan-
[dre ; '* Trop fameux pour tes perfidies et tes méfaits, " Charnier de l'Atlantique — triste et désolé, " Objet aimé de personne, redouté par tant de voya-
[geurs,— '* Si, pour un moment, ma Muse plane <' Sur l'endroit où tes solitudes de sable sortent des
[flots^ <* C'est afin d'entonner un chant d'horreur, " Apre, comme les vagues que les tempêtes déchaî-r
[nent contre toii
" Les vents sont tes ménestrels — les agrès déchiquetés <* Des navires en détresse, touchés dans le silence des
[nuitSr^ ** Les cordes choisies pour ta harpe — les cris des mal-
[heureux, " Qui s*y cramponnent avec désespoir dans leur frayeur, « Les sons qui depuis longtemps te délectent, " Sombre enfant de l'Océan, dans tes festins de sang, ** Quand les cadavres mutilés, vus à la lueur lugubre
[du ciel, *' 8 élèvent, sur les ondes gonflées, jusqu'à tes lèvres, " Et que la mort, à l'aspect horrible, sourit à tes côtés I
Le roman de M. Chevalier, d'afeord publié à Montréal, dans une revue ayant nom " La Enche", et plus tard reproduit à Paris en un volume, est brodé sur le récit de l'expédition du marquis de la Roche, dont il sera bientôt question. En le lisant, on regrette de voir un si beau sujet traité avec si peu de naturel, de convenance et de vraisemblance. Il, y a cependant, dans cet ouvrage, malgré ses défauts et en dépit d'une maussade faconde, un certain mérite d'invention: on pourrait comparer cette production à ces mécanismes, souvent ingénieux, mais compliqués et mis ensemble au mépris de toutes lois, qu'imaginent les inventeurs à la recherche du mouvement perpétuel.