GÉOGRAPHIE
•^^v L'île de Sable gît sous le quarante- • troisième degré de latitude nord, confi-
y ; nant au quarante-quatrième, et sous le cinquante-neuvième degré de longitude ouest du méridien de G-reenwich, entrant dans le soixantième. Elle a la forme d'un croissant, ou plutôt d'un arc dont la corde se tend de l'est à l'ouest. La face concave regarde le nord, faisant le vis-à-vis du cap Breton. Sa longueur est d'environ vingtcinq milles ; sa plus grande largeur n'atteint pas un mille et demi, et ne dépasse pas un quart de mille à son extrémité est.
On estime sa superficie à 16,000 arpents.
L'endroit de la terre ferme le plus rapproché de l'île est le cap Canceau, distant d'environ quatre-vingt-dix milles. Elle fait partie au territoire de la Confédération canadienne, province de la Nouvelle- Ecosse, et se rattache, pour les fins administratives, judiciaires et autres, à la ville d'Halifax, avec laquelle elle est en constants rapports.
Les Sablons sont le'i>oint culminant et le setQ émergé de ce système de soulève-
ments sons-marins qui constituent ce que les navigateurs ont nommé " Les Bancs." Ces reliefs du fond de l'océan Atlantique entourent les cotes sud-est de Terre-, neuve, du Cap-Breton et de la Nouvelle- Ecosse. Commençant à Test, à plusieurs centaines de milles de Terreneuve, en haute mer, ils se succèdent, en s'avoisinant de l'est à l'ouest et du nord au sud. On • 1 les nomme dans cet ordre, et cela depuis' \ les temps antécolombiens, alors qu'ils étaient fréquentés par les pêcheurs normands, bretons et basques, on les nomme le Grrand Banc, le Banc Yert, le Banc Saint- Pierre, le Banquereau, puis les bancs d'Artimon, de Misaine, de l'Ile de Sable, de Canceau, des Ilets, de Cézembre (dont les Anglais ont fait Sambro)y de la Hève et de Saint-Q-eorge. Ce dernier vient se confondre, à environ cent milles des rivages de la Nouvelle Angleterre, avec le plateau d'atterrage qui longe toute la côte atlantique des Etats-Unis. On comprend dans l'aire de chacun de ces bancs, tous les sondages qui ne donnent pas, en général, plus de soixante brasses de profondeur. Le courant froid des mers arctiques, qui baigne ces parages, en fait, avec le golfe Saint-Laurent, dont le fond affecte une disposition analogue, les plus riches pêcheries du monde entier,
A part cela que l'île de Sable est le
point culminant et seul découvert du système, il arrive que le voisinage immédiat de ce haut relief présente encore les endroits les moins profonds qui se rencontrent sur les bancs. A chaque extrémité de l'île, les sables soulevés forment deux prolongements, qui en continuent la courbure, et qu'on nomme les barres. La barre de l'Est assèche, à l'eau basse, jusqu'à près de quatre milles au large et se termine par un plateau sous-marin entrecoupé de fosses, sur lequel l'eau mesure de deux à quinze brasses de profondeur. La barre et le plateau réunis s'étendent à. une distance d'environ quinze milles, avant d'atteindre l'eau profonde et la déclivité ter- I minale du banc. La barre de l'Ouest offre ] les mêmes dispositions, à ces différences , près, qu'elle n'assèche que sur une étendue ' de moins d'un mille et que l'eau profonde se trouve à une bien plus grande distance \ de l'île. Le talus du remblai est beauj coup plus raide au nord et à l'est qu'il j ne l'est au sud et à l'ouest. Le tassement ^ s'étant fait, dans le sens général, de l'ouest- .- nord-ouest à l'est-sud-est, l'île et ses barres se trouvent à occuper l'extrémité est f du banc.
] Une belle grève, de plusieurs arpents ^ de large en certains endroits,entoure l'île ; ,^mais, à une petite distance du rivage, se ; rencontrent des rangées de rides de sable,
souleyées x>arallèlement à la côte, sur lesquelles le ressac est très fort, ce qui rend Tabord difficile par un vent frais, périlleux par un gros temps et à peu près imppssible dans une tempête. Sur la rive nord, visant leOap-Breton et la Nouvelle-Ecosse, le mouillage par les cinq brasses se rencontre à moins d'un mille du poste principal, au centre de l'île. La ligne des quinze à vingt brasses, au nord de l'île, suit à peu près la corde de l'arc de l'extrémité d'une barre à l'autre, arrivant aux plateaux qui les terminent : cette ligne est distante d'environ six milles du centre de la courbure.
Au sud de l'île, on compte deux brasses d'eau à deux encablures du rivage, puis une augmentation d'une brasse par mille au moins, jusqu'à l'eau profonde.
On a remarqué qu'il s'est fait un tra* vail, graduel mais lent, d'érosion de la partie ouest au profit de la partie est de l'île, comme si le tassement tendait à la déplacer dans cette direction, par l'action séculaire de forces encore agissantes : à ce point qu'une petite île nouvelle a récemment surgi de l'onde, sur la barre de l'est, à environ un mille et demi de l'extrémité de la dune.
...Le capitaine (depuis amiral) Eayfield, dans un rapport à l'hydrograplie de la marine (rapport inséré dans les docu-
ments parlementaires de la Nouvelle* Ecosse, année 1851), disait alors que le travail d'érosion de rextrémité ouest de Tîle de Sable s'observait au moins depuis 1811, que, de 1828 à 1851, l'île avait été raccourcie de deux milles et la barre submergée de l'ouest allongée d'autant. De* j)uis ce temps, cette partie de l'île s'est arrondie et le travail se continue sur une moindre échelle. Quand les forces étaient dans toute leur activité première, la poussée, dont le soulèvement a été le résultat, semble, comme on l'a déjà dit, avoir agi du nord au sud et de l'ouest à l'est, par refoulement et remblayage, les vents et les courants opérant de concert.
Le Banc de l'Ile de Sable, dont l'île est le sommet, c'est-à-dire l'aire comprise dans les limites des sondages donnant moins que soixante brasses de profondeur, mesure à peu près cent cinquante milles dans le sens de son grand axe, de l'est à l'ouest, et environ cinquante milles, dans le sens de son petit axe, du nord au sud.
Le tiers est du banc est beaucoup moins , large que les deux tiers ouest.
Les barres et les rides entourent la totalité de l'île d'une ceinture de brisants.
Aussi, quand la tempête rugit, que les vagues se heurtent et se brisent, l'île tout «ntièrè semble comme enveloppée dans
un blanc linceul de lames écumantes :
c'est la toilette de gala des Sablons.
La carte de l'amirauté anglaise donne quatre pieds aux grandes marées ordinaires ; les marées extrêmes, d'après les notes du colonel Des Barres, atteindraient sept pieds de hauteur, au-dessus de la ligne des grandes marées basses. Les vents dominants sont les vents d'ouest et de nord-ouest. Les courants qui s'établissent, à notre époque, dans le voisinage immédiat de l'île étant très variables, comme direction et comme vitesse, sont par conséquent diflS.ciles à déterminer : à l'extrémité des barres, ils courent quelquefois jusqu'à deux milles à l'heure.
La partie ouest de l'île est la moins élevée. En certains endroits le pourtour est constitué par une falaise de pente abrupte, qui atteint quarante pieds et plus d'élévation au-dessus du niveau de la haute mer. Il se rencontre, de ci de là, des collines ou monticules de sable dont le plus haut sommet ne dépasse pas soixante-quinze pieds de hauteur.
Une partie notable de la superficie de !
l'île est occupée par une pièce d'eau salée, que les marins de long cours appellent tout simplement " Le Lac " ou " L'Etang", les habitants d'Halifax, "Le Lac Wal- •
lace ", du nom du commissaire de l'établissement de secours sous le régime lo-
cal, et les Acadiens " Le Barachois ". Cette pièce d'eau, malgré la précarité apparente de son existence, maintenue qu'elle est par de faibles barrières de sable mouvant, paraît avoir toujours existé, de mémoire d'homme. Champlain, faisant une courte description de ces lieux, dit : — " Cette " isle est éloignée de la terre du Cap-Bre- " ton de trente lieues, Nord et Sud... Il y " a un petit lac..."
Le barachois, sis à la partie ouest de l'île, mesure environ quatorze milles de longueur, sur une largeur qui atteint près de trois quarts de mille en certains endroits et seulement quelques arpents en d'autres. Sa superficie forme près du tiers de la superficie totale de l'île ; les deux autres tiers comprennent environ sept mille arpents d'excellents pâturages et quatre mille arpents que se partagent inégalement des arbustières, des marécages, des flaques d'eau douce et des sables nus arides.
Le lac n'est séparé de la mer, du côté du sud, que par une étroite langue de terre qui mesure de deux à cinq arpents de largeur. Du côté nord, la dune, (ce mot est surtout employé par les Acadiens pour désigner les chaussées que la mer construit autour des barachois,) la dune a des indentures très prononcées et mesure, en moyenne, un demi-mille de largeur.
Si la destruction de la partie ouest de l'île se continue, ce qui semble à peu près certain, on pourrait prévoir que, dans un avenir assez prochain, le lac devra être réuni à la mer. Dans ce cas, la disparition de la dune sud du barachois paraitrait inévitable et Tile, le lac compris, perdrait un tiers de sa superficie actuelle, Taugmentation de la partie est ne faisant point compensation à beaucoup près.
Le barachois de l'île de Sable, comme toutes les lagunes de ce genre, communique avec la mer par un ou plusieurs goulets. Ces passages, ouverts dans les dunes, sont soumis à d'assez fréquents changements causés par le déplacement dés masses de sables, quand des tempêtes d'une violence exceptionnelle s'abattent sur l'île.
A l'époque de l'exploration du colonel Des Barres, comme l'indiquent les cartes de " l'Atlantic Neptune,"il n'existait qu'un seul goulet, au côté nord de l'île, à environ trois milles de l'extrémité ouest du lac :
ce goulet donnait accès à un excellent havre offrant une profondeur de dix à douze pieds d'eau à marée basse. La carte française, dont on a parlé, qui semble de plusieurs années plus récente que celle du Neptune Atlas, indique deux entrées au lac. L'entrée principale, alors, s'ouvrait au sud du lac, à moins d'un
mille de son extrémité ouest. Le second goulet occupait la même situatioii que l'entrée indiquée par le Neptune Atlas; mais il semble qu'alors cette oayerture n'avait pas l'importance de la i>ériode précédente ; car la carte française y porte lea mots : — " Place powr creaser importa
La carte de M. Macdonald indique à un mille de l'extrémité ouest du barachois, un goulet qui existait en 1823, au côté nord du lac. A cette entrée en succéda une autre située au sud, à environ quatre milles de l'extrémité ouest du barachois.
Cette dernière ouverture donnait accès à un excellent havre que fréquentaient les bâtiments pêcheurs. Une furieuse tempête vint, en 183lS, fermer complètement ce chenal, faisant, du coup, prisonnières deux goélettes américaines réfugiées dans le havre et mettant le lac dans un état d'occlusion complète. 11 s'est ouvert, depuis peu d'années, un autre goulet, dans la dune sud, à environ cinq milles de l'extrémité est du lac, cette fois. Cette entrée est loin d'avoir l'importance des autres, attendu qu'elle existe dans un endroit où le lac présente une faible profondeur d'eau.
Dans les grandes temfiètes les vagues, fouettées par le vemt, déferlent quelquefois par-dessus la dune du sud, dans les endroits où eUe se trouve le moins élevée et
le moins large : en faisant ainsi irruption dans le lac, elles y apportent des épaves et, quelquefois, jusqu'à des loups marins, qui toujours ont aimé à fréquenter le barachois, où ils pénètrent encore par les goulets. Les notes de "l'Atlantic Neptune" nous disent qu'ils y étaient autrefois en nombre prodigieux,
A sa partie ouest, le barachois présente un endroit guéable ; ailleurs, il offre une profondeur d'eau qui varie de cinq à douze pieds. Le lac reçoit les eaux du drainage d'une partie de l'île : les variations journalières que la marée apporte au niveau des eaux du lac, quand il y a des goulets, sont remplacées par les variations périodiques qu'amènent les saisons pluvieuses et les saisons sèches, quand le lac est fermé.
L'intérieur de l'île est en contre-bas de son pourtour, sauf le cas de quelques élévations intérieures : il y a même des endroits du centre qui sont à quelques pieds au-dessous du niveau des grandes marées hautes ; ces endroits sont humides et présentent des mares d'eau douce, de petits marécages et des savanes à atocas.
Tout ceci s'interposant avec les prés d'un vert foncé et les sables blanchâtres des coteaux, forme un ensemble d'un aspect on ne peut plus pittoresque. Les petites plaines, d'où l'on ne peut apercevoir
l'Océan et qui semblent n'avoir d'autres bornes que l'horizon, font l'effet des vastes prairies de l'intérieur des continents, à celui qui s'abstrait à les contempler :
c'est, mis à côté du spectacle qu'offrent la mer, les grèves, les dunes et les falaises, le contraste le plus complet qui se puisse imaginer.
L'eau douce abonde partout sur l'île, soit qu'elle surgisse d'elle-même à la surface, dans les lieux bas, soit qu'on l'obtienne en creusant des puits. Le drainage des eaux de pluie se fait du rebord à l'intérieur et le bas niveau d'emmagasinage de ces eaux, dans le sol perméable, se tient à quelques pieds au-dessous du niveau de la marée.
Le sol est de sable : on ne trouverait pas, sur toute l'île et sur ses rivages, le moindre petit galet, à moins qu'il y ait été apporté. Ce sol, cependant, grâce à l'humidité de l'air et à l'abondance des pluies, n'est pas, à beaucoup près, aussi stérile qu'on pourrait l'imaginer ou qu'on l'a souvent erronément représenté ; mais, partout où la végétation ne le protège pas, il est souvent balayé par les vents, transporté d'un endroit à l'autre et ramené de la même manière. Des amas de sable se forment et grossissent, pour disparaître, après un temps plus ou moins long, et aller se reconstituer ailleurs; de même,
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des cavités sont creusées par les vents^ puis remplies par d'autres tempêtes. Bansquelques endroits de bas niyeau, le détri-^ tus végétal, sous Taction de Veau et parle travail du temps, a formé des couches de terreau, dites de terre-noire, en dépôts relativement assez considérables.
Certaines localités de Tile de Sable et plusieurs des monticules qui s'y rencontrent ont reçu des noms particuliers tels que : — " Le Mont Luttrel, " — " La butte à G-ratia," — " Eam's kead " — " Le val de misère.-' et d'autres.
Le climat, naturellement, est tel que le font pressentir la latitude, la situation et l'exposition de Tile ; c'est le climat de ia Nouvelle Angleterre, modifié dans ce sens que l'air y est beaucoup plus humide, les vents plus tempétueux, les hivers moins froids et les étés moins chauds. L'atmosphère est, d'ordinaire, chargée d'humidité, souvent jusqu'à saturation: c'est à cet état hygrométrique habituel que les sables doivent la cohésion qui les retient ensemble et la fertilité relative dont ils jouissent, malgré les quelques changements qui s'y opèrent. La neige, qui tombe en assez grande abondance, ne demeure pas sur le sol aussi longtemps, ni d'une manière aussi continue, que sur le continent voisin.
Dans les temps doux et humides qui arrivent même en saison froide, eUe fond, en
grande partie ; dans les temps froids qui gèlent la terre, elle est balayée de la surface durcie, et partiellement jetée dans la mer. Le spectacle d'un coup de poudrerie, superbe partout, est encore plus saisissant, paraît-il, à Tile de Sable.
Il se forme de la glace aux atterrages et des glaces flottantes, venant du nord, s'arrêtent sur les barres. On voit, dans les rapports du ministère de la marine que,dans le mois d'avril 18Ï5, une goélette vint s'échouer avec une banquise, sur la barre de l'est. Toutes les tentatives faites par les gardiens de l'île pour atteindre ce navire demeurèrent sans succès. La nuit vînt couvrir cette scène de ses ombres ; le lendemain, le bâtiment avait disparu. Des débris et des cadavres étaient venus s'ajouter à ceux que ces sables recelaient déjà, engloutis dans les tangues.