I. DOUBLE MATIÈRE DE CE SACREMENT — éloignée
et prochaine
Il y a dans ce sacrement la matière éloignée et la matière prochaine. Dans les autres sacrements, la chose qui reste est la matière éloignée ; la matière prochaine est l'usage transitoire de cette chose. Dans l'Eucharistie, au contraire, la matière éloignée ne subsiste pas, et reste la matière prochaine qui est, peut-on dire, les espèces du pain et du vin. Je n'ai à parler ici que de la matière éloignée.
2. LE PAIN ET LE VIN, MATIÈRE DE CE SACREMENT : (l) LE PAIN DOIT ÊTRE FAIT AVEC DE L'EAU NATURELLE. (2) LE VIN DOIT ÊTRE DU VIN DE RAISIN. (3) ON DOIT AJOUTER UN PEU d'eau : RAISONS QU'EN DONNE SAINT THOMAS.
Le pain et le vin sont la matière de ce sacrement; c'est-à- (/^2u.^^ dire que le pain de froment et le vin de raisin sont seuls la m.atière valide de l'Eucharistie. La loi ecclésiastique ordonne de mêler au vin une petite quantité d'eau ; ce qu'on doit faire, non point par nécessité pour la validité du sacrement, mais en raison du précepte. Que la matière et la forme de la sainte Eucharistie soient telles que nous l'avons exposé, c'est ce qu'ont défini plusieurs Conciles, notamment celui de Florence, In Decreto Unionis, et le Concile de Trente, Session xiii. Ces mêmes Conciles, aussi bien que le Catéchisme du Concile de Trente, nous enseignent qu'on doit mêler un peu d'eau au vin dans le sens où je viens de le dire.
D'où il suit qu'il y aurait invalidité à consacrer du pain fait avec du riz, de l'avoine, de l'orge ou autre matière. Le
230 LES SACREMENTS EXPLiaUÉS
pain, sans levain ou fermenté, est la matière valide de ce sacrement. Toutefois, en raison du décret du Concile de Florence et de la pratique des deux Eglises, il ne serait point permis à un prêtre de TEglise latine de consacrer du pain fermenté, ni à un prêtre de l'Eglise grecque de consacrer du pain sans levain. Chacun doit observer sur ce point la loi de TEglise à laquelle il appartient.
L'usage occidental semblerait plus conforme à l'exemple de Notre Seigneur à la dernière Cène. « Le premier jour des azymes (pains sans levain), les disciples vinrent trouver Jésus, et lui dirent : Où voulez-vous que nous vous préparions la Pâque à manger?»^ Or, au livre de l'Exode nous lisons : « Vous mangerez des pains sans levain pendant sept jours; dès le premier jour il ne se trouvera point de levain dans vos maisons. Q.uiconque mangera du pain avec du levain, depuis le premier jour jusqu'au septième, périra du milieu d'Israël. » ^ Lors même que Notre Seigneur aurait anticipé le jour avant la fête de la pâque, 3 ce que nous n'avons aucun motif de supposer, il aurait usé de la nourriture pascale. 4
(i) On doit faire le pain pour l'Eucharistie avec de Feau naturelle, et non avec du lait, du beurre, ou toute autre espèce de liquide ; et on doit le cuire soit au four, soit entre des fers chauds, comme on le fait habituellement.
Le Rituel Romain prescrit que le pain d'autel soit récent, c'est-à-dire qu'il ne soit pas fait depuis trop longtemps. Un décret de la Sacrée Congrégation des Rites, 16 décembre 1826,
1 S. Mat. XXVI, 17.
2 Ex. XII. 15.