I 8 LES SACREMENTS EXPLIQUÉS
pratiqué dans l'occasion. Or, il en va de même, ou à peu près de même à Tégard du crime. Il y en a d'une telle nature, qu'il suffit de les commettre une fois pour rompre tous les liens qui nous retenaient, et pour s'ouvrir une carrière libre dans les voies de l'iniquité. Tel est l'acte d'une communion indigne. Elle rend l'âme sourde à la voix de la conscience. Une mauvaise communion rend moins grande l'horreur d'une seconde, et diminue la crainte que l'on éprouvait pour un tel crime. On arrive peu à peu à vivre tranquille dans ses désordres, et chaque jour on s'enfonce plus profondément dans l'abime de la corruption et de la perversité.
5. CHATIMENTS TEMPORELS A REDOUTER : (l) UNE VIE ABRÉGÉE. (2) MALHEUR ET MISÈRES. (3) DANGER d'IMPÉ- NITENCE FINALE.
Parmi les châtiments temporels qui sont à redouter par suite d'une communion indigne, nous indiquerons les suivants.
(i) L'aveuglement est si profond ; si grand est l'endurcissement du cœur, que souvent la maladie, l'affaiblissement de la santé, et une mort subite, sont le résultat de cet état de l'âme en lutte avec elle-même et avec Dieu. C'est ce que voulait dire saint Paul quand, après ces paroles : « Celui qui boit et mange indignement, boit et mange son propre jugement, ne discernant pas le corps du Seigneur, » il ajoutait : « C'est pourquoi il y en a tant parmi vous qui sont faibles et infirmes, et tant qui sommeillent. » ^ Saint Alphonse et d'autres pieux auteurs citent de nombreux
1 I Cor. XI. 29, 30,
exemples de morts subites après une communion indigne, et aussi de morts effrayantes, preuves des châtiments dont Dieu frappe uiî tel crime.
(2) Il y a de plus un châtiment temporel q^ui est la suite ordinaire de la communion sacrilège, — je veux dire les calamités et les misères. Le malheureux qui se rend coupable de sacrilèges éprouve les mêmes sentiments que l'homicide au sujet de son crime. C'est le sentiment qui poussa au désespoir Judas et tant d'autres après lui, le même qui arrachait à Caïn ce cri : « Mon crime est trop grand pour que je puisse en mériter le pardon. » '
(3) Le résultat de tous ces châtiments spirituels et temporels, c'est le grand danger de l'impénitence finale. Abandonné de Dieu, indifférent à son salut, torturé par le désespoir, le malheureux n'est disposé qu'à mal finir. Voyons encore Judas : il met fin à sa vie par désespoir. De tous ceux qui crucifièrent le Sauveur, qui étaient sur la montagne du Calvaire, un grand nombre, témoins du tremblement de terre, des ténèbres, et des autres prodiges de cette heure, se convertirent, rentrèrent à Jérusalem en se frappant la poitrine ; mais Judas ne se convertit point. Il était non seulement cause de la mort du Christ, mais il l'avait reçu indignement dans son cœur ; il avait donc mangé et bu son jugement, sa propre condamnation. « Car, selon les paroles de saint Paul, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y a plus désormais d'hostie pour les péchés. » =
1 Gen. IV. 13.