‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 2 sur 392 · PRÉFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'AUTEUR

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^L était utile de faire précéder « Le Credo Expliqué » s d'un traité sur la Foi, et « Les Commandements Expliqués », d'un traité sur la Loi. De même, j'ai écrit, comme introduction au présent volume, un traité sur la Grâce. Les cent premières pages de cet ouvrage sont consacrées à l'exposition de la doctrine catholique sur la Grâce.. Dans la vie spirituelle, il n'y a pas de plan nouveau à chercher au sujet des moyens

I En préparation pour paraître prochainement en français.

essentiels de conversion et de sanctification. Le seul moyen essentiel, nous le savons, c'est la grâce de Dieu. Les réformateurs du seizième siècle ont professé de nombreuses erreurs relativement aux questions de la justification et de la grâce. L'église d'Angleterre a persévéré jusqu'à présent dans l'erreur sur ces divers points. On peut affirmer qu'aucune fraction, qu'aucune école de ce grand corps n'a la connaissance exacte de l'enseignement catholique sur la justification et la grâce ; et on peut le dire avec vérité même des personnages les plus éminents, qui prétendent que rien ne les sépare de l'Eglise de Rome, si ce n'est la question des droits de Pierre. Le Christianisme peut tout entier se réduire à deux points : la science et la soumission. Le premier a pour objet les choses surnaturellement révélées ou inspirées ; le second a pour objet les devoirs à accomplir surnaturellement. Ces deux points ne sont pas absolument distincts, puisqu'ils se rencontrent constamment: la révélation surnaturelle prépare la voie à la soumission surnaturelle et y conduit. C'est pourquoi l'Apôtre, parlant de l'ensemble de la religion chrétienne, l'appelle le grand mystère lV amour, ^ et la connaissance de la vérité, qui est

I I TiMOT. III. l6.

selon la piété; ^ ce qui veut dire une vérité enveloppée dans un mystère que la lumière divine peut seule faire pénétrer; un mystère d'amour, parce que c'est une vérité qui incline la volonté et élève le cœur, et qui, par-là, règle les actions et les conversations de l'homme comme le veulent la piété et l'obéissance. 11 est temps d'agir et de travailler, au lieu de continuer à se livrer à des controverses et à des discussions : il est donc de la plus haute importance que les hommes sachent comment ils doivent s'y prendre pour arriver au succès, lorsqu'ils veulent entreprendre l'œuvre de leur conversion et de leur sanctification. Ce travail, comme je l'ai indiqué, ne peut s'effectuer que par la grâce de Dieu : tous les autres moyens ne sont pour ainsi dire que des instruments pour obtenir cette grâce. C'est elle seule qui peut faire pratiquer la soumission surnaturelle. La connaissance exacte et toujours présente des opérations de la grâce divine et de la manière dont nous en dépendons, sera d'un très grand secours pour cette soumission et pour la vie surnaturelle. Mieux nous comprendrons la grâce, plus nous saurons l'apprécier; et plus ardente sera notre volonté de chercher à l'obtenir et à la conserver.

I TiT. I. r.

La nécessité d'une autorité enseignante sur ce sujet, pour les catholiques comme pour ceux qui ne le sont pas, ressort manifestement de la récente Encyclique de Léon XIII, au Cardinal Gibbons. Qu'il me soit permis d'en citer le passage suivant sur la nature et la grâce :

« Assurément, l'assistance du Saint-Esprit est nécessaire par-dessus tout pour pratiquer la vertu. Mais ceux qui déploient tant de zèle à la recherche de nouvelles méthodes, font une trop grande part aux vertus naturelles, comme si ces vertus répondaient mieux aux usages et aux besoins des temps présents; et comme s'il était préférable de les posséder parce qu'elles sont mieux de nature à préparer rhomme à une action énergique. 11 est difficile de comprendre comment ceux qui sont instruits de la sagesse chrétienne peuvent préférer les vertus naturelles aux vertus surnaturelles, et leur attribuer plus de puissance et plus d'efficacité. La nature soutenue par la grâce sera-t-elle plus faible que si elle est livrée à ses propres forces? Les saints que l'Eglise vénère, et auxquels elle rend des honneurs publics, se sont-ils montrés plus faibles et plus incapables dans l'ordre naturel , parce qu'ils excellaient dans les vertus chrétiennes? Or, bien qu'il soit juste parfois d'admirer les merveilleux

actes des vertus naturelles ; de fait, combien peu nombreux sont ceux qui possèdent habituellement ces vertus? Quel est parmi eux celui qui ne cède pas à la violence des passions? Constamment, pour les vaincre, aussi bien que pour se conformer à la loi naturelle, il est nécessaire que l'homme reçoive l'assistance d'en haut. Les actions isolées (dont il est parlé dans une partie antérieure de la lettre), si on les examine de près, n'offrent souvent que l'apparence, plutôt que la réalité de la vertu. Accordons même que ces vertus soient réelles : de quel secours les vertus naturelles pourront-elles être pour celui qui ne veut pas courir en vain et manquer le bonheur éternel que Dieu nous a préparé, si, à ces vertus, ne s'ajoute pas le don fortifiant de la grâce divine? Saint Augustin donne la réponse; ils se fatiguent, ils se précipitent ; mais ils sont hors de la lice (Ps. XXXI. 4). Car, de même que la nature de l'homme, qui a été blessée et portée au vice et à la dégradation par la faute originelle, est élevée, revêtue d'une nouvelle noblesse, et fortifiée par le secours de la grâce ; ainsi également, les vertus qu'on pratique, non pas avec l'aide de la nature seule, mais avec l'assistance de la grâce, deviennent des gages fertiles du bonheur éternel, restent plus actives et plus solides. »

Les principaux moyens d'obtenir la grâce de Dieu, sont les sacrements et la prière, comme l'enseigne notre Catéchisme. Jésus-Christ ne s'est point contenté de nous mériter la grâce par ses labeurs, par ses souffrances et par sa mort; il a encore établi et nous a enseigné les moyens par lesquels nous pouvons obtenir, conserver, et augmenter sa grâce dans nos âmes. Ce volume, après le traité de la grâce, se borne aux sacrements; il est destiné à faire suite à deux autres déjà publiés, l'un sur le « Credo », et l'autre sur les « Commandements ». Le but de ces trois volumes est de donner un cours complet d'instructions sur la doctrine chrétienne. Ce cours pourra être d'un utile secours aux lecteurs pour les aider à apprendre à connaître Dieu d'une foi vive, à lui obéir par l'observance de ses Commandements, et à user des moyens que le Christ a institués pour nous faire acquérir, ici-bas, sa grâce, et plus tard, la béatitude éternelle, par la fréquentation assidue des sacrements.

En traitant des sacrements en général, il a fallu parler des cérémonies, des rites et des rubriques, expliquer leur usage et leur signification dans l'administration des sacrements. On y verra avec quelle sollicitude l'Eglise dirige ses enfants dans ces matières, l'importance qu'elle attache à leur

observation, l'autorité et la netteté qu'elle met à faire connaître ses lois : c'est ce qu'exprime très bien l'évêque de Newport dans une de ses lettres pastorales du carême :

« Il est inutile de dire avec quel soin l'autorité de l'Eglise doit veiller sur les rites et les cérémonies. Un rituel peut conduire à l'erreur et à la folie ; il peut prêtera la superstition d'une part; et, de l'autre, à l'incroyance. Le rituel doit toujours avoir pour base la doctrine; il faut aussi qu'il s'accommode toujours aux besoins et aux circonstances du temps. C'est pour cela qu'il change et varie d'une époque à l'autre. Parfois, quand l'Eglise est persécutée, elle le supprime complètement. Elle l'abrège lorsqu'il n'est pas possible de l'observer. Parfois aussi, elle lui donne une glorieuse ampleur, quand la Foi occupe dignement la place qui lui convient. Sans une autorité qui le règle, le rituel perdra de son opportunité, comme l'enseignement perdra de sa netteté. Sans autorité, il sera à certains moments, trop chargé et défectueux; à d'autres, on n'y verra qu'un corps sans âme, ou une provocation et un défi inutiles. Pour nous qui avons la foi et la soumission, il y a paix et joie dans la pensée que nous sommes comme les brebis du Psalmiste, qui sont conduites dans les endroits où se trouvent de gras pâturages, et que nous

obéissons à la voix et à la houlette du Bon Pasteur. Donc, si nous avons du goût pour l'instruction, étudions le livre toujours ouvert de l'Eglise, aimons ses fêtes, et disposons notre cœur à entrer dans sa vie divine et si bienfaisante. »

J'aiessayé de condenser dans cet ouvrage tout ce qui concerne les sacrements, en m'attachant à la méthode suivie par les livres élémentaires de théologie. Un coup d'œil sur la table des matières permettra aux lecteurs de saisir immédiatement l'ordre et les sujets traités dans les divers chapitres.

11 peut être utile de rappeler ici l'attention sur le système sacramentel tel que l'a institué Notre- Seigneur, et tel que le comprend et le pratique l'Eglise catholique. Dans toutes les alliances solennelles que Dieu a faites avec les hommes, sous la loi non écrite comme sous la loi mosaïque, il y eut toujours quelque signe visible et sensible, ou un monument pour en perpétuer le souvenir, pour les représenter à leur esprit : par exemple, au moment de la création, l'alliance avec Adam ; après le déluge, l'alliance avec Noé ; l'alliance du Seigneur avec Abraham ; et l'alliance où fut donnée la loi. De toutes, le souvenir a été perpétué par des signes sensibles, par des monuments ou des cérémonies, commela circoncision et les divers sacrements de la loi ancienne. Sous la

loi nouvelle, le Christ Notre Seigneur a établi l'alliance de la grâce selon son Evangile, et il a établi des signes sensibles, des monuments, qui sont le mémorial perpétuel de ses promesses et de nos devoirs chrétiens envers lui, et qui nous procurent aussi les moyens d'accomplir tous ces devoirs. Ce sont les sept sacrements de la nouvelle loi.

Par ces signes sensibles ou sacrements. Dieu agit aujourd'hui sur l'âme humaine, comme il n'a jamais cessé de le faire depuis leur institution. Sans eux, notre âme est incapable par elle-même, et selon nos propres vues, de se constituer dans une union pleine et parfaite avec Notre Seigneur, par des moyens directs et personnels, tels que des actes de foi et de confiance en sa puissance et en son amour. Les paroles de Léon XIII, dans sa récente Encyclique, nous sont un avertissement qu'il y aurait témérité à supposer « que le Saint-Esprit répand aujourd'hui ses dons dans l'âme des fidèles plus abondamment qu'autrefois, les instruisant et les entraînant par un instinct secret en dehors de tout intermédiaire. Ce n'est pas, en effet, d'une témérité ordinaire que de vouloir inventer la méthode par laquelle Dieu se communique aux hommes ; car cela dépend de sa volonté ; et il est le libre dispensateur de ses dons. » 11 a voulu établir les sacrements comme les moyens de donner sa grâce ;

et, il nous a clairement montré que telle était sa volonté par l'enseignement de son Eglise. Nous ne pouvons que concevoir des soupçons envers les hommes qui rejettent ces moyens et ces signes sensibles de sanctification, et qui, selon l'expression de Monseigneur Hedley, se contentent, à l'égard du Tout-puissant Créateur, des fragments d'un culte autrement parcimonieux que celui qu'il a droit d'attendre, comme on l'a enseigné aux catholiques.

Depuis la fondation du christianisme et l'institution de l'Eglise, nous vivons sous la direction de l'Esprit- Saint, que le Christ avait promis d'envoyer, et qui descendit sur les Apôtres et les disciples le jour de la Pentecôte. Notre Seigneur, avant de quitter ce monde pour retourner à son Père, enseigna et montra clairement sa manière d'agir avec les âmes : cette façon de les traiter devait avoir un caractère sacramentel. Ce qu'il fit personnellement, pendant qu'il vivait parmi les hommes, en les touchant avec la main, ou en soufflant sur eux, il n'a point cessé de le faire dans son Eglise par ses sacrements, qu'il a institués les canaux destinés à transmettre sa propre vie à nos âmes.

Il est certain que ces signes sensibles ou sacrements supposent une Eglise visible, dûment constituée leur gardienne ; et, dans cette Eglise, une autorité centrale

toujours assistée du secours divin qui lui a été promis. Les sacrements impliquent aussi un sacerdoce valide et divinement établi, auquel leur bonne administration a été confiée par le Christ. Nulle société au monde ne peut se considérer comme l'Eglise du Christ, ni affirmer qu'elle possède en elle-même les moyens de faire pratiquer les vertus chrétiennes, si elle a rejeté les sacrements, ou si elle ne peut pas revendiquer le droit de les administrer validement. L'église anglicane, au moment de la réforme, a privé les chrétiens de cinq sacrements sur sept ; et, sur les deux autres, elle n'a conservé aucun enseignement solide. Ceux de ses ministres qui appartiennent à l'école purement évangélique soutiennent que les sacrements, loin d'être les canaux et les moyens immédiats de la grâce, ne sont que de simples signes extérieurs de certaines communications spirituelles et intérieures, et ne sont dès lors que d'une importance secondaire. Les purs anglicans, tandis qu'ils s'efforcent de rétablir le règne des sacrements, cèdent forcément à une illusion trompeuse, contraire à l'autorité de tousles théologiens et de toutes les églises du monde, à propos de la validité de leurs ordres, et s'en rapportent, pour la préservation de leur vie spirituelle, à des actes purement figuratifs et symboliques, qui ne donnent à l'âme rien de

défini ^ Tout en persévérant eux-mêmes dans leur enseignement erroné, ils condamnent la doctrine évangélique, parce que, disent-ils, elle prive les hommes des dons et des grâces nécessaires, essentielles au salut, et parce qu'elle est une perversion fatale et dangereuse de la vérité.

En présence de ces incertitudes et de ces erreurs des non-catholiques, mon plus ardent désir, dans les pages de ce volume, a été de donner une exposition de la doctrine vraie et constante de l'Eglise catholique, telle que l'enseignent ses théologiens et que la définissent ses Conciles me rappelant surtout la double déclaration du Concile de Trente, à savoir: (i) Celle qui définit que les sacrements de la nouvelle loi ne sont pas simplement les signes extérieurs de la grâce, mais qu'ils confèrent la grâce qu'ils signifient, et qu'ils la confèrent par eux-mêmes (ex opère op e rat o) ; et (2) celle qui déclare que parles sacrements commence toute vraie justice, ou que, cette justice, étant commencée, est par eux augmentée, ou que, ayant été perdue, elle est par eux recouvrée.

Je termine par ces réflexions : Dieu a institué les sept sacrements comme les moyens ordinaires de la sanctification des âmes ; il en a confié la garde sûre à

I Voy. l'ouvrage intitulé: « Dix a/is d.rns les Ordres Anglicans^ » p. 29.

son Eglise ; ils doivent être administrés par des hommes régulièrement ordonnés et dûment autorisés à le faire ; et, en acceptant cette économie qui nous montre la manière dont Dieu agit envers les hommes, relisons les paroles de l'Encyclique de Léon XIII, nous rappelant comment nous sommes soumis à l'action et à la direction des hommes pour nous guider dans les chemins de la sainteté ordmaire, comme dansles voies d'une sainteté plus éminente : « C'est un principe de la loi générale, par laquelle Dieu, dans sa Providence, a décrété que le plus grandnombre d'hommes seraient sauvés par les hommes, que ceux qu'il appelait aux degrés les plus élevés de la sainteté, y seraient pareillement conduits par l'intermédiaire des hommes ; de sorte que, selon l'expression de saint Chrysostôme, « nous apprenons de Dieu par les hommes. »Nousavonsde cette économie, un exemple célèbre aux premiers temps mêmes de l'Eglise. Saûl, quoiqu'il eût, respirant encore la menace et le meurtre (Act. IX. i), entendu la voix du Christ lui-même, et qu'il lui eût demandé : Seigneur, qiievoule\-vous que je fasse ? fut néanmoins envoyé à Damas auprès d'Ananie. « Lève-toi, et va dans la ville ; là on te dira ce que tu as à faire. Il faut aussi faire cette réflexion: Ceux qui tendent à la perfection, dès lors qu'ils entrent dans une voie qui n'a pas été suivie par le

plus grand nombre, sont par-là même plus exposés à l'erreur; et, conséquemment, ont plus que les autres besoin d'un maître et d'un guide. Cette manière de faire a toujours été la règle de l'Eglise ; et la direction de cet enseignement a toujours été reconnue comme appartenant à un homme par tous ceux qui, dans le cours des siècles, se sont montrés d'une sagesse et d'une sainteté au-dessus de l'ordinaire. Ceux qui rejettent cette règle, ne peuvent donc pas le faire sans témérité et sans danger. »

St-Josei>h's Retreat, highate.

Feast of the Five Wounds, March, 1899.

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