I. CE qu'on entend par sacrifice en général
.• Par sacrifice en gén'^ral nous entendons un don ou une offrande visible faite à Dieu pour l'honorer et l'adorer comme notre souverain Seigneur. C'est un honneur dû à Dieu seul. L'offrir à une créature serait un crime d'idolâtrie ; et le sacrifice est l'expression la plus haute du culte que nous puissions ofïrir à Dieu. « IJ^j a deux e^spèces de culte qui ne f^^^iT^ sont dues qu'à Dieu, l'adoration et le sacrifice, la plus A^ , importante est le sacrifice. L'adoration est le cultejpersonnel de Dieu, même quand elle est privée ou publique, comme le service de l'après-midi dans l'Eglise catholique. Le sacrifice est le culte public de Dieu. Nous pouvons, en particulier, adorer Dieu en tout temps et en tout lieu. Le sacrifice, étant le culte public de Dieu, exige une église ou un temple, un prêtre, un autel, une offrande, des vêtements particuliers, l'assistance d'une assemblée (en règle générale), au nom et en faveur de laquelle le sacrifice est offert. Dans l'adoration, nous ne faisons qu'humilier notre personne, notre âme, et notre corps en présence de Dieu. Dans le sacrifice, nous y ajoutons une offrande de quelque chose de matériel et de tangible. Par l'adoration, nous n'offrons à Dieu que nos actions ; par le sacrifice, nous lui offrons, non seulement nos actions, mais notre être lui-même. » ^
I « Explication du Sacrifice de la Messe ^ » par un prêtre catholique.
2. DÉFINITION DU SACRIFICE DANS SON SENS RIGOUREUX ET SES CONDITIONS, AU POINT DE VUE : (l) DE LA MATIÈRE ; (2) DE SA FIN PRINCIPALE ; (3) DU MINISTRE ; (4) DE LA FORME.
Le sacrifice, pris dans le sens rigoureux, se définit commu- V)^ mément : « L'offrande extérieure d'une chose sensible, 1m^ détruite ou immolée en l'honneur de Dieu par un ministre légitime, pour reconnaître son empire souverain. »
Pour qu'il y ait sacrifice, il faut donc rigoureusement les conditions suivantes : ^
(i) De la part de la matière, il faut que ce soit une chose ^ sensible, puisque le sacrifice est un acte extérieur de religion. s JH^
(2) Du côté de la fin principale, pour laquelle le sacrifice est ' offert, elle doit être Dieu seul, et dans le but de reconnaître ^ son autorité souveraine sur toutes ses créatures. Le sacrifice est un acte de Latrie qui n'est dû qu'à Dieu seul.
(3) De la part du ministre, il faut que ce soit un prêtre * ordonné pour cet office. Le sacrifice est un acte de culte public; et, en vertu de l'institution divine, aussi bien que d'après le consentement de tous les peuples, un acte de culte public s'offre par un prêtre ordonné à cet effet. Sous la loi de nature, — c'est-à-dire, depuis x\dam jusqu'à Moïse, — les prêtres étaient, comme l'enseigne saint Jérôme, les premiersnés^ selon la tradition des Hébreux, et les chefs de famille {patres famili as). C'est ainsi, lisons-nous, que Noé, Abraham
et Job offrirent des sacrifices; d'autres aussi, soit par suite d'une désignation spéciale et d'une inspiration de Dieu, offrirent des sacrifices, comme nous le voyons pour Abel et Jacob.
3^8 LES SACREMENTS EXPLiaUÉS
Sous la loi écrite, de Moïse à Jésus-Christ, le prêtre n'appartenait qu'à la famille d'Aaron, au point que le sacerdoce était interdit sous peine de mort à tous les autres de la tribu de Levi. Sous la loi mosaïque, les chefs de famille continuèrent-ils à exercer une partie du sacerdoce de la loi de nature, au pointd'offrir l'agneau pascal? C'est une question de controverse. Quelques auteurs pensent que l'agneau pascal devait être tué par chaque chef de famille {pater familias)\ d'autres, comme Calmet et Bonférius, enseignent qu'il devait être tué d'abord par le prêtre dans le temple, avant d'être mangé dans les maisons.
Dans la Nouvelle Loi, le ministre principal est le Christ lui-même, et le ministre secondaire, son prêtre légitimement ordonné. ^
. (4) Au point de vue de la forme du sacrifice, il faut qu'il y ait destruction ou immolation de la chose offerte. C'est nécessaire ( i ) pour reconnaître que nous sommes les créatures de Dieu et que nous ne sommes rien en sa présence, que nous lui devons la vie, la santé, et toutes choses; (ii) pour reconnaître que Dieu est tellement parfait et indépendant qu'il n'a pas besoin de nos offrandes, et qu'elles ne peuvent lui être d'aucun avantage; (iii) pour témoigner qu'il est le maître de la vie et de la mort. La destruction de l'offrande ou de la victime est le trait caractéristique et indispensable du sacrifice, et se retrouve conséquemment dans toutes les espèces de sacrifice. ^
1 Haine, « De Sacr. Missce. »
2 « Explicat. du Sacrif. de la Messe, » par un prêtre catholique.