FRUIT SPÉCIAL. (3) FRUIT TRÈS SPÉCIAL
Après avoir parlé des effets de ce sacrifice, nous devons expliquer ce qu'on entend par ses fruits. On veut dire par là les effets de la messe en tant qu'ils nous sont appliqués : ce sont les effets expiatoires pour le péché, les effets satisfactoires pour la rémission des peines dues au péché, et les effets impétratoires pour l'obtention de faveurs spirituelles et temporelles.
Le fruit de la messe est de trois sortes : le i^cvixX général.^ le fruit spécial^ et le fruit tout à fait spécial, (i) Le ix\i\\. général est celui qui provient du sacrifice de la messe, parce qu'il est offert par le prêtre en la personne du Christ pour le bien de
toute l'Eglise, pour tous les fidèles vivants et défunts, particulièrement pour ceux qui assistent à la messe, qui la servent, la chantent, ou de quelque façon coopèrent avec le prêtre qui célèbre. Comme c'est le Christ, premier et principal ministre, qui applique ce fruit, personne ne peut en être exclu si ce n'est par un péché contre la charité et la justice. (2) Le fruit spécial s'applique par le prêtre, ministre du Christ, à la personne ou selon l'intention pour laquelle il offre la messe. (3) Le fruit tout à fait spécial est réservé au prêtre qui célèbre ; même lorsqu'il applique la messe à d'autres, ce fruit très spécial lui est toujours réservé, et il est plus probable qu'il ne profite à aucune autre personne.
La nature du sacrifice eucharistique nous autorise à distinguer trois degrés dans la distribution de ses fruits :
(i) Le prêtre, comme ministre et délégué du Christ, offre le sacrifice pour l'Eglise universelle, et, conséquemment, pour tous ses membres, indirectement aussi pour ceux qui n'en sont que membres in potentia. L'heureux résultat de cette application s'appelle avec raison friictiis gêner alis.
(2) Suivant la pratique universelle, fondée sur la règle générale, que les œuvres satisfactoires et les prières peuvent s'appliquer aux autres, le prêtre applique le fruit de ce sacrifice à certaines personnes déterminées, vivantes ou mortes. Cette intention particulière fixe le fritctus specialis. Elle confère à ces personnes tous les fruits du sacrifice qui n'appartiennent pas à l'Eglise comme corps ou au prêtre qui sacrifie.
(3) Le fruit personnel au prêtre s'appelle fructus specialissimiis^ parce qu'il est le mieux déterminé des trois. Il naît de la fonction sainte elle-même, dans laquelle le prêtre agit comme un autre Christ et participe à la sainte victime. Les
fidèles qui prennent part à la célébration par leur présence et leur intention, en retirent pareillement un fruit analogue au fniclus speciaïissimus du prêtre. (Suarez, disp. 79, apud ; « Manuel de Théologie Catholique, » part. 11., 1. vu., ch. v., sect. 266).