d'où VIENT LA LIMITATION DES FRUITS DE CE SACRIFICE
D'où vient que les fruits de la messe sont ainsi limités ? On l'explique de deux manières.
D'après quelques auteurs, on peut l'attribuer à la capacité limitée des âmes pour lesquelles on offre la messe ; de sorte que si on pouvait supposer qu'elle soit offerte pour un nombre d'hommes tel que leur ensemble constituerait une capacité infinie, elle produirait des effets infinis. Selon cette opinion, le sacrifice offert pour plusieurs personnes profiterait à chacune d'elles autant que s'il n'était offert que pour elle seule. Mais le prêtre ne pourrait par une seule messe satisfaire à plusieurs intentions pour lesquelles il aurait reçu un honoraire. Alexandre VII a condamné la proposition suivante :
« Non est contra jiistiti am pro plurihus sacrificiis stipendiiim accipere, et sacrificium iinum offerre. » L'honoraire n'est pas offert pour le fruit de la messe, mais pour l'entretien du prêtre, et pour se procurer les choses nécessaires à l'autel et à la messe.
D'autres auteurs disent que les fruits de la messe sont limités par la volonté du Chrit lui-même, qui veut que le sacrifice, chaque fois qu'il est offert, ne produise des fruits que dans une certaine mesure. La conséquence, puisque les fruits sont limités, c'est que plus grand est le nombre des personnes auxquelles on les applique, moindre est la part que reçoit chacune d'elles : le sacrifice est donc moins profitable, si on l'offre pour plusieurs personnes que si on l'offre pour une seule. Toutefois, disent ces auteurs, il ne faut pas conclure de là que si plusieurs personnes entendent la messe, ou y assistent en servant le prêtre qai célèbre, elles reçoivent une moindre part du fruit général ; parce que, comme chaque assistant offre le sacrifice avec le prêtre, les oblations se trouvent multipliées, et le fruit l'est également.
Puisque les deux opinions sont probables, le prêtre, en pratique, a ordinairement l'intention d'appliquer les fruits du sacrifice à tous, aux vivants et aux morts, autant que cela est possible, sans préjudice pour la personne en faveur de laquelle il offre la messe en raison de l'honoraire, du bénéfice ou d'une promesse.