DANGER DE DIFFÉRER DE FAIRE PENITENCE
Par cet enseignement, je ne prétends point encourager le
délai de la pénitence ; car, contre tout délai de ce genre,
Dieu lui-même nous donne les avertissements les plus
sévères. Ainsi, nous lisons dans l'Ecclésiastique à l'adresse
du pécheur : « Ne différez point à vous convertir au Seigneur,
et ne remettez pas de jour en jour ; car sa colère éclatera
2 Rom. II. 4.
374 ^^S SACREMENTS EXPLiaUÉS
tout d'un coup, et il vous perdra au jour de sa vengeance. » ^ Et Saint Grégçire nous dit que Dieu, qui a promis le pardon au pénitent, n'a point promis le lendemain au pécheur.
Différer de se convertir est un grand danger; bien souvent, en effet, il peut se faire que Dieu refuse sa grâce au pécheur endurci, comme nous le voyons dans le cas d'Antiochus. Celui qui méprise la grâce de Dieu pendant sa vie, peut en être privé au moment de la mort ; et, juste châtiment de son ingratitude passée, il n'aura peut-être ni la force ni la volonté d'y correspondre, alors même que cette grâce en réalité suffisante lui sera offerte. Les pécheurs qui renvoient leur conversion jusqu'à l'heure de la mort, ne changeront Yraisemblablement pas de volonté à ce moment. Si, pendant qu'ils sont en santé et dans la pleine jouissance de leurs sens, ils ne renoncent pas au péché, comment pourront-ils le faire quand leur esprit et leurs idées seront remplis de trouble et de confusion? Il est certain que quand l'âme d'un malade est absorbée par ses souffrances, elle est fort peu capable de détester le péché qu'elle a toujours aimé, et d'aimer Dieu, auquel elle n'a jamais ou presque jamais pensé.
Nous devrions donc, pendant notre vie, penser au repentir afin que notre âme puisse en recueillir les fruits et en ressentir les effets.
I EccL. V. 8. 9.
5. EFFETS DE LA VERTU DE PÉNITENCE I (l) RÉMISSION DE LA CULPABILITÉ DU PÉCHÉ : QUATRE CONCLUSIONS QUI EN DÉCOULENT. (2) RÉMISSION DE LA PEINE DUE AU PÉCHÉ. (3) ELLE FAIT RECOUVRER LES VERTUS, ET REVIVRE LES MÉRITES.
Les effets delà vertu de pénitence sont : (i)La rémission de la culpabilité du péché. (2) La rémission de la peine due au péché. (3) Le recouvrement des vertus et des mérites perdus.
Expliquons ces effets en quelques mots. Le premier effet de la vertu de pénitence est la rémission des péchés.
(i) Cette vertu peut obtenir le pardon de tous les péchés. | Tout péché pendant cette vie peut être effacé par le repentir. S'il n'en était pas ainsi, ce serait parce que l'homme ne pourrait pas se repentir de son péché, et ainsi son libre arbitre serait détruit et la puissance de la grâce infirmée ; ou bien, parce que le repentir n'aurait pas le pouvoir d'effacer le péché, ce qui répugnerait à la miséricorde divine, et serait contraire à la puissance et à l'efficacité de la passion du Christ.
S'il s'agit des péchésjnortels, le repentir doit être universel, |i ou s'étendre à tous sans exception. Pour les péchés véniels, il n'-est pas nécessaire qu'il s'étende à tous pour obtenir le pardon d'imn ou de plusieurs ; mais le repentir, portant sur quelques-uns, oui même sur oin seul, suffit pour en obtenir le pardon, lors même que les autres subsistent. Wqù nous avons à tirer les conclusions suivantes :
(i) Un péché mortel ne peut pas être pardonné sans les autres. Tous le sont, ou il n'y en a aucun. La raison en est manifeste : un péché mortel ne saurait être remis sans
37^ LES SACREMENTS EXPLIQ.UÎ.S
l'infusion de la grâce et sans un vrai repentir ; or, l'existence de tout péché mortel est incompatible avec l'état de grâce et le repentir.
(ii) Un seul péché véniel peut être effacé sans un autre, — au moins chez le juste ; parce que le péché véniel n'exclut pas l'état de grâce qui peut aussi effacer les autres fautes légères.
(iii) Un péché mortel peut être remis sans la rémission d'un péché véniel, parce que la vertu de charité et la grâce de Dieu peuvent exister dans l'âme en même temps que le péché véniel, qui n'affaiblit que la ferveur de la charité.
(iv) Un péché véniel ne peut pas être pardonné sans que le péché mortel le soit en même temps, lorsque les deux existent dans l'âme. La raison en est que même pour la rémission d'un péché véniel, un acte de la grâce est nécessaire, et on ne saurait rencontrer cet acte de la grâce dans une âme souillée d'un péché mortel.
(2) Le second effet du repentir ou de la vertu de pénitence, c'est la rémission de la peine due au péché. Suivant l'enseignement du Concile de Trente, lorsque la grâce efface un péché, comme conséquence, elle remet aussi la peine éternelle qui lui était due : l'âme rentre en amitié et en union avec Dieu par sa grâce, et, conséquemment, ne peut être sujette à un châtiment éternel ; mais elle peut rester passible d'une peine temporelle. Telle est la volonté de Dieu au sujet de cette peine temporelle qui reste due, et qui fait éclater sa justice et sa clémence. Sa justice, qui ordonne que, par une réconciliation d'une manière différente de celle du baptême, le pécheur qui, après avoir reçu les dons du Saint-Esprit, tombe dans le péché, se hâte de se convertir, parce qu'il a sciemment violé le temple de Dieu et contristé son Esprit
Saint. Il est également conforme à la clémence de Dieu qu'il nous reste quelque peine temporelle à subir, de crainte que nous sachant pardonné sans aucune satisfaction de notre part, nous regardions nos fautes comme légères, et nous nous laissions aller plus facilement à les commettre. ^
La culpabilité du péché une fois effacée, il arrive souvent que subsistent les dispositions auxquelles ont donné lieu les actes coupables : c'est ce qu'on appelle les restes du péché (reliquiœ peccati). Ces dispositions deviennent moindres,! plus faibles, lorsque le péché est effacé, mais elles ne | disparaissent pas immédiatement. Parfois, elles disparaissent) entièrement avec la grâce divine que confèrent spécialement le sacrement de pénitence, l'Eucharistie et l'Extrême-Onction. Les actes contraires les font aussi disparaître peu à peu : les actes de vertu diminuent les dispositions aux vices contraires.
Les péchés une fois pardonnes par la vertu de pénitence ne renaissent jamais, mais restent pardonnes pour toujours ; parce que l'œuvre de Dieu ne peut pas être annulée par le fait de l'homme. Or, la rémission des péchés antérieurs est l'œuvre delà miséricorde divine que ne saurait atteindre une faute subséquente de l'homme.
Par suite de la plus grande ingratitude de la part du pécheur, sa chute nouvelle, après avoir reçu le pardon, aggrave sa faute. Il n'en résulte pas, toutefois, une faute distincte, à moins qu'il n'y ait mépris direct du bienfait qui lui a été accordé, par exemple, si le pécheur regrettait de s'être repenti de sa faute, circonstance qu'il devrait déclarer expressément en confession.
I CoNX. Trid. XIV,, cap. viii.
(3) Le troisième effet de la vertu de pénitence ou du repentir, c'est le recouvrement des vertus et des mérites perdus.
Les vertus infuses ou surnaturelles, perdues par le péché mortel, sont rétablies par le repentir. La raison en est que la rémission du péché mortel ne peut avoir lieu que par l'infusion de la grâce sanctifiante ; et les vertus infuses sont toujours les compagnes inséparables de la grâce.
Les œuvres méritoires, frappées de mort par le péché mortel, revivent aussi par le repentir : les œuvres que nous accomplissons quand nous sommes dans un état de charité, ne sont pas complètement anéanties aux yeux de Dieu ; elles lui restent acceptables. Mais le péché de l'homme en empêche la récompense : aussitôt que cet empêchement posé par l'homme disparaît en vertu de son repentir, Dieu est fidèle et récompense ces œuvres.
Q.uant au degré dans lequel revivent les vertus et les mérites, il existe trois opinions différentes. Deux de ces opinions ont droit à une mention particulière. La première affirm-e que les vertus, en même temps que la grâce, revivent ainsi que l^s mérites dans un degré plus ou moins grand, suivant les dispositions du pénitent, — c'est-à-dire, selon que le repentir du pénitent est plus ou moins profond : par conséquent, ils revivent dans un degré quelquefois plus grand, quelquefois égal, et parfois moindre.
La seconde opinion soutient que vertus et mérites repavent absolument tels qu'ils étaient avant le péché ; il faut même y ajouter quelque chose suivant les dispositions actuelles du pénitent. Donc, ils revivent toujours dans un degré égal, et même plus grand.
Qu'il me soit permis d'ajouter que je considère cette seconde opinion comme plus satisfaisante. Elle me paraît plus conforme à la manière dont Dieu accueille les pénitents, et à son grand amour pour les âmes repentantes. Laissant les quatre-vingt-dix-neuf brebis, il court à la recherche de celle qui est égarée ; puis, dès qu'il l'a trouvée, il la rapporte au bercail avec toutes les marques de bonté dont parle la parabole.