Remarques du D"" Lingard sur le sacrement de Pénitence
Dans ce chapitre, nous avons à traiter (i) de Tessence, (2) de la matière, (3) de la forme, (4) de la nécessité et des effets, (5) de la réitérahilité du sacrement de pénitence.
I. LA PÉNITENCE, SACREMENT DE LA NOUVELLE LOI : (l) SIGNE SENSIBLE. (2) IL PRODUIT LA GRACE. (3) INSTITUÉ PAR LE CHRIST.
La pénitence est un sacrement de la Nouvelle Loi, institué par le Christ, pour remettre les péchés commis après le baptême.
Le Concile de Trente appelle ce sacrement un baptême laborieux et la seconde planche après le naufrage, ^ pour le distinguer du baptême dont il diffère sous plusieurs rapports.
Les anciens appelaient ce sacrement V imposition des mains, nom tiré du rite ou de la cérémonie : le prêtre, en effet, lève la main sur la tête du pénitent en lui donnant l'absolution. L'usage courant parmi nous, désigne ce sacrement par le nom de confession (en grec E^o[jLoXoYsaiç), nom qui vient de la partie la plus sensible du sacrement, la déclaration des péchés.
La Pénitence est un sacrement véritable de la nouvelle Loi. Nous y trouvons tout ce qui constitue un sacrement : signe sensible, production de la grâce, et institution par le Christ.
(i) Le signe sensible : de la part du pénitent, qui, par ses actes extérieurs et par ses paroles montre que son cœur a renoncé au péché ; de la part du confesseur, qui absout par des paroles formelles, lesquelles expriment la rémission des péchés.
I CONC. DE Tr. SeSS. XIV. ch. II.
382 LES SACREMENTS EXPLiaUÉS
(2) Il produit la grâce ou signifie la grâce intérieure : la rémission des péchés, qui a lieu par l'infusion de la grâce sanctifiante.
(3) Institution divine. Le Christ promit ce sacrement avant tous les autres, lorsqu'il annonça à saint Pierre qu'il lui donnerait les clefs du royaume du ciel. Il lui dit : « Et je te donnerai les clefs du royaume du ciel, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » ^
Il le promit une seconde fois, lorsqu'il adressa à tous ses Apôtres réunis autour de lui, des paroles semblables à celles qu'il avait dites à saint Pierre : « En vérité je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel , et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » 2
Mais, selon les paroles du Concile de Trente, Notre- Seigneur institua le sacrement de pénitence surtout, lorsque, après sa résurrection d'entre les morts, il souffla sur ses disciples en disant: «Recevez le Saint-Esprit: les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » 3
« Par cette action si significative, et par ces paroles si claires, le consentement unanime des Pères a toujours compris que le pouvoir de pardonner et de retenir les péchés, et de réconcilier des fidèles, était communiqué aux Apôtres et à leurs légitimes successeurs. C'est donc à juste titre que l'Eglise catholique rejeta e^ condamna comme hérétiques, les Novatiens qui, autrefois, s'obstinaient à contester ce pouvoir...
1 s. Mat. XVI. 19.
2 Ibid. XVIII. 18.
3 S. Jean xx. 22, 23.
Si quelqu'un dit que, dans l'Eglise catholique, la pénitence n'est pas véritablement et réellement un sacrement, institué par le Christ Notre-Seigneur pour réconcilier les fidèles avec Dieu aussi souvent qu'ils seront tombés dans le péché après leur baptême, qu'il soit anathème.
... Si quelqu'un dit que ces paroles du Seigneur^ notre Sauveur : Receve:^ le Saint-Esprit^ etc.. ne doivent pas s'entendre du pouvoir de pardonner et de retenir les péchés dans le sacrement de pénitence, comme l'Eglise catholique les a toujours interprétées depuis le commencement, mais leur donne un sens contraire à l'institution de ce sacrement, pour les appliquer à la prédication de l'Evangile, qu'il soit anathème. ^
2. LE POUVOIR DE PARDONNER LES PÉCHÉS A ÉTÉ CONFÉRÉ PAR LE CHRIST A SES APÔTRES ET A LEURS SUCCESSEURS
C'est donc dans ces circonstances que Notre-Seigneur conféra à ses Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir judiciaire de pardonner les péchés qu'il leur avait seulement promis quelque temps auparavant. Par ses paroles, le Christ Notre-Seigneur désigne tout ce qui est essentiel au sacrement de pénitence, et il donne à ses Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de remettre les péchés. Ceux qui nient ce pouvoir dans l'Eglise, nient implicitement que le Christ ait pu donner un tel pouvoir. Il fut lui-même accusé de blasphème pour avoir voulu faire ce que, par ces paroles, il donnait à ses Apôtres le pouvoir de faire. C'est lorsqu'il guéritle paralytique et lui dit : « Ayez confiance, vos péchés vous sont pardonnes. » ^
I CoNC. DE Tr. sess. XIV., ch. I. can. i et 3. 3 S. Mat. IX. 2.
Ses ennemis l'accusèrent d'usurper la puissance de Dieu ; comme réponse, il réclama cette prérogative, et la prouva par un miracle : « Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés, etc.. » Ce pouvoir qu'il avait lui-même, il pouvait le déléguer à ses Apôtres, et il l'a délégué en effet, comme le montrent clairement les paroles que nous avons citées. Il donne plus de force encore à cette délégation quand il dit : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre, » et ailleurs : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie; les péchés seront remisa ceux à qui vous les remettrez, etc.. »
Il semblerait que ce pouvoir délégué de donner l'absolution est une chose trop sacrée pour qu'il soit possible à un homme de l'exercer, même sous forme de ministère ; mais il n'est pas plus difficile de comprendrequ'unhomme puisse absoudre les péchés au tribunal de la pénitence, que de comprendre qu'il consacre la sainte Eucharistie, ou qu'il purifie l'âme en administrant le baptême.
(l) MATIÈRE ÉLOIGNÉE. (2) MATIÈRE PROCHAINE
La matière de ce sacrement est éloignée e\. prochaine.
(i) La matière éloignée est le péché commis après le baptême. Les péchés ne sont pas matière en ce sens qu'ils entrent dans la composition du sacrement (ex qua), mais dans le sens que l'action du sacrement porte sur les péchés et en purifie l'âme (circa quam).
Ici, vient encore la question de savoir si un adulte, récemment converti à la foi, qu'on doit baptiser sous condition, est obligé de confesser tous les péchés qu'il a commis
depuis son baptême douteux, quand doit se faire la confession, et quand on doit donner l'absolution.
Un adulte nouvellement converti, qu'on est obligé de baptiser sous condition doit confesser tous les péchés qu'il a commis depuis son baptême douteux. Cette confession peut se faire avant ou après le baptême sous condition. Si elle a eu lieu avant, il faut la renouveler après. L'absolution doit se donner après le baptême et soîis condition^ s'il n'y a eu aucun péché de commis entre le baptême et le moment de recevoir l'absolution. ^ — Cette matière éloignée est nécessaire ou libre. La matière nécessaire embrasse tous les péchés mortels non confessés et XAulirectement pardonnes par l'absolution. La matière lihre^ et qui est suffisante, comprend tous les péchés véniels et tous les péchés mortels déjà confessés et pardonnes. C'est là une matière suffisante pour l'absolution ; mais il n'y a aucune obligation rigoureuse de confesser ces péchés.
Toutefois, il est utile de confesser les péchés véniels, et d'en recevoir l'absolution, comme il est également utile de confesser de nouveau les péchés mortels déjà pardonnes, et de les soumettre de nouveau à l'absolution du prêtre, particulièrement lorsque l'âme ne s'est pas rendue coupable d'une faute grave, pendant l'espace d'une confession à l'autre.
Une personne qui n'a aucun péché à confesser, pas même unefaute de sa vie passée, mais uniquement des imperfections et des défauts naturels, ne peut pas recevoir l'absolution.
Il suffit, pour confesser un péché de la vie passée déjà pardonné au tribunal de la pénitence, de le mentionner d'une
I Réponses de la S. Congrég. de rinquisition, 17 dec, 1868, aux évéques d'Angleterre; et de la S. Cong, de la Propag. de la Foi, 12 juillet, 1869, à Tarchevêque de Québec; et de la S. Cong, de Tlnquis,, 4 novembre, 1875.
manière générale ; par exemple : Je m'accuse des péchés que j'ai commis contre la charité ou la chasteté dans ma vie passée, ou de mes péchés contre le premier, le second, ou le troisième commandement, etc..
(2) La matière prochaine du sacrement de pénitence consiste dans les trois actes du pénitent : la contrition, la confession et la satisfaction. Les Conciles de Florence et de Trente appellent ces actes le quasi materia du sacrement, et le Concile de Trente dit qu'ils sont les parties du sacrement de pénitence. Il y a donc là quelque chose de plus que les conditions requises de la part du pénitent, comme le dit ordinairement le catéchisme. Ce sont les parties essentielles et intégrantes, qui constituent le sacrement, et non pas seulement des conditions nécessaires pour le recevoir dignement. La contrition et la confession sont des parties essentielles, et la satisfaction appartient aussi intrinsèquement au sacrement, non comme une partie essentielle, mais comme partie intégrante, absolument comme la tête et le cœur sont parties essentielles de l'être humain, et les jambes ou les bras, parties intégrantes.
« Donc, comme de tous les sacrements, il n'en est aucun sur lequel il est nécessaire que les fidèles soient mieux instruits que sur le sacrement de pénitence. Il faut qu'ils sachent que celui-ci diffère des autres en ceci : la matière des autres sacrements est quelque chose qui est produit par la nature ou par les arts, tandis que les actes du pénitent, — la contrition, la confession et la satisfaction, — comme l'a défini le Concile de Trente, constituent pour ainsi dire, la matière, le quasi materia de celui-ci.
« On appelle ces actes les parties de la pénitence, parce qu'ils sont nécessaires de la part du pénitent , d'après
l'institution divine, pour l'intégrité du sacrement, comme pour la pleine et entière rémission du péché. Lorsque le saint Synode dit qu'ils sont « pour ainsi dire, la matière », ce n'est point parce qu'ils ne sont pas la matière réelle, mais parce qu'ils ne sont pas, comme l'eau dans le baptême et le saint chrême dans la confirmation, la matière qui s'applique extérieurement. Q.uant à l'opinion de ceux qui soutiennent que les péchés eux-mêmes constituent la matière de ce sacrement, si on l'examine de près, on reconnaîtra qu'elle ne diffère pas de celle que nous avons déjà exposée : nous disons que le bois consumé par le feu, est la matière du feu ; on peut donc avec raison appeler matière de la pénitence les péchés que détruit ce sacrement. » (Catéch. du C. de Tr.)
Les Scotistes soutenaient que l'absolution, considérée comme rite sensible, était la matière ; et que considérée comme signifiant les effets, elle était la forme de ce sacrement. Les décrets du Concile furent formulés de façon à ne point atteindre cette opinion.