I. SENS ET DIVISION
« Satisfaction » vient du latin satisfacere c^m veut àuQ faire assc^. Pris dans son sens général, ce mot signifie Tacquittement d'une dette, et on l'emploie dans ce sens pour indiquer la réparation de Tinjure que le péché fait à Dieu. Le Père Xavier Schouppe, dans sa théologie, explique de la manière suivante la nature et la division de la satisfaction au sens de l'Eglise.
11 y a deux satisfactions pour le péché : la satisfaction du Christ et la satisfaction du chrétien. La satisfaction du Christ est celle que notre divin Sauveur a abondamment payée pour nous par ses souffrances et par sa mort sur la croix. La satisfaction du chrétien est celle que les fidèles offrent euxmêmes, et qui, cependant, reçoit son efficacité et toute sa valeur des mérites du Christ. On peut la définir : « L'acceptation et la souffrance des châtiments temporels, par lesquels, en vertu des mérites du Christ, le pécheur paie la dette dont il est redevable envers la justice divine. »
Le péché encourt une double dette, celle de la cuïpabilitJ et celle du châtiment. D'où il suit que le pécheur doit à Dieu une double réparation, l'une en raison de la culpabilité et l'autre en raison du châtiment. La satisfaction ou le repentir que Dieu exige pour la première consiste dans la contrition et la confession, comme nous l'avons déjà expliqué. La satisfaction est ce qui paie la peine due au péché. Par cette peine, on entend un mal, une chose désagréable à notre nature et à notre bon plaisir, à nos sentiments et à nos inclinations, et qui nous est imposée comme châtiment du péché. Cette peine est à la fois éternelle et temporelle. Nous
ne parlons ici que du châtiment temporel, qui souvent reste seul après que le péché a été pardonné. La peine du châtiment éternel, étant inséparable du péché mortel, est toujours remise en même temps que la faute.
La satisfaction que Ton fait pour la peine ou le châtiment temporel peut se définir : « Une œuvre pénible à notre nature, supportée avec patience, ou acceptée en vue de payer à Dieu la dette du péché. » Elle est ou pro pœna, pour remplacer le châtiment, ou în pœna^ le châtiment lui-même. Dans ce dernier cas, on l'appelle satispassion, et elle se confond avec la peine elle-même, sans aucune commutation, sans aucun changement, jusqu'à ce que la dernière obole ait été payée, ' comme dans le purgatoire. La satisfaction pro pœna est le châtiment qu'on s'impose volontairement et qu'on oflfre à Dieu à cause de ses péchés, en vue d'en obtenir la remise de \2i peine temporelle. On la divise (i) en sacramentelle et non sacramentelle \ (2) en publique et privée', (3) en satisfaction de condi^no et de concur no. ^
En fait d'œuvre pénale, il est bon de remarquer que, dans notre condition présente, tout acte de vertu peut s'appeler pénal ou afflict if , et par conséquent se trouve satisfactoire : plus il est pénal, plus aussi il est satisfactoire.
2. LA SATISFACTION EN GÉNÉRAL. (l) L'HOMME PEUT SATISFAIRE A DIEU. (2) UN HOMME PEUT SATISFAIRE POUR UN AUTRE.
Avant de parler de la satisfaction, il n'est pas sans importance de dire quelques mots de cette satisfaction qui est
1 S. Mat, V. 26.
2 << Elemenla Theol. D^g. » tr. 14, n. 202-206.
466 LES SACREMENTS EXPLiaUÉS
volontaire et non sacramentelle, ou, pour mieux dire, de la satisfaction en général. Sur l'autorité de saint Thomas nous poserons les propositions et les conclusions suivantes :
(i) L'homme peut faire réparation à Dieu, non pas, en vérité, une réparation adéquate, ou égale au degré de la satisfaction qui lui est due ; mais dans une certaine proportion qui suffit à la satisfaction. Elle est suffisante lorsque l'homme paie à Dieu ce qu'il peut. L'amour et la compassion de Dieu pour nous l'acceptent, lors même qu'elle n'est pas égale à la dette que nous avons contractée envers lui.
(2) Un homme peut satisfaire pour un autre. Pour le comprendre, il faut se rappeler que la satisfaction est une sorte de médecine, qui guérit nos fautes, et nous préserve des péchés pour l'avenir. Sur ce dernier point, la préservation pour l'avenir, la satisfaction d'une personne ne peut pas profiter à une autre ; par exemple, le jeûne d'un homme ne saurait mortifier le corps d'un autre. Mais s'il s'agit de l'acquittement de la dette contractée par des fautes antérieures, un homme peut satisfaire pour un autre, pourvu qu'il ait la charité ou qu'il soit en état de grâce, de sorte que ses œuvres puissent être satisfactoires.