I. SENS
Pour suppléer à Tinsuffisance de nos satisfactions personnelles, l'Eglise nous offre des indulgences.
Le mot indulgence signifie un acte de faveur, de grâce, ou de miséricorde, parce que l'indulgence est la remise d'une chose qui aurait pu être exigée au nom de la justice.
Une indulgence, telle que la définit le Catéchisme, « est la remise de la peine temporelle qui souvent reste due au péché déjà pardonné. »
L'indulgence ne remet pas le péché, même véniel, ni la peine éternelle due au péché, mais seulement la peine temporelle qui reste due après la remise et du péché et de la peine éternelle, — cette peine temporelle qu'il faut endurer sur la terre ou en purgatoire. L'indulgence n'est pas une chose sacramentelle ; elle doit donc s'accorder en dehors des sacrements, de sorte que le confesseur n'accorde jamais une indulgence au tribunal de la pénitence. Et un confesseur ne peut pas omettre de fixer une pénitence à cause des indulgences accordées aux fidèles. ^
2. LE POUVOIR d'accorder DES INDULGENCES APPARTIENT A L 'ÉGLISE
Le pouvoir d'accorder des indulgences appartient à l'Eglise, c'est-à-dire au Pape et aux évêques.
C'est là un article de foi défini par le Concile de Trente : « Comme le Christ a donné à l'Eglise le pouvoir d'accorder des indulgences, et comme elle a usé de ce pouvoir, qui
I Voy. la Constitution de Benoit XIV, Inter Prœteritœ.
lui a été divinement concédé, depuis les temps les plus anciens, ce saint synode enseigne, et ordonne que Tusage des indulgences, qui est très salutaire aux chrétiens et que l'autorité des saints Conciles a toujours approuvé, soit maintenu dans l'Eglise, et frappe d'anathéme ceux qui disent que les indulgences sont inutiles, ou qui nient à l'Eglise le pouvoir de les accorder. » ^
Jésus-Christ a donné ce pouvoir à ses Apôtres, quand il leur a dit : « Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » ^ Délier les âmes, c'est les délivrer des empêchements qui leur ferment le ciel. Or, le ciel est fermé non seulement par le péché, mais par la peine temporelle due au péché, jusqu'à ce que la justice de Dieu ait reçu pleine satisfaction. (Quiconque est redevable envers cette justice divine, même de la moindre partie de la peine éternelle, a les portes du ciel fermées devant lui ; il y a un obstacle qui lui empêche d'approcher de la félicité éternelle. Ceux qui ont reçu le pouvoir des clefs, peuvent faire disparaître cet obstacle. Leur pouvoir n'est point limité : « Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. — Je te donnerai les clefs du royaume du ciel. »
L'Eglise nous remet la peine temporelle du péché par les indulgences, en nous appliquant les mérites satisfactoires de Notre Seigneur Jésus-Christ, les satisfactions surabondantes de la sainte Vierge et des saints. Ces mérites forment ce qu'on appelle le trésor de l'Egise, un patrimoine de famille dont elle fait part à ses enfants.
1 Concile de Tr., sess. xxv,
2 S. Mat. XVIII. 18. — Voy, aussi S. Jean xx, 23 et S. Mat. xvi. 19,
3. qu'entend-on par le trésor de l'église ? (l) LES MÉRITES SURABONDANTS DU CHRIST. (2) LA COMMUNION DES SAINTS RELATIVEMENT A CE POINT.
Il est bon d'expliquer plus longuement ce qu'on entend par ce trésor de l'Eglise, selon la doctrine catholique :
« L'Eglise a toujours enseigné qu'elle possède ce trésor, composé des mérites infinis de Notre Seigneur Jésus-Christ, et des mérites des saints, ces derniers dépendant des mérites du Christ et en tirant leur prix ; que, en accordant des indulgences, elle ne fait pas autre choses que d'appliquer à ceux qui ont un véritable repentir de leurs péchés ces mérites du Christ et des saints, pour la rémission de la peine temporelle due au péché, après que celui-ci a été pardonné par le sacrement de pénitence.
(i) Par les mérites du Christ, nous voulons dire le prix de ses actions et de ses souffrances par lesquelles il a expié nos péchés et nous a acquis la grâce et la gloire.
Que cette satisfaction de notre Sauveur pour nos péchés n'ait pas été simplement suffisante, mais abondante, — et infinie, — personne n'oserait le nier. Saint Paul nous dit : « Il n'en est pas de la grâce comme du péché : car si par le péché d'un seul plusieurs sont morts, la miséricorde et le don de Dieu s'est répandu beaucoup plus abondamment sur plusieurs, par la grâce d'un seul homme, qui est Jésus- Christ. » '
L'infinité du don a dépassé l'offense, ou, comme il est dit au verset 20 : « où il y a eu une abondance de péché, il y a eu une surabondance de grâce. »
I RoM. V, 15.
Nous savons que la moindre souflfrance, qu'une seule et simple action de la vie de notre Rédempteur, aurait été plus que suffisante pour expier les péchés du monde. Une seule goutte de son sang aurait suffi pour laver les fautes de tout le genre humain.
« Cil jus tina stilla salvum facer e Totiim mimdum quit ah omni scelere. »
Alors, le torrent de son sang aurait-il été tout entier versé en vain ? Est-ce que tout ce sang, qui coula sous les fouets des soldats inhumains, sous la couronne d'épines, des plaies sacrées de ses pieds et de ses mains, aurait été versé inutilement ? La faim et la soif, les dérisions et les mépris, les blasphèmes supportés pendant sa vie tout entière, auraient-ils été subis en pure perte ? La prière de Dieu se serait-elle continuée en vain pendant toute la nuit ? Oh non 1 Ces mérites surabondants, dont un seul aurait racheté le monde, furent présentés devant le trône du Père éternel ; ils sont encore conservés dans le trésor de l'Eglise, pour être appliqués à notre âme par ceux qui ont le pouvoir d'en disposer.
(2) Dans un des articles du Credo nous faisons profession de croire à la communion des saints. Les saints, par leurs bonnes œuvres, ont acquis des mérites par lesquels ils ont non seulement obtenu la béatitude pour eux-mêmes, mais par lesquels ils aident aussi leurs frères qui luttent encore dans ce monde de tentation et de péché. Ils ont amassé des richesses, dont une grande partie est en réserve dans le trésor de l'Eglise. Tout ce que font les membres de la société chrétienne, l'Eglise de Dieu le fait servir à l'avantage de la
480 LES SACREMENTS EXPLIQULS
communauté. Ceux qui sont pauvres spirituellement, la communion des saints les fait participer à Tabondance des riches, comme nous l'enseigne saint Paul : « Dans le temps présent, que votre abondance supplée à leur besoin, pour que leur abondance puisse suppléer au vôtre. » Faites l'aumône aux pauvres, afin que vous puissiez recevoir de leur abondance spirituelle. On ne peut pas dire, rigoureusement parlant, que les saints méritent pour nous, mais ils peuvent satisfaire pour nous. Ils ne peuvent pas nous céder la récompense qu'ils ont méritée par leurs bonnes œuvres ; mais par leurs œuvres satisfactoires de surérogation, ils peuvent satisfaire pour nous. Lorsque nous avons eu le repentir de nos péchés^ ils peuvent offrir à Dieu leurs labeurs, leurs souffrances, leurs privations, leurs tourments, leur mort dans les tortures, en expiation de la peine due à nos fautes. Combien les innocents n'ont-ils pas souffert!... Impossible de nier qu'ils auraient pu arriver à la gloire sans passer par toutes ces souffrances... Il paraîtra donc évident que leurs souffrances et leurs actes volontaires de pénitence ont de beaucoup dépassé leurs dettes, et que toutes ces œuvres de satisfaction au delà de leurs dettes, étaient des œuvres de surérogation ou de surabondance, et peuvent, par conséquent, puisque la bonté de Dieu le permet, s'appliquer comme œuvres satisfactoires à d'autres qui en ont besoin. « La bonté de Dieu est grande, dit saint Jean Chrysostôme, et en considération de quelquesuns il accorde le salut à un grand nombre. Pourquoi dire en considération de quelques-uns? Bien souvent, lorsqu'il peut se trouver un juste ici-bas, la miséricorde divine se répand sur les vivants à cause de la vertu des morts. C'est ce qui nous explique ces paroles de Dieu : « Je protégerai cette cité à cause de moi-même et à cause de mon serviteur David, » etc..
« Et voilà ce qui nous offre une réponse à ceux qui prétendraient dire que les saints ont reçu au ciel la pleine récompense de leurs vertus et de leurs souffrances, et que les épreuves de la vie d'ici-bas ne méritent pas d'être mises en comparaison avec la gloire dont ils jouissent là-haut. Ce serait vrai, si leurs actes de vertu et leurs souffrances étaient donnés comme le prix de la félicité glorieuse dont ils sont en possession ; car un instant des joies célestes serait une rétribution infinie de tous les tourments des martyrs. Mais la bonté de Dieu est si grande que, dans cette infinie bonté, il a daigné accepter les mérites satisfactoires de ses saints comme surabondants, et en appliquer la surabondance aux pécheurs : les Saintes Ecritures nous en donnent plusieurs fois le témoignage irréfutable. Inutile de dire que l'Eglise n'ajoute pas les mérites des saints aux mérites du Christ, comme si ces derniers étaient insuffisants. Le sang des martyrs ne tire son prix que du sang de Jésus. » ^
4. INDULGENCES POUR LES VIVANTS ET POUR LES MORTS. DIFFÉRENCE DANS L'aPPLICATION
L'Eglise peut accorder des indulgences aux vivants et aux morts. Aux vivants, elle peut les accorder directement, parce qu'elle a juridiction sur tous ses enfants de la terre ; mais aux défunts, ou aux âmes des fidèles trépassés, elle ne peut les accorder qu'indirectement, et déclarer qu'elles leur sont applicables, parce qu'elle n'a sur eux aucune juridiction.
I Append. A, aux « Considérations.. etc. ^ sur le Jubilé bt les Indulge », par le R. A, Cux.
482 LES SACREMENTS EXPLiaUÉS
Les indulgences sont donc applicables aux âmes du purgatoire par manière de suffrage ou ai' intercession. C'est-àdire que l'Eglise supplie Dieu d'accepter, en rémission de leurs peines, les prières et les bonnes œuvres des fidèles encore vivants ici-bas, et auxquelles elle a attaché des indulgences. Mais nous ne savons pas dans quelle mesure Dieu fait cette application.
Il y a donc « cette différence entre les indulgences gagnées pour les vivants et pour les morts : pour les vivants, l'effet est produit par manière d'absolution, parce que l'Eglise exerce une autorité directe sur les fidèles vivants sur la terre; tandis que pour les morts, l'effet est produit par manière de suffrage, — c'est-à-dire que l'Eglise offre à Dieu, pour les défunts, une satisfaction égale à leur dette, et demande à Dieu de l'agréer en leur faveur. » ^