L EXTRÊME-ONCTION
semble en avoir parlé, lorsqu'il envoyait ses disciples deux à deux devant lui ; car l'Evangéliste nous apprend que « étant partis, ils prêchaient (aux peuples) qu'ils fissent pénitence; et ils chassaient beaucoup de démons ; ils oignaient d'huile plusieurs malades, et les guérissaient. » ^ Bien que cette onction dont parle saint Marc indique et annonce le sacrement, elle n'est pas le sacrement lui-même ; les disciples alors n'étaient pas prêtres : elle avait pour objet la guérison des maladies du corps, s'appliquait aux aveugles et aux boiteux, aussi bien qu'aux malades, à ceux qui étaient baptisés et à ceux qui ne l'étaient pas. Ce n'est donc pas à ce moment que le Christ institua l'Extrême-Onction, et il est plus probable qu'il ne l'a instituée qu'après sa résurrection.
Cette institution du Christ comme véritable sacrement, est expressément définie par le Concile de Trente : «Si quelqu'un ose dire que l'Extrême-Onction n'est pas un sacrement vrai et réel, institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, et promulgué par l'apôtre saint Jacques, qu'il soit anathème. » ^
(2) Matière et forme. — La matière éloignée est l'huile bénite par l'évêque. Cette bénédiction se fait chaque année le Jeudi saint. Il faut que ce soit de l'huile d'olives, qui, à proprement parler, est l'huile véritable.
La matière prochaine est l'onction des cinq sens. « Cette onction dit le Concile de Trente, exprime admirablement l'onction intérieure de l'âme par l'action du Saint-Esprit. »
L'onction des sens se fait (i) sur les yeux, (2) sur la partie inférieure des oreilles, (3) du nez, (4) sur la bouche, et (5) sur les mains. On la fait sur le revers de la main pour les prêtres, sur la paume de la main pour les laïques.
1 S. Marc. vi. 12, 13. Voy <( Le Compagnon du Catécli. »>
2 SeSS. XIV.
L'onction des pieds et des reins n'est pas essentielle, et n'appartient pas nécessairement au sacrement. D'où il suit que, selon la coutume, on omet généralement l'onction des reins pour les femmes et parfois celle des pieds, particulièrement dans les hôpitaux et les asiles où l'on ne pourrait la faire sans inconvénient.
Le prêtre doit renouveler chaque année l'huile sainte de l'Extrême-Onction ; il n'est point permis de se servir d'huile ancienne, à moins qu'il ne s'agisse d'un cas de nécessité, et qu'on ne puisse se procurer de l'huile nouvellement bénite.
L'évêque bénit trois sortes d'huile le Jeudi saint : l'huile des malades (oleum infirmorum)^ l'huile des catéchumènes (oleum c ate chum enoriim)^ et le saint chrême (sanctum chrtsma). L'huile des malades n'est usitée que pour l'onction des malades et pour la consécration des cloches, c'est-à-dire pour l'onction extérieure ; le saint chrême s'emploie pour l'onction intérieure. L'huile des catéchumènes est usitée au baptême pour l'onction de la poitrine des enfants et celle d'entre les épaules ; pour l'onction des mains d'un prêtre à son ordination, et pour quelques consécrations, comme celle des rois, etc.. Le saint chrême^ qui est de l'huile mélangée de baume, et qui est bénie par l'évêque, s'emploie pour la confirmation, pour les cérémonies d'après le baptême, et dans diverses consécrations, comme celle d'un calice, d'une patène, d'un autel, etc..
La forme de l'Extrême-Onction consiste dans ces paroles : Que par cette onction sainte et par sa plus tendre miséricordCy le Seigneur te pardonne tous les péchés que tu as commis par la vue, par rouïe^... et ainsi de suite pour chacun des sens.
Le Catéchisme du Concile de Trente, parlant de la forme de ce sacrement, s'exprime ainsi : « Nous ne devons pas être
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étonnés que, tandis que la forme de chacun des autres sacrements signifie absolument ce qu'il exprime, comme : Je te baptise, ou, je te signe du signe de la croix, ou que cette forme s'exprime sous forme de commandement, comme dans les saints ordres: Reçois le pouvoir, etc., la forme de l'Extréme-Onction est la seule qui s'énonce sous forme de prière. Nous saisirons bien vite ce qu'il y a de convenable dans cette différence, si nous réfléchissons qu'on administre ce sacrement, non seulement pour la santé de l'àme, mais aussi pour la santé du corps. Et comme il ne plaît pas toujours à la divine Providence de rendre la santé aux malades, la forme de ce sacrement est une prière par laquelle nous demandons à la bonté divine une chose qui n'en est pas l'effet constant et régulier.
Pendant que le prêtre fait ainsi l'onction sur les divers sens du malade, celui-ci doit s'unir à lui en esprit afin d'implorer le pardon de ses péchés. Le prêtre termine en demandant la bénédiction de Dieu pour le malade, la rémission de ses péchés, le secours de la grâce, les consolations spirituelles, et le soulagement du corps.
La forme complète, avec le changement de la terminaison, se répète à chacune des onctions, excepté dans les cas de nécessité urgente, où il suffit d'une seule onction.
(3) Le ministre de V Extrême-Onction. — Le prêtre seul est ministre de ce sacrement. C'est ce que prouvent les paroles de saint Jacques, et le Concile de Trente l'a expressément défini. *
Toutprêtre peut administrer validementl'Extrême-Onction: il en reçoit le pouvoir à son ordination ; mais le pasteur seul, ou celui qui a charge d'âmes peut le faire licitement. Un
I CoNC. DE Tr., sess. XIV, can. 4.
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autre prêtre doit avoir le consentement, au moins présumé, du pasteur, pour l'administrer.
Le prêtre qui a charge d'âmes est tenu, c'est une obligation grave, d'administrer ce sacrement aux membres de son troupeau qui sont dangereusement malades. Il pécherait gravement, s'il négligeait de le faire, s'il renvoyait trop longtemps, au point que le malade perde sa connaissance ; parce qu'il priverait ainsi l'âme des secours spirituels dont elle a si grand besoin à ce moment pour résister aux attaques du démon, pour obtenir le pardon de ses fautes; et il priverait aussi le malade, au point de vue du corps, d'une chance de guérison, qui est fréquemment l'effet de ce sacrement.
Le Catéchisme du Concile de Trente dit : « Les prêtres sont chargés de l'administration de ce sacrement, non pas tout prêtre, mais, selon les décrets de l'Eglise, tous les pasteurs qui ont juridiction, ou tout prêtre qui en a reçu d'eux l'autorisation. »
Dans un cas de nécessité, tout prêtre serait tenu, par charité, de donner ce sacrement à une personne mourante.
Les parents, les proches, ceux qui ont la garde d'un malade, pèchent gravement, si, par leur faute, ce malade meurt sans recevoir ce sacrement. Avant que le prêtre arrive pour administrer les derniers sacrements, on doit laver les endroits du corps sur lesquels se feront les onctions. On prépare une table, couverte d'une nappe blanche; on y place un crucifix, deux chandeliers munis de cierges allumés, un peu d'eau bénite, un vase d'eau propre, et quelques boules de coton pour purifier les onctions. ^
Dans le chapitre suivant, nous parlerons du sujet du sacrement d'Extrême-Onction et de ses effets.
I Voy. « Le Compagnon du Catéch. ». p. 318, 319.