LA TONSURE ; — SA SIGNIFICATION
Ce nom vient de la cérémonie qui consiste à couper des cheveux. La tonsure est l'initiation ecclésiastique à l'état clérical. Jusqu'au sixième siècle, on ne donnait pas la tonsure par une cérémonie spéciale et avant les ordres mineurs ; elle faisait partie du rite par lequel on conférait le premier des ordres majeurs : Elle n'est pas un ordre, mais simplement une cérémonie qui donne un titre à l'état ecclésiastique. La réception du surplis et la coupure des cheveux font de celui qui en est l'objet un clerc, qui se dévoue au service de l'Eglise. Quelques auteurs attribuent à saint Pierre l'institution de la tonsure ; mais on ne voit pas qu'il en soit fait mention dans les écrits des Pères de l'Eglise pendant les trois premiers siècles.
3. LES ORDRES MINEURS : (l) LE PORTIER; — SIGNIFICATION ET FONCTIONS. — (2) LE LECTEUR ; — SIGNIFICATION ET FONCTIONS. — (3) l'exorciste ; — SIGNIFICATION ET FONCTIONS. — (4) l'acolyte ; — SIGNIFICATION ET FONCTIONS.
« Les ordres mineurs : (i) Le portier — Son ordination confère au portier la charge d'ouvrir et de fermer les portes de l'Eglise. 'Comme emblèmes de ce pouvoir et de cette
charge, Tévêque met les clefs entre les mains de Tordinand, et le conduit à la porte pour qu'il remplisse ses fonctions. Il lui fait aussi sonner une cloche, puisqtie une partie de sa charge est d'appeler les fidèles aux services de l'Eglise. Dans les anciens temps, le soin général de l'Eglise était confié au portier, et il devait voir que tout fût prêt pour le service. Il était aussi chargé d'ouvrir le livre des Ecritures au prédicateur, et de veiller à la bonne tenue des assistants. Chaque église cathédrale avait son corps ou son école de portiers.
(2) « Le Lecteur. — Comme son nom l'indique, il est chargé de lire à haute voix dans l'Eglise. La charge toute particulière du lecteur est de lire les Saintes Ecritures aux fidèles, et surtout le livre des prophètes. « Pour indiquer cette charge, l'évêque met entre les mains de ceux qu'il ordonne la Bible ou le Missel. En vertu de sa charge, le lecteur doit lire les leçons dans les offices publics de l'Eglise, les prophéties le samedi saint et les jours de quatre-temps ; il doit aussi enseigner aux enfants les éléments de la foi chrétienne. C'est au troisième siècle, dans les œuvres de Tertullien, qu'il est pour la première fois fait mention de l'office du lecteur. Comme les Saintes Ecritures étaient confiées à la garde des lecteurs, ceux-ci se trouvèrent souvent exposés aux plus sévères persécutions dans les premiers siècles de l'Eglise.
(3) « LExorciste. — Il est ordonné pour imposer les mains à ceux qui sont possédés des mauvais esprits, et pour lire sur eux les prières par lesquelles l'Eglise implore leur délivrance de la puissance du démon. Afin d'indiquer leur charge aux exorcistes, l'évêque leur met entre les mains le livre des exorcismes ou le Missel. Aujourd'hui, l'Eglise ne permet qu'aux prêtres d'exercer le pouvoir conféré par cette
ordination, et encore, uniquement à ceux qui en ont reçu la mission spéciale de l'évêque. Elle a introduit ce changement depuis que « la possession » des mauvais esprits est devenue chose rare, comme de nos jours. Dans les premiers temps de l'Eglise, les possessions étaient fréquentes, surtout parmi les païens, et les ministres inférieurs avaient l'habitude de chasser les mauvais esprits, soit parce que les prêtres étaient dans l'impossibilité de suffire à tous les cas, soit pour apprendre aux populations, par l'emploi des ministres inférieurs, quel mépris elles devaient avoir pour la puissance du démon.
(4) « L acolyte. — L'acolyte est chargé d'assister le sous-diacre à l'autel. C'est à lui de s'occuper des cierges, de préparer les burettes du vin et de l'eau, et de les offrir au sous-diacre. Le mot acolyte désigne une personne qui s'attache aux pas d'une autre : c'est que le devoir de l'acolyte est de suivre le sousdiacre à l'autel. Pour signifier le pouvoir qui lui est conféré, l'évêque met entre les mains de l'ordinand les burettes du vin et de l'eau, un chandelier et un cierge. Saint Cyprien parle dans ses lettres de l'ordre des acolytes, et le quatrième Concile de Carthage prescrit la méthode de leuT ordination. Dans les premiers siècles de l'Eglise, leur principale fonction était de porter les lettres que les différentes églises avaient l'habitude de s'écrire les unes aux autres sur divers points de doctrine et de discipline. Comme les Gentils cherchaient toutes les occasions de profaner les mystères chrétiens^ cette charge était d'une grande importance. Nous voyons qu'il est aussi parlé des acolytes, dans les anciens temps, comme de serviteurs particuliers des évêques, soit à l'Eglise en temps ordinaire, soit ailleurs. »
Les fonctions des ordres mineurs sont aujourd'hui toutes confiées à des laïques, à part l'exorcisme qui, comme je l'ai
indiqué plus haut, est uniquement réservé aux prêtres dûment autorisés par l'ordinaire.
4. LES ORDRES MAJEURS OU SAINTS ORDRES : (l) LE SOUS- DIACONAT ; SIGNIFICATION ET FONCTIONS ; LES OBLIGATIONS qu'il IMPOSE. — (2) LE diaconat; SIGNIFICATION, DEVOIRS ET ORIGINE.
Les trois ordres majeurs, ou ordres sacrés sont le sousdiaconat, le diaconat et la prêtrise.
(i) Le sous-diaconat. — Cet ordre donne le pouvoir d'assister le diacre à l'autel, de chanter l'épître à la messe solennelle, et de porter la croix aux processions. L'évêque, dans la cérémonie de l'ordination, énumère les fonctions du sous-diacre : « 11 appartient au sous-diacre de préparer l'eau pour le service de l'autel ; d'assister le diacre ; de purifier les linges de l'autel et les corporaux ; de présenter au diacre le calice et la patène pour le sacrifice. » ^
Cet ordre impose à l'ordinand l'obligation du célibat et de la chasteté perpétuelle, et la récitation de l'office divin. On ne peut le recevoir avant d'avoir accompli sa vingt-et-unième année.
Le célibat en est inséparable, et cela, pour que le ministre de Dieu soit affranchi des soucis d'une famille, afin qu'il puisse se consacrer entièrement à Dieu et au bien des âmes qui lui sont confiées, se dévouer à la conversion des pécheurs, aux pauvres, aux malades et aux affligés, et, au besoin, donner sa vie pour son troupeau.
I Pontifical Romain.
^28 LES SACREMENTS EXPLiaUÉS
La récitation de l'office divin en fait un homme de prière publique^ le représentant du peuple devant Dieu.
Le sous-diaconat était, dans le début, un ordre mineur, et on ne sait pas exactement à quelle époque il fut mis au nombre des ordres majeurs. Il est cependant certain que, du temps d'Innocent III, il était considéré comme un ordre majeur dans l'Eglise latine. Chez les Grecs, il est encore un ordre mineur.
L'importance du sous-diaconat et les solennelles obligations qu'il impose se trouvent exprimées dans l'admonition que l'évéque adresse aux ordinands avant de commencer la cérémonie : « Mes bien chers enfants, qui êtes sur le point d'être promus à l'ordre sacré du sous-diaconat, vous devez, considérer et considérer attentivement de quel fardeau vous désirez vous charger aujourd'hui. Jusque-là, vous êtes libres, et il vous est permis, si vous le voulez, de vous livrer à la poursuite des affaires du monde. Mais si vous recevez aujourd'hui cet ordre, il ne vous sera plus loisible de revenir sur votre résolution. Vous serez à jamais attachés à Dieu : le servir, c'est régner. Vous serez tenus de garder la chasteté et d'être toujours les serviteurs de ce Dieu, dans le ministère de son Eglise. C'est pourquoi, pendant qu'il en est temps, réfléchissez ; et si vous êtes toujours dans l'intention de persévérer dans votre résolution, au nom du Seigneur,, avancez. »
(2) Le diaconat. — « Cet ordre sacré donne le pouvoir d'assister immédiatement le prêtre à la messe solennelle, d'offrir avec lui le pain et le vin, de chanter l'Evangile, de prêcher, de porter le Saint-Sacrement, et en cas de grave nécessité et avec permission, de baptiser solennellement et de donner la communion. »
A l'ordination, Févêque indique la nature et les fonctions de cet ordre dans l'admonition qu'il adresse aux candidats : « Mes bien chers enfants, vous qui êtes sur le point d'être promus à l'ordre des lévites, sachez bien quelle est la grandeur de la démarche qui vous fait entrer dans l'Eglise. Car il appartient au diacre de servir à l'autel, de baptiser et de prêcher. C'est une vérité de l'ancienne loi que, des douze tribus, l'une était choisie pour entourer le tabernacle d'une dévotion particulière, et pour offrir ses sacrifices avec un rite perpétuel. Si éminente était la dignité de cette tribu que nul étranger à sa race ne pouvait prétendre à l'honneur de servir au culte divin et à l'office : de sorte que par un étonnant privilège de sa naissance, elle méritait d'être en réalité et d'être appelée la tribu du Seigneur. Aujourd'hui, mes chers enfants, c'est vous qui avez son nom et sa charge; parce que vous êtes choisis dans l'ordre des lévites pour le service du tabernacle de l'alliance, — c'est-à-dire, l'Eglise de Dieu, qui, toujours en butte aux attaques, combat ses ennemis dans une lutte incessante, d'où les paroles de l'Apôtre : Notre lutte n'est par contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les gouverneurs de ce monde • de ténèbres, contre l'esprit de perversité dans les hautes sphères. Cette Eglise de Dieu, vous devez, comme le tabernacle, la fortifier et l'embellir par de saints ornements, parla prédication divine, et par un parfait exemple. Levi, en vérité, s'interprète par : ajouté ou pris en plus. Soyez donc, mes chers enfants, vous tirez votre nom de votre héritage paternel, soyez séparés des désirs de la chair, des concupiscences de la terre qui combattent contre l'âme, soyez convenables, sans tache, purs, chastes, comme il convient aux ministres de Dieu et aux dispensateurs des mystères de Dieu, afin que vous
puissiez en toute dignité être ajoutés au nombre de la hiérarchie ecclésiastique ; afin que vous méritiez d'être l'héritage et la tribu aimée du Seigneur. Et parce que vous assistez et coopérez au corps et au sang du Seigneur, demeurez étrangers à toutes les séductions de la chair, comme dit l'Ecriture. Soyez purifiés, vous qui portez les vases du Seigneur. Pensez à saint Etienne qui fut choisi pour cet office par les Apôtres à cause de sa rare chasteté. Ayez soin d'exposer, par votre conduite, l'Evangile devant ceux à qui vos lèvres l'expliquent, afin qu'on puisse dire de vous : Bénis sont les pieds de ceux qui prêchent l'Evangile de la paix, de ceux qui apportent l'heureuse nouvelle des bonnes choses ! Que vos pieds marchent toujours à travers les exemples des saints, comme préparation à l'Evangile de la paix: puisse le Seigneur vous accorder tout cela par sa grâce ! » ^
D'après saint Isidore de Seville, l'ordre des Diacres commença avec la tribu de Levi. En effet, le Seigneur ordonna à Moïse, après qu'il eut consacré prêtres Aaron et ses fils, de consacrer la tribu de Levi à la place des premiers nés du peuple, pour le service du culte divin, pour la garde du Temple, pour avoir soin de l'arche d'alliance et du tabernacle et pour les transporter d'un lieu à un autre. Ce service devenait obligatoire pour les hommes de cette tribu, lorsqu'ils avaient atteint leur vingt-cinquième année.
Le diaconat de la nouvelle loi est considéré comme d'institution divine. A Jérusalem, les Apôtres ordonnèrent les sept premiers diacres. ^ Ils le firent sur l'ordre de leur divin Maître. Le Concile de Trente confirme cette tradition dans le canon 6
1 Pontifical Romain.
2 Act. VI, 2-6.
de la xxiif session : « Si quelqu'un dit qu'il n'y a pas dans l'Eglise catholique une hiérarchie d'institution divine, composée d'évêques, de prêtres, et de ministres, qu'il soit anathème. »
De quels ministres peut parler le Concile, si ce n'est de ceux qui viennent les premiers après les prêtres, c'est-à-dire des diacres? Bien que ce point ne soit pas expressément défini, il est néanmoins certain, et on ne saurait le nier sans injure pour la foi. En outre, dans l'ordination du diacre, l'évêque lui impose les mains en disant : « Recevez le Saint- Esprit pour vous fortifier et vous mettre à même de résister au démon et à ses tentations, au nom du Seigneur. » Le quatrième canon de la session xxiii du Concile de Trente déclare : « Si quelqu'un dit que par l'ordination sacrée le Saint-Esprit n'est pas communiqué, et que, conséquemment, c'est en vain que l'évêque dit : « Recevez le Saint-Esprit, » ou qu'elle n'imprime pas un caractère, qu'il soit anathème. » D'où il suit que le Saint-Esprit est communiqué au diaconat; par conséquent qu'il confère la grâce, qu'il faut que ce soit un sacrement, et qu'il soit d'institution divine. L'âge requis pour le diaconat est vingt-deux ans accomplis. Dès que le sous-diacre entre dans sa vingt-troisième année, il peut être promu au diaconat.