‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 32 sur 392 · DE LEUR NATURE · texte numérisé non relu

DE LEUR NATURE

Il y a neuf espèces de cette grâce que saint Paul énumère dans sa première épître aux Corinthiens: « Ces dons du Saint-Esprit, qui se font connaître au dehors, sont donnés à chacun pour l'utilité. Car l'un reçoit de l'Esprit de parler selon la sagesse; un autre reçoit du même Esprit de parler avec science. Un autre reçoit la foi par le même Esprit; un autre reçoit du même Esprit la grâce de guérir les maladies ; un autre, de faire des miracles; un autre, le don de prophétie; un autre celui du discernement des esprits; un autre de parler diverses langues; un autre, l'interprétation des langues. » ^

Les grâces ^r^//5 datœ sont: (1) la parole de la sagesse; (2) la parole de la science; (3) la grâce gratuitement donnée de la foi ; (4) la grâce de la guérison; (5) la grâce ou le don

I I Cor. XII. 7 et s.

des miracles; (6) la grâce de la prophétie; (7) le don du discernement des esprits; (8) diverses espèces de langues; (9) l'interprétation des langues.

Ces grâces gratis datœ sont accordées, non dans le but de justifier celui qui les reçoit, mais plutôt afin qu'il puisse coopérer à la justification des autres. Elles ne sont pas aussi excellentes que la grâce gratiun faciens. Celle-ci incite un homme immédiatement vers l'union avec sa fin dernière; tandis que la grâce gratis data pousse seulement les hommes vers certains actes préparatoires à leur fin dernière. Ainsi la prophétie et les miracles, et autres dons de ce genre, poussent seulement les hommes de telle sorte qu'ils puissent être unis à leur fin dernière, et, par conséquent, la grâce gratiim/aciens est plus excellente que la grâce gratis data.

Benoit XIV se demande pourquoi l'Apostolat n'est pas au nombre des grâces^ ^r^//5 datœ, aussi bien que la prêtrise et les autres ordres sacrés, puisqu'ils nous viennent de Dieu et sont donnés pour le bien des autres. La réponse est que ce sont là des dons de Dieu, accordés pour le bien des autres, mais on ne leur donne pas le nom de grâces gratis datœ, parce qu'il est de l'essence d'une grâce de ce genre d'être sensible et évidente dans ses effets. Ce sujet est expliqué tout au long par le Cardinal de Laurasa, quand il donne cette définition de la grâce gratis data: « C'est un don surnaturel fait à l'homme sans égard pour ses mérites, qui, par lui-même, ne rend pas agréable à Dieu celui qui le reçoit, mais qui est principalement ordonné pour le bien de l'Eglise, et qui montre clairement par quelque signe extérieur que le Saint- Esprit opère par son entremise. »

14 LES SACREMENTS EXPLIQ.UÉS

Le même savant pontife et docteur, Benoit XIV, voulant expliquer avec plus de clarté la nature de ces dons, nous dit que les grâces gratis datœ sont communes aux pécheurs et aux justes. Il l'explique et le prouve de la manière suivante, d'après les paroles de l'Apôtre : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai point la

charité et quand j'aurais le don de prophétie, que je

pénétrerais tous les mystères ;.... et quand j'aurais toute la foi capable de transporter les montagnes, et n'ai point de charité, je ne serais rien. » ^ C'est le même sens qu'il faut donner aux paroles que nous lisons dans l'évangile de saint Matthieu : « Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom? n'avonsnous pas chassé les démons en votre nom r et n'avons-nous pas fait plusieurs miracles en votre nom r Et alors je leur dirai hautement : |e ne vous ai jamais connus. Retirezvous de moi, vous qui faites des œuvres d'iniquité. » ^ Voici l'explication de tout ceci : Les œuvres qui concernent les grâces gratis datœ n'appartiennent pas par elles-mêmes à la volonté et n'exigent pas d'elle la rectitude : et, par conséquent, comme elles ne dépendent pas de la grâce gratiim faciens^ elles peuvent en être séparées ; et, si Dieu le veut, elles peuvent être accomplies par les pécheurs. Il n'y a là aucune inconvenance ou aucune incompatibilité, comme le fait très bien ressortir Suarez. Viguir, cité par Benoit XIV, écrit sur ce point : « La grâce gratis data diftère de la grâce

1 I Cor. xiii. i, 2.

2 S. Mat. vu. 22, 23.

erratum faciens^ d'abord parce qu'elle peut exister avec le péché mortel, et en l'absence de la charité. Mais la grâce grahim faciens ne peut pas exister avec le péché mortel ou le péché originel, ni sans la charité ; car il y aurait contradiction à prétendre qu'un homme peut en même temps être agréable et être détesté, ce qui serait le résultat du péché mortel. On peut encore ajouter que les grâcesgratis datœ sont accordées aux justes, bien qu'elles ne le soient pas à tous, parce qu'il n'est pas nécessaire au bien général de l'Eglise, que tous les justes travaillent au salut du prochain, ou que tous soient élevés par une grâce spéciale à l'honneur de coopérer au bien d'autrui. D'où ces paroles de saint Augustin : « De telles grâces ne sont pas accordées à tous les saints, de crainte que les faibles ne soient entraînés dans l'erreur la plus funeste, en pensant que ces dons sont bien plus avantageux que les œuvres de justice qui conquièrent la vie éternelle. » ^

Le premier théologien qui ait ainsi établi une destination entre une grâce et une autre, est Alexandre de Haies, que saint Thomas a suivi, quand il nous dit qu'il y a deux sortes de grâces: l'une qui unit l'homme à Dieu, c'est la grâce gratiim faciens ; l'autre, qui met un homme à même de coopérer avec un autre dans le but de ramener ce dernier à Dieu. Celle-ci est la grsice gratis data, dont j'ai suffisamment parlé aux divers points de vue pratiques, et pour ce que les fidèles ont besoin d'en savoir. Je n'y reviendrai donc pas dans ce traité.

I Ben. XIV, sur « les Vertus Héroïques », vol. III. ch. III.

l6 LES SACREMENTS EXPLIQUÉS

9. EXPLICATION DE LA G^kCE gvatuin facieus . SA DIVISION EN GRACE actuelle ET EN GRACE habituelle

La grâce gratum faciens est un don surnaturel que Dieu nous fait librement, et qui, de sa nature, a pour but premier le propre salut spirituel de chacun ; c'est elle qui rend un homme agréable et acceptable aux yeux de Dieu, formellement, selon l'expression de l'école, si c'est la grâce habituelle et sanctifiante, ou qui le met sur la voie de s'y disposer et de s'y préparer, si c'est la grâce actuelle. Ceci nous amène à la division la plus importante de la grâce.

La grâce gratum faciens se divise en grâce actuelle et en grâce habituelle. La grâce habituelle est celle qui nous sanctifie formellement et qui réside dans l'âme comme une qualité; on l'appelle communément grâce sanctifiante. Quand elle réside dans l'âme, elle y est accompagnée des vertus infuses ; elle est toujours unie à la charité ou à l'amour de Dieu.

La grâce actuelle est celle qui opère notre justification, parce que, par elle. Dieu nous excite à vivre saintement, à accomplir des œuvres salutaires, lesquelles nous disposent à recevoir la grâce habituelle, et nous rendent capables ou de la conserver, ou d'en mériter des accroissements. Le bon ordre demande que nous traitions de ces deux grâces dans des chapitres séparés.

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