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72 LES SACREMENTS EXPLIQ.UÉS
conseil. « Ne soyez point sans crainte au sujet de l'offense qui vous a été remise. » ^
Saint Paul, écrivant aux Philippiens, les exhorte « à opérer leur salut avec crainte et tremblement. » ^ Dans sa première épitre aux Corinthiens, il s'exprime en ces termes : « Pour moi, je me mets fort peu en peine d'être jugé par vous, ou par quelque homme que ce soit, car je n'ose pas me juger moi-même. Car, encore que ma conscience ne me reproche rien ; je ne suis pas justifié pour cela. Mais c'est le Seigneur qui est mon juge. C'est pourquoi, ne jugez point avant le temps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne, qui exposera à la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et qui produira les plus secrètes pensées des cœurs : et alors chacun recevra de Dieu la louange. » ^
Une simple réflexion suffira pour nous convaincre de cette incertitude, ou de ce manque de certitude. Nous n'avons ici-bas aucun moyen de révélation qui nous fournisse cette connaissance certaine. Dieu donne sa grâce à quiconque l'aime sincèrement et a un véritable repentir de ses péchés. Mais nul ne peut connaître, ni par la foi, ni par aucun témoignage infaillible, ni par l'évidence, qu'il a en lui cette certitude qu'il aime Dieu, et qu'il se repent de tous ses péchés. Ce n'est pas par la foi : ce fait n'est révélé nulle part. Ce n'est pas par un témoignage infaillible : on ne pourrait, dans ce cas, donner aucun autre témoignage infaillible que celui de la foi. Ce n'est point par l'évidence, parce que, en pareille matière, le jugement humain peut se
i eccles. v. 5.
2 Phil. ii. 12.
3 I Cor. IV. 3 et s.
tromper et se trompe souvent. Le cœur humain est impénétrable, et il y a toujours quelques raisons de craindre qu'il y ait des péchés, ou que le repentir du péché soit imparfait et insuffisant, ou bien encore, qu'on n'ait pas eu les dispositions nécessaires pour la réception des sacrements ; ou enfin, que l'amour que nous éprouvons pour Dieu ne soit qu'un amour humain, et non divin. Ces différentes raisons nous font comprendre combien se trompent ceux qui s'imaginent qu'ils ont en cette vie l'assurance de leur salut, qui affirment qu'ils sont sauvés, ou que certain jour de grande ferveur, ils ont reçu le salut. Combien différent est le sentiment catholique qu'expriment ces paroles de saint Grégoire! — « Sancti viri ciim mala siiperant^ sua etiam benegesta formidant, ne ciim bona agere appctunt^ de actionis imagine fallantur^ ne pestifera tabes putredinis sub boni specie latent coloris. — Les hommes vertueux, lorsqu'ils triomphent du mal, craignent même le bien qu'ils font, de peur que, tandis qu'ils s'efforcent de bien agir, ils ne soient induits en erreur par les apparences de leurs actions, et de peur que le funeste poison de la malice ne soit caché sous de brillantes couleurs. » Le Concile de Trente enseigne clairement cette doctrine dans les paroles suivantes (Sess. vi. c. ix) : « De même qu'aucune personne pieuse ne saurait douter de la miséricorde de Dieu, des mérites du Christ, de la puissance et de l'efficacité des sacrements, ainsi, aucune, en considérant sa faiblesse et ses mauvaises dispositions, ne peut s'empêcher de douter et de craindre au sujet de la grâce, puisque nul ne peut savoir avec certitude de cette foi qui ne saurait tromper, s'il a obtenu la grâce (ou s'il est en état de grâce). »
En même temps, et malgré cet enseignement, c'est une grande consolation pour nous de penser que nous pouvons
avoir une certaine connaissance et une certitude morale que nous sommes en état de grâce et agréables à Dieu. Nul ne nie qu'une personne puisse connaître avec une certitude morale, d'après certains signes et symptômes, qu'elle a la grâce de Dieu dans son âme. Saint Thomas cite trois signes principaux qui indiquent que la grâce sanctifiante habite dans l'âme. Le premier : Un plaisir à entendre, à lire et à méditer les choses divines, selon les paroles de saint Jean : Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. » ^ Le second est le mépris des choses humaines ; car l'absence de la cupidité est une marque de charité. Le troisième, c'est quand on a la conscience de n avoir aucun péché mortel à se reprocher, et qu'on est disposé à mourir plutôt que d'offenser Dieu. A ces signes, on peut ajouter la prompte volonté de faire ce qui est agréable à Dieu^ et l'humilité : « Dieu donne sa grâce aux humbles. »
C'est donc par une disposition de la divine Providence que, tandis qu'il nous est impossible d'être .absolument sûrs que nous sommes en état de grâce sur cette terre, pour nous tenir en garde contre l'orgueil et la présomption ;" nous pouvons néanmoins arriver à une certitude morale et à des conjectures certaines, afin que notre âme ne soit pas torturée par les inquiétudes, mais pour que nous opérions notre salut entre la crainte et l'espérance.
I S. J. vin. 47.
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