IMPOSSIBILITÉ d'Être certain qu'on est en état de
GRACE. QUELQUES SIGNES QUI DONNENT UNE CERTITUDE MORALE qu'on A LA GRACE DE DIEU.
Il y a une autre question relative à la grâce sanctifiante que nous allon> exposer"; c'est l'incertitude où nous sommes par rapport à l'état de grâce dans cette vie, et si nous sommes agréables à Dieu ou non.
Nous devons dire qu'il y a deux sortes de certitudes. L'une, absolue, qui ne peut pas être fausse, et qui exclut toute crainte du contraire. Telle est la certitude que nous avons des vérités que nous connaissons par la révélation ou qui sont d'une évidence claire et manifeste. A cette espèce de certitude peut se joindre celle qui est tellement bien établie par des témoignages et par l'autorité, qu'elle exclut toute crainte du contraire ; quoique, physiquement parlant, elle puisse porter sur une chose fausse, elle ne pourrait pas l'être moralement, comme par exemple, la certitude que j'ai de l'existence de Rome. On désigne l'autre genre de certitude par le nom de certitude morale ou conjecturale. C'est celle qui est fondée sur de bonnes et solides raisons, mais qui, somme toute, et moralement parlant, peut se trouver fausse. Elle est plus ou moins certaine, suivant que les raisons sur lesquelles elle s'appuie sont plus ou moins authentiques et convaincantes.
Les Luthériens et les Calvinistes ont avancé trois assertions relativement à l'état de grâce : d'abord, qu'on pouvait avoir la certitude et la confiance indubitable qu'on est en état de grâce; puis, que chacun, en ce qui le concerne, est tenu de le
croire, autrement il n'est ni juste ni fidèle ; enfin, que par cette confiance seule nous sommes justifiés. La seconde et la troisième affirmation ont été frappées d'anathème par le Concile de Trente, comme contraires à la foi (Sess. vi., can. 13, 14.) La première, bien qu'elle ne soit pas anathématisée comme contraire à la foi, fut ouvertement réprouvée par le Concile, comme le montre le neuvième chapitre de la sixième session. Nous pouvons admettre qu'une personne reçoive de Dieu une révélation spéciale sur l'état de son âme^ et dans ce cas, puisse naturellement avoir la certitude de son état.
La Bienheureuse Vierge Marie reçut une révélation de ce genre, comme nous l'apprennent les paroles que l'ange lui adressa : « Je vous salue, pleine de grâces » ; et aussi le paralytique et la femme pécheresse (Mat. ix et Luc vu), auxquels le Christ dit que leurs péchés leur étaient remis. Ces personnes pouvaient être certaines d'être en état de ■grâce ; mais la question n'a point pour objet des cas extraordinaires de ce genre. Elle porte sur la certitude que nous pouvons avoir par les moyens ordinaires. Sur ce point, on peut clairement établir que nul, sans une révélation particulière, ne peut être certain, d'une certitude absolue, excluant toute crainte du contraire, qu'il est en état de grâce. C'est ce que démontrent divers passages de la Sainte Ecriture. Ainsi, nous lisons dans l'Ecclésiaste : « Il y a des justes et des sages ; et leurs œuvres sont dans la main de Dieu, et néanmoins l'homme ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. » ^ Et dans l'Ecclésiastique, nous trouvons ce