DESCRIPTION QUE FAIT BOSSUET DE LA JUSTICE INHÉRENTE
Le savant Bossuet parle en ces termes de la justice inhérente : « Une sainteté qui ne nous fasse pas saints, une justice
2 Rom. I. 5.
3 Eph. IV. 7.
4 Rom. V. 5.
qui ne nous fasse pas justes, serait une subtilité inintelligible. Mais une sainteté et une justice que Dieu fit en nous, et qui néanmoins ne lui plût pas, ou qui lui fut agréable, mais ne rendit pas agréable celui où elle se trouverait, ce serait une autre finesse plus indigne encore de la simplicité chrétienne. »
Mais au fond quand TEglise a défini dans le Concile de Trente que la rémission des péchés nous était donnée non par une simple imputation de la justice de Jésus-Christ au dehors, mais par une régénération qui nous change et nous renouvelle au dedans, elle n'a fait que répéter ce qu'elle avait autrefois défini contre les pélagiens dans le Concile de Carthage : « Que les enfants sont véritablement baptisés en la rémission des péchés, afin que la régénération purifiât en eux le péché, qu'ils ont contracté par la génération. »
Conformément à ces principes, le même Concile de Carthage entend par « la grâce justifiante, non seulement celle qui nous remet les péchés commis, mais celle encore qui nous aide à n'en plus commettre, » non seulement en nous éclairant dans l'esprit, mais aussi en nous inspirant la charité dans le cœur, afin que nous puissions accomplir les commandements de Dieu. Or la grâce qui fait ces choses n'est pas une simple imputation ; mais c'est encore un écoulement de la justice de Jésus-Christ : donc la grâce justifiante est autre chose qu'une telle imputation ; et ce qu'on a dit dans le Concile de Trente n'est qu'une répétition du Concile de Carthage, dont les décrets ont paru d'autant plus inviolables aux Pères de Trente, que les Pères de Carthage ont senti en les formulant qu'ils ne proposaient autre chose sur cette matière que ce qu'en avait toujours entendu l'Eglise catholique répandue par toute la terre.
C'est en ce sens que TEglise catholique avait toujours reconnu, après saint Paul, que Jésus-Christ nous était « sagesse », non pas en nous imputant simplement la sagesse qui était en lui, mais en répandant dans nos âmes une sagesse découlée de la sienne, qu'il nous était « justice et sainteté » dans le même sens, et qu'il nous était « rédemption », non pas en couvrant seulement nos crimes, mais en les effaçant entièrement par son Saint-Esprit répandu dans nos cœurs, au reste, que nous étions « faits justice de Dieu en Jésus-Christ», d'une manière plus intime que Jésus-Christ « n'avait été fait péché pour nous » ; puisque Dieu l'avait fait péché, c'est-àdire victime pour le péché, en le traitant comme pécheur, quoiqu'il fût juste ; au lieu qu'il nous avait « faits justice de Dieu en lui, » non pas en nous laissant nos péchés et simplement en nous traitant comme justes, mais en nous ôtant nos péchés, et en nous faisant justes. » ^
I BossuET : Hist, des Variât, liv. xv. Edit. Gautier, p. 610 et s.