‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 76 sur 392 · I S. J. XV · texte numérisé non relu

I S. J. XV

surnaturelle dans son principe : la raison en est que Tacte méritoire doit appartenir au même ordre de choses que la récompense qui le couronne. Elle doit être surnaturelle dans son motif, parce qu'il faut qu'il y ait proportion entre les moyens et la fin ; la fin est surnaturelle, par conséquent les moyens doivent l'être dans leur principe et dans leur motif. (3) Il faut que l'action soit faite au service de Dieu, qu'elle soit ordonnée ou se rapporte à lui ; mais comme, autrement, l'action. ne pourrait pas être surnaturelle, il me semble que cette condition est comprise dans la précédente et ne demande pas de plus amples explications. Si l'action est surnaturelle dans son principe et dans son motif, forcément elle est in ohsequium prœmiantis^ elle est au service de la personne qui récompense, et se rapporte à elle.

De la part de la personne qui récompense. — Q.uand on parle de mérite surnaturel, de la part de Dieu, il faut qu'il y ait promesse de récompense. Non point cependant que la bonne action tire son prix et sa valeur intrinsèque de la promesse de Dieu. Mais, indépendamment de la dignité et de la valeur qu'elle a en elle-même, cette promesse, égale à la récompense en raison de la grâce dont elle procède, est nécessaire, avant et par-dessus tout, pour qu'il ne nous soit pas permis de supposer que nous y avons un droit quelconque, ou qu'il y a, de la part de Dieu, obligation d'accorder cette récompense. C'est ce que nous montre bien la parabole des ouvriersde la vigne ; ^ et la doctrine que nous énonçons ici est en parfait accord avec les définitions du Concile de Trente (Sess. VI, ch. xvi) ; c'est de plus la doctrine même de la raison. Le mérite implique un titre ou un droit à une récompense, et,.

I S. Mat. XX,

de la part de la personne en faveur de laquelle l'action a été faite, une obligation de donner la récompense, le salaire ou le payement. Mais quelle que soit la valeur de l'action ou de l'œuvre bonne, la promesse de Dieu mise à part, cette œuvre ne peut conférer à l'homme aucun titre, aucun droit à la récompense, ni créer du côté de Dieu, aucune obligation de l'accorder. Dieu seul peut se lier par ses paroles ou ses promesses. Q.uoi qu'un homme fasse, quoi qu'il puisse faire, il ne fera rien qui ne soit dû à Dieu à de nombreux titres, — tels que son droit de création, d'empire suprême sur nous ; — de sorte qu'on ne peut pas dire que l'homme a droit à une récompense, s'il ne suppose la promesse de Dieu de la lui accorder.

5. SI, POUR ÊTRE MÉRITOIRE, UN ACTE DOIT PROCÉDER DE LA VERTU DE CHARITÉ

A la suite de ces questions, on peut encore se demander : Pour qu'une action soit méritoire, faut-il qu'elle procède de la vertu de charité ? Il suffit qu'elle procède d'une vertu surnaturelle. Si un homme est en état de grâce, que son acte soit bon et fait pour Dieu, comme nous l'avons expliqué dans les questions précédentes, on peut dire que, virtuellement, il procède de la charité ; mais cet acte peut être absolument distinct, acte d'humilité, d'obéissance, de religion, ou de toute autre vertu. Toutes les actions méritoires ne sont pas forcément des actions de charité, bien qu'elle supposent que l'âme est animée par la charité ou l'amour de Dieu.

Outre les conditions requises pour le mérite de condignttéy on assigne encore, comme nécessaires au mérite de congruité^

les conditions que nous résumerons en peu de mots :(i) L'acte doit être bon et honnête. (2) Il faut aussi qu'il soit surnaturel ou qu'il appartienne à l'ordre surnaturel en vertu de la grâce actuelle dont il doit procéder. (3) La promesse d'une récompense est nécessaire pour le mérite de congruité qu'on appelle infaillible, mais non pour celui qui est faillible, au sens où nous l'avons expliqué plus haut.

6. EXISTENCE DU MERITE ; QU'UN HOMME PEUT MERITER UNE AUGMENTATION DE LA GRACE SANCTIFIANTE, LA BÉATITUDE ÉTERNELLE ET UN ACCROISSEMENT DE GLOIRE : DÉFINITION ET PREUVES.

J'en viens à l'établissement et aux preuves d'une proposition qui comprend toute la doctrine du mérite telle que l'a définie le Concile de Trente.

Les justes, par les bonnes œuvres qu'ils accomplissent en vertu de la grâce, méritent réellement une augmentation de la grâce sanctifiante, la vie éternelle, et un accroissement de gloire. Cette proposition est de foi ; elle est définie par le Concile de Trente (Sess. vi. Can. 26 et 32.) La définition ne dit pas s'il s'agit du mérite de condignité ou de congruité ; mais elle entend un mérite réel, dans son vrai sens, et affirme qu'une augmentation de grâce, la vie éternelle, et un accroissement de gloire sont la récompense et la rétribution des bonnes œuvres des justes. Q.ue la vie éternelle, par laquelle on entend la gloire et la vision béatifique de Dieu dans le ciel, soit la récompense des bonnes œuvres, c'est ce que prouvent clairement de nombreux textes de la Sainte- Ecriture : « Réjouissez-vous et tressaillez de joie, parce

Page 1