‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 78 sur 392 · HÉB. VI · texte numérisé non relu

HÉB. VI

certaine, même la gloire et la béatitude du ciel. Toutes les autres conditions du mérite se retrouvent dans les œuvres des justes. Aucune de ces conditions, que nous avons énumérées et expliquées plus haut, ne manque aux œuvres du juste ou ne s'y oppose ; il s'en suit donc que Thomme peut véritablement mériter la vie éternelle, comme nous l'enseigne la sainte Ecriture et comme l'a défini l'Eglise.

Bien qu'il n'y ait pas de définition explicite de l'Eglise établissant que le mérite des justes, par rapport à la vie éternelle, est un mérite de condignitCy c'est cependant l'enseignement commun des théologiens et des Pères de l'Eglise. Ceci veut dire qu'il faut une égalité entre le mérite et la récompense, non point une égalité comme celle qui aurait lieu dans des contrats, c'est-à-dire égalité entre le prix et la chose achetée, — et c'est pourquoi saint Paul dit que les souffrances de cette vie ne méritent pas d'être comparées à la gloire future, — 'mais l'égalité du mérite avec la récompense devant être considérée comme celle qui existe entre la semence et le fruit qu'elle produira. Mériter, dit le Cardinal de Lugo, n'est pas acheter une chose équivalente au juste prix qu'on en donne ; mais c'est semer en se fiant à l'équité et à la gratitude d'un prince. C'est pourquoi, l'égalité du mérite n'est pas comme l'égalité de la rétribution ; mais comme l'égalité de la semence la plus féconde dans le cœur d'un prince. Tout ceci peut nous faire comprendre que la condignité n'est pas représentée d'une manière adéquate par l'excellence de l'œuvre considérée en elle-même, mais encore considérée au point de vue de la dignité de la personne qui l'accomplit. ^ Il nous sera donc permis de dire que les actions

I V. ScHouPE, « Eletnentii Théol. Dog. » vol. II. p. 93.

I 08 LES SACREMENTS EXPLiaL"ÉS

des justes, faites en vertu des impulsions de la grâce habituelle^ sont proprement et intrinsèquement méritoires — de condiffno — de la vie éternelle. En maints endroits des Saintes-Ecritures, nous lisons que les œuvres des justes sont dignes de Dieu et de la vie éternelle. Ainsi, au livre de la Sagesse, il est dit à propos des justes : « Dieu les a tentés, et il les a trouvés dignes de lui. » ^ Saint Paul nous donne cette expression : « Afin que vous vous conduisiez d'une manière digne de Dieu, tâchant de lui plaire en toutes choses. » ^ Il écrit aux Thessaloniciens : « De sorte que nous nous glorifions en vous dans les églises de Dieu, à cause de la patience et de la foi avec laquelle vous demeurez fermes dans toutes les persécutions et les afflictions qui vous arrivent, qui sont les marques du juste jugement de Dieu, pour vous rendre dignes de son royaume, pour lequel aussi vous souffrez. » 3

Le mérite de condignité est celui dont la valeur est égale à la récompense et à la rétribution ; mais la valeur des œuvres, par le fait qu'elles sont accomplies par le Saint-Esprit et par • la grâce qui réside dans l'âme, sont, peut-on dire, égales en excellence à la vie éternelle : (i) parce qu'elles appartiennent à l'ordre surnaturel et divin des choses ; (2) parce que leur condignité ou leur prix doit s'apprécier d'après la vertu ou le pouvoir du Saint-Esprit, qui, selon l'expression de saint Jean, est cette « fontaine d'eau qui rejaillira jusque dans la vie éternelle ; » 4 c'est-à-dire qu'il est le principe des opérations qui y conduisent. Leur valeur devrait aussi s'apprécier

1 Sag. III. 5.

2 Col. I. 10.

3 Thess. I. 4, 5.

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