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était infini en raison de l'excellence infinie de la personne qui les accomplissait.
Quant à l'œuvre elle-même, sa valeur peut s'apprécier (i) d'après la charité avec laquelle elle est accomplie. Ainsi, une personne qui fait une action animée d'un degré intense de charité, mérite souvent plus que celle qui fait une œuvre plus importante, mais avec une charité moindre. (2) D'après la nature ou la qualité de l'œuvre. Par exemple, les actes de foi, d'espérance et de charité sont par eux-mêmes plus méritoires que des actes de tempérance. (3) D'après l'importance de l'acte, qu'on peut considérer d'une manière absolue : celui qui donne cent livres aux pauvres fait une action plus importante que celui qui n'en donne que dix ; ou d'une manière relative : tel est le cas de la veuve qui jette deux deniers dans le trésor, et dont le Christ dit qu'elle avait donné plus que tous les autres. (4) Des circonstances diverses peuvent augmenter la valeur et le mérite d'une œuvre ; par exemple, la durée, l'intensité, et choses semblables ; ou encore la difficulté de l'œuvre qui lui est intrinsèque ou naît de sa nature. Si la difficulté provient de notre manque de ferveur ou de la faiblesse de notre volonté, le mérite en serait plutôt diminué qu'augmenté.
3. SI, ET DANS QUEL SENS, UN HOMME PEUT MERITER POUR UN AUTRE. LES MOYENS PAR LESQUELS NOUS POUVONS ASSISTER LES AUTRES SPIRITUELLEMENT.
Après cette exposition de ce qu'on peut et de ce qu'on ne peut pas mériter pour soi-même, nous avons à étudier la question de savoir si un homme peut mériter pour un autre. Comme réponse, nous devons dire, en premier lieu, que
seul le Christ peut mériter de condigno pour un autre. En second lieu, ajoutons qu'une personne juste peut mériter de congrno^ pour une autre, certaines grâces excitantes ou certains secours qui pousseront un homme au repentir, et le disposeront à recevoir dans la suite beaucoup d'autres grâces : ainsi, quelqu'un peut obtenir par un mérite de congruité le baptême d'un enfant qu'on néglige, ou, pour un adulte, la vocation à la foi et au repentir. Si nous voulons mériter pour une autre personne, nous devons lui appliquer nos bonnes œuvres par une intention au moins virtuelle, puisque c'est une sorte de donation.
Le moyen par lequel un homme juste peut être utile aux autres ne doit s'appeler mérite que d'une manière générale ; c'est-à-dire qu'il implique la satisfaction. C'est surtout en appliquant aux autres la partie satisfactoire de nos bonnes œuvres que nous pouvons les secourir. Rigoureusement parlant, le mérite est chose personnelle, et nous ne pouvons pas nous séparer de la partie méritoire de nos bonnes œuvres. De plus,nosmérites ne pourront jamais surabonderde la même manière que les satisfactions surabondantes des saints, qui sont gardées dans le trésor de l'Eglise, et appliquées aux fidèles par le moyen des indulgences. Il ne saurait y avoir aucun doute que les prières et les bonnes œuvres des justes n'aident spiri.tuellement les vivants et les morts, comme le prouvent
les paroles de saint Paul: « Je vous conjure donc, frères,
de combattre avec moi par les prières que vous ferez à Dieu pour moi ; » ^ aussi bien que celles de saint Jacques: « Priez l'un pour l'autre, afin que vous soyez sauvés ; » et il ajoute, pour prouver le prix de la prière aux yeux de Dieu : « Car la
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prière assidue du juste peut beaucoup. » ^ C'est dans ce sens que les prières du martyr saint Etienne ont obtenu la conversion de saint Paul, comme l'exprime si bien saint Augustin : Si martyr Stephamts non sic or asset ^ Ecclesia Paulnm liodic non haberet. Dans ce sens également, les prières de sainte Monique obtinrent la conversion de son fils saint Augustin, comme le lui disait un évêque dans une certaine occasioM : Fier' enim non potest^ ut fil i us istariim lacrymarum pereat. Des prières de ce genre ne sont pas seulement impétratoires; elles sont aussi satisfactoires ; elles ont un mérite de congruité pour les autres quand elles leur sont appliquées, ou qu'on les offre pour eux. J'ajoute que les prières des ministres de TEglise sont d'un prix tout particulier^ lorsqu'ils les offrent pendant le saint sacrifice de la messe, pendant l'administration des sacrements, ou dans les offices publics de l'Eglise. C'est que, alors, elles sont offertes au nom de l'Eglise, et ont une efficacité spéciale devant Dieu, indépendamment des dispositions du ministre. C'est l'Eglise elle-même qui, par son ministre, présente ses désirs à Dieu, et c'est de l'Eglise que les prières de ses ministres reçoivent une valeur et une efficacité toute particulière.
I S. Jacq^. V. i6.
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