‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 98 sur 392 · I. TROIS ÉLÉMENTS ESSENTIELS POUR UN SACREMENT · texte numérisé non relu

I. TROIS ÉLÉMENTS ESSENTIELS POUR UN SACREMENT

(i) LA matière, et (2) \.k forme ; — explications

Par constitution des sacrements, on entend les éléments essentiels qui font qu'un rite sacré est un sacrement. Ces éléments sont au nombre de trois; la matière^ la forme^ et Yintention du ministre.

(i) La matière d'un sacrement est la chose qui tombe sous les sens, qu'on peut déterminer par la forme ou les paroles. Il y a deux sortes de matière, — la matière éloignée et la mâilhreprocJiaine. La matière <?7(9/^;z^> est la chose elle-même, comme l'eau dans le baptême; la matière prochaine en est l'application par exemple^ l'effusion de l'eau dans le baptême.

(2) La forme est cette partie du sacrement qui détermine la matière, ou lui donne sa. signification. Elle consiste ordinairement dans les paroles que prononce le ministre.

Ce qui appartient à l'essence d'un sacrement est bien expliqué par le passage suivant de « La Bulle Apostolicœ Curœ vengée : » « Dans tout rite sacramentel, on doit distinguer la partie qui est essentielle de celle qui n'est que purement accidentelle. 1.2. partie essentielle est comparativement courte... Elle doit renfermer tout ce qui est essentiel à la transmissioa voulue de la grâce ou du pouvoir attaché aux sacrements. »

La partie essentielle ào\t{i) signifier la grâce ou le pouvoir de la transmettre. En effet, la Bulle (Apostolicœ Curœ) nous dit que « c'est la nature d'un sacrement» de signifier ce qu'il opère, et d'opérer ce qu'il signifie. De plus, cette signification ne doit pas être équivoque, mais (2) tellement précise qu'elle distingue la grâce effectuée des grâces d'un genre différent, par exemple, des grâces des autres sacrements. Par l'institution du Christ, il y a dans la partie essentielle de chaque

sacrement deux éléments distincts, — une cérémonie propre, qu'on désigne ordinairement, depuis le douzième ou le treizième siècle par le nom de matière^ et les paroles qui accompagnent cette matière, et qu'on appelle habituellement la forme^ (dans le sens le plus restreint) ; — néanmoins (3) la signification précise <Joit se rechercher surtout dans la /(9rw<?^ puisque les paroles peuvent définir un sens avec précision, tandis qu'une cérémonie, prise indépendamment des paroles qui l'accompagnent et la définissent, manque rarement de rester quelque peu obscure. Q.ue, du moins, par l'institution du Christ^ ces trois éléments soient essentiels à la validité d'un rite, c'est le sens manifeste de l'enseignement catholique ; c'est comme tels que la Bulle expose ces éléments, et elle prend ce sens comme base de ses arguments.

Qu'il soit également essentiel que la matière ou la forme, ou que toutes les deux, aient été prescrites par Notre-Seigneur in specie^ et non pas simplement in génère^ comme parlent les théologiens, c'est une question que la Bulle ne s'est point proposé d'élucider. ^

2. MATIÈRE ET FORME ABSOLUMENT NÉCESSAIRES POUR LA VALIDITÉ d'un SACREMENT, conclusions: (i) CHANGEMENTS SUBSTANTIELS. (2) CHANGEMENTS ACCIDENTELS. (3) RENOU- VELLEMENT DES SACREMENTS. (4) RENOUVELLEMENT SUb

conditioneDiàs sacrements qui impriment un-caractère. (5) Matière kï forme douteuses.

La matière et \2i forme sont absolument nécessaires pour la validité d'un sacrement, comme est aussi nécessaire leur

I Bulle Vengée, p. 31, 32.

application par un seul et même ministre à un seul et même sujet. Et cetjte application doit se faire simultanément, de telle sorte que, d'après la manière ordinaire de comprendre parmi les hommes, on puisse dire que la forme affecte la matière. Si Tune ou l'autre manque, ce qui a lieu ne saurait être le signe sensible institué par le Christ, mais un signe tout différent. Si une personne applique \2i'matière et qu'une autre prononce la /-9rw^, les paroles de celle-ci ne se vérifient pas. La matière et la forme doivent former un tout; et, conséquemment, être simultanées, autant que l'exige la nature de chaque sacrement. Ainsi, dans le baptême, elles doivent être unies au point que, quand le ministre prononce les paroles, on puisse dire qu'il lave par l'effusion de l'eau. Pour l'administration valide de ce sacrement, l'énoncé des paroles ne doit ni précéder ni suivre l'effusion de l'eau, mais avoir lieu physiquement au même instant. Dans la Pénitence, l'absolution peut se différer de la même manière que des juges renvoient quelquefois le prononcé d'un jugement jusqu'à ce qu'ils aient eu le temps d'examiner la cause. Pour le mariage, le consentement de l'une des parties est valide tant que subsiste le consentement de l'autre, comme pour les autres contrats.

De l'enseignement qui précède nous pouvons tirer ces conclusions :

(i) Tout changement substantiel soit dans la matière., soit dans la forme, rend un sacrement invalide. Le changement est substantiel quand il affecte la matière au point qu'on ne puisse plus dire qu'elle est la même que celle qui a été déterminée par le Christ, et il y a changement substantiel dans la forme, quand les paroles dont on fait usage signifient autre chose, et donnent un sens autre que celui des paroles de la forme ordonnée par le Christ.

(2) Un changement accidentel âiïecterâit les qualités, et non l'essence de la matière et de la forme. Il n'invaliderait pas un sacrement ; mais se permettre un changement de ce genre, serait se rendre coupable, et il y aurait faute grave ou légère, suivant la nature du changement. S'il y avait changement notable, ce serait un grave manque de respect ; s'il était léger, la faute ne serait que vénielle.

(3) Dès qu'il existe un doute raisonnable sur la validité de la matière et de \a forme, on peut réitérer le sacrement sous condition, quand la charité, la justice, ou la religion le demande. Réitérer un sacrement sans cause suffisante serait un acte d'irrévérence, et dérogatoire au sacrement. Mais quand il y a une raison suffisante de le conférer de nouveau sous condition, le respect dû an sacrement est sauvegardé par la condition et par la nécessité ; et c'est alors que s'applique l'axiome : Sacramenta sunt propter homines.

(4) Les sacrements qui ne peuvent être reçus qu'une fois, se réitèrent sous condition plus facilement que les autres, surtout s'il s'agit du baptême et des saints Ordres, qui sont essentiels à la sanctification de l'individu et de la société. Lors même qu'il y aurait une probabilité plus grande en faveur de leur validité^ contre des raisons douteuses et légères mais probables du contraire, on pourrait et on devrait les réitérer sub conditione. ^

(5) Il n'est point permis d'administrer un sacrement avec une matière et une forme douteuses, si ce n'est dans un cas

I « Nequentit sacrainenta administrari suh conditione except is quœ iterari non possunt. Hinc aliqui condemnant praxim ahsolventinm suh conditione extra casnni, quo homo siihito vi niorhi oppriniatur, quamvis plures alii at firm.int . » — A. Goritia.

de nécessité, et une nécessité de ce genre ne peut se présenter qne pour le baptême et la pénitence.

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