‹ Les Saint-Simoniens et les Chemins de FerChapitre 7 sur 30 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La division, devenue classique, des doctrines socialistes en socialisme utopique et en socialisme scientifique, — celui-ci embrassant presque toutes les théories émises depuis 1848, et celui-là toutes celles antérieures à cette époque —, peut donner à croire que le Saint-Simonisme, par cela même quil appartient à la phase dite utopique, ne fut qu'une doctrine idéaliste, sortie toute construite du cerveau d’un rêveur, et sans rapport aucun avec la réalité et les faits. Ce serait là une erreur. Car de tous les systèmes socialistes, le Saint-Simonisme est peut-être le seul qui ait rendu service à l'humanité, en amenant une amélioration fort importante dans la condition des hommes et en facilitant leurs relations. Tandis que les socialistes contemporains ne savent que donner des plans irréalisables de la société future, — quand ils consentent à en donner, ce qui est déjà assez rare —, ou provoquer des luttes de classes désastreuses pour le pays, Saint-Simon et ses disciples ont su, par la place qu'ils ont faite dans leur doctrine à l'exécution des grands travaux publics, entraîner des savants, des ingénieurs et des financiers à se lancer dans des entreprises considérées à cette époque comme hasardeuses,

Les chemins de fer occupent aujourd’hui le premier rang

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parmi les moyens de communication; or ce sont les Saint- Simoniens qui, par leurs écrits et par leur exemple, ont, pour une large part, fait naître et prospérer en France l'industrie des chemins de fer.

Et Enfantin aurait pu répéter à leur sujet les paroles qu'il avait un jour prononcées à propos du canal de Suez: « Sans doute, il sera bon et juste que l’on sache dans l’avenir que l'initiative de cette réalisation gigantesque a été prise par ceux-là mêmes en qui le vieux monde ne voulut voir d'abord que des utopistes, des rêveurs, des fous: mais rapportez-vous en à l'histoire pour cela ». (1)

Je ne sais si, en ce qui concerne le canal de Suez, l'histoire s’est montrée tout à fait digne de la confiance qu'Enfantin lui témoignait : car tous ceux qui connaissent le nom de de Lesseps, savent-ils que l’idée première du canal de Suez revient aux Saint-Simoniens, que ce sont leurs ingénieurs qui en ont fait les premières études et tracé les premiers plans, et que celui que la gloire a couronné pour avoir mené à bien cette difficile entreprise, commença par employer ses qualités diplomatiques à éliminer Enfantin et ses disciples, avant de consacrer son habileté à réaliser leurs projets ?

En tout cas, le rôle joué par les Saint-Simoniens en mauère de chemins de fer est encore aujourd'hui peu connu : c'est précisément ce rôle que nous nous proposons de mettre en lumière dans cette étude.

Nous commencerons par résumer les idées de Saint-Simon sur l’industrie et sur les grands travaux publics, car on peut y trouver l’origine des théories professées par ses disciples. Nous étudierons ensuite l'importance prise dans

(1) Œuvres, t. XII, p. 247.

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leur doctrine par l'exécution des grands travaux publics, afin de nous rendre compte de l'influence que cette doctrine a pu exercer sur des ingénieurs et des financiers.

Puis nous passerons en revue les divers écrits des Saint- Simoniens sur les chemins de fer, et apprécierons le mouvement d'opinion qu'ils sont arrivés à créer et la part qu'ils ont prise à l'élaboration du réseau. Il nous restera alors à voir ces Ingénieurs et ces financiers à l’œuvre, prêtant leur concours à la plupart des entreprises fondées et assurant, par leur impulsion, le succès de cette Industrie et, par leur collaboration, l'exécution du réseau français.

Cette étude s'arrêtera à l’année 1859: d'une part, en effet, c'est une date importante dans l’histoire des chemins de fer, puisque c'est à cette époque que furent conclues les conventions de Franqueville, qui réglèrent la situatron des compagnies. D'autre part, en 1859, il n'y a plus, à proprement parier, d'école saint-simonienne ; sans doute, il reste encore quelques disciples, et même des plus notables, mais la mort les décime peu à peu ; et dès 1864 ils voient mourir leur ancien chef, Enfantin.

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